• La toile, il la boxe, la caresse, y accumule des mots jusqu'au vertige. Basquiat c'est l'urgence, le lyrisme mêlé d'élégances, de grâce, de naïvetés, avec l'enfance qui rayonne et déborde. Et hurle. Et chante. Et dit la brûlure, le plaisir, la vie courte et intense. Il meurt à 27 ans, laissant mille tableaux et un nombre plus important encore de dessins.
    Michel Nuridsany nous donne à voir et à comprendre ici comment le peintre apparaît, se forme, explose, quand naît le hip-hop, se radicalisent les mouvements de protestation des noirs et que se transforme en profondeur le milieu de l'art new-yorkais. Il nous apporte des lumières nouvelles sur l'importance de la musique et de la poésie dans son oeuvre et dans sa vie, sur sa façon de faire passer la technique du sampling dans sa peinture, sur l'origine de son nom, sur sa qualité de métis perçu comme noir, sur son voyage en Côte d'Ivoire, sur la réception de son oeuvre en France et sur ses rapports plus profonds qu'on ne l'a dit avec Warhol.
    Quant à la jeunesse, elle est emportée par la bourrasque d'une vie traversée par la drogue, le sexe, l'art, et par une folle énergie. Basquiat, un jaillissement.

  • « Warhol, je suis son amant.
    Évidemment, tout le monde me prend pour un gigolo.
    Ça m'amuse. Si l'on savait...
    Oui : j'avais une vie avant de connaître ce cher Andy. Étudiant à l'École du Louvre et voleur amateur, formé ensuite, plus sérieusement, par un collectionneur du quai Voltaire, marchand de faux qu'il savait admirablement rendre vrais, trafiquant d'armes proche des renseignements généraux que j'appelais Monsieur X, je suis devenu un excellent faussaire et un riche marchand. Au Japon, qui était un Eldorado pour des gens comme moi dans les années 60, j'ai fait fortune et rencontré Warhol. On l'appelait, alors, le survivant. C'est un peu après, alors que nous revenions de Giverny, qu'il m'a fait la proposition qui allait changer ma vie et la sienne : prendre sa place, continuer son oeuvre, entrer en possession de la marque, comme il m'a dit.
    Et lui ? Incroyable. Vous n'imaginez pas ce qu'il m'a demandé. » Dans cette étourdissante fantaisie, tout est vrai et le reste vraisemblable. Michel Nuridsany joue en virtuose des vertiges qu'il nous offre, ouvrant par effraction un monde où tout se mêle, le faux, le vrai et l'entre-deux.

    Portrait de Michel Nuridsany par Didier Pruvot © Flammarion

  • « Ionesco, pour nous qui adorions la Huchette, où nous nous retrouvions chaque soir, c'était "Eugène", l'auteur de la pièce qui s'y donnait. Seulement cela. Notre grand homme c'était Nicolas Bataille, metteur en scène et "inventeur" de "La Cantatrice", "patron" de la Huchette. Eugène, nous n'y pensions pas. Quand il passait, il nous dérangeait... Un soir qu'il parlait dans le vide, je l'ai écouté, découvert. Sous son allure de M. Pickwick, il avouait que sa manière de voir le monde était moins absurde qu'étonnée. Cet étonnement, insistait-il, car personne ne le remarquait, était au coeur de son oeuvre. Il disait qu'on n'écrit pas du théâtre avec des dialogues mais avec une vision. Bref, l'essentiel. » Michel Nuridsany L'auteur : Critique d'art, critique littéraire, Michel Nuridsany est auteur de deux romans (« Ce sera notre secret, monsieur Watteau » et « Andy Andy »), de biographies (Dali, Jean-Michel Basquiat) et de "beaux livres" tous publiés chez Flammarion. La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

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