• Comment parler de l'autre côté, se demanda Alice. Car, en fait de merveilles, elle avait découvert qu'elle était plus d'une, et qu'une seule langue ne pouvait signifier ce qui avait lieu entre elles. Il fallait pourtant essayer de se faire entendre. Alors, s'appliquant, elle reprit :

    Que dire d'une sexualité féminine autre ? Autre que celle prescrite dans et par l'économie du pouvoir phallique. Autre que celle encore et toujours décrite - et normalisée - par la psychanalyse. Comment inventer, ou retrouver, son langage ?
    Comment interpréter le fonctionnement social à partir de l'exploitation des corps sexués des femmes ? Que peut être, dès lors, leur action par rapport au politique? Doivent-elles ou non intervenir dans les institutions ?
    Par quel biais échapper à la culture patriarcale ? Quelles questions poser à son discours ? À ses théories ? À ses sciences ? Comment les énoncer pour qu'elles ne soient pas, à nouveau, soumises à la censure ou au refoulement ?
    Mais aussi : comment déjà parler femme ? En retraversant le discours dominant. En interrogeant la maîtrise des hommes. En parlant aux femmes, entre femmes.
    Questions - parmi d'autres - qui s'interrogent et se répondent dans plusieurs langues, sur plusieurs tons, à plusieurs voix. Déconcertant l'uniformité d'un discours, la monotonie d'un genre, l'autocratie d'un sexe. Innombrables les désirs des femmes, et jamais réductibles à l'un ni à son multiple.

    Le jour était déjà levé depuis longtemps. Une histoire n'en finissait pas d'imposer son ordre. De l'obliger à s'exposer dans une clarté un peu froide. Dans l'attente d'un autre matin, elle repassa derrière le miroir, et elle se retrouva entre elles toute(s).
    Luce Irigaray

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  • « L'homme et la femme demeurent plus étrangers l'un à l'autre que ne le ont à chacun l'animal, la plante, la pierre, l'univers, les dieux. Cet irréductible de l'un à l'autre s'oublie sans cesse et s'organise en mondes bâtis dans la méconnaissance. Le langage, les échanges en général fonctionnent comme si ces deux moitiés du monde se connaissaient, se parlaient, se partageaient. À peine se font-elles signe de chaque côté d'un miroir qui n'appartient ni à l'une ni à l'autre, d'un abîme infernal ou céleste, d'une proximité que plus rien ne signifie. À moins qu'elles ne se détournent délibérément l'une de l'autre, ou ne tentent de se détruire dans le vertige de quelque renversement dialectique.
    Ni la femme ni l'homme n'ont construit un territoire qui leur permette d'habiter et cohabiter leur corps, leur chair, de s'étreindre, s'aimer, créer ensemble. Mais la constitution d'une éthique sexuée est toujours reportée à plus tard. Elle emprunte d'étranges détours. S'arrête à l'écologie animale, considère le sexe des végétaux, analyse le comportement de nos cellules, s'efforce de connaître toutes espèces ou genres de mêmes et d'autres selon la taille, la forme, la couleur, la quantité, le nombre... Tout, sauf ce si proche de nous que nous ne le percevons pas et que, le touchant, nous n'abordons souvent qu'à notre nuit. Tant nous fait défaut ce qui dit nos puissances sensibles, leur architecture, leurs abords, leurs seuils, leurs passages du plus intime au plus lointain, en nous, entre nous.
    La différence sexuelle comme enjeu théorique et pratique est encore abandonnée aux sciences et techniques « secondes » : médecines, arts, modes. Restaurations, reproductions, voiles, masques d'un original qui reste dans l'ombre, et qui vaut d'être interrogé avant d'être imputé à Dieu, ou quelque Autre qui nous fait loi.
    Qui suis-je ? Qui es-tu ? En quoi consiste l'insurmontable de notre différence ? Quelles sont nos conditions de possibilité de vie, de beauté, de raison commune ? Ces questions s'imposent à notre époque. Mais elles suscitent les polémiques et les refus de qui se veut, se croit, ou s'ignore monopole d'une « philosophie première » - Vérité. » Luce Irigaray ----- Avant-propos et calendrier des cours ----- Ce recueil est composé de cours donnés à l'université Erasmus de Rotterdam. Ils ont eu lieu dans le cadre de la chaire internationale pluridisciplinaire créée pour Jan Tinbergen (prix Nobel d'économie politique), et occupée chaque année un semestre par un chercheur étranger. Elle m'a été attribuée en philosophie durant le deuxième semestre 1982, notamment à la demande de groupes de femmes enseignantes et étudiantes des Pays-Bas.
    Qui occupe cette chaire est supposé y faire un travail original par rapport à ses recherches antérieures et en laisser des traces écrites. D'où ce livre qui rend compte de l'enseignement donné à l'université Erasmus de Rotterdam, y compris dans le déroulement de son calendrier-horaire qui reste sobrement l'architecture du volume.
    Les cours ont été condensés en quatre mois, étant donné les dates de vacances. Chaque mois avait lieu une conférence suivie d'un débat. Les intitulés des conférences sont : « La différence sexuelle », « L'amour de soi », « L'amour du même, l'amour de l'autre », « L'amour de l'autre ». Les débats ne sont pas reproduits ici, pas plus que les exposés des étudiant(e)s. Le même mois, se tenaient également deux séminaires de lecture de textes philosophiques choisis en fonction du projet d'ensemble et de la conférence du mois. En septembre : « L'amour sorcier » (Lecture de Platon : Le Banquet, « Discours de Diotime »), et « Le lieu, l'intervalle » (Lecture d'Aristote : Physique IV, 3, 4, 5) ; en octobre : « L'admiration » (Lecture de Descartes : Les Passions de l`âme, article 53) et « L'enveloppe » (Lecture de Spinoza : L'Éthique, Première partie, « De Dieu ») ; en novembre, le séminaire a été réalisé par les étudiantes sur La Phénoménologie de l'esprit de Hegel (VI, « L'esprit, A, a, Le monde éthique, La loi humaine et la loi divine, l'homme et la femme ») et mes réponses ont été faites à partir de Speculum, de l'autre femme... « L'éternelle ironie de la communauté » ; en décembre, j'ai exposé « L'invisible de la chair » (Lecture de Merleau-Ponty : Le Visible et l'invisible, « L'entrelacs-le chiasme ») et « La fécondité de la caresse » (Lecture de Lévinas : Totalité et infini, Section IV, B, « Phénoménologie de l'éros »).
    À cet enseignement destiné aux étudiant(e)s de différents niveaux, s'ajoute traditionnellement une « grande leçon » adressée à l'ensemble du corps enseignant de l'université, ouverte au public, et susceptible d'intéresser différents secteurs des sciences et du savoir. Je l'ai organisée autour du personnage d'Antigone tel qu'il est présenté par Hegel dans son analyse du monde éthique ; elle est reprise dans ce recueil à la date et dans le contexte où elle a été prononcée.
    Aux travaux écrits que j'ai déjà publiés, ouvrages ayant tous comme objet la sexuation du discours, de la langue, de la culture, et la définition de nouvelles valeurs sexuelles, vient donc s'ajouter ce livre qui est une transcription de langage parlé et partagé oralement. D'un autre style donc, plus familier à l'écoute, et dont l'enjeu est nettement la rencontre entre les sexes masculin et féminin. Rencontre possible seulement si chacun des sexes se découvre et s'aime lui-même. Ce qui suppose de remanier tout notre ordre socio-culturel, et d'en changer les fondements éthiques.
    Cette tâche serait une de celles, sinon celle, qui s'impose à notre époque. Elle nous demanderait de questionner et modifier nos rapports à l'espace et au temps.
    Luce Irigaray

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  • Les passions ont affaire avec le feu et la glace, la lumière et la nuit, l'eau et l'immersion, la terre et la découverte ou la perte du sol, la respiration dans ce qu'elle a de plus profond, de plus secrètement vivant. Palpitations entre deux amants qui invitent, rassemblent, relient et fécondent le monde en toutes ses dimensions et directions. Avant tout dire articulé en discours. Tel un chant qui cherche son rythme, tantôt large, tantôt haletant. Laissant en blanc de la chair et du souffle encore libres et vierges de toute scansion déjà marquée. Inspiration et expiration qui découvrent et inventent, ensemble, leurs mouvements, leurs mesures, leurs mélodies et harmonies. Sculptant et resculptant les bords des corps, du dehors et du dedans, dans leur singularité et leurs alliances. Modelage de l'amour qui redessine et rouvre, sans cesse, l'horizon de chair disponible. En deçà de tout regard, retour au plus subtil de tous les sens, celui qui les sous-tend tous : le tactile. Tout se donnant à travers le toucher, médiation qui, continûment, s'oublie. Surtout dans ses gestes les plus simples - les rapports à l'air, l'eau, le feu, la terre. Dont mon corps et celui de l'autre s'incarnent. Du plus intime du muqueux au plus lointain du céleste et du transcendant, du plus charnel au plus divin, tout a lieu grâce au tact. Un sol spéculatif et technique recouvrant et étouffant cette vérité devenue mystère de la vie - le toucher est ce dans quoi et à travers quoi tout se donne à nous sous peine de mort.

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  • Sexes et parentés

    Luce Irigaray

    Sexes et parentés traite la question de la différence sexuelle selon la double dimension des genres et de leurs généalogies.
    Notre histoire a replié les généalogies féminines et masculines dans un ou deux triangles familiaux de filiation masculine. Ce coup de force a perverti l'économie des rapports humains à la nature comme matière vivante. Il a progressivement anéanti la subjectivité féminine en définissant les femmes comme mères de fils et épouses d'hommes.
    Pour effacer les deux arbres généalogiques, le recours au monothéisme a été nécessaire. Ce dieu des hommes doit donc être questionné comme défini à l'intérieur de mythologies patriarcales et phallocratiques non encore interprétées. Il faut également s'interroger sur les moyens de restituer aux femmes leur identité divine.
    Une culture sexuelle est ce qui peut aujourd'hui protéger nos corps et notre monde contre les risques de destruction provenant d'un usage irréfléchi de la technique et du profit. Elle ouvre un horizon inaccompli de la croissance humaine : celui où notre appartenance sexuée sera civilisée et non réduite à une part d'animalité, à une barbarie, à un instrument d'oppression ou à une pathologie.
    Luce Irigaray

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  • La voie de l'amour

    Luce Irigaray

    • Mimesis
    • 24 Novembre 2016

    C'est la recherche d'une évolution plus juste et heureuse pour l'humanité quiinspire la vie et l'oeuvre de Luce Irigaray. Seul le respect d'autrui et la reconnaissance des différences irréductibles entre individus peuvent permettre à la subjectivité humaine de correspondre aux exigences de la mondialisation.
    De nouvelles perspectives sur l'intersubjectivité sont proposées dans cet ouvrage, élégant et accessible. Une tentative radicale de repenser et refonder la philosophie occidentale en remettant la relation à autrui au centre de l'expérience humaine et le corps comme source de vie et de culture au centre du cosmos. Une nouvelle voie s'ouvrirait alors pour le philosophe et tout un chacun, loin des constructions uniquement conceptuelles, apanage des cercles intellectuels et académiques. A l'opposé des dérives scientistes et technocratiques du savoir, la philosophie serait alors « sagesse de l'amour » et non pas « amour de la sagesse ».

  • Sexes et genres à travers les langues est un travail scientifique accessible. Treize personnes y présentent et y commentent, avec des mots souvent peu techniques, les réponses de femmes et d'hommes à de petites questions posées sur le langage - en français, en anglais, en italien. La plupart y découvriront avec étonnement, amusement parfois, que les propos féminins et masculins sont très différents. Les rêves égalitaires concernant la différence sexuelle ou les arguments relatifs aux langues dites sans genre grammatical - tel l'anglais - ne résistent pas à un peu d'enquête. Hommes et femmes, ne parlent pas pareil, et les langues n'en parlent pas de la même manière. La possibilité de mieux se dire, dialoguer, échanger doit-elle venir d'une neutralisation des différences existantes ou d'un enrichissement encore futur des discours et des langues ? Plus de liberté et plus de conscience sexuelles permettent d'espérer la création de nouvelles valeurs plutôt que la simple réduction des marques sexuées. Et le désir de communiquer et de traduire d'une langue à l'autre devrait nous enrichir plus que nous appauvrir culturellement.

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  • La croyance même

    Luce Irigaray

    « Le plus formidable fort-da s'envoie vous le savez même et surtout quand vous refusez d'y croire vous y croyez de la présence de la mère, dans la mère outre voile à celle de Dieu outre ciel, outre horizon visible.
    En attendant qu'arrive ce déchiffrement des corps des membranes, des muqueuses par sympathie en attendant, donc un ange, des anges parfois annoncent médiation, médiateurs des nouvelles concernant le lieu où se tiendrait la présence divine. » L. I.

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  • être deux

    Luce Irigaray

    " Être deux " s'entend souvent comme une simple circonstance de la vie. Nous étions deux au restaurant, nous voyageons à deux, nous vivons à deux... Le fait qu'" être deux " représente la base du rapport à l'autre reste quasiment ignoré. Cette donnée irréductible de la vie relationnelle, en particulier amoureuse, se trouve généralement réduite à l'anonymat de l'individu noyé dans la foule, ou vouloir ne faire qu'un dans le désir, ou trois dans la famille... C'est par le biais de la différence que la question de l'" être deux " ou du " faire deux " s'impose à nous aujourd'hui. Comment réussir à coexister avec l'autre génération, l'autre race, l'autre culture, l'autre peuple, sans repenser le rapport à l'autre comme autre ? Sur la perception de l'objet, notre tradition a beaucoup parlé, mais sur la perception de l'autre, aux niveaux sensible, charnel, mental et même social, elle est restée quasiment muette. Or, le rapport entre les genres, le plus quotidien et le plus mondial, peut devenir l'occasion d'une culture relationnelle, concrète et universelle, empirique et transcendantale, qui nous permette d'aborder démocratiquement les autres diversités...

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  • J'aime a toi

    Luce Irigaray

    "qui es-tu, toi qui n'es, ne seras jamais moi ni mien ? je t'écoute comme la révélation d'une vérité irréductible à moi. tu m'as saluée, reconnue. tu interroges tes limites. je ne m'approche pas immédiatement de toi. je ne te connaîtrai jamais de manière absolue. je laisse de l'air, de l'espace, du mystère autour de nous. eveillée à toi, recueillie, j'invente des paroles qui te touchent de leur souffle sans t'enlever à toi. cet abord intransitif cherche aide auprès de l'univers, de la beauté, de la sagesse, de l'histoire. en cette oeuvre déjà, {j'aime à toi}. puisse ce "à" garder l'intention entre nous encore et toujours vive, berceau de l'être que notre transcendance l'un à l'autre enfante."

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  • L'oubli de l'air

    Luce Irigaray

    L'air n'est-il pas le tout de notre habiter en tant que mortels ? Y a-t-il un demeurer plus vaste, plus spacieux, et même plus généralement paisible que celui de l'air ? L'homme peut-il vivre ailleurs que dans l'air ? Ni dans la terre ni dans le feu ni dans l'eau, il n'y a un habiter possible pour lui. Aucun autre élément ne peut lui tenir lieu de lieu. Aucun autre élément ne porte avec lui, ou ne se laisse traverser par, lumière et ombre, voix ou silence. Aucune autre élément n'est à ce point l'ouvert même - sans nécessité d'ouverture ou réouverture pour qui n'aurait pas oublié sa nature. Aucun autre élément n'est aussi léger, libre, et sur le mode d'un « il y a » permanent disponible.
    Aucun autre élément n'est ainsi l'espace avant toute localisation, et un substrat à la fois immobile et mobile, permanent et fluent, où de multiples découpages temporels restent toujours des possibles. Aucun autre élément n'est, sans doute, aussi originairement constituant du tout du monde sans que cette originalité s'achève jamais en un premier temps, une primauté simple, une autarcie, une autonomie, une propriété unique ni exclusive...
    Cet élément, irréductiblement constitutif du tout, ne s'impose ni à la perception ni à la connaissance. Toujours là, il se laisse oublier.
    Lieu de toute présence et absence ? Pas de présence sans air. Mais l'air n'ayant jamais lieu sur le mode de l'« entrée en présence » - sauf dans le vent ou le souffle ? -, le philosophe peut penser qu'il n'y a là qu'absence quand aucun étant ni aucune chose ne viennent à sa rencontre dans l'air.
    La fondamentale déréliction de notre époque pourrait s'interpréter comme négligence de cet élément indispensable à la vie en toutes ses manifestations : des plus végétales et animales aux plus sublimes. Ce que nous rappelleraient sciences et techniques dans le risque d'une polémique radicale : celui de la destruction de l'univers par la désintégration de l'atome, ou son utilisation à des fins qui submergent nos pouvoirs de mortels.
    Luce Irigaray

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  • « Êtes-vous hystérique, obsessionnel, schizophrène, dément ? Tout à la fois ? Est-ce possible ? Parlez-vous féminin ou masculin ? Comment cela s'inscrit-il dans votre style ? Votre langage est-il marqué par une appartenance sociale, théorique ? Laquelle ?
    Vous pouvez faire votre diagnostic, découvrir votre profil, votre identité, en procédant à l'analyse de votre discours. Vous prélevez des échantillons variés de celui-ci en diverses situations, vous les réduisez en phrases minimales types, vous mettez en tableaux, vous interprétez. Outre l'intérêt théorique et pratique d'une telle recherche (un mot vaut bien un médicament ou une arme, par exemple, mais il a ses toxines, ses revers), cette technique rigoureuse peut être amusante pour les amateurs de jeux formels, les manipulateurs d'ordinateurs. Elle peut se pratiquer sans machine, comme je l'ai fait. Il faut savoir bâtir un modèle ou un programme à partir de fragments de langages naturels, abandonner toute idée a priori. Vous découvrez ainsi les schémas inconscients ou préconscients, les matrices qui déterminent votre discours. Vous recommencez la grille jusqu'à ce que le diagramme soit le plus simple et le plus exhaustif possible. L'hypothèse de départ peut être à plusieurs entrées.
    Dans ce livre, il est ainsi traité des caractères des langages dits fous ou anormaux, des différences entre l'oral et l'écrit, des configurations sexuées, sociales, scientifiques du discours.
    La psychanalyse représentant une situation privilégiée pour observer ce qu'il en est de l'énonciation, plusieurs articles l'utilisent ou l'étudient comme praticable expérimental.

    Aucun discours n'est neutre ni universel. Aucun locuteur n'est capable de produire un langage sans marques morphologiques. Un tel postulat scientifique ou idéologique ne résiste pas à une enquête sur corpus. La technique, la machine, l'ordinateur nous obligeraient à dépasser nos convictions et contradictions, nos modes de sentir, de juger, de penser. Reste à dire je. Je, incarné et limité dans sa genèse, sa morphologie, son histoire, sa société, parle à partir de cette situation, cet ancrage dans la relativité et le devenir d'une vérité, d'un désir, d'une liberté. Le sens, comme la langue, naît à partir de différences. Les annuler revient à anéantir la signification. ».
    Luce Irigaray.

  • Je, tu, nous

    Luce Irigaray

    Il n'y a pas de nous possible sans différence irréductible entre je et tu. Le lieu le plus intime et universel, quotidien et divin, de ce nous se situe entre la femme et l'homme. C'est quand ils sont réellement deux que femmes et hommes peuvent aimer et créer ensemble.Nous sommes bien petits vis-à-vis d'un tel monde: encore enfants plus qu'adultes et a(i)mants, avec des retards de culture à rattraper, notamment dans les relations entre mères et filles, entre la femme et elle-même, entre femmes. Je, tu, nous propose un certain nombre de chemin et médiations pour que les femmes ne soient plus les corps naturels dont les hommes seraient les têtes civiiisées - qu'il s'agisse de droits, de travail, de langage, de religion. Ce livre indique aussi comment devenir femme dans le rapport à la parole, à la beauté, à la maternité (naturelle et spirituelle), à l'âge, à la santé. Il se soucie d'analyse et de réparation des inégalités entre femmes et hommes, tout en construisant l'homme de leur différence.

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  • Nos perspectives, au seuil du vingt et unième siècle, apparaissent plus critiques et déconstructives que constructives. en exil dans le monde qu'ils se sont fabriqué, les hommes se méfient désormais des propositions positives relatives à un devenir futur, les qualifiant à priori d'utopiques. mais qui sait si le chemin parcouru jusqu'à présent n'était pas de quelque façon erroné ? si nous n'avons pas négligé des enseignements utiles pour penser notre identité en plus grande harmonie avec l'univers, et de manière moins scindée entre corps et esprit ou âme.

    La connaissance des traditions orientales - par la lecture des textes et une pratique appropriée - nous introduit à une façon nouvelle d'être avec soi et avec les autres, une façon nouvelle de vivre l'amour et la sexualité.

    Sera-t-il concevable alors de créer des ponts entre les traditions aborigènes féminines du monde asiatique et nos sociétés patriarcales ? y découvrirons-nous des solutions non régressives pour refonder la famille et réarticuler ses rapports avec l'etat ? et n'est-ce pas la communauté tout entière qui pourrait ainsi se restructurer à partir de liens entre les citoyens, en une approche respectueuse des différences ?

    Après une critique des monopoles patriarcaux - commencée dans son livre spéculum -, luce irigaray tente d'élaborer une culture à deux sujets respectueux de leurs différences, modèle pour une coexistence dans la diversité au niveau universel. docteur en philosophie et poète, luce irigaray a également une formation de linguiste, de psychologue et psychanalyste.

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