Samsa

  • Lettre à une jeune pénaliste Nouv.

    « Car tu ne plaides jamais que pour le principe, parce que tu es fondamentalement opposée à ce système de justice qui fonctionne à la chaîne et dépersonnalise les gens. Parce que tu es intérieurement en révolte contre ce système dont le seul effet concret est d´envoyer massivement à la casse les condamnés dans des mouroirs géants où on les voue à la désespérance. Oui, tu plaides la plupart du temps dans le désert, mais pas toujours, et le vent porte loin. Tu transmets en fait une parole qui ne s´est jamais tue et qui continuera d´être dite dans tous les tribunaux. Qu´elle soit minoritaire ne doit pas t´ébranler ni émousser tes convictions. Tu as foi en l´humain et ta défense ne s´arrête pas à « la veuve et l´orphelin » de l´expression traditionnelle elle embrasse l´ensemble de notre condition faillible dont d´innombrables specimen chutent un jour ou l´autre, en raison de la dureté de leur vie la plupart du temps. »

    À paraître
  • Pour la majorité des personnes qui nous croise, nous, les migrants, nous sommes sans valeur, sans importance. Nous n´avons accès à rien, toutes les portes se ferment devant nous. La vie en Europe, sans papiers, sans parents, dans les affres de la « procédure de Dublin », c´est côtoyer, jour après jour, le stress et le chagrin comme seuls compagnons de misère. Le plus insensé est que, dans certains médias, des personnes soutiennent que ce périple se fait sans inquiétude : « Ils prennent des bateaux pour traverser tranquillement la mer et viennent encombrer nos pays ». Toutes ces raisons ont renforcé ma détermination à aller jusqu´au bout de mon récit. Je veux raconter le déroulement de ce scénario pour qu´aujourd´hui, et demain, qui veut sache ce qui s´est passé au cours de cette traversée. Je ne suis qu´un jeune homme de 23 ans, qui raconte ce à quoi il a survécu dans un monde ténébreux.

  • Des sens

    Evi Anastasiadou

    • Samsa
    • 31 Décembre 2019

    Dans la salle il faisait chaud. Trois radiateurs étaient tournés du côté de la jeune femme nue, impassible. Véra ajuste son regard, son être tout entier vers le corps étranger jusqu'à ce qu'elle ne voie plus rien sauf des lignes. D'abord, elle plie le fil de fer pour qu'il emprunte les axes de la position - dos bien droit, main droite sur la hanche, coude plié, poids du corps sur la fesse droite, tête légèrement tournée en arrière.

    Sur commande
  • Le don du maître Nouv.

    La littérature est enseignée dans nos établissements scolaires, mais il arrive à nos écrivains de célébrer l'école. Ce livre s'inspire d'une expérience vécue, voici plus de cent ans, du métier d'instituteur. Avec l'auteur, nous sommes dans la classe de jadis, à la cour de récréation, au réfectoire, au gymnase, à la distribution des prix. Dans cette Belgique d'antan, à la ville comme à la campagne, toute une vie sociale gravite dans et autour de l'école : relations entre maîtres et élèves, jeux et combats d'enfants, réactions de parents, directeurs, inspecteurs cantonaux. Le tout sur fond d'industrialisation, d'exode rural, de colonialisme, d'inégalités quotidiennes et de guerres : la scolaire (interne, sourdement médiocre et pérenne) et bien vite la Grande (faucheuse incomparablement performante).
    Plus qu'un reportage ou un témoignage intéressant, Le Don du Maître est une oeuvre littéraire.
    À chaque page s'épanouit l'écriture soignée, surprenante et belle d'un esthète généreux, dont la mémoire visuelle a retenu des scènes émouvantes et vraies. Un livre inclassable, de prose et de vers, nourri d'épisodes romanesques, de descriptions poétiques, de confessions personnelles et de réflexions sur la vie collective.
    La figure du pédagogue s'y déploie dans une douloureuse complexité : sa mission est haute, mais les apprenants lui apportent plus de soucis que de bienfaits, l'espace scolaire est le miroir des luttes sociales, l'instituteur, sous-payé, apparaît comme un prolétaire mieux vêtu cherchant à partager son savoir avec d'autres prolétaires. Ce sont ces enfants pauvres qui se battent durement, se ruent sur la soupe, vacillent avant de répondre aux questions, sont équipés de galoches faute de chaussures convenables. Ce sont ces adultes du soir : « En blouses bleues, la figure mal débarbouillée, ils viennent, au sortir des ateliers et des usines, sifflant et grelottants, la tête enfoncée dans les épaules ». L'instituteur exerce un sacerdoce non reconnu, et pourtant, oui, il les aime tous, il éprouve ce don quotidien avec une joie secrète et une fierté assumée.
    Tiré à 500 exemplaires en 1922, Le Don du Maître fut réédité une dizaine de fois jusqu'en 1943 et, bien accueilli par la critique, connut un succès mérité. Le moment est venu de le redécouvrir, d'entrer dans son alchimie d'amour. L'enseignant d'aujourd'hui s'y reconnaîtra, malgré l'écart d'un siècle. En tout cas, l'instruction reste au coeur de nos préoccupations. Ses acteurs forment, historiquement, une longue chaîne de combats, travaux et dévouements. Un voyage dans le temps n'est donc pas du temps perdu. Tel un cognac, ce récit profond, de superbe langue, se déguste mieux après avoir vieilli.

    À paraître
  • Journal de printemps - recit Nouv.

    À paraître
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