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  • Voici Claude Ponti rageur, secoueur, poete. Claude Ponti devant la nuit remplie de questions, des plus urgentes du present, aux plus originelles de l'enfant.
    On ne contourne rien, ici, du passe, de l'origine, du sens - et qui fut la premiere mere, et quel fut le premier nom. Et si on ouvre grand ces questions, on est vite aussi sur le terrain du risque, avec les superstitions, le vivre ensemble ou la detresse au quotidien, plus la grande moquerie par quoi, finalement, on est capable de tenir et de continuer.
    Mais Ponti reste Ponti. C'est la grande obscurite de Rabelais, avec listes et accumulations, avec du rire et de l'obscenite, et tout ce dont nous sommes faits. C'est cru, c'est violent, c'est resolument « adulte » - mais c'est le meme rire et plein de sourire, jusqu'au bout, lorsque Claude Ponti demande, a l'avant-derniere page : « Depuis quand le desespoir est-il habitable ? » Rarement l'impression, dans ce jeu fou de langue parfois jusqu'a la fusion, d'un texte aussi prodigieux, aussi necessaire. Une mise a nu, un poeme, un cri, tout cela a la fois : et c'est beau comme nous le sommes.

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  • Cabane d'hiver

    Fred Griot

    Un mois, sous yourte...

    écrire, méditer, marcher, casser mon bois pour le poèle, quelques gestes simples...

    Les buis, les larges collines bombées, les grandes herbes, dolines, avens, les colonnes de roches ruineuses comme des chapelles romanes de cailloux secs, les pierres claires concassées des sentes, les pins sous la neige, les hommes...

    Pour l'instant, j'écoute.

  • Soleil gasoil

    Sébastien Ménard

    Les images qu'induit la route, quand on arpente les plaines de l'Est ou que l'on roule en taxi vers Damas dont on ne sait encore que le nom. Les sensations, surtout : la poussière à la traîne des bus, le son des caoutchoucs sur l'asphalte, l'odeur du diesel brûlé. Il y a les bribes de réel saisies à la volée pendant les virées au Maghreb, en Europe de l'Est, au Proche-Orient. Et il y a les cris de violence proférée quand on a dû rentrer bosser et que cette vie nous meure. L'immense force de ce texte, c'est d'arriver à faire lever toute cette matière éparse, à ras le sol, normalement ignorée, et à lui donner forme et éclat. Du gasoil, faire soleil. Soleil gasoil. Le premier livre de Sébastien Ménard, qui écrit en continu sur diafragm.net. Un livre-repère pour une génération et le renouvellement du road book.

  • Sur les routes de l'Europe, le long des fleuves interminables, sous le soleil, dans la poussière, toujours en mouvement, que cherchent-ils ? Les héros de cette histoire se racontent au « nous ». Ils se déplacent en voiture, en vélo ou à pied. Ils dorment dehors ou chez l'habitant, ils écoutent leurs récits et ils partagent leurs danses. À défaut d'une même langue, c'est un élan commun qui les portent les uns vers les autres. Alors que le monde alentour, le nôtre, n'en finit plus de sombrer dans sa propre caricature, ils partent vers des contrées où les rêves sont encore possibles.


    Dans ce western de l'Est et d'aujourd'hui, les explorateurs sont doux et sincères. Indiens d'un soir entre les étoiles, ils ont pris le Danube pour guide et leur quête intime et magnifique, mille fois échouée et mille fois recommencée, ne connaîtra aucune frontière.

  • Le problème quand on voyage avec un auteur mort depuis plus de quatre siècles, c'est que le monde que l'on traverse n'est plus tout à fait le même. C'est en 1580 que Montaigne entreprend son célèbre Voyage en Italie et de toute évidence, en 2019, lorsque Lou Sarabadzic part sur ses traces pour suivre les mêmes étapes, l'Europe a beaucoup changé. Littéralement, les frontières ont bougé. Le tourisme de masse revisite à son tour l'antiquité gréco-latine, et les réseaux sociaux les guerres de religion.
    De nos jours, c'est le low cost à toutes les sauces et la liberté de circulation qui prévalent. Mais au fond qui voyage ? Et pourquoi ? Contrairement à Montaigne, à qui elle s'adresse comme à un vieux pote avec qui on part faire un road trip, Lou Sarabadzic est une femme. Et elle voyage seule. Mine de rien, ça change tout. Quand l'auteur illustre de la Renaissance était reçu par les puissants et secondé d'un secrétaire qui écrivait son Journal à sa place, l'autrice du troisième millénaire est quelqu'un à qui l'on demande systématiquement de justifier sa démarche, de préciser si son copain l'y autorise, ou si ça ne lui dirait pas de faire plus ample connaissance...
    Comme on le dit dans la langue du tourisme : Lou Sarabadzic a fait l'Italie, en passant par la France, la Suisse et l'Allemagne. En cela, elle a défait Montaigne. Avec beaucoup d'humour, elle dépoussière la figure de l'auteur classique pour le montrer plus proche de nous. S'il avait vécu à notre époque, n'aurait-il pas twitté lui aussi ? Que penserait-il du réchauffement climatique ? Entraîné par cette énergie, boosté par le bouleversement temporel qu'implique une telle rencontre, Notre vie n'est que mouvement donne au récit de voyage une forme d'aventure pop qui lui va comme un gant.

  • Au coeur d'un de cor re duit a sa plus simple expression (un champ, une montagne au loin, une ferme), l'image d'un arbre se de pose sur une fene tre. Un homme, dans une chambre, le regarde. Et inversement. Se de ploie alors un espace, immense et infime a la fois, qui s'approprie l'obscur de la nuit, la friction des e corces, les flux de luminosite du jour et la phosphorescence des neiges. Dans cet opus qui s'apparente a ses Quatre saisons, Jacques Ancet chante l'apparente immutabilite des choses et leurs secre tes me tamorphoses.

  • Big bang city

    Mahigan Lepage

    L'Asie. Les villes monstres. Des noms qui sonnent comme des poèmes ou étranglent comme des cris.
    Quand Mahigan Lepage laisse derrière lui l'Amérique du Nord pour le continent asiatique, il couve ce projet : parcourir et surtout écrire les mégapoles en expansion. Ce sera Manille, Jakarta, Beijing, Shanghai, Kolkata, Delhi, Mumbai et Bangkok. D'une petite hutong aux larges boulevards sans nom, d'une nuit à dormir dans une rue de Kolkata à la fièvre qui terrasse, devant l'agitation d'un carrefour ou face à un corps nu allongé sur le béton, de l'intérieur d'un taxi ou sous les néons d'un girlie bar, Big Bang City tisse un récit éclaté et exaltant ; il faut lire la table des matières, qui est déjà poème. Jazz d'un arpenteur des villes, le texte imprime un rythme fascinant et reconstruit peu à peu l'explosion des cités et du territoire.
    Carnets de voyages remplis d'images et de sons, écrits au jour le jour dans les chambres d'hôtel et les cafés des villes, Big Bang City mêle l'irrésistible et étrange désir de lecture à celui, non moins étonnant, d'aventure et de réel. - S.M.

  • Marâtre Patrie

    Mihàlis Ganas

    Lorsque la guerre civile qui de chire son pays l'oblige a partir pour l'exil en 1948, Miha lis Ganas a quatre ans. Et dix ans a son retour, en 1954. Et trente-six en 1980 quand il raconte cette enfance bouleverse e, qui l'a marque a jamais, dans Mara tre patrie. Nous le suivons en Albanie, puis en Hongrie, puis dans le village perdu d'E pire ou il vivra jusqu'a l'a ge d'homme. La mauvaise me re, ce n'est pas la Hongrie pluto t accueillante, mais la me re patrie, la Gre ce des anne es 50, qui inflige a ses enfants la mise re e conomique et la re pression politique. Pour de crire ces anne es terribles, dire le de sordre de la me moire avec ses souvenirs fulgurants et fragmentaires, dire surtout la fureur du monde qu'un enfant de couvre et ne comprend pas, Ganas qui par ailleurs est l'un des plus grands poe tes grecs de son temps invente une langue inoui e, rugueuse et raffine e, proche de celle des paysans de son enfance et en me me temps de celle des poe tes. Voila pourquoi, dans Mara tre patrie, qu'on a pu qualifier de « re cit-poe me », on prend la re alite en pleine figure.

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  • Depuis mon corps écrivant, je me suis adressé à mon corps opérant sur d'autres corps. Depuis mon corps qui a mal au dos à force d'écrire, je réponds au corps de Paola par un espace irréductible entre le sien et le mien qui est fait de tous ces mots... Chirurgien, Patrick Froehlich opère Paola des cordes vocales. En retour, elle lui adresse vingt et une peintures la représentant, à partir desquelles il décide d'écrire. Plus encore que la transcription d'un acte médical dans l'écriture, La voix de Paola est le récit pluriel des corps en pointillés : tels qu'on se les représente en nous-mêmes mais aussi tels qu'autrui les perçoit lorsqu'ils deviennent l'objet de nos attentions. Allongé sur la table du bloc opératoire, le corps, segmenté en parties bien précises par des champs, est réduit à une fonction qu'il convient de réparer. Mais qu'en est-il du corps ressenti, perçu comme sien par le patient, et de ceux que l'on voit dans un tableau, une photographie ou une sculpture ? En confrontant son activité de soignant avec le chant de l'écriture, Patrick Froehlich, dans son dialogue permanent avec les toiles de Paola Hivelin, interroge le regard que porte l'art sur les corps et les liens intimes qui se tissent entre médecine et création contemporaine.

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  • Légendes

    Daniel Bourrion

    La mémoire : une collection d'éclats de verre, de bris épars composés de moments, de tons, de timbres. Et l'écriture comme texture pour les lier entre eux. Dans ces récits brefs rassemblés au sein de ce recueil, il est question de remonter à l'origine des choses. De la langue qui est (ou n'est pas tout à fait) la nôtre. De ces parenthèses dans le présent où le passé prend appui pour nous saisir. Des instantanés de nos vies ou de celles qui nous ont précédés, veillant sur nous (ou le contraire). D'un livre qui fut pour nous peut-être l'étincelle menant vers tous les autres. Des scrupules qu'on peut avoir à vouloir renouer avec le passé. Auteur d'une oeuvre sensible en tumulte constant, Daniel Bourrion s'écrit et s'inscrit dans le temps. Ces éclats de verre sont ses constellations. Ce recueil contient les textes : Langue, Litanie, La petite fille à la robe claire, 19 francs, Trois quatre vingts.

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  • Il n'y a pas de « crise de 2008 ». C'est plutôt un changement d'époque que saisit Laurent Grisel, et dont il date le début à la fin de l'hiver 2005-2006.Ce fut, de toute façon, bien plus qu'une crise économique. Nous y sommes encore, et nous en connaissons toutes les dimensions psychologiques, écologiques, géopolitiques - métaphysiques, même, puisque les catégories de pensées qui tourbillonnent dans l'air du temps pour saisir le monde sont fausses, elles font défaut, il faut les reprendre - et tout ce journal est un effort en ce sens - une bataille livrée contre les généralités et les bavardages, contre les charités aveuglées et aveuglantes, dont on ne peut sortir que par un surcroît de précision, par la recherche des relations de cause à effet, non en fantasmagories, surtout pas en lieux communs, mais matériellement, par la tenue ensemble de toutes les dimensions de l'effondrement en cours.
    L'année 2008 fut celle d'un quinquennat Sarkozy commençant par des politiques d'extrême droite, de « l'affaire Kerviel - Société Générale », des faillites de Countrywide, de Lehman Brothers, d'AIG. Dans ce troisième volume du Journal de la crise comme dans les précédents, Laurent Grisel, en écrivain qui finit d'écrire Un Hymne à la paix (16 fois), déplace le regard. 2008 fut pour moi l'année de la faim, écrit-il : celle des émeutes de la faim dans près de 40 pays, comme un avenir qui nous est promis. Son enquête en découvre les causes, exposées au vu de tous et pourtant brouillées et niées et il en fait un événement qui rassemble tous les traits de l'époque, écologiques, industriels, financiers, politiques, humains nouant ainsi tout ce qui a été appris depuis 2006 au moins, et nous entraînant vers les deux volumes à venir, Avant et Après.

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  • J'ai passé deux ou trois étés suant dans une yaourtière géante mais résumé ainsi cela ne veut rien dire et ne nous fera pas d'histoire alors je vais reprendre plus tranquillement manière d'expliquer ça, de ne pas en rester là. Qu'on s'imagine donc. Comment s'opère la rencontre de chacun avec le monde du travail ? Jeune, à quoi se destine-t-on, et qui se voit-on devenir ? Comment se fabrique le camembert industriel ? Vaut-il mieux l'ignorer ? Qui ne s'est jamais dit un jour, et si je travaillais dans une fabrique de camembert ? Personne, assurément. Dans ce récit autobiographique aussi fulgurant que décalé, Daniel Bourrion raconte sa découverte du travail à la chaîne et son entrée soudaine dans l'âge adulte.

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  • Corinne Lovera Vitali a composé ce livre sur près de vingt ans. Il semble pourtant avoir été écrit comme il se lit, dans une forme d'urgence. Pas celle de la précipitation mais celle de la nécessité intérieure, sous le flux tendu du va-et-vient dans le temps devenu "suspendu" le long de dix-neuf chapitres d'une écriture fluide comme la vie.

    Comme une photographie, ce livre nous saisit. Il nous dit ce  qui  a  lieu  et  que  peut-être  nous  ignorons,  la disparition de sa famille, la mort de son enfant, une vie commune que l'auteur est "la seule à prolonger". Mais il exhume surtout tout ce qui nous relie, et nous relie aussi à ceux qui ne sont plus. Il nous accompagne là où certains livres, rares, peuvent nous obliger à nous enfoncer. Il nous fait rencontrer des êtres, qu'ils soient vivants ou morts, nous donnant ainsi l'occasion unique d'éprouver l'épaisseur du temps et la volupté de l'instant, l'éternel dans l'éphémère.

    Ce qu'il faut pourrait être une tombe, c'est un souffle.

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  • Sanguines

    Franck Gabriel

    Le portrait de deux hommes, Janvier et Joseph Sang, pas vraiment marginaux mais vivants à l'écart, « marqués bizarrement d'une certaine sérénité dans l'affliction », égarés dans leur propre vie, cherchant à se faire discret jusqu'à l'oubli. Leur rencontre inopinée avec une jeune femme, Helen Faraday, va les sortir brusquement de leur trajectoire en pointillé, de leurs rôles préétablis en toute indifférence. La déambulation nocturne de ces trois silhouettes dessinées à la hâte « longeant sans relâche les rebords d'une géographie morcelée et toujours sur le point de les précipiter dans le vide » nous laisse entrevoir les formes évasives et instables d'une ville nocturne, déserte et désolée. Sanguines décrit « ce jour qui d'une certaine manière ne devait jamais finir et restera à jamais comme inachevé, ininterrompu » et parvient à nous restituer avec élégance et justesse, le « bruit du visible » et « la fragilité d'un lien naissant noué à la faveur de la nuit et à l'abri des regards ».

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  • « Il faut imaginer, sous l 'humus, quelqu'un de transparent, peut-être un coeur de cristal, qui pompe cette eau qui lui ressemble peut-être un mort, un de ces morts qui sont au ciel et qui sont dans la terre, et qui sont partout, creusant le sol, épaulant les nuages à qui l'on parle encore et que l'on recommande, priant le soir, à la croix couronnée de buis refoulant les orages. »

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