P.o.l

  • En novembre 1974, Werner Herzog apprend que son amie Lotte Eisner, critique et historienne du cinéma allemand, est très malade, on craint pour ses jours. Alors, il décide de se rendre auprès d'elle, à pied, de Munich à Paris. C'est un geste de chevalerie, un acte fou dicté par l'amitié, avec la certitude non moins folle qu'au bout du chemin Lotte Eisner serait vivante, et hors de danger. Du 23 novembre au 14 décembre 1974, il tient un carnet de route devenu depuis lors Sur le chemin des glaces. À travers cette marche qui anime de bout en bout le récit, Herzog nous réapprend à voir ce sur quoi notre oeil glisse, indifférent. Tout ici est mouvement : chemins, fleuve, oiseaux, arbres, pluie, neige. Reportage mais aussi témoignage d'un homme qui nous fait partager tour à tour ses moments d'exaltation, d'épuisement, de plénitude.

  • Traversée

    Francis Tabouret

    Francis Tabouret exerce un curieux métier : il est convoyeur d'animaux à travers le monde...
    En avion, en bateau, il veille au bon acheminement de chevaux, principalement, mais aussi de mou- tons, de vaches, de taureaux...
    Le voyage dont il est question ici a eu lieu fin 2014, à bord du porte-conteneurs Le Fort Saint-Pierre et le texte raconte le quotidien du narrateur et celui des animaux dont il a la charge, de la nourriture à la santé. C'est une observation de tous les instants. Le moindre tressaillement, le changement de comportement d'une bête peuvent être révélateurs d'un début de maladie, d'une déshydratation dangereuse, etc. Et puis il y a la vie à bord, l'équipage, la place respective des uns et des autres, les rituels, les préséances.
    L'une des principales raisons pour lesquelles Francis Tabouret fait ce métier de convoyeur d'animaux est qu'il l'amène en des lieux qui l'intéressent ou l'étonnent - certains pays, les tarmacs, les bateaux, la route par exemple -, qu'il lui permet de découvrir le monde avec une part d'aléa- toire.
    Il y a, d'un côté, le hasard des destinations qu'il ne choisit pas forcément et, de l'autre, certains choix qu'il fait, comme celui d'embarquer sur un porte-conteneur pour traverser l'Atlantique. Ces voyages et l'écriture sont liés. Les uns servent aux autres. Ils s'entraident. L'écriture est une façon d'enrichir le présent de ces voyages, tandis que ces voyages lui permettent de donner corps à son envie d'écrire. Avec en tête, peut-être, Espèces d'espaces de George Perec, Les Anneaux de Saturne de W.G. Sebald ou Le Pèlerin de J.A. Baker qui sont, chacun à leur manière, des journaux.

  • « J'ai écrit ce livre en pensant à un début de roman policier un peu old school, avec des noms de l'ancien temps, ou plutôt des surnoms. Il y a Gégène et Lulu et il y a un personnage qui s'appelle Gabineau, c'est l'un des rares qui n'a pas de surnom mais on ne sait pas qui c'est. » (Charles Pennequin) Tout le long du livre, il est question de Gabineau, qui serait un compagnon à Gégène que ce dernier aurait connu durant la Seconde Guerre mondiale. Il est d'ailleurs question de plusieurs événements dans le livre, traversés par différents groupes d'individus : la famille de Gégène, ouvriers dans le Nord de la France, la famille de Mimille, la fille d'un pied-noir devenu maoïste dans les années soixante-dix, mais aussi la des- cendante d'une famille de Normandie. Il y a aussi la gendarmerie car pendant un certain temps, Charlie, le fils de Gégène, s'imagine que Gabineau est un Adjudant d'escadron mobile basé à Melun.
    Tous ces récits s'entremêlent dans une sorte de manège où les vies partent et reviennent sans cesse avec des histoires banales, tragiques ou drôles... Et il y a Gabineau, ami mystérieux, dont on connaîtra un peu plus la vie au fur et à mesure que le livre démêlera le vrai du faux.

  • Il existe des textes parasites qui " tombent " tout entiers du corps principal sur lequel ils s'étaient greffés.
    Tel Paris-la-politique sorti de Virgile, non. Tel Une partie de campagne détaché des Guérillères morceau par morceau. Les autres histoires sont aussi à leur manière des parasites d'une expression écrite politique, " the Straight Mind ".

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  • Chretiens

    Jean Rolin

    • P.o.l
    • 2 Octobre 2003

    A la fin de l'année 2002, Jean Rolin a passé deux mois en Palestine (Bethléem, Jérusalem, Ramallah, Gaza, etc... -dans le dessein de rencontrer des chrétiens palestiniens là où ils vivent, de partager dans toute la mesure du possible leurs conditions d'existence (poussant même cette attitude jusqu'à être hébergé par des religieuses ou des prêtres), et d'essayer, à travers cette démarche, de se faire une idée de ce qu'ils sont et de ce qu'ils pensent réellement. Le projet lui avait été inspiré par de précédentes rencontres avec des chrétiens arabes ou proche-orientaux généralement à l'occasion de reportages -en Turquie, au Liban, en Syrie, en Irak -et, plus récemment par son étonnement devant l'obscurité ou la confusion ayant environné un événement d'une haute teneur symbolique, à savoir l'occupation par des combattants palestiniens de la basilique de la Nativité en avril-mai 2002, et le siège consécutif de ce sanctuaire par l'armée israélienne.
    A cette occasion, la manière dont la presse avait rendu compte de l'événement, et dont les porte-parole de l'Eglise de Palestine s'étaient eux-mêmes exprimés à ce sujet, en laissant délibérément de côté certains de ses aspects les plus troublants avait illustré l'extrême inconfort et l'extrême ambiguïté de la position des chrétiens palestiniens, comme de toutes les minorités chrétiennes en terre d'Islam. Le dessein de Jean Rolin, lors de ce séjour en Palestine, était de lever un peu de cette ambiguïté et de percevoir quelque chose de cet inconfort.
    Il y est parvenu grâce à cette "méthode" inimitable que vous connaissez depuis "La Clôture", faite d'un grand talent descritptif, tout en nuancd, qui sait inscrire chaque détail à sa bonne place dans une phrase à la fois discrète et extraordinairement construite, structurée.

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  • Selva !

    Frédéric Léal

    Soit un régiment : la Légion étrangère.
    Prenez quelques jeunes gens dans la force de l'âge (par exemple une douzaine de lieutenants). Ajoutez : une table en merisier 340 X 160, une cage en alliage métallique, des trophées de campagnes (un vieux casque boche à pointe et un gilet pare-balles en bois de chêne, ou cravate). Placez le tout dans le préfabriqué en ruine qui sert habituellement de bordel, vous obtenez une popote. Tout au long du repas, au gré des rébellions et de l'humeur du président de table, et ce jusqu'au bout de la nuit dans Kourou électrique, le popotier distribuera des pots.
    Ainsi chants de troupes et " vos gueules là-dedans! " rythmeront les récits épiques des invités. Mais il faudra rejoindre la place d'armes avant que le soleil se lève puis préparer ses pacos et surtout ne pas rater l'avion de ligne qui de Cayenne renverra à un foyer plus confortable. Et toi, de tout cela, tu veux restituer un présent personnel la popote telle que tu l'as vécue, faite de ta distraction décidément maladive, des chuchotements des uns et des autres, des dessous-de-table et surtout de ces à-côtés sans lesquels une popote ne serait qu'un simple repas de Corps...
    Au fond ce tissage où se mêlent les bris de ta vie, a-t-il un autre objectif que de maintenir vivace cette illusion par laquelle tu tiens encore debout (malgré les apparences) : la femme - interdite - mais qui force sans cesse le barrage.

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