Monfort Gerard

  • Qu'en est-il de " l'art de voyager " aujourd'hui, alors que les déplacements sont devenus obligatoires et incessants ? d'autres époques ont toujours su le pratiquer comme l'un des plus raffinés : Le Grand Tour, entrepris durant les XVIIIe et XIXe siècles par les héritiers de l'aristocratie accompagnés d'authentiques savants qui leur servaient de guides, en est la meilleure illustration.
    Ce voyage à travers l'Europe, et plus précisément en direction de l'Italie, était un voyage didactique dont le but était la formation du jeune gentilhomme. Celui-ci se trouvait confronté à des situations tantôt banales et tantôt déroutantes, tantôt familières et tantôt " étranges " ; le Grand Tour répondait à une vieille exigence, celle qui avait été formulée par Montaigne : " frotter sa propre cervelle contre celle des autres ".
    Son développement, dans le prolongement de l'humanisme, est propre à l'Histoire moderne. Cet ouvrage traite de la dimension historique et littéraire du voyage, prenant en compte ses aspects matériels, ce qui ne manquera pas de susciter l'intérêt tant des spécialistes du roman que des historiens de l'art ou des mentalités. Reconstruire l'histoire artistique et littéraire du Grand Tour, c'est aussi se pencher sur les moyens de transport des siècles passés, les différents aspects de l'hospitalité, l'appartenance sociale des voyageurs et la perception qu'ont eue les contemporains de ces aristocrates nomades.
    Avec le Grand Tour, c'est l'une des plus belles formes d'aventure intellectuelle qui a disparu.

  • Les Mémoires du paysagiste gallois Thomas Jones s'inscrivent dans la lignée des écrits sur le Grand Tour sur lequel elles apportent des informations détaillées, nouvelles et parfois uniques.
    Leur première traduction en français contribuera à faire mieux connaître ce voyage, quasiment initiatique, dans lequel se lancèrent les héritiers des grandes familles britanniques, bientôt suivis par des artistes, pendant près de trois siècles. Les origines du Grand Tour remontent à l'époque élisabéthaine quand les jeunes aristocrates étaient envoyés sur le Continent pour apprendre les rudiments de la diplomatie, notamment dans la patrie de Castiglione et de Machiavel.
    Le phénomène acquit de l'importance au XVIIème siècle parce qu'il devint moins dangereux d'envoyer les jeunes gens sur les routes de France et d'Italie plutôt que de les laisser séjourner dans une Angleterre en proie aux guerres civiles et aux troubles politiques. Une fois le calme revenu, après la révolution de 1688 et jusqu'au début du XIXème siècle, le Grand Tour demeura la clé de voûte de l'éducation des jeunes aristocrates.
    Reconnu comme une institution, il était tellement prisé qu'il cessa d'être l'apanage des classes supérieures. Jones décrit le Grand Tour arrivé à sa maturité, dans sa plus grande extension géographique et sociale, et c'est en cela qu'il passionnera les lecteurs français qui pourront apprécier l'ampleur et le degré d'organisation impressionnants de ces migrations vers la Méditerranée. De surcroît, le peintre consacre l'essentiel de ses pages à la vie quotidienne des artistes qui, comme lui, s'exilaient pour parfaire leur formation au contact des chefs-d'oeuvre et des paysages italiens.
    Ses Mémoires constituent dès lors une source incontournable pour tous ceux qui s'intéressent aux arts mais aussi aux mentalités du XVIIIème siècle car c'est l'autoportrait d'un peintre, d'un homme des Lumières et d'un européen qui apparaît en filigrane ici.

  • Jean-Paul Ferrier fut le premier Français à voyager en Afghanistan ; après lui, aucun autre, pendant pratiquement un demi-siècle, ne va plus y pénétrer.
    Qui était Jean-Paul Ferrier, un aventurier, un mercenaire, un agent secret ou un explorateur de haut vol ? Nul ne le sait exactement. Officier au 1er régiment des chasseurs d'Afrique, il accepte de partir pour Téhéran comme instructeur en 1839 et atteint le grade élevé d'adjudant général. En 1845, il décide de se mettre au service du maharadjah du Pendjab qui veut échapper à l'occupation anglaise. Mais comment parvenir au Pendjab sans traverser les territoires anglais ? La seule voie possible passe par l'Afghanistan, mais les autorités tentent de le faire renoncer à son projet après la découverte de l'assassinat de trois explorateurs.
    Déguisé en Arabe, il brave tous les interdits et part pour Hérat ; arrêté comme espion, il est emprisonné ; libéré, il emprunte la route de Kaboul, mais des guerres tribales l'obligent à s'engager dans les hautes montagnes. Ayant échoué par la route du nord, il repart vers Kandahar, à travers des déserts torrides et des contrées ravagées par des guerres continuelles ; il découvre que les Anglais occupent Kandahar depuis 1841, et que la route du Pendjab est complètement verrouillée.
    Il doit renoncer à son projet et retourne à Téhéran où il rédige le récit de ses aventures, qui sera publié en anglais d'abord en 1856, puis en français quatre ans plus tard. Ce récit hallucinant, est confirmé par les Anglais, malgré leur désaccord sur le caractère des Afghans qu'ils trouvent honnêtes et loyaux, alors que Jean-Paul Ferrier, lui s'il reconnaît que l'on peut trouver le sens de l'honneur chez les nobles, ne voit dans le peuple que des hommes particulièrement farouches.


  • jean chardin est né à paris le 26 novembre 1643 et mourut près de londres le 26 janvier 1713.
    fils d'un joaillier de la place dauphine et bijoutier lui-même, il n'avait pas atteint l'âge de 22 ans, que son père l'envoyait aux indes orientales pour des opérations relatives au commerce des pierres précieuses. il traversa la perse, visita surate, ormuz, et revint à ispahan oú il demeura six ans. le schah le nomma son marchand, titre qui donna à chardin l'occasion de fréquenter tout ce qui comptait à la cour et de recueillir les renseignements les plus curieux et les plus authentiques sur le système politique et militaire de la perse.
    il voulut apprendre les différents idiomes du pays, ce qui lui permit de s'informer directement sur les usages et les moeurs. il visita deux fois persépolis, et rassembla les matériaux les plus curieux sur les antiquités et les monuments. un dessinateur qu'il avait amené le suivait dans toutes ses explorations et il put ainsi rapporter des reproductions exactes dont nous donnons quelques exemples dans cet ouvrage.
    de retour en france en 1670, il comprit que son appartenance à la religion réformée l'écarterait des affaires ; aussi décida-t-il de quitter paris le 17 août 1671, avec une riche collection d'objets précieux. il arriva en perse deux ans plus tard, après mille aventures plus périlleuses les unes que les autres. il devait y séjourner dix années, visita de nouveau l'inde, et revint en europe par le cap de bonne espérance en 1677.
    les conséquences de la révocation de l'édit de nantes l'incitèrent à se fixer en angleterre, oú charles ii lui conféra le titre de chevalier ; le même jour, notre chevalier épousait une demoiselle protestante de rouen, que la crainte des persécutions avait déterminée à chercher un asile au-delà des mers. en 1683, il fut envoyé en hollande comme agent de la compagnie anglaise des indes et comme ministre plénipotentiaire de charles ii.
    la première édition de ses voyages, publiée à londres en 1686, relate son voyage de paris à ispahan. ce récit que nous reproduisons ici pour la plus grande partie, est particulièrement intéressant en ce qu'il évoque une civilisation à son apogée, et nous savons par les commentaires des voyageurs qui visitèrent la perse après chardin, combien étaient fiables, justes et profondes ses observations, variées ses connaissances ; c'est d'après ses études que montesquieu, rousseau, gibbon, helvétius, entre autres, ont étudié le système politique de la perse.


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