Le Solitaire

  • Sa voix chuchote dans la nuit. J'ai besoin de la séparation des corps, dit-il. Il peut s'accommoder de mon amour seulement s'il ne s'exprime pas dans ma chair. Il reconnaît mes sentiments mais cette nuit je veux qu'il reconnaisse ma peau. Son refus est un mur qui défend sa blondeur contre ma tendresse. Son refus me rejette en arrière. Je remonte les années. Mon corps d'adulte qui a su se trouver à travers les mains des hommes qui se sont posées sur lui disparaît. De nouveau, je suis enfermé dans mon corps d'enfant. Mon corps de la honte. Mon corps qu'on ne peut pas toucher. Mon corps qu'il faut cacher. Mon corps qu'il faut faire taire.

    Avec les trois récits qui composent Pourama Pourama, Gurshad Shaheman revient sur son enfance en Iran pendant la guerre, son adolescence passée seul avec sa mère, depuis l'exil d'Iran aux premiers pas dans l'apprentissage du français. Sous les meurtrissures d'une histoire de vie, dans sa quête d'identité, il défait aussi l'écheveau du désordre amoureux.

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  • Vivant

    Annie Zadek

    Il faut arrêter d'écrire.
    Il faut agir. Fendre du bois.
    Il faut travailler de ses mains‚ faire sa chambre‚ allumer son poêle.
    Mieux vaut le travail manuel que le ni-ceci-nicela avec mes amis écrivains.
    Je n'ai rien écrit aujourd'hui.
    Je n'écrirai rien demain.
    Cela semble mauvais mais c'est bien.
    Je ne veux plus écrire mais être.
    Plus : écrire de la littérature mais : être la littérature.

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  • Ainsi, je peux dire que j'ai appris de Maurice non seulement la beauté absolue de sa musique, mais aussi je peux dire qu'il m'a également enseigné à écouter le plus attentivement du monde, et avec le plus grand soin, toute musique. Il m'a enjoint dès la sortie de mon soupirail à lire des auteurs que je ne soupçonnais pas. Il me les a tendus comme on tend la main à un enfant pour qu'il ne tombe pas dans un puits profond, il m'a enseigné dans la chambre de mon enfance et dans la maison de mon enfance à réapprendre à écrire, donc à redécouvrir le verbe, mais aussi le chant, et toutes ces choses qui touchent à l'esprit. Il a donc été cette relation idéale que je cherchais intensément dans mon enfance. Et cette étrangeté qui m'unit à lui m'est devenue familière. Elle fait partie de ma maison, de ma vie, de mon corps, et je n'ai de cesse de la partager.

    Création au CDN Besançon Franche-Comté dans la mise en scène de Claude Duparfait et Célie Plauthe du 16 au 23 septembre 2016.

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  • « Et je songeais à Maupassant, un vrai Normand, celui-là, à Maupassant pris par l'Algérie, puis par la Côte d'Azur que ne quittait plus son yacht, à Maupassant hivernant dix années de sa vie de Cannes à Monte-Carlo, de Menton à Antibes, Antibes où il mourut pour ainsi dire, puisqu'il n'abandonna la petite jolie ville que lorsque sa raison l'eût abandonné ! Et puis c'était des confidences d'autres hommes du Nord que je me remémorais, des gens des pays de brume ensorcelés par le Midi, et pour ne citer qu'eux, Alexandre Hepp, un Lorrain, un Alsacien même, et René Maizeroy, un Messin, tous les deux charmés par la Gueuse, et je songeais aussi un peu à mon cas... Parti pour l'Italie le 15 mai, et demeuré deux mois à faire la navette entre Marseille et Toulon, avec halte à Aubagne, Carqueiranne et La Garde, prisonnier du fort Saint-Louis à Toulon, comme du fort Saint-Jean à Marseille, promeneur inconscient des allées Lafayette comme des allées de Meilhan, où j'errais, ce soir-là, tout rêveur, en pensant au petit Septentrion... »

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