La Gidouille

  • Je suis une femme protégée et à l'abri des soucis matériels, mère de grands adolescents, tournée vers ma vie de famille. J'ai pris conscience un jour qu'un homme, que je croisais dans la cour de mon immeuble depuis déjà quelques années, vivait dans des conditions très précaires.
    Nous lui avons proposé de venir vivre quelque temps dans notre appartement. Il y est resté plusieurs mois.
    Cet homme que j'ai appelé Willy entreprit alors de me raconter sa vie. Par fragments. Morceaux désordonnés que j'avais de la peine à rassembler au début mais qui finirent par trouver une cohérence, un sens.
    Ce récit est le récit de sa vie mais aussi le récit de cette expérience humaine : accueillir un homme étranger parmi les siens. Accueillir un vieil émigré qui a traversé la deuxième moitié du xxe siècle et ses grandes tragédies, la dictature, la guerre, la clandestinité, la grande précarité au moment où mes propres fils s'apprêtaient à entrer dans l'âge adulte.
    Willy se raconte donc. Ses départs et ses fuites : fuir son pays où il ne se voit aucun avenir, fuir la dictature de Tito, fuir la violence de son père. Ses errances d'émigrés sans papiers, la solitude à laquelle il est confronté tout jeune et qui le rattrape avec la vieillesse. Il raconte aussi ses amours qui ne pourront jamais rivaliser avec l'amour intense pour sa mère laissée en Croatie. Il raconte sa jeunesse qu'il vécut avec la légèreté de ses contemporains dans le Paris des années 70.
    Rencontres avec des personnages improbables, fantoches ou hauts en couleurs, dont la réalité demeure toujours un mystère. Les récits de Willy sont sincères et romanesques.

    L'amitié est au coeur de ce texte. C'est aussi l'histoire d'une amitié qui sert de fil conducteur au récit. L'histoire d'un ami qu'il avait accompagné jusqu'aux lisières de la mort. Aux lisières seulement. Un ami qu'il avait finalement laissé mourir seul.

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