L'archange Minotaure

  • Je suis malaisé à ébranler ; mais étant avoyé, je vais tant qu'on veut [...] on m'a dit : " [...] vous ne reviendrez jamais d'un si long chemin ! " que m'en chaut-il ! je ne l'entreprends ni pour en revenir, ni pour le parfaire ; j'entreprends seulement de me branler, pendant que le branle me plaît.

  • L'Ethiopie vit et souffre d'un double mythe : celui du royaume fabuleux du Prêtre jean et celui du pays ravagé par la famine et la guerre. Peu connaissent la réalité éthiopienne : celle d'une puissance en formation, d'un peuple souriant, énergique et digne. L'auteur a été quatre ans ambassadeur de France en Ethiopie. Son récit pourrait s'intituler : " Rencontre avec des gens extraordinaires ". Son travail et ses visites de terrain l'ont mis en contact avec des personnes d'exception, des femmes surtout, dont il s'attache à tracer le portrait. La beauté éthiopienne, ce sont ces visages tendus et joyeux, autant que les paysages des hauts plateaux ou les fresques des églises médiévales d'Amhara et du Tigray. C'est aussi l'ombre d'un voile au coin d'une ruelle de Harar où vécut Rimbaud. C'est la piété des innombrables fidèles en prière à la porte des églises. Ce sont ces silhouettes blanches croisées dans la lumière des phares le long de la route. C'est un peuple en marche.

  • Lettres de grenade.
    Swinburne est véritablement le " redécouvreur " du souvenir des maures d'andalousie. ce texte, jamais réédité depuis 1787, prépara le courant de " maurophilie " qui allait régner sur le mouvement romantique. voyage d'andalousie. la découverte de l'andalousie, en 1840, marqua durablement gautier. grenade, cordoue, séville lui révélèrent l'éclat d'une civilisation dont il se déclara l'admirateur et dont il fut le propagandiste inspiré.
    Je sens brûler le nom d'allah. quinet est le premier à percevoir, dès 1843, l'andalousie comme un lieu de mémoire, symbole d'une coexistence possible entre les trois cultures. un des plus beaux textes qu'ait inspiré le legs des " maures d'espagne ".

  • Plaisir de la contemplation des chats... J'aime peindre la ligne claire de leurs silhouettes agiles - attitudes fugitives faites de rusticité sauvage comme d'aristocratique nonchalance - avec le trait sans repentir du pinceau humide que commande un geste rapide. J'ai assez persévéré dans cet exercice pour qu'il en ait résulté presque à mon insu une imprégnation de mes modèles sur ma vie. Les peintres savent, cela. Les chats auront fini par me convertir à leur vie insouciante et vagabonde, sensuelle et oisive - ou me semblant telle. Pour mieux dire ils ont mis la pâte sur moi. J'ai examiné cette empreinte. Elle a le caractère de cette philosophie chinoise faite de détachement joyeux et d'acceptation sereine. Cette perception confère à mes compagnons pelus une humeur un peu narquoise dont je les sens dignes et un esprit, d'indépendance non dénué d'ironie fine qui m'amuse. C'est donc avec " l'oeil " de cette compréhension " toute philosophique " que j'ai imaginé les textes en contrepoint, de mes encres, un peu à la manière de ces chats lorsqu'ils veulent bien nous accompagner au long du sentier herbu ; de loin, sous les lisières, au gré de leur enjouement un peu farfelu, levant la tête à tout, oiseau qui passe et sans jamais être l'esclave d'une seule idée.

  • " Un voyageur est un homme qui s'en va chercher un bout de conversation au bout du monde ", a dit Barbey d'Aurevilly.
    C'est l'aventure même de Bernard Vanel avec ces conversations rapportées de Bucovine, de Laponie, de Sardaigne, de Transylvanie, d'Herzégovine, ou de Westphalie. Il a croisé des vies, parcouru pour un moment ces existences, entendu d'autres langues, partagé de fugitives rencontres. Ces présences effleurées il nous invite dans ce livre à notre tour à les connaître, à les toucher; à l'écoute étonnée de cette stupéfiante mémoire des hommes, à la fois si diverse et pourtant identique.

  • Si vous êtes, ainsi que je le souhaite car on aime pouvoir choisir ses interlocuteurs, de ceux que l'écoute de tel ou tel lied ou mouvement de trio ou de quatuor de Schubert, ou encore de tel autre d'une suite de Marin Marais, peut conduire au bord des larmes, et même l'y faire choir dans un vertige d'émotion, alors, vous êtes le bienvenu, ou la bienvenue, au terme de ces lignes qui sont, sur la neige du causse hivernal autant de traces d'une fuite éperdue vers l'ailleurs absolu, qui est aussi le plus intime et le plus familier de chacun de nous, en sous-oeuvre.
    Cela signifie aussi, et c'est en fait ce que je voulais dire, que vous êtes digne de ce pays aux mille paysages, de ce rocher tourmenté où se lit encore l'effort que fit autrefois la terre pour se donner une contenance qui fût à la fois distante et conviviale. Rude contradiction. Celle qu'assume sans ostentation la Lozère, terre d'introversion communicative, de mélancolie enjouée.

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