Kime

  • À une époque où l'industrie du tourisme est plus que florissante, l'auteur de cet ouvrage juge opportun de se pencher sur les origines du voyage en Europe, sur le Grand Tour comme sa matrice pédagogique et culturelle (de Montaigne à Gracq en passant par de Brosses, Sade, de Staël, Stendhal, Gautier, Larbaud, Proust et d'autres), et notamment sur l'Italie comme étape obligée, à la fois familière par son patrimoine et insolite par ses moeurs. Le voyage à l'étranger mène à la confrontation avec d'autres us et coutumes et suscite chez le sujet itinérant une rupture de l'habitude, un ébranlement identitaire, voire un « devenir-autre », tandis que le tourisme (anglais au départ) cherche finalement, malgré sa soif d'exotisme, à satisfaire un horizon d'attente rassurant. Et si le tourisme se nourrit de textualités en amont (Baedeker, guides, prospectus), le voyage a pour vocation de produire un document en aval (le « récit de voyage » proprement dit).
    Les acquis de la « géocritique » ont été mobilisés pour étayer les analyses mais cette nouvelle discipline, qui tente de localiser les espaces auxquels réfèrent les textes, se voit cependant révoquée dès que l'imaginaire des lieux entre en jeu, toujours plus fertile que le « réalème ».
    Se dégage en outre une équation entre voyager et lire car un même déprise affecte ces expériences respectives : le voyageur/lecteur doit larguer ses amarres pour « partir ».
    L'ouvrage pose en fin de parcours la question du dépaysement à l'époque du tourisme de masse. Cette découverte de l'ailleurs et de l'altérité est-elle menacée par l'ubiquité virtuelle et les flux globalisants ? Il semblerait toutefois que le flâneur qui déjoue la frénésie urbaine puisse encore éprouver un vacillement de ses assises sédentaires proche de celui que procure le voyage. Toute une série de pratiques de proximité - promenade, balade urbaine, marche -, inspirées par l'épistémologie ambulante et la pensée nomade qui infusent tout un pan de la philosophie récente, visent à réhabiliter l'égarement comme jouissance et instrument de connaissance (« vaguer, extravaguer, tournevirer, voguer », Montaigne). De sorte que l'auteur gage qu'il y aura toujours des recoins propices au dépaysement.

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