Jean-claude Taieb Averoess

  • "Je venais de terminer la correction et la mise en page du livre Paris-Auschwitz-Paris quand, de passage à Madrid un jour de janvier 2018, mon attention fut attirée par une banderole cintrant le haut d'un château d'eau à proximité de la Plaza de Castilla. Il y était écrit en gros caractères « AUSCHWITZ ».
    Surpris par cette annonce, une recherche « Auschwitz Madrid » sur internet m'indiqua :
    « Una exposición itinerante sobre Auschwitz y sus repercusiones históricas. » Je ne pouvais pas manquer cette exposition.
    Quatre heures de visite. Plus j'avançais dans l'exposition, plus j'étais bouleversé. Mon effarement a atteint son acmé lorsque j'ai vu des bagages de déportés et le nombre de boîtes de cirage et de brosses qu'ils contenaient.
    « Comment peut-on se préoccuper de telles futilités quand on est transporté vers une mort certaine ? » Déni ou complète méconnaissance du sort qui leur été réservé, dix années après la prise de pouvoir d'Hitler, quatre années après l'invasion de la Pologne et les persécutions de masse, deux années après l'opération Barbarossa et la Shoah par balle des juifs des Pays Baltes et de Russie ?
    Ma question est restée en suspend jusqu'en fin de visite où, au dessus d'une vitrine qui contenait une boite de cirage et une brosse, j'ai lu :
    « ...Nous sommes des esclaves, mais nous possédons encore un pouvoir, et nous devons le défendre de toutes nos forces car c'est le dernier pouvoir : celui de refuser ou de consentir. Aussi nous devons absolument laver nos visages sans savon, dans de l'eau sale et nous sécher avec nos habits. Nous devons cirer nos chaussures, non parce que des règles le précisent, mais pour garder notre dignité... ». Primo Levi (1946).
    J'avais déjà décidé de rééditer ce livre. Cette exposition m'a dès lors conforté dans la nécessité absolue de le faire, dans un contexte de montée des populismes en Europe ; d'antisémitismes déguisés ou non d'antisionisme ; d'assassinats au seul motif de ne pas penser comme ces criminels... ; à une époque aussi où l'on ba-nalise à nouveau le mal et bagatelise les massacres...
    Ce livre est le témoignage authentique du père de l'auteur, Thierry Hochberg, qui l'a retranscrit avec fidélité, grande émotion et beaucoup de talent.

    Libraire de livres anciens et enseignant vacataire en géopolitique à l'Université d'Aix en Provence, Thierry Hochberg écrit depuis de longues années nouvelles, essais et adaptations théâtrales avec la liberté qui sied à ceux qui n'ont pas l'intention de publier à tout prix.
    Paris-Auschwitz-Paris, son premier ouvrage, paru en 1993 a reçu le prix « Mémoire de la Shoah ».
    Sa réédition, aujourd'hui nécessaire dans le combat contre l'oubli, la banalisation, voire la difficulté à transmettre la parole d'une « jeunesse volée », se justifie pleinement. Par sa forme particulière, ce texte touchera tout un chacun, et en particulier les jeunes générations, afin de nous guider dans nos choix, nos avis, nos réactions, au présent et dans l'avenir.




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