Honore Champion

  • Il y a en Jean de Léry (134-1613) deux personnages contradictoires et indissociables, le " prédicant " austère et calviniste rigoureux d'une part ; de l'autre, le spectateur nostalgique et fasciné d'un Eden entrevu et aussitôt perdu.
    Le premier condamne, fulmine, déclare inexcusables les Indiens sans écriture aussi bien que ses coreligionnaires oublieux de l'Alliance. Le second, au contraire, regarde, écoute, espère, aime. Il est fasciné par la beauté native des Indiennes ou par la mélopée des danseurs chantant la naissance du monde. Il se souvient du temps trop court où l'Histoire paraissait suspendue dans sa course à l'abîme. L'Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil est le récit d'un témoin dédoublé, témoin intransigeant de la Parole d'une part, et en même temps, et contradictoirement, témoin amoureux d'un monde auquel il n'était pas préparé et au milieu duquel, l'espace d'à peine un an, il s'est trouvé de plain-pied.
    La réussite du livre tient à la tension entre ces deux points de vue. Jamais l'imprécateur et prophète ne l'emporte sur l'observateur, et l'ire de l'homme de Dieu passée, c'est le retour à la sérénité de la description complice et curieuse. Cette étude comporte quatre volets : " l'invention du récit de voyage ", traitant de la genèse du livre et d'un genre ; " l'invention du sauvage ", au carrefour de la théologie et de l'ethnographie ; " Résonances ", replaçant l'oeuvre dans la littérature du XVIe siècle, où elle tient l'une des premières places ; " Léry après Léry ", qui évoque l'actualité de ce texte fondateur, à travers les commentaires désormais classiques de Claude Lévi-Strauss et de Michel de Certeau.

  • Il a parcouru le monde principalement à pied et l'approchait par l'intelligence de l'expérience qu'il en faisait, par-delà les livres sans jamais oublier la modestie de ses origines villageoises. Né de parents métayers, Seume quitte l'université de Leipzig à laquelle des appuis financiers lui avaient permis d'accéder ; recruté de force par des Prussiens, il est envoyé en Amérique à la fin de la guerre d'Indépendance. De retour en Europe, il assiste au soulèvement de Varsovie et est fait prisonnier. En 1802, il se rend à pied à Syracuse et revient dans sa Saxe natale. Sa patrie est cette part du monde qu'il a foulée et qui s'effondre ou s'édifie.

    S'adressant à quelques amis, il publie des lettres qui racontent les étapes de son quatrième grand périple, cette fois autour de la mer Baltique au printemps et à l'été 1805. Il traverse des frontières nouvellement redéfinies et les zones d'influence arrêtées après le troisième partage de la Pologne de 1793 et la guerre qui a opposé la Russie et la Suède entre 1788 et 1790 et avant le passage des armées napoléoniennes en route vers Moscou.

    Témoin des violents contrastes sociaux à une époque où le servage est couramment pratiqué, mais aussi militant des Lumières, Seume rejoint Dresde, Breslau, Varsovie, Riga, Saint- Pétersbourg, Moscou, Viborg, Abo, Uppsala, Stockholm, Copenhague, Hambourg, Brunswick pour enfin retourner à Leipzig dont il était parti. La vie rurale aussi, dans son aménagement réel ou prometteur, retient son attention. Une patrie restera toutefois à édifier après en avoir confronté le rêve aux réalités multiples : la sienne est l'inquiétude d'une recherche permanente.

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  • Le Dieu inconnu.
    Léa, romaine abandonnée, désespérée, retrouve paix et consolation par sa conversion au Dieu des chrétiens malgré la persécution régnante. Cette courte fiction permet néanmoins à son auteure de dénoncer la société de son temps qui, en privant la femme d'instruction, l'écarte de toute évolution sociale.

    Le Contrebandier.
    Le Contrebandier, à la fois ballade et poème dramatique, est un texte écrit dans la marge d'un autre texte. C'est l'oeuvre d'une écriture au deuxième voire au troisième degré, puisque le texte est la paraphrase littéraire d'une paraphrase musicale de Liszt sur l'air célèbre de Manuel Garcia (« Yo que soy contrabandista »). Sa poétique complexe est le reflet des échanges de l'écrivain et du musicien sur les rapports entre l'art et l'artiste comme si George Sand avait aussi voulu mettre en scène, non seulement l'oeuvre mais aussi et surtout l'auteur du Contrebandier.

    L'Orco.
    À la manière d'E.T.A. Hoffmann, cette étrange nouvelle fantastique et féérique, racontée le soir sous la treille par la belle Beppa, met en scène un masque mystérieux, l'Orco, symbole de la résistance de Venise soumise à l'oppression autrichienne et un jeune autrichien, Franz, admirateur de Venise et bientôt amoureux, pour son malheur, de cette mystérieuse figure interdite.

    Pauline.
    « Mais Pauline ! » s'exclame Laurence... Une nouvelle fois, George Sand esquisse les destinées de deux jeunes filles que tout oppose - talents, caractères, vocations -, jusqu'au douloureux dénouement.

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  • La parution de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, en 1811, marque une étape capitale dans l'histoire des Voyages. Ce périple méditerranéen est entrepris dans le but d'aller " chercher des images " pour composer Les Martyrs. C'est donc en professionnel de l'écriture que Chateaubriand parcourt l'Orient. Son journal de route deviendra une oeuvre, dont les qualités littéraires seront unanimement appréciées. Pour autant, ce texte aux multiples facettes ne saurait se lire en fonction seulement d'une visée esthétique que les voyageurs récusaient volontiers en dénonçant les mensonges du style. L'auteur ne renonce pas totalement à la composante encyclopédique qui définit pour partie le genre en ce début de siècle, il se fait porteur d'un message consistant à accorder christianisme et liberté politique, il ouvre enfin la voie à cette veine du voyage personnel qui connaîtra une belle fortune dans la première moitié du siècle. Dans ce livre se superposent des temporalités multiples. On y peut découvrir l'histoire du sujet et celle des civilisations, en visitant concomitamment un musée et une bibliothèque constitués des plus belles productions du génie humain.

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  • Les Voyages de Mr de Thevenot aux Indes Orientales constituent le cinquième volume des récits de voyages de Jean de Thévenot faits entre 1655 et 1667, les quatre premiers étant consacrés au Levant, à la Turquie, à l'Égypte et à la Perse. Trois éditions en ont été publiées, après la mort de l'auteur, disparu à 34 ans en Perse sur le chemin de son retour d'Inde : deux à Paris en 1684 et 1689, une à Amsterdam en 1727 et aucune autre jusqu'à ce jour. Ces notes de voyage retrouvées par le célèbre Père capucin Raphaël du Mans, ont été mises à jour par son frère Bonaventure et son ami le grand orientaliste François Pétis de La Croix. L'intérêt du récit "Contenans une Description exacte de l'Indostan, des nouveaux Mogols et des autres Peuples et Païs des I ndes Orientales, avec leurs Moeurs et Maximes, Religions, Fêtes, Temples, Pagodes, Cimetières, Commerce et autres choses remarquables", réside dans son honnêteté, dans la richesse de sa documentation et dans sa profondeur d'analyse autant que dans sa rédaction, aussi instructive que plaisante à lire.

  • L'oeuvre de Charles Coypeau Dassoucy est devenue un lieu de passage obligé des travaux sur le libertinage, le burlesque, l'histoire comique et le roman personnel. Nerval et Aragon avaient déjà invité un plus large public à redécouvrir le "génie" de cet écrivain irrégulier. Associant la lyre et le rire, la trajectoire créatrice de Dassoucy l'a conduit d'une pratique poétique et musicale à la formule ménippéenne et burlesque des Aventures. Cette oeuvre-testament est ici replacée dans la série des dernières oeuvres apologétiques de l'auteur qui sont aussi le lieu d'élaboration d'une "autofiction", au double prisme du récit de voyage burlesque (Les Aventures et Les Aventures d'Italie) et de l'écriture carcérale (La Prison, Les Pensées). La perspective inouïe de ces Mémoires d'un réprouvé confère à Dassoucy la possibilité de libérer une parole réprimée, même si celle-ci emprunte les voies souterraines de l'équivoque et de la dis/simulation libertines : cette écriture de survie vise d'abord à apporter des justifications publiques contre les accusations, les calomnies et les rumeurs dont a été victime un musicien bien connu pour ses relations avec ses jeunes pages et qui, après une période de tolérance, s'est retrouvé emprisonné à plusieurs reprises. Le nom même de Dassoucy ayant été "grillé" sur la place publique par le Voyage d'Encausse de Chapelle et Bachaumont publié dès 1661, celui-ci se réapproprie dans La Prison et les Aventures une fonction-auteur et se re-nomme le "Diogène du siècle.

  • Les mérites littéraires de cette vaste mise en prose ont été reconnus depuis longtemps. Georges Doutrepont loue l'instinct d'observation psychologique, le goût et l'amour du métier de son auteur. François Suard souligne la qualité d'une langue "savoureuse et cadencée". Les linguistes y trouveront pour leur part une moisson non négligeable de faits intéressants, plus particulièrement sur le plan du lexique : hapax, hapax sémantiques ou grammaticaux, premières occurrence ou occurrences très tardives, régionalismes, locutions propres au moyen français. Outre un copieux Glossaire et une Étude de la langue, on trouvera dans le volume III l'Étude des manuscrits, une Table des noms propres et une Liste des Proverbes.

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  • Jean de Thévenot, neveu du célèbre Melchisédech Thévenot, orientaliste, éditeur de Relations de voyages curieux, entreprend en décembre 1652, à l'âge de 19 ans, un tour d'Europe qui le mène de Paris à Londres puis en Hollande, en Allemagne et en Italie, jusqu'à Rome où il arrive en 1655. A la suite d'une rencontre avec Barthélemy d'Herbelot, qui étudie les langues orientales et projette un voyage en Orient, mais doit y renoncer, Thévenot décide de partir seul pour visiter la Turquie et l'Egypte. Sept ans plus tard il débarque à Livourne, découvre l'Italie du nord, traverse les Alpes, longe la côte de la Méditerranée et regagne finalement Paris où il arrive en septembre 1662. Dès 1663, après avoir mis au point le récit de son Voyage au Levant qui sera publié en 1664, il ne résiste pas au désir de repartir pour la Perse et l'Inde et c'est sur le chemin du retour vers la France qu'il trouve la mort à Mianeh en 1667, à l'âge de 34 ans. Le journal de ses deux voyages en Europe, aller et retour, qu'il n'avait pas l'intention de publier, est resté à l'état de manuscrit jusqu'à ce jour où nous avons estimé qu'il était intéressant de rééditer ce précieux témoignage d'un voyage d'initiation accompli par un jeune homme curieux et aventureux. Le manuscrit que Thévenot jugea utile de faire recopier par un " écrivain ", a été corrigé et parfois complété de la main de l'auteur. Conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, il a fait l'objet d'un décryptage qui permet de découvrir l'Europe du XVIIe siècle, vue par les yeux d'un jeune homme cultivé qui ne court pas la poste. Thévenot décrit avec un regard acéré et un esprit critique constant, les grandes et petites villes européennes, leur administration, leur urbanisme, leurs personnages historiques, certains de leurs trésors artistiques civils et religieux, les moeurs de leurs habitants, les grands lieux de pèlerinage, à une époque où l'on savait être un voyageur solitaire. On aurait intérêt, aujourd'hui, où le voyageur n'est trop souvent qu'un touriste grégaire et pressé, à marcher sur les traces de Jean de Thévenot.

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  • Dans l'Allemagne morcelée du XVIIIe siècle, voyager s'impose avant l'exercice d'une modeste souveraineté.
    En 1766, le prince d'Anhalt-Dessau associera au " grand tour " un ami intime, F. W. von Erdmannsdorff, et un petit-neveu, G. H. von Berenhorst. Uni par sa jeunesse et une expérience désastreuse de la Guerre de Sept Ans, le groupe en rapporte la découverte d'une dimension esthétique et un art de vivre.
    Les deux Journaux, rédigés quelques années plus tard en français et publiés pour la première fois conjointement et dans leur intégralité, témoignent des enthousiasmes et de sensibilités différentes des deux accompagnateurs.

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  • Bouleversé par la mort de son père, médecin protestant à La Rochelle, Élie Richard (1672-1720) part en voyage. Après un séjour à Paris où il a fait ses études, il traverse les Pays-Bas espagnols pour arriver à Amsterdam. Il y est reçu par des parents réfugiés, dont les noms ne sont pas révélés. Depuis Amsterdam, métropole qui depuis des siècles entretient des rapports avec La Rochelle, il part à la découverte de la république autonome des Provinces-Unies. Il assiste aux prêches des ministres réfugiés, rend visite aux savants, aux libraires et éditeurs qui diffusent des ouvrages interdits dans son pays d'origine. Il visite également les jardins botaniques, les cabinets de curiosités, les sites recommandés par ses guides. Ses excursions dépassent même les frontières de la Hollande. À Aix-la-Chapelle, il fait une cure en station thermale et visite ses églises. À Liège, il est reçu par le gouverneur de la citadelle, ancien concitoyen passé au service des forces alliées contre la France. Loyal sujet de Louis XIV, il ne cesse de rencontrer des compatriotes qui ont fui la persécution en France avant ou après la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).

    Après son retour, Élie rédige à La Rochelle la relation de ses voyages en se fondant sur ses notes, ses croquis et la documentation qu'il a réunie. Il y ajoute un court récit de son voyage aux Pyrénées, entrepris auparavant pour accompagner son père malade qui avait décidé d'y prendre les eaux sans se faire d'illusions sur ses chances de guérison. Là encore, il ne se prive pas de visiter les curiosités du pays et les savants. Jusqu'à la fin de ses jours, Élie ajoutera des détails au récit de ses voyages. Il lui arrive d'en tempérer les hardiesses ou d'éliminer les passages qui risquent de choquer au pays où il a choisi de vivre.

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  • Algérie et Égypte, deux mots qui résonnent dans la conscience de tous ceux qui s'intéressent aux représentations de l'ailleurs. Si Gautier est l'un des maîtres de ce qu'on appelle la littérature viatique, il faut rappeler que son Voyage en Algérie et son Voyage en Égypte sont restés inachevés. Ils paraissent pour la première fois conjointement, révélant du même coup des parentés dans la représentation d'un espace souvent perçu à travers le regard des peintres orientalistes, alors même qu'ils étaient l'un et l'autre en pleine transformation : en 1845, c'est sous la contrainte coloniale que l'Algérie s'européanise, tandis qu'en 1869, c'est par la volonté du khédive Ismaïl que les fêtes d'ouverture du canal de Suez se veulent la célébration d'une Égypte modernisée. Mais dans l'un et l'autre cas, Gautier sait voir ce qui échappe à la logique de la domination occidentale, comme la simple beauté de certains paysages qui constituent aussi, Gautier le pressentait, et dans un sens bien différent de celui de la logique prédatrice qui fut celle de l'Europe du XIXe siècle, notre héritage commun, de part et d'autre de la Méditerranée.

    Édition établie, présentée et annontée par Véronique Magri-Mourgues. Édition établie, présentée et annotée par Sarga Moussa.

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  • Chronique d'un périple qui en 1850 mena Théophile Gautier de Milan à Rome et Naples, le Voyage en Italie réunit l'ensemble des feuilletons consacrés à l'Italie du Nord et à Florence, qu'il publia au fil du voyage et après son retour, dans La Presse puis Le Pays. Il nous restitue à la fois l'éblouissement de l'amateur d'art devant quelques-uns des édifices les plus prestigieux de la Péninsule et les impressions du flâneur qui réalise, au gré de ses promenades, des « daguerréotypes » de l'Italie actuelle et familière, sur laquelle il porte un regard particulièrement aigu. Venise y occupe une place de choix et Gautier contribua notablement à reconfigurer l'image ténébreuse qu'en avaient donnée les romantiques, au profit d'une réflexion plus concrète, notamment sur l'occupation autrichienne. Italia, qui fut le premier titre du volume, allait ainsi constituer à la fois un guide pour les voyageurs de la seconde moitié du XIXe siècle et l'une des bornes milliaires de l'oeuvre de Gautier.

    Édition établie, présentée et annotée par Marie-Hélène Girard.

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