Christian Bourgois

  • De son écriture précise et acérée, Tiziano Scarpa propose un guide personnel de Venise, sa ville natale, connue pour attiser les convoitises touristiques. Composant une véritable invitation à la découverte et à l'errance, il ne nous entraîne ni dans une banale excursion ni dans une navigation rêveuse. Le corps urbain qu'il décortique est de pierre et de sang, avec ses pieux déchaussés enfoncés dans la vase, sur laquelle repose le poisson mirobolant à nul autre pareil.
    Avec Scarpa, on déambule dans l'intimité viscérale, minérale, aquatique, de la plus mirifique des cités lagunaires, dont les feux et les langueurs n'en finissent pas de brasser l'Orient et l'Occident confondus.

  • Inspiré par les années passées au Japon, Tokyo-Montana Express, publié en 1981, comprend un peu plus de 130 chapitres, les uns de quelques lignes, les autres de plusieurs pages, et fait la navette entre le Montana, où Richard Brautigan vivait une grande partie de l'année et le Japon, dont il était tombé amoureux au cours d'un voyage.
    À bord de ce train fantôme, se trouvent des restaurants où toutes les serveuses, choisies par le patron, se ressemblent comme des sosies, et d'autres où personne ne vient, un taxi plein de carpes, des chiens errants, la plus petite tempête de neige jamais recensée et le plus grand film érotique du monde.
    Empreint de l'ironie caractéristique de Richard Brautigan mais également d'une grande poésie, ce livre est comparable à un journal, parfois intime, un livre de bord des choses vues en rêve, les moments remarquables ou banals de l'existence, quand on partage, comme l'auteur, sa vie entre les deux bords du Pacifique et qu'on pose un regard attentif sur chaque nouvelle personne rencontrée, chaque détail du quotidien.

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  • Il y a 500 ans, Léonard de Vinci mourait à Amboise dans le manoir offert par François Ier pour qu'il vienne se mettre à son service. Léonard était arrivé en France trois ans plus tôt, accompagné de ses assistants et surtout avec la Joconde, qu'il vendit au roi. C'est le début d'un mythe dont 500 ans n'ont pas diminué la force, comme en témoignent les célébrations de 2019 et les visiteurs qui se pressent aujourd'hui devant les oeuvres, avant les foules qui vont se précipiter à la grande exposition qui ouvrira au Louvre au mois d'octobre.
    Adieu Léonard ! est à la fois un essai et un récit, celui d'un homme, un personnage, un amateur de peinture que la perspective du cinq-centenaire pousse un jour à revoir les oeuvres de Léonard. On le suit depuis sa première visite au Louvre, dans un cheminement répété à travers le musée pour s'interroger sur le sens du phénomène Vinci, dans sa vie imprégnée d'une culture façonnée par l'école et l'Histoire de France. Pour s'interroger sur l'oeuvre aussi, en regard de celles de ses contemporains, sur la place qu'on aurait pu lui accorder avec mesure dans la peinture de la Renaissance, si un détournement mythologique n'avait pas empêché de le faire.
    Un essai par la méditation intérieure du personnage et un récit de voyage sur les lieux où il va s'interroger, du Louvre au Clos Lucé, de Paris en Amboise, puis à Florence et Vinci, là où Léonard est né, s'est formé et a terminé sa vie. Un voyage dans ce que l'artiste a vu, les paysages réels et leurs représentations par les uns et les autres, campagnes et jardins, villes et villages, églises et châteaux..., une anamnèse, un retour aux sources, celles de Léonard et tout autant celles d'un amateur d'art, héritier d'une histoire nationale qu'on a voulue illustrée par la Joconde.

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  • Cinquième génération d'agriculteurs des grandes plaines du Kansas côté paternel, et énième génération de mères adolescentes côté maternel, la journaliste Sarah Smarsh fait le récit de son enfance passée, dans les années 1980 et 1990, dans une ferme à des dizaines de kilomètres de la ville la plus proche, Wichita.
    Par sa description méticuleuse de sa vie quotidienne, les portraits qu'elle brosse des membres de sa famille et la manière dont elle envisage plus généralement la situation de son pays et le déclin dont elle a été le témoin, Sarah Smarsh livre un regard d'une lucidité rare sur la vie des travailleurs pauvres de cette Amérique que l'on néglige bien souvent, ce coeur du pays fait de plaines infinies que les Américains appellent Heartland.
    Petite fille, Sarah a profité de la liberté de cette enfance vécue à la campagne, mais elle a aussi observé les épreuves qu'imposait la pauvreté à son entourage : maladies mal ou non prises en charge en raison de l'absence d'une assurance santé ou de soins réguliers, conditions de travail dangereuses, relations violentes, ressources et informations trop rares pour permettre la mobilité sociale ascendante qu'est sensé promettre le fameux rêve américain.
    En racontant sa vie, et celle des gens qu'elle aime, avec clarté, précision, compassion, et sans porter de jugement, Smarsh nous emmène au plus près de la classe ouvrière pauvre, une classe constituée d'hommes et de femmes que l'Amérique a appris à considérer comme valant moins parce que gagnant moins, une classe à laquelle un pays a inculqué la honte d'elle- même.

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  • Gratitude

    Olivier Sacks

    C'est à travers quatre courts essais que l'écrivain et neurologue Oliver Sacks livre au lecteur, dans une langue simple et dénuée de tout pathos, ses dernières réflexions sur sa vie telle qu'il l'a menée et telle qu'il entend la terminer. S'il revient brièvement sur certains épisodes qui ont marqué sa jeunesse, c'est en premier lieu son sentiment sur une vie étonnante qu'il offre dans ce livre et son attitude face à la fin de vie - Oliver Sacks était atteint d'un cancer en phase terminale -, exempte de toute amertume ou frustration, marquée, au contraire, par une sérénité poignante qui donne à réfléchir.
    Si la mort est la plus universelle des expériences humaines, elle suscite chez les personnes touchées par le décès d'un proche ou confrontées au présage de leur propre disparition de multiples réactions. Devant la diversité des comportements, l'entourage se sent souvent désemparé. C'est face à cette détresse que le court texte d'Oliver Sacks prend tout son sens.
    À travers ce récit, l'auteur ne prétend pas donner de solution, il n'impose aucune réponse, il se contente de partager son expérience avec le lecteur. C'est de la neutralité du ton qu'il emploie que son texte, semblable à une longue épitaphe, tire toute sa force.

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  • On ne sait rien, je ne saurai jamais rien : qui est le garçon à côté de moi ? Que fait-il dans la journée ? Comment est sa chambre ? Que pense-t-il ? Quelle est sa vie sexuelle ? Petit col blanc et propre, mains fines, ongles longs.

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  • Quatre histoires, subtilement liées, racontées avec la même langue, mais dans les styles propres de narrateurs différents qui dessinent peu à peu la véritable protagoniste de ce récit : la défaite. Un capitaine de l'armée de Franco qui, le jour même de la victoire, renonce à gagner la guerre ; un jeune poète qui, effrayé, fuit avec sa compagne enceinte et vit en l'espace de quelques mois une expérience vertigineuse de maturité et de mort ; un prisonnier dans la prison de Porlier qui refuse de vivre dans l'imposture afin que le bourreau puisse être qualifié de bourreau ; enfin, un diacre sensuel masquant sa lascivité derrière le fascisme apostolique qui réclame le sang purificateur du vaincu. Tout ce qui est raconté dans ce livre est vrai, mais rien n'est certain, car la certitude a besoin de l'acquiescement et l'acquiescement a besoin de la statistique. Les horreurs furent si nombreuses que toutes les peurs, toutes les souffrances, tous les drames ont finalement une seule chose en commun : les morts. Les morts de notre après-guerre sont déjà résolus en chiffres officiels, mais le moment est venu pour nous de commencer à nous souvenir de ce que nous savons. Les tournesols aveugles n'est pas le livre d'un auteur traumatisé par une transition qui a avorté la revanche des vaincus d'une guerre, une fois l'ordre démocratique établi ; on doit éviter de le cataloguer parmi ces titres qui, depuis quelques années, sont les représentants tardifs d'une vengeance frustrée. Les quatre récits tournent effectivement autour de la Guerre Civile et de ses conséquences politiques dans la société espagnole de l'après-guerre, mais ce sont aussi quatre histoires pleines d'affliction et de désolation, dans lesquelles est sous-jacente l'horrible idée que, dans une guerre civile, personne ne gagne. C'est, en définitive, un livre de deuil flagrant qui invite à assumer l'histoire telle quelle est, à ne pas oublier les horreurs passées pour éviter de les répéter.

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  • " Sans hargne mais de manière décidée, avec la dextérité dont fait preuve un bon boucher lorsqu'il dépèce une bête, Pepe Carvalho ouvre le livre et le met en pièce, face au public ? Il en arrache les feuilles et les froisse.
    Puis il va jusqu'à la cheminée et place le papier froissé au coeur des bûches, méthodiquement empilées, de la plus menue à la plus grosse. Il sort un briquet de sa poche et met le feu au papier. Les flammes jaillissent. Il regarde avec mélancolie prendre le feu. Il se retourne alors vers le public, montre la cuisinière d'un geste : - Je m'appelle Pepe Carvalho et je suis en train de préparer un gigot d'agneau de lait à la bière.
    En matière de cuisine, les noms des plats impressionnent beaucoup, mais les modes de préparation sont d'ordinaire routiniers, faciles, évidents. Cette recette n'échappe pas à la règle. Vous faites revenir l'oignon, avec un peu de poireau, des carottes, de l'ail, de la tomate. Vous mettez ensuite le gigot d'agneau, coupé en morceaux, farinés, vous laissez un peu rissoler. Un litre de bière, un peu d'eau si on craint l'alcool, bien que l'alcool s'évapore à la cuisson...
    Assaisonner... Laisser mijoter... Et les dés sont jetés. "

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