Beaurepaire

  • La littérature n'est pas le droit, ni le droit, la littérature. Pourtant rivales, ces deux disciplines sont parfois complices. Ainsi, dans le second XVIIIe siècle, dans leurs plaidoyers écrits - les factums -, les avocats recourent au langage littéraire pour défendre les intérêts de leurs mandants lors de procès retentissants, telles à Nancy l'affaire Malclerc-Humbert (1755-1757) et l'affaire Jean-Baptiste Alliot (1769-1770) ; deux conflits conjugaux, familiaux, bons sujets littéraires mais aussi l'un des matériaux premiers du barreau.
    Rencontre du littéraire et du judiciaire comme le révèle ici l'analyse de la mise en récit de ces deux procès exemplaires à une époque - l'âge d'or du barreau - où jamais la proximité n'a été aussi grande entre gens de lettres et gens de robe ; une époque également où les factums touchent désormais un public élargi, public qui, à la faveur de la contestation des années 1750, s'est en Lorraine comme en France exercé au jugement critique. Aussi, pour les avocats, ne s'agit-il plus seulement d'instruire les magistrats mais de mobiliser ce public qui, de spectateur, est devenu acteur et interlocuteur.
    D'où le récit des faits à présent apprêtés au goût de ce public qui n'a rien d'initié, féru de pathétique, en mal de sensibilité, passionné de théâtre. Mêlant l'utile à l'agréable, les auteurs des factums déploient des stratégies nouvelles empruntées à la littérature qui met alors en place de nouveaux héros, de nouvelles formes d'écriture. Théâtralisant les faits, usant du pathétique, adoptant une scénographie romanesque pour mieux persuader, telles sont les procédures mises en oeuvre par les avocats lors de la rédaction des factums Malclerc et Jean-Baptiste Alliot.

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