Biographie / Témoignage littéraire

  • «La France des années 70 est un banquet gaulois où l'on boit et mange en parlant fort sous le regard magnanime de nos hommpolitiques punaisés au mur comme on place un patriarche en bout de table.
    Moi je suis à l'autre bout, disposé à imiter ce qui passe, à devenir un adulte comme ceux qui me nourrissent, me servent des grenadines, me reprennent si je jure, me déposent à l'école publique. Bientôt je prendrai leur place, puis celle du patriarche. Une vie se sera passée et dedans il y aura eu de la politique, dès le début et jusqu'à la fin.
    Elle ne s'est pas passée comme ça.» Ni manuel de conduite, ni texte prosélyte, ni justification complaisante, ni examen de conscience, ni autoportrait générationnel, Deux singes ou ma vie politique emprunte à l'ensemble de ces registres, tout en les détournant de leurs lieux communs.

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  • " La vie en prison continue. Dehors un merveilleux printemps, éblouissant, juteux, se déverse et nous n'en apercevons qu'une goutte à l'intérieur des cellules. Parfois un avion passe dans le carré de ciel et semble briser l'épine dorsale de la maison. " En février 1963, Grisélidis Réal est incarcérée à la prison pour femmes de Munich où elle demeure sept longs mois. Elle y tient son journal, entre peinture d'une âme en peine et chronique de captivité. Ce document brut, découvert peu après sa mort, constitue le premier texte d'une jeune prostituée se révélant écrivain. Il ajoute un dernier épisode saisissant au récit autobiographique Le noir est une couleur.

  • Usant de sa propre expertise en économie, Marianne Rubinstein s'est penchée sur le sort de Detroit (Michigan), en proie aux excès du capitalisme financier lors des trois dernières décennies, mais aussi, depuis peu, en voie de renaissance accélérée. Pour mener à bien ce projet, elle y a séjourné à deux reprises grâce à l'obtention d'une mission Stendhal début 2015.
    Dans cette ville trois fois et demi plus étendue que Paris pour 700 000 habitants seulement, elle a vu les maisons éventrées, les usines et les écoles murées, visité les vestiges de sa désindustrialisation, noué amitié avec Nancy Jones, sa logeuse et guide sur place, et écouté de nombreux récits de vie, touchant à la mémoire ouvrière de Motor City ou aux luttes contre la ségrégation raciale. Elle a aussi mis en lumière les arrière-pensées idéologiques de la success story de Henry Ford et analysé les étapes de son déclin, depuis la délocalisation de la production au cours des années 70 jusqu'à la récente crise des subprimes. Au terme de cette enquête, elle aura constaté que ce processus a voué plus de la moitié des anciens résidants blancs à l'exode pour ne laisser sur place que des afro-américains surendettés, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté, pris en étau entre hausse vertigineuse de la délinquance et extinction des services publics.
    À la même période, l'auteur doit faire face à un autre phénomène de dévastation, celui d'un cancer du sein. Cette longue période d'intimité avec la maladie, dont plusieurs opérations et séances de chimiothérapie, vient alimenter la charge émotionnelle de l'écriture. En 54 brefs chapitres, Detroit, dit-elle entremêle les données factuelles d'une dévitalisation urbaine et le ressenti d'une lutte contre les métastases malignes.
    D'où la puissante originalité de ce récit, documentaire et intimiste, qui commence par interroger les dérèglements du capitalisme comme une pathologie en perpétuelle mutation, suscitant parfois par lui-même ses antidotes, et finit par envisager les possibilités - à Detroit et dans le propre corps de l'auteure - de la reconstruction d'un tissu social plus équitable et d'une identité personnelle désirable.

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  • Dressing

    Jane Sautière

    De notre naissance à notre mort, ce n'est pas un bref compagnonnage que celui du vêtement. Tous les jours, à toutes occasions, solennelles ou ordinaires, sans qu'on en garde le plus souvent la moindre conscience, nous vivons dans cette coque ou ce pelage. Le vêtement couvre et aussi souligne genre, condition sociale, usages et, bien sûr, mortalité. Au travers de l'exposition d'une penderie, il ne s'agit pas tant de théoriser, mais de joindre, de laisser voir endroit et envers, le vêtement comme récit de son porteur.
    Je me souviens avoir particulièrement aimé le travail d'un artiste exposant l'envers de broderies, qui recouvraient un secret dissimulé dans la toile du canevas. J'aimerais qu'il en soit ainsi dans ce livre, un aller-retour du visible et du caché, de la matière au commentaire.

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  • Vous n'étiez pas là

    Alban Lefranc

    « On s'est bien foutu de votre gueule toutes ces années, de vos grands yeux ahuris, de votre indéracinable accent teuton, un peu moins les derniers temps où votre main s'armait promptement d'un tesson paraît-il, Queen of the bad girls enfin, parvenue au but. »

    Ni hagiographie, ni descente en flammes, Vous n'étiez pas là détourne le genre biographique pour passer outre les images d'Épinal associées à Nico (1938-1988) : cover-girl précoce, demi-mondaine dans La Dolce Vita, égérie des films de Warhol, femme fatale du Velvet Underground, maîtresse d'une poignée de célébrités et increvable junkie bien au-delà des années 70.
    Apostrophant son héroïne sur un ton tendre et grinçant, Alban Lefranc s'approprie les tendances à l'affabulation de Nico, tord ici et là le bâton des faits et finit par la mentir vraie. Partant de ce rapport décalé, elliptique et dissonant, il l'exhume des ruines du IIIe Reich, la confronte à l'absence d'un père, autopsie les zones d'ombre de son ascension fulgurante, remet en perspective ses frères de chaos, ôtant un à un les masques d'une intériorité mouvante pour réinventer quelques-unes de ses vies possibles.

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  • " la morgue, c'est la ville en dessous.
    le boulevard du fait divers. l'administration de ses violences, de ses suicides et de ses suspicions. mort métropolitaine, mort défigurée. les morgues, c'est tout ça. de paris à new york, d'instituts médico-légaux en dépositoires hospitaliers, c'est la même ténacité du cadavre. colorié et silencieux. entre les cars de police, les sirènes et les gyrophares, la pompe violette et les outils des garçons d'autopsie.
    " jean-luc hennig saisit sur le vif ce territoire imaginaire à force d'entretiens minutieux, d'extraits d'archives, de reportages in situ et de portraits bouleversants, savoureux ou glaçants. autrement dit, en matérialiste déjanté et sensualiste non moins raffiné, il nous restitue les décors, gestuelles, rituels, trafics, odeurs, rêveries, phobies, folies qui hantent ces travailleurs de l'au-delà.

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  • Ce livre est remis en vente en avril 2008 avec une nouvelle jaquette, dix ans après sa parution, quarante ans après mai 68.
    «No ©opyright, c'est la formule choisie par Yves Pagès pour l'auteur du livre qui est peut-être le plus émouvant de cette petite bibliothèque de Mai 68. Un document brut, à conserver, à méditer. Une machine à rêves. C'est en déménageant les caves d'un ancien local universitaire, rue de la Sorbonne, qu'Yves Pagès a trouvé un dossier portant la mention "les murs de la Sorbonne, relevé des inscriptions, mai-juin 68". Ce pointage minutieux était l'oeuvre de quatre femmes et d'un homme, grévistes, employés dans un laboratoire attaché au CNRS. [...] De page en page, on rit, on s'émeut, on se souvient que certains propos, qu'on a voulu oublier, étaient désolants, on croise aussi Hölderlin et Allen Ginsberg.» Josyane Savigneau, Le Monde.

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