Littérature générale

  • L' île de Staten Island, à New York, a hébergé de 1948 à 2001 ce qui devint peu à peu l' une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde.
    Mordor urbain, la décharge de Fresh Kills - que l' on disait visible de l' espace - ne devait initialement être opérationnelle que pour trois ans. Mais au fil du temps, des montagnes d' ordures, littéralement, s' y sont érigées. La dernière barge de déchets y sera déposée en mars 2001.
    C' est là qu' on stockera les débris issus des attentats du 11 septembre.
    Aujourd' hui, le site de Freshkills se transforme en un parc verdoyant, parmi les plus grands de New York, construit au-dessus des déchets enfouis.
    /> Dans ce récit-documentaire à la croisée des genres, Lucie Taïeb remonte aux origines de cette décharge de Babel pour « penser le problème de manière poétique » et comprendre ce lieu qui, à l' apogée de sa production, traitait jusqu' à 29 000 tonnes d' ordures par jour.
    S' intéresser à l' histoire de ce site et à la façon dont nous traitons nos déchets est aussi pour l' autrice l' opportunité de questionner l'usage du langage technocratique et marketing pour influencer notre perception du réel.

  • Tea rooms Nouv.

    Dans le Madrid des années 1930, Matilde cherche un emploi. La jeune femme enchaîne les entretiens infructueux : le travail se fait rare et elles sont nombreuses, comme elle, à essayer de joindre les deux bouts. C'est dans un salon de thé-pâtisserie que Matilde trouve finalement une place. Elle y est confrontée à la hiérarchie, aux bas salaires, à la peur de perdre son poste, mais aussi aux préoccupations, discussions politiques et conversations frivoles entre vendeuses et serveurs du salon.
    Quand les rues de Madrid s'emplissent d'ouvriers et ouvrières en colère, que la lutte des classes commence à faire rage, Matilde et ses collègues s'interrogent : faut-il rejoindre le mouvement ? Quel serait le prix à payer ? Peut-on se le permettre ? Qu'est-ce qu'être une femme dans cet univers ?

  • De courtes histoires composent ce roman de la ville si particulier, le premier texte d'Amandine Dhée, où l'on découvrait alors avec jubilation ce ton décalé et cet humour parfois corrosif qui lui sont propres.
    Dans Du bulgom et des hommes, l'autrice-narratrice, dans un monologue adressé directement au lecteur ou à la lectrice, décortique avec humour des situations absurdes auxquelles sont confronté.e.s la plupart des citadin.e.s d'une grande ville. Vieilles dames armées, super-héros souterrains, conseillers municipaux inspirés... sont autant de personnages inventés pour mieux saisir l'absurdité de ce monde. À la façon d'un documentaire animalier, Amandine Dhée passe au crible les comportements humains en milieu urbain.
    Au risque de se répéter, c'est jubilatoire, que l'on soit citadin ou non !

  • Écrivaine et féministe, Amandine Dhée témoigne de sa maternité avec laquelle elle doit composer sans véritable modèle familial, mais dont elle fait  nalement une force.

    Enceinte puis jeune mère, l'auteure raconte la norme qu'on tente quotidiennement de lui imposer et sa lutte pour préserver son émancipation : son éveil politique et la création. Elle s'interroge sur la perception de son propre corps: où dire la violence d' être habitée par un autre ? Sur son métier d'auteure : mon cerveau est colonisé. Même absent, le bébé m' accapare. Mais aussi sur sa sexualité, la répartition des rôles au sein de la famille, la transmission ou encore sur ses propres contradictions...

    Sur commande
  • De Buenos Aires à Madrid, en passant par Paris et le Kent, ce roman nous entraîne au coeur des questionnements sur l'identité, la transmission, l'exil et l'écriture.
    Fils d'un immigré roumain installé à Buenos Aires, le narrateur, écrivain, décide de partir vivre à Paris. C'est dans un café qu'il prend l'habitude de lire les lettres que son père lui envoie, se remémorant l'histoire de sa famille.
    Quand il apprend que son père est lui aussi en train d'écrire un livre, il se sent dérouté. Et voilà que vient s'intercaler une autre histoire, celle de Józef et de son épouse, Jessie, tous deux installés en Angleterre. Tiens donc, Józef est écrivain lui aussi, d'origine polonaise, exilé en Angleterre : l'immense écrivain Joseph Conrad pourrait bien être le personnage du prochain roman de notre narrateur argentin.
    Avec ces histoires qui s'imbriquent, Eduardo Berti tisse une toile particulièrement fine et prenante. Son sens de la formule et son humour créent une narration dynamique qui emporte le lecteur.

  • Elisée est un marcheur qui emprunte les mêmes chemins que ses contemporains mais n'y cherche pas les mêmes choses, ne regarde pas aux mêmes endroits. Par le biais de son regard, on chemine au fil d'interrogations liées à l'émancipation, l'éducation, la création.
    Le personnage d'Elisée grandit au sein d'une famille complexe avec laquelle il va se construire par l'empilement des choses apprises et se déconstruire aussi, notamment dans l'opposition.
    Un père neurasthénique, hyperactif, présent et autoritaire. Une mère sensible et férue de théories modernes sur l'éducation. Et ce frère, Elie, si présent mentalement mais si souvent absent.
    Elisée a du mal à trouver sa place exacte, ce qui le conduit à aimer se promener beaucoup, à chercher autre chose que la famille où s'épanouir. Il a un rapport étonnant à la nature. Ces longs voyages qu'il fait seul ont confirmé chez lui ce goût pour l'observation des choses du dehors, celles de la civilisation mais aussi celles de la nature. Ce n'est pas le raisonnement déductif d'un adulte plein d'une connaissance déjà existante qui classe ce qu'il observe mais l'inverse, un raisonnement quasi inductif qui part des détails, du minuscule pour essayer de comprendre autrement.
    Très tôt Elisée cherche à mettre des mots sur ses intuitions à la fois littéraires et scientifiques. C'est le début de sa vie, il est parfois un peu naïf. Sa manière de raisonner conduit aussi à quelques paradoxes mais qu'il ne vit pas forcément comme tels.

  • La narratrice explore la question du désir et de l' attachement à la lumière du parcours d' une femme et de ses expériences sexuelles et affectives.
    Comment devenir et rester soi-même dans une société où les discours tout faits et les modèles prêts à penser foisonnent? La narratrice revisite toute sa vie, de l' enfance à l' âge adulte et se projette aussi dans la vieillesse.
    La réflexion féministe apparaît à chacun de ces âges de la vie.
    Amandine Dhée poursuit ainsi la réflexion entamée en 2017 avec La femme brouillon sur la représentation des femmes dans l' imaginaire collectif et leur émancipation.

  • Pur sang

    Makenzy Orcel

    Makenzy Orcel retrace en un long poème continu et narratif son itinéraire individuel, de l' enfance à la naissance de l' écrivain. Nourrie de l' histoire contemporaine d' Haïti, c' est une voix qui émerge, se cherche et trouve ses mots.
    « Je ne veux pas écrire sur ce que tout le monde voit, et ce que tout le monde aime, ça ne m' intéresse pas. Je veux être dans le sous-bassement des choses. Des lettres, de la société, de tout. Haïti, c' est un pays d' ombre, et je puise dans l' ombre. » M. O.

  • Au XVIIe siècle, William Davisson, un botaniste écossais, devenu médecin particulier du roi polonais Jean II Casimir, suit le monarque dans un long voyage entre la Lituanie et l'Ukraine. Esprit scienti que et  n observateur, il étudie les rudesses climatiques des con ns polonais et les coutumes locales.
    Un jour, lors d'une halte, les soldats du roi capturent deux enfants. Les deux petits ont un physique inhabituel:
    Outre leur aspect chétif, leur peau et leurs cheveux sont légèrement verts.

  • « Au centre de cette histoire, il y a le corps d' une femme, ses hantises et ses obsessions, & il y a la nature. C' est l' histoire d' une échappée belle, d' une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale.
    Elle sort de stase et se met en mouvement. Son départ est d' abord une pulsion, une sorte de fuite vers l' avant qui tient du road movie, avec de longues traversées de paysages en voiture, en auto-stop, puis à pied.
    De la fuite et l' errance du départ, cette échappée va se transformer en nomadisme et en un voyage vers la réalisation de soi.
    L' Arrachée belle, c' est une échappatoire à une situation vécue comme oppressante : une vie de couple dont la violence réside dans l' absence de relation, dans le vide entre les corps, dans les non-dits, l' incompréhension, la distance qui se creuse. J' ai voulu faire ressentir la violence de ces quotidiens subis, cette perte de sens qui est devenue pour la femme une absence au monde et à elle-même, et que l' on nomme en psychologie un syndrome de déréalisation et de dépersonnalisation, une façon de s' extraire de ce qu' on ne peut pas supporter, symbolisée par l' absence de prénom de la narratrice. »

  • Dotée d'une carte blanche dans le cadre des résidences « Mineurs d'un autre monde », Maylis de Kerangal prend un vol à destination de Kiruna et nous emmène en Laponie suédoise. Sur le mode du reportage littéraire, elle nous invite à la découverte de l'une des plus grandes exploitations minières encore en activité.
    LA VILLE DE KIRUNA Kiruna est une ville de 18 154 habitants. Sa création en 1903 découle directement de la présence d'un gisement de fer issu du bouclier scandinave et reste encore aujourd'hui au fondement de l'économie de la cité.
    La société minière LKAB est créée en 1890 pour exploiter le gisement.
    1,1 milliard de tonnes de minerai ont été extraits en 110 ans d'exploitation.
    En 2004 les résultats d'un diagnostic des sols révèlent que la ville menace de s'effondrer. Une opération débutée en 2009 vise à déplacer la ville minière de 5km...

  • Le récit d'une désaliénation progressive.

    Chômage monstre questionne la difficulté de quitter un travail, de s'arracher à ce qui nous retient, puis de celle, ensuite, d'habiter un corps qu'on a longtemps prêté à un emploi. Pendant que les corps travaillent, les esprits et les idées chôment. Que retrouve-t-on dans un corps et une langue qu'on a trop longtemps désertés ?

    Redevenir vivant c'est-à-dire chaotique et précis comme une aiguille dans le néant.
    D'une forme d'aliénation à la tentative de se réapproprier son existence, l'auteur pointe la place normative que prend le travail dans nos vies en cinq séquences qui ressemblent tour à tour à des fables ou à des essais où se conjuguent sens et sonorités, idées et rythme.

    La forme poétique se prête alors de façon naturelle aux interrogations que soulèvent Chômage monstre.

  • Dans Cho^mage monstre, son précédent texte paru à La Contre Allée en 2017, Antoine Mouton s' interrogeait sur la façon dont on pouvait « habiter » un corps que l' on a longtemps pre^te´ a` un emploi, un corps et une langue que l' on a trop longtemps de´serte´s.
    Poser proble`me s' inscrit dans la continuite´ de cette réflexion. On y retrouve ce questionnement à propos de la difficulté d' ê tre et d' exister en-dehors des injonctions multiples et normatives du quotidien.
    Une journée faite de toutes les questions Il fallait une forme et une langue inventives pour nous convier au doute, au questionnement qui aident à réinterroger notre quotidien.
    Le recueil se présente comme une journée et une nuit aux côtés du poète. À suivre le folio, qui donne aussi l' unité à l' ensemble, on remarque que le temps passe.
    L' écriture procède par associations d' idées, par glissement sémantique et cherche un retour au sens propre des expressions langagières parfois figées, ou bien encore à redonner aux mots quotidiens une densité que l' usage leur fait perdre.

  • Tiré d'un poème de l'auteure, ce titre souligne à la fois la charge érotique du texte et la rebellion extraordinaire d'une femme face à l'ambiance étouffante qui règne en Tchécoslovaquie d'après-guerre.

    Probablement écrite en 1962, cette lettre est un véritable manifeste pour la liberté individuelle.
    Dans les années qui précèdent le Printemps de Prague, Jana ?erná livrait dans cette lettre à Egon Bondy sa volonté de révolutionner les codes de conduite, de rechercher de nouveaux " possibles " dans la vie privée, les rapports sentimentaux et la sexualité. En refusant de se soumettre à la primauté masculine, elle affirme aussi son souhait d'une sexualité non séparée des sentiments et de l'activité intellectuelle.

  • La poésie apparaît certainement comme le langage le plus adapté pour rendre compte d' expériences de l' ordre de l' indicible. Loin des discours médicaux, psychologiques ou sociologiques qui chercheraient à expliquer ou comprendre, Perrine Le Querrec nous entraîne dans l' intimité de ces femmes. Le lecteur est amené à vivre une expérience brutale, au plus proche, s' il est possible de l' être, des sensations et des émotions de celles qui subissent ces violences.

  • Une utopie En 1855, Victor Considerant, ingénieur économiste polytechnicien français et disciple de Charles Fourier*, a dans l'idée un projet révolutionnaire de vie communautaire inspiré des phalanstères. Il recrute des colons français et suisses et fait acheter, sans les avoir visitées lui-même, des terres près d'un village isolé au Texas, Dallas, pour y fonder la nouvelle ville de Réunion.
    5 années de difficultés multiples, qu'il s'agisse de la cohabitation entre les colons sociétaires, de leurs relations avec Considerant, des rapports avec le voisinage ou des aléas climatiques et naturels, auront finalement raison d'une utopie qui devait révolutionner de manière définitive la manière dont les hommes et les femmes pourraient vivre, travailler, penser et s'aimer.
    Une narration impressionniste C'est l'histoire de Réunion, du lieu comme de son projet, que nous raconte Le Bruit des tuiles. La narration s'appuie sur les points de vue de plusieurs personnages : Considerant, l'initiateur, Leroux, un homme seul à la recherche d'une nouvelle vie, et d'autres, plus secondaires, tous sociétaires dont l'implication, les attentes et les déceptions diffèrent du tout au tout.
    Thomas Giraud s'attache davantage à dépeindre les impressions produites sur chacun des colons plutôt qu'à proposer une reconstitution documentaire. La confrontation à la nature, aux éléments, les différentes difficultés de gouvernance sont autant d'aspects privilégiés qui font que Réunion est essentiellement vu à travers le prisme philosophique et émotionnel des différents participants au projet fouriériste.
    Le choix de la prosodie Thomas Giraud continue d'élaborer sa voix propre de romancier en accordant une attention particulière au rythme et à la musicalité de la langue. Il privilégie une logique prosodique à même d'exprimer les émotions des personnages, à laquelle se mêle, par moments, une langue juridique qui retranscrit la dimension rationnelle que Considerant a voulu donner à son projet.

  • Comme on en parle :

    « Livre protéiforme à l'arborescence aussi indéterminée et véloce que l'existence elle-même, Mère d'invention emprunte au genre de la creative non fiction tout en s'en démarquant grâce à une démarche d'écriture totalement transparente qui réussit le pari fécond de faire cohabiter trois types d'engendrement : la thèse, le roman, la procréation. Clara Dupuis-Morency rend compte, nantie d'une intelligence et d'une spontanéité non télégraphiée, de la profusion d'expériences qui la traversent et des liens irréductibles entre une série de phénomènes centripètes qui impliquent toujours le corps et l'esprit. C'est l'incertitude qui est chorégraphiée ici et qui, d'une certaine manière, nous apprend ce que signifie réellement d'être lecteur. » Librairie Gallimard, Montréal, Olivier Boisvert, décembre 2018.
    />
    À propos du titre :

    « "Nécessité est mère d'invention", la nécessité [est] celle de créer un espace échappant à toute logique de finalité, et sur le plan formel, c'est l'ablation des points, les alinéas aléatoires, les marques typographiques interchangeables pour marquer le passage des chapitres qui témoignent de cette volonté de tout laisser déraper, de faire abstraction totale des limites et que le rythme de lecture se fasse "tout à fait aléatoire". » Audrey Boutin, Artichaut Magazine.

  • En matière de traduction, on peut légitimement s' inquiéter de ce que deviendraient les cultures humaines et la pensée humaine, le jour où tout échange inter-linguistique serait confié à une intelligence artificielle. Il s' ensuivrait un cloisonnement et un repli sans précédent dans l' histoire, une histoire qui, aussi loin que remonte la mémoire écrite, est faite de migrations d' idées, d' usages et d' hommes, de fécondation du même par l' autre, de transferts, de réinterprétations et de réappropriations.
    [...] La traduction n' est pas seulement mon travail alimentaire.
    C' est mon métier, et je suis attachée à ce mot avec tout ce qu' il connote de soin, de savoir-faire, de travail minutieux sur la trame de l' écrit. La traduction est mon métier, elle a forgé ma personnalité, y compris en tant qu' autrice : j' écrirais sans doute autre chose, et autrement, si je ne passais pas une partie de mon temps à traduire depuis deux langues étrangères, si j' étais ancrée dans une seule langue, une seule culture, un seul territoire. Cesser de traduire, ce serait renoncer à ce qui m' a faite telle que je suis.
    Voilà pourquoi je n' ai pas hésité à accepter la proposition de mes collègues. Dans ce volume qu' on m' offrait de rédiger, je matérialiserais mon bilan, j' explorerais les liens entre la traduction qui (je le maintiens) est une écriture, et l' écriture qui, à mes yeux, est un peu une traduction. J' y évoquerais mon sentiment d' être toujours « entre les rives » - je pense moins ici à l' image désormais classique du traducteur comme passeur, qu' au voyageur qui a quitté les eaux territoriales de son continent d' origine, n' est pas encore entré dans celles du continent d' en face et n' a peut-être même pas l' intention d' y pénétrer un jour. Préférant la pleine mer, là où les eaux appartiennent à tous et n' appartiennent à personne.

    Sur commande
  • « L'??histoire » n'??a rien d'??un récit linéaire. L'??unité est assurée par la thématique. Entre le prologue, où le lecteur fait connaissance avec un peintre raté errant par les rues de Vienne, et l'??épilogue, à la fois apaisé et inquiétant, il y a les camps, mais pas seulement. Karel Novotný, employé de banque aisé, interné par erreur, constitue le fil directeur. Mais il n'est pas ce que l'?on appelle un personnage central, car dans ce carrousel, chacun, à un moment ou à un autre, se trouve dans le faisceau de lumière projeté par Peroutka sur les situations.

    Le rythme est nerveux, la caméra bouge tout le temps, d'?un lieu à l'?autre, d'??une personne à l'?autre, offrant une vision à la fois kaléidoscopique et panoramique. Peroutka, journaliste expérimenté, livre des faits. Malgré l'?apparente sécheresse de ton, le refus de tout pathos, la volonté de distance et de neutralité, une grande émotion se dégage du récit. Comme jouant avec un élastique, Peroutka tire et relâche la tension. Ces hommes et ces femmes ne sont pas des héros, ou alors malgré eux, sans le savoir. Ils sont simplement des humains, ils traversent la vie, ridicules, admirables, répugnants, tragiques, et l'ensemble, mine de rien, est bouleversant. C'?est la grande histoire arrachée au plus profond de la vie telle qu'??elle fut, telle qu'?elle est, cristallisée là dans le microcosme des camps.

  • Ce prince que je fus

    Jordi Soler

    Entre le délire et la responsabilité historique que lui impose son origine, Son Altesse Impériale triomphe dans l'Espagne franquiste en escroquant tous ceux qui rêvent d'ajouter à leur nom un titre de noblesse qui les avalise socialement, aussi absurde que soit le titre et aussi mensongère que soit la reconnaissance qu'elle leur apporte.

  • À mon sens, on ne traduit pas hors sol. On traduit avec toute son histoire, individuelle et collective, avec tout ce qui nous a précédé et tout ce qui nous entoure.
    J' ai essayé de montrer mon cheminement vers la traduction, pour faire comprendre ce qui habite mon travail, ce qui lui donne du sens à mes yeux, ainsi qu' un horizon. Et la façon dont il s' inscrit dans un rapport aux autres qui est bien plus vaste que le simple désir de donner à lire un texte.
    Je souhaitais aussi montrer que le travail de la traduction littéraire est tissé de doutes, d' interrogations qui resteront toujours sans réponse - et c' est tant mieux. Qu' il n' y a pas de savoir, juste une exploration, une expérimentation sans cesse renouvelées, un matériau qui ne cesse de se dérober. Et c' est justement pour cette raison que l' on peut travailler, inventer, et avancer.

  • Ce roman évoque la période de la guerre civile espagnole et se prolonge sur les années d'après guerre. Le père d'alfons Cervera, républicain, commit des actes de résistance qui, aujourd'hui encore, restent un mystère pour l'auteur.
    Il ne parlait pas davantage de son travail, des raisons de l'errance familiale de village en village, ou de son talent reconnu pour le théâtre.

    Sur commande
  • L'Odeur de chlore, c'est la réponse de l'usager au programme "Modulor" de l'architecte Le Corbusier. C'est la chronique d'un corps qui fait ses longueurs dans la piscine du Corbusier à Firminy. Le lieu est traité comme contrainte d'écriture qui, passage de bras après passage de bras, guide la remémoration. Dans ces allers-retours, propres à l'entraînement, soudain ce qui était vraiment à raconter revient : le souvenir enfoui offre brutalement son effarante profondeur.

    Quelque chose de très contemporain cherche à se formuler ici : comment dit-on « l'usager » au féminin ? Comment calcule-t-on la stature de la femme du Modulor ?

    Lorsque le corps idéal est conçu comme le lieu du standard, comment s'approprier son propre corps ? Comment faire naître sa voix ? Comment dégager son récit du grand récit de l'architecte ?

    J'ai cherché à traduire la langue du corps, une langue qui est toute eau et rythme. Délaissant la fiction, j'ai laissé le réel me submerger. À la « machine à habiter », je réponds avec du corps, de la chair, jusqu'à rendre visible l'invisible, jusqu'à donner une place à l'inaudible.

    Si tu savais comme je suis bien.

  • UN TOUR DES BALKANS : JOURNAL DE VOYAGE Avec Le Coeur de l'Europe, Emmanuel Ruben offre le journal d'un voyage géopolitique et culturel. Il y rappelle les confl its des années 90 à travers l'ex- Yougoslavie, ceux qui ont redessiné les frontières d'Europe centrale.
    Au cours de ce voyage, il privilégie la voiture puis le train ; paysages et villes défi lent, délaissant les plages touristiques au profi t des terres intérieures.
    Emmanuel Ruben boucle son périple à la frontière hongroise, théâtre de la crise migratoire actuelle.
    DES RÉFÉRENCES HÉTÉROCLITES À LA PHRASE CARTOGRAPHE Comme pour Jerusalem Terrestre (Inculte, 2015), Emmanuel Ruben offre au lecteur une vision de géographe, de cartographe. Face à ces paysages variés, le récit s'autorise détours et digressions.
    Il intègre ainsi des considérations politiques, des lectures et des références cinématographiques hétéroclites pour mieux appréhender cet espace qu'il cherche encore à décrypter.
    À des phrases longues qui disent le trajet accompli, l'écriture allie des termes tantôt quotidiens et ordinaires, tantôt étranges et étrangers. Elle joue ainsi des sonorités et de la graphie des langues d'Europe centrale, inscrivant le dépaysement au coeur du texte.
    LE COEUR DE L'EUROPE RÉSIDE DANS LA QUESTION DES FRONTIÈRES Ce récit est un hommage à une région fascinante et méconnue. Mais il propose surtout une réfl éxion sur l'identité et la culture européenne. Se pose alors la question politique de l'Europe et de ses frontières :
    « Notre train repart vers le nord, le leur retourne vers le sud, et je mesure alors à quel point nous les hommes-touristes, eux les hommes-réfugiés, nous vivons sur deux lignes droites parallèles, deux lignes droites qui ne peuvent se croiser. » L'opposition du touriste et du réfugié cristallise la questions des valeurs fondamentales sur lesquelles bâtir le coeur de l'Europe, l'argent ou l'hospitalité, le coeur de l'Europe comme centre géographique fermé ou comme humanité.

empty