Presses universitaires de Rennes

  • S'appuyant sur plusieurs réseaux d'écoles, celui des congrégations catholiques puis des missions protestantes, mais également ceux de l'Alliance israélite universelle et de la Mission laïque française, la France cherche à propager un modèle, celui de la mission civilisatrice. Elle parvient ainsi à entretenir ses clientèles dans le Maghreb colonial, au Levant comme dans les marges de l'Empire ottoman. L'ouvrage interroge tout particulièrement la place des communautés juives dans le dispositif scolaire français. Accueillis dans les établissements de l'Alliance israélite, créée à la suite de l'affaire de meurtre rituel survenue à Damas en 1840, les juifs figurent également en nombre dans les autres établissements français, chrétiens comme laïques. L'antisémitisme développé en métropole et dans la société coloniale algérienne est partagé par certains missionnaires. Est-il pour autant propagé dans les écoles des missions catholiques ? Que masque le « Jewish work » revendiqué par les missionnaires protestants dans l'Empire ottoman ou en Perse ? Cet ouvrage vise à croiser les types d'archives, en premier lieu celles de l'Alliance israélite qui offrent une source remarquable à l'historien de l'éducation, afin de mettre à jour les distorsions entre les discours et les stratégies mises en oeuvre au sein du réseau scolaire français. Le discours de la « régénération » morale des juifs orientaux par l'école rejoint en fin de compte celui des missionnaires envers les chrétiens d'Orient. Comme la Mission laïque française, l'Alliance israélite offre une éducation qui répond aux standards français et se veut ouverte à tous, juifs et non-juifs, chrétiens et musulmans. Elle oppose un autre modèle à l'enseignement juif traditionnel et éclaire les tensions à l'intérieur des communautés juives. Confrontée successivement à l'ottomanisme, au nationalisme arabe et au sionisme envers lequel elle est supposée hostile, l'Alliance israélite apparaîtrait donc presque comme un sujet banal de cette histoire coloniale française en Méditerranée. Ses écoles, comme celles des autres réseaux missionnaires ou laïcs, en révèlent néanmoins toutes les arcanes, pour ce qu'elles nous apprennent des sociétés méditerranéennes, des relations entre communautés et entre États colonisateurs et peuples colonisés.

  • La dynastie ministérielle des Pontchartrain a battu tous les records de longévité politique sous l'Ancien Régime, du règne de Henri IV à celui de Louis XVI. Et, le temps travaillant pour elle, cette dynastie put, au fil des générations, se doter d'un puissant réseau de parentèle et de clientèle qui lui-même apparaît sans égal. Ainsi voit-on au xviiie siècle, dès la régence de Philippe d'Orléans, puis sous le long règne de Louis XV, s'infiltrer dans les postes ministériels nombre de parents et alliés des Pontchartrain. Et cette poussée se manifestera encore sous Louis XVI grâce à la présence au pouvoir du vieux Maurepas, le dernier des Pontchartrain, mort sans postérité en 1781. Cette réussite collective familiale appelle des explications sur le plan socio-administratif en raison de son ampleur, les cousins éloignés s'y trouvant eux-mêmes englobés. Le propos ici n'étant pas de passer en revue la lignée des Pontchartrain, un par un, au point de s'égarer dans une succession de biographies, les deux ministres Pontchartrain de Louis XIV (le chancelier Louis et son fils Jérôme, un type quasi-parfait du secrétaire d'État « louisquatorzien »), dont le rôle a été trop longtemps négligé, ont été placés en position centrale. Trop souvent, l'usage sévit encore, dans les biographies de ministres de l'Ancien Régime, de se limiter à un bref rappel de leurs origines avant de s'étendre sur leurs « faits et gestes ». C'est oublier que les xviie et xviiie siècles forment l'âge d'or des systèmes de réseaux de parentèle et de clientèle. Le souci primordial de cet ouvrage a donc été d'immerger la biographie des deux ministres dans les profondeurs de leur réseau. Cette omniprésence du réseau a d'ailleurs permis à la parentèle Pontchartrain de s'adapter, par-delà la Révolution, au nouveau régime né du 18 Brumaire pour se retrouver confortablement installée dans la haute société impériale, comme le montre le dernier chapitre de l'ouvrage, consacré à l'extension du réseau au début du xixe siècle.

  • Cet ouvrage est le fruit d'une journée d'étude organisée aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan le 15 décembre 2005, autour de la notion de frontière, vue dans ses aspects les plus variés. Séparation stricte ou voie de passage, la frontière reste le point de contact entre deux États, mais elle peut prendre l'aspect plus large et moins clairement défini d'un espace conçu comme base de rayonnement ou comme glacis protecteur. Les questions abordées s'inscrivent donc au coeur des relations diplomatiques et militaires européennes. Des pistes de réflexions sont ouvertes sur les rapports entre frontières et opérations militaires, en temps de guerre comme en temps de paix, par l'étude de la défense des frontières, de leur utilisation dans le cadre d'une guerre offensive, ainsi que des mesures prises pour les équiper (fortifications, glacis, routes et voies ferrées, etc.). Césure symbolique de l'espace, la frontière a besoin d'être matérialisée d'autant plus nettement que le pouvoir politique entend la rendre imperméable aux échanges économiques, aux influences intellectuelles ou à la circulation des personnes. Le pouvoir politique peut également chercher à l'estomper ou la faire disparaître pour satisfaire des motivations expansionnistes. Un autre axe d'étude retenu est celui des zones contestées et/ou occupées qui attirent la convoitise des puissances et bouleversent des équilibres territoriaux souvent précaires. Chaque État a, pour des raisons stratégiques (frontières « naturelles », accès à la mer), économiques, idéologiques ou culturelles, la volonté de redéfinir ou tout au moins de préciser le tracé de ses frontières. Plus largement, la notion d'aire d'influence intervient en ce qu'elle diffère profondément de l'aire étatique, théoriquement délimitée par une frontière au sein de laquelle l'État jouit d'un monopole juridique et administratif. La stratégie culturelle est ici étudiée comme l'ensemble des décisions par lesquelles un État fédère ses divers modes de rayonnement afin de créer, de maintenir ou d'étendre une zone d'influence.

  • En raison de son engagement dans l'Alliance atlantique, la Quatrième République a souvent été présentée comme un régime faible, soumis à l'influence américaine, contrastant en cela avec la France du général de Gaulle, ferme et en rupture avec l'OTAN. D'où la nécessité d'une approche plus « compréhensive », moins destinée à « juger » les hommes du passé à l'aulne de ce qui est ensuite advenu qu'à essayer de saisir la manière dont ils percevaient le monde et le sens qu'ils donnaient à leurs actions. Cela conduit à définir l'« atlantisme » français comme un atlantisme de raison et à réinterpréter un passé presque honteux, renvoyant à un temps où la France comptait sur l'OTAN et où l'OTAN était installée en France. Il faut pour cela relier des traditions historiographiques en partie parallèles (histoire politique, économique, culturelle, coloniale et des relations internationales), sans sous-estimer l'approche institutionnelle de la relation France-OTAN. Car comment comprendre les relations entre les décideurs français et l'OTAN sans avoir une idée précise de la manière dont fonctionne l'organisation atlantique ? Ce fil rouge du processus de décision permet de voir qu'au-delà des querelles, des rivalités et des changements de personnels, la politique atlantique française est menée par des experts et des hauts fonctionnaires. Leur quête d'influence, dans un contexte où tout semble conduire la France à la dépendance, ne fut peut-être pas l'échec que l'on imagine trop souvent.

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