Presses Universitaires de France

  • En cinquante ans, le modèle dominant de la famille nucléaire unie pour la vie a volé en éclats. Les impératifs économiques, la circulation accrue des personnes, l'égalité des femmes et la reconnaissance des sexualités minoritaires ont changé en profondeur les agencements familiaux. Les familles sont nucléaires, monoparentales, recomposées, homoparentales, composées d'enfants biologiques, adoptifs ou issus d'une assistance médicale à la procréation. Face à cette réalité multiple, l'État doit reconnaître la légitimité d'un tel pluralisme et ne saura privilégier aucune forme familiale sur une autre, sous peine de compromettre l'égalité et la paix sociale. La famille apparaît progressivement comme un instrument d'autoréalisation des membres qui la composent plutôt que comme une fin en soi, et le choix de la fonder relève désormais d'une décision personnelle et intime. Sa contractualisation permet d'accompagner ce processus de subjectivation qui place le fait familial au sein de la vie privée. Au communisme familialiste des sociétés traditionnelles, la modernité fait émerger l'individuation domestique de type relationnel. Le seul moyen de garantir la pluralité et la démocratie familiale est celui où l'Etat se bornerait à protéger des contrats privés.

  • Les relations entre souverains sont-elles d'essence guerrière ? L'affrontement direct, le mode privilégié de règlement des conflits ? Et, finalement, les expériences de rapprochement, de simples trêves ? La plus longue période d'apaisement entre les deux Grands du XVIe siècle, consécutive à la paix de Cateau-Cambrésis (1559), apporte des réponses inattendues. Avec le déclenchement des guerres de Religion, le rapport de force entre les rois de France et d'Espagne, demeurés rivaux pour la prééminence en Europe, devient nettement favorable au second. Dans ce contexte instable se révèle également une volonté mutuelle d'entretenir leur amitié. Lien politique et social plus qu'affectif, elle est alors fondée sur l'entraide. Une association dynastique, des efforts conjoints contre la Réforme et le choix de trancher les différends à l'amiable ou de les éluder en ont été les piliers. Dans l'amitié réside toute la particularité de l'Europe des princes : devant s'accorder avec l'intérêt de chacun, elle n'adopte que la forme des rapports intimes et profonds exaltés par Montaigne, tout en se distinguant fondamentalement de la realpolitik contemporaine. Non seulement elle imprime sa marque à l'ensemble des actes de la diplomatie, mais l'amitié incarne aussi l'idéal des relations entre les souverains chrétiens, voués à s'unir et à s'aimer.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

empty