Belles Lettres

  • Il y a 130 ans, des paysans égyptiens en quête d'argile découvraient par hasard sur le site d'El-Amarna les lettres adressées par de nombreux rois au pharaon Akhenaton, datant du milieu du XIVe siècle av. J.-C. et rédigées sur des tablettes en écriture cunéiforme. Des recherches très fructueuses sur les échanges diplomatiques dans le Proche- Orient ancien purent alors débuter.
    Depuis 1887, de nombreux textes couvrant les trois millénaires de l'histoire du Proche-Orient ancien ont été exhumés dans divers sites de Syrie, Turquie ou Irak (Ebla, Mari, Hattuša, Ugarit, Ninive...) ; cependant, l'histoire des relations diplomatiques reste aujourd'hui encore en grand partie centrée sur les textes d'El-Amarna.
    Dans ce livre, Dominique Charpin propose de redresser cette perspective, en s'appuyant sur les sources publiées récemment qui datent surtout du XVIIIe siècle. Elles permettent de montrer que la façon de conclure des alliances évolua avec le temps. Il s'agissait d'abord de serments prêtés entre des rois, qui s'engageaient personnellement ; de telles alliances prenaient fin à la mort d'un des protagonistes. Les dieux étaient les garants des engagements contractés lors de cérémonies où se complétaient l'accomplissement de gestes symboliques et l'énoncé de paroles solennelles. Avec les Hittites, les alliances inclurent à partir de la fin du XIVe siècle les générations suivantes et toute la population de chacun des pays concernés.
    Désormais, les textes mis par écrit devinrent de véritables traités, souvent recopiés sur des supports prestigieux comme le métal, car valables sans limite de temps. Il s'agit là d'une phase cruciale dans la naissance de l'État. Cette conception, qui s'est prolongée au premier millénaire dans l'empire néoassyrien, a largement influencé la façon dont les auteurs de la Bible ont compris l'histoire des relations entre Dieu et son peuple comme conséquence d'une alliance, avant tout celle conclue par l'intermédiaire de Moïse.

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