belle-en-savane

  • La coutume, c'est la coutume. Les canons du conquérant européen ont fait taire les querelles ancestrales. Les rivalités entre clans restent là, qui structurent l'existence. L'école du Blanc ouvre les têtes. Mais la grande initiation ne saurait s'éteindre. Jésus, Marie, Mahomet, le bois sacré, le savoir des fonctionnaires, l'enseignement des vieilles, cet immense kaléidoscope fait désormais l'humain. Les vérités se valent. Les rencontres sont difficiles. Et le sida : mal mystérieux frappant le tabou suprême. Sita promène sa jeunesse dans les rues de Sindou. Une vie à l'abri de la coutume. Une jeunesse sous la protection des anciens. La maladie se déclare. Et la vie est mélangée. Plus personne ne comprend rien. On sait seulement que la femme est coupable. Culpabilité femelle qui n'a même pas besoin d'être démontrée.
    Si la poutre est pourrie, la maison vacille. Et le jour hésite. Une sombre affaire. Qui réveille les rages antiques. Qui enseigne des angoisses nouvelles. Qui amplifie les bêtises des hommes. » Sayouba Traoré dépeint une Afrique contemporaine où chacun est placé dans une stratégie de survie. Les vieux sont obligés de prendre en charge des jeunes diplômés chômeurs, les jeunes attendent un avenir qui se dérobe constamment. Son roman narre les incompréhensions entre générations, les déchirures qui craquellent les couples, la vie quotidienne qui oscille entre nostalgie du ­village et rêve d'un confort urbain tout aussi illusoire.

  • Pour ce troisième numéro, Virginie Yassef a prolongé l'adaptation qu'elle a faite pour la scène d'un texte de l'écrivain Ray Bradbury, maître de la littérature d'anticipation. Méconnues, les pièces de théâtre de l'auteur des Chroniques martiennes regorgent de didascalies et d'indications de mise en scène, notamment cette étrange et édifiante histoire de La Savane [The Veldt] (1972). La savane, c'est le lieu de toutes les projections et de toutes les sauvageries. Dans une maison qui pourrait faire penser à celles imaginées par Jacques Tati, où tout est robotisé et où il ne suffit que d'appuyer sur un bouton pour que le dîner soit servi, une famille ordinaire - deux parents, deux enfants - découvre une nouvelle salle de jeu. Sommet futuriste du progrès technique et scientifique, conçu par des ingénieurs et des psychiatres de haut vol, cet espace ludique offre aux enfants la possibilité de tout imaginer, de tout convoquer, de rendre réel l'irréel et proche le lointain. Fable cruelle sur la déréliction de l'individu au sein de la famille moderne, La Savane est un terrain de jeu idéal pour Virginie Yassef qui n'en retient, pour cet ouvrage destiné à la jeunesse, que les dialogues entre les parents et les indications de lumière, ménageant surprises, mouvements et déplacements, dialogues surprenants sur dégradés de couleurs et d'images créés par l'artiste.

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  • Deux amoureux traversent un bout d'Afrique centrale. Ils se perdent dans la forêt, retrouvent leur chemin et décident de se marier au prochain village Pygmée. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait dans la savane, à la recherche d'une terre promise, d'une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur coeur au Continent noir.

    Le mariage improvisé, décidé au cours d'un périple chaotique, constitue la trame narrative du livre. Mais cette histoire d'amour exaltée est aussi prétexte à décrire, avec beaucoup de détails et d'humour, le quotidien invraisemblable de la population congolaise. En parallèle, l'auteur dessine le portrait du docteur Livingstone. Il nous fait découvrir une facette mal connue de cet homme fantasque et têtu, rêveur et maladroit, qui se laisse happer par l'Afrique au point de demander à ce qu'on y enterre son coeur.

    Cette Fantaisie du missionnaire nous plonge dans les tréfonds de l'Afrique contemporaine, tout comme elle nous fait partager les visions romantiques ou hallucinées des explorateurs du XIXe siècle. Elle nous éclaire également sur un grand explorateur qui menait vaillamment des combats impossibles et que l'empire britannique avait failli oublier, avant que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique " Doctor Livingstone, I presume. " Curieusement, aucune biographie solide du missionnaire écossais n'avait été jusqu'ici établie en langue française.

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