9782020592581

  • La derniere lecon

    Noëlle Châtelet

    • Seuil
    • 27 Août 2004

    Une femme âgée, qui n'est cependant ni malade ni réellement diminuée, décide de mettre un terme à ses jours et demande à ses enfants de la soutenir dans ce geste, de lui en donner le courage. Quelque temps plus tard, la fille fait le récit de cette « mort digne », et, d'une certaine façon, entreprend de briser un tabou, d'apprivoiser une peur.
    D'emblée, deux éléments donnent le ton : l'annonce d'un « calendrier » (ce sera à telle date) et le choix de la forme épistolaire, à la deuxième personne : lettre d'une fille à sa mère qui ne la lira jamais. Je crois que cette forme est déterminante dans la réussite du projet, en ce qu'elle crée une familiarité, une immédiateté pour le lecteur : on le savait, Noëlle Châtelet est un écrivain de l'empathie.
    Mais on quitte assez vite les rivages de la colère, de la révolte (légitimes) face à l'insoutenable demande maternelle, pour gagner des eaux beaucoup moins froides, sinon paisibles : le portr ait d'une femme de tempérament, atypique, généreuse et même cocasse par moments. (Une de ses « blagues » annuelles: souhaiter un bon anniversaire à sa fille en imitant, dans le téléphone, les vagissements d'un nouveau-né, sans dire un mot).
    Il y a une image récurrente qui fait office de passerelle entre ces thèmes et ces époques, entre la vieillesse et l'enfance. Il s'agit d'une petite scène très concrète, retrouvée sur une photo : la mère aide sa fillette à faire pipi, et pour cela elle la tient en l'air, déculottée au-dessus des herbes. Noëlle Châtelet y voit une illustration de l'interdépendance, qui se renverse avec le temps. Les herbes qui piquent sont la menace, le néant, le monde d'en bas. La fillette : « Tu me tiens biens ? » « Oui, je te tiens.» L'heure est venue où c'est à la
    mère de poser la question : « Tu me tiens ? »
    Ceux qui ont été les témoins proches de la disparition de Mireille Jospin remarqueront le travail d'épuration que Noëlle a su accomplir, au bénéfice d'une vision adoucie, littéraire, sublimée. Le récit n'est pas gouverné par l'anecdote mais par l'efflorescence des images physiques / symboliques. Les dernières pages sont de ce point de vue une grande réussite, bouleversante, un mélange de suspens (le « compte à rebours » sans cesse différé) et d'apothéose (la réconciliation mère-fille).

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