• Entre la société du spectacle de Guy Debord et la société de contrôle de Michel Foucault, la "société du spectral" est celle où les corps sont contrôlés par des spectres, c'est-à-dire par tous les dispositifs technoculturels qui influencent, manipulent ou transforment les affects, les désirs et les attentions les plus imperceptibles.
    Le corps de star - incarnation du glamour -, la marionnette et le sex machine sont les expressions exemplaires de cette société fantomale, que peuplent des corps-machines soumis au règne de cette domination d'un genre nouveau. "La souveraineté d'une société du spectacle, c'est le pouvoir de contrôler les corps par des spectres, des automates, des marionnettes, des stars. En d'autres mots, la souveraineté, c'est la société du spectral".

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  • L'invention du corps de chair

    Serge Margel

    • Cerf
    • 15 Janvier 2016

    Dans l'histoire du corps en Occident, une réflexion particu- lière est accordée à l'invention du corps chrétien. Un corps de chair, qui deviendra dès les débuts du christianisme le lieu privilégié des institutions du pouvoir, des pratiques, des discours et des croyances. D'un côté, « le corps est l'abominable vêtement de l'âme », dit Grégoire le Grand, mais, d'un autre côté, « le corps est le tabernacle du Saint Esprit », écrit saint Paul. À la différence des traditions hel- lénistiques, platoniciennes surtout et stoïciennes, qui op- posent l'âme et le corps et qui ne voient dans le corps qu'une prison de l'âme ou son tombeau, le corps chrétien invente la chair comme un lieu paradoxal de division, de rupture, de chute et en même temps d'unité, de réparation et de salut. L'invention du corps chrétien, c'est l'invention des liens entre le corps et l'histoire, la chair et le temps, pour l'écri- ture d'une histoire du corps en Occident. Trois thèmes sont au coeur de ce livre : les antinomies de la chair, les appari- tions de la chair, les destinées de la chair.

  • La philosophie a toujours entretenu un rapport problématique à la question du religieux, aux religions instituées et au pouvoir politique qu'elles exercent sur la société. Au XVIIIe s., la philosophie a fait de la religion un objet à proprement parler, mais dont la réalité demeure problématique jusqu'au jour d'aujourd'hui.

    Le recueil de textes que je présente ici croise le champ d'une philosophie de la religion, mais ne s'y réduit pas. L'objet de ces textes n'est pas la religion, au sens strict, ni même le religieux, mais relève d'une question qui se pose et qui insiste dans le cadre des religions, le plus souvent monothéistes. Trois grandes catégories de questions sont ici développées. La première porte sur le concept de temps et ses différentes modalités, que sont le messianisme, le prophétisme, l'eschatologie et l'apocalypse. Cette catégorie ne forme pas un genre, mais représente une pensée du temps qui se décline, différemment dans le judaïsme, le christianisme et l'Islam. Le deuxième concerne la notion de corps et ses différents régimes d'apparition ou de présence, comme le corps martyr, le corps violenté, le corps miraculé ou le corps croyants. Dans tous ces cas, le corps devient un lieu d'inscription spécifique, par lequel le temps s'introduit dans l'histoire. Enfin, une troisième catégorie tourne autour du concept de langage, qui désigne ces marques temporelles du corps. Avant d'être l'organe d'une transmission, de signes et de sens, le langage est ici pensée comme une dimension du corps. Quelque soit ce corps et quelle qu'en soit la temporalité, le langage en constitue déjà les lieux d'apparition ou les épiphanies. Une croyance se définit comme le langage d'un corps croyant, une souffrance d'un corps souffrant et le sacré d'un corps de sacralité.

    A une seule exception, tous ces textes ont fait l'objet de circonstances particulières, de conférences ou de publications en article, dans des revues ou des ouvrages collectifs. Ils traversent l'histoire, des débuts de la philosophie et des religions monothéistes, jusqu'aux réflexions critiques du monde contemporain. Ils traversent surtout cette question d'un corps du temps aux confins de l'histoire.

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  • Le Livre de Job, c'est le livre du scandale, où Job avance une thèse, qu'il affirme et surtout qu'il défend, envers et contre tout, une thèse diabolique qu'il revendique contre tous ceux qui l'accusent d'avoir péché, blâmé, maudit ou blasphémé.
    La justice de Dieu, dit Job, la justice dont parle la Bible, celle qui repose sur la Loi et dépend d'une souveraineté de toute-puissance, n'aura rien été d'autre qu'une " justification ", qu'un discours de falsification ou de dénégation, qui justifie le mal, la violence, l'injustice donc, et qui invente le pire. La justice justifie. C'est la thèse de Job. C'est l'hypothèse qui s'ouvre à l'horizon des voix multiples de Job.
    Mais il y a plus encore. Dès lors que la justice se dit de Dieu, du Tout Puissant, du Souverain, dès lors qu'elle relève de la souveraineté, et quelle qu'en soit l'autorité, qu'il s'agisse de Dieu lui-même, du Roi ou de l'Etat, la justice toujours justifie l'injustice. Et là, Job ajoute encore un argument. L'injustice que justifie la justice est un produit de la justice, un effet ou un symptôme qui force la justice à jouer le jeu de l'injustice, à en jouir.
    C'est au travers d'une telle hypothèse, que le livre de Job est devenu ce livre du scandale, qui pose et tout à la fois renverse déjà les fondements théologico-politiques de la souveraineté.

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  • Il y a certes toujours un peu d´hommage dans la lecture, il y a surtout beaucoup d´admiration. Les textes que je rassemble ici, parus pour la plupart dans des recueils consacrés à la pensée de Derrida, sont autant de lectures-hommages qui questionnent une certaine idée de la métaphysique. Et qui mieux que Derrida devait rappeler que la métaphysique, d´abord et avant tout est un texte, qu´elle s´écrit et qu´elle se lit, avec ses strates multiples, ses couches latentes, ses plis et ses replis ? Qui mieux que lui aura montré le rôle décisif de la langue, dans la construction comme dans la déconstruction du discours métaphysique, dans son texte, dans son histoire ? Et s´il y a de l´avenir pour la métaphysique, si l´on peut encore penser que la métaphysique reste une « science à venir », toujours et encore « désirable », c´est bien à pouvoir indéfiniment en relire le texte, comme un texte qui ne cesse de s´écrire.
    Serge Margel vit et travaille entre Genève et Paris. Chercheur au Fonds national suisse de la recherche scientifique, il vient de publier Critique de la cruauté, ou les fondements politiques de la jouissance.

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  • Anthropologique des sciences humaines ? Autrement dit, comment penser la possibilité d'une anthropologie religieuse du christianisme ? À vrai dire, cette question est double. D'un côté, quel est le statut du religieux dans nos sociétés contemporaines ? De l'autre, quel est le destin du christianisme en modernité ? En somme, il s'agirait de questionner le rôle du christianisme dans la définition moderne du phénomène religieux, donc dans le discours des sciences humaines. Dans quelle mesure, en se retirant progressivement de la société, le christianisme a-t-il pu en même temps révéler les fondements politiques du phénomène religieux et permettre l'accomplissement d'une autonomie politique, une démocratie d'État, libre de toute autorité religieuse ? L'hypothèse générale serait la suivante : d'une part, l'institution chrétienne, en modernité, se retire de la société de la même manière que le christianisme naissant s'est démarqué des autres religions, juive et païenne. C'est une seule et même logique institutionnelle qui se joue ici. Une logique de la séparation, qui à la fois distingue le religieux du politique, et analyse, critique, voire déconstruit les déterminations " subjectives ", individuelles et collectives, de toute institution sociale. Et, d'autre part, cette logique se fonde sur une opposition radicale entre religion et superstition, entre un culte intérieur, " en esprit ", une relation à Dieu instaurée par Dieu lui-même, et un faux culte offert aux démons, une idolâtrie. Toute institution sociale et humaine devenant par là même une forme de superstition, une falsification, un péril, un danger, qui menace les fondements de toute autorité. L'histoire de l'Occident chrétien pourrait alors se penser comme une longue histoire de la superstition. C'est non seulement en termes de superstition que toute religion aura défini la " religion de l'autre ", mais c'est surtout en ces termes que le discours apologétique du christianisme (où la religion s'oppose à la superstition, comme une institution divine s'oppose aux institutions sociales) s'est déplacé en discours anthropologique des sciences humaines (où la religion et la superstition proviennent des mêmes sources subjectives). Décrire ce déplacement du discours, des premiers Pères de l'Église aux représentants majeurs de la modernité, c'est non seulement définir une nouvelle configuration entre politique et religion, dans nos sociétés contemporaines, mais c'est encore et surtout s'interroger sur les nouveaux phénomènes religieux que produisent ces sociétés. Phénomènes plus du tout religieux et plus religieux que jamais, au seuil des frontières entre la religion et la superstition.

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  • De la métaphysique, depuis Platon et Aristote, jusqu'à Leibniz, Kant et Heidegger, aura lutté contre l'idée du fatalisme. Il faut sauver le possible de la nécessité. Ce qui arrive aurait pu ne pas arriver. C'est l'invention du contingent. Et désormais, définir le destin, c'est penser la contingence du possible. Qu'est-ce qui fait que quelque chose de possible va ou ne va pas se réaliser ? Et c'est parce qu'il y a de la contingence dans le monde, dans le monde des possibles, qu'une forme de liberté est non seulement concevable, mais encore conciliable avec l'idée du destin.
    La liberté est " un miracle privé " dans l'ordre du monde - un moment de suspension, qui contient un nouveau principe de causalité. Mais il y a là un problème. Car ce nouveau principe est menacé par le monde et en même temps menace l'ordre du monde. Il révèle la finitude du monde, il en exprime les limites, le mal d'essence. Un mal métaphysique, dû au désordre de la contingence. C'est ce qu'on aura nommé, après Kant, la métaphysique du mal.

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  • On peut sans doute définir les Temps modernes ou la modernité comme " l'époque de la représentation ", une époque où tout serait pensé en termes d'image, d'idée et de concept. Loin de là, cependant, le projet d'un grand simulacre du monde, d'un " trompe-l'oeil ", manoeuvré par une cohorte de démons. Bien au contraire, parler de représentation, c'est affirmer la réalité objective du monde, c'est postuler une connaissance possible de l'objectivité de l'être. Pour Descartes, justement, penser par représentation ou penser objectivement, cela revient au même. Aussi faudra-t-il questionner les fondements de cette équivalence. D'un côté, Descartes hérite d'une métaphysique de la représentation, déjà bien établie depuis l'école de Duns Scot. D'un autre côté, il ouvre un champ d'analyse pour une théorie de la subjectivité, qui prendra forme avec Kant. Entre les concepts de représentation et de subjectivité, Descartes n'a peut-être rien inventé, mais il aura su mieux que tout autre problématiser le nouveau statut de la métaphysique. Des lors que les pensées ou les représentations se voient attribuées une réalité objective propre, alors comment pourrons-nous distinguer ces pensées des fictions, le cogitatum du fictum ? À partir de là, Descartes va élaborer une double argumentation, l'une métaphysique et l'autre morale. La première portera sur l'existence de Dieu. Elle consiste à dire que si Dieu existe, comme un être infini et tout puissant, alors il ne m'a pas trompé dans la clarté de mes idées. En ce sens, toutes mes idées claires seraient des idées vraies, et non des fictions. Or, en prouvant l'existence de Dieu, Descartes aura finalement démontré qu'en réalité, Dieu peut me tromper, donc falsifier mon esprit en faisant de mes pensées des fictions. D'où le glissement nécessaire - dans l'énoncé de la preuve - entre une argumentation métaphysique et une argumentation morale : si Dieu existe dans sa toute puissance, il aura peut-être pu me tromper, mais il n'aura certainement pas voulu me tromper. Dieu n'est pas trompeur et toute erreur est mon dû. C'est l'argument de la Théodicée, de la justice de Dieu, sa justification, comme preuve de dernière instance. En somme, c'est le statut de la moralité qui se joue ici. Quelle morale pour une métaphysique de la représentation ? Non plus une morale de l'action dans le miroir d'une métaphysique de la contemplation, mais une morale au fondement de la métaphysique. Mes représentations, mes connaissances, tout ce savoir des sciences humaines et objectives, restent suspendues au destin d'une fiction, donc menacées de fiction. L'époque de la représentation, c'est non seulement le temps des " conceptions du monde ", mais c'est d'abord et avant tout l'ère de la menace. Une menace de fiction qu'il faudra justifier par l'ordre de la moralité.

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  • Parler de généalogie, c'est toujours questionner cette notion du devenir qui lie de l'intérieur le corps propre et l'histoire, individuelle ou collective. Cette étude tente de comprendre comment Antonin Artaud a questionné l'identité du corps en fonction d'un ordre généalogique. Il s'agit non seulement de son propre corps, mais aussi d'une certaine conception traditionnelle du corps, politique, juridique, médicale : le corps anatomique ou organique. Pour Artaud, un corps propre, quel qu'il soit, est toujours un corps approprié ou assujetti à l'ordre dominant d'une généalogie, d'une filiation linéaire ou d'une tradition, non seulement d'un père et d'une mère, mais aussi d'une sexualité figée, d'une langue dite naturelle, d'une date et d'un lieu de naissance, autant de normes qui l'aliènent et le soumettent aux nécessités reproductives d'un corps social, criminel et cannibale. Toute altérité, toute extériorité et toute collectivité représentent, pour Artaud, une forme d'aliénation, d'emprisonnement de ce corps en devenir, en mutation, de ce corps fait d'autres corps, que je nommerai corps hybride. L'oeuvre d'Artaud, des premiers textes surréalistes aux derniers carnets de Rodez, non seulement questionne l'identité culturelle de notre corps occidental, aliéné, interné, soumis à l'autorité du pouvoir, mais surtout engage l'immense travail d'une " réfection du corps ", pour délivrer ce qu'il appelle un " corps sans organe ". Ce travail, cet engagement, soulève des enjeux tout aussi bien politiques - une autre idée du corps collectif - que littéraires - une autre idée de la langue toujours liée aux impératifs de la communication et du sens. Mais c'est aussi la question de l'autobiographie qui se pose ici. Comment parler de soi, de sa vie, comment développer une " écriture de soi ", dès lors que vole en éclats cette idée organique du corps sur laquelle se fondent tous les idéaux identitaires de notre société ?

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  • Tant de sciences et de savoirs ont été investis pour une objectivation des croyances. Mais peut-on dire d'une croyance qu'elle est un phénomène objectivable ? Et surtout qu'en est-il de la posture du sujet dans un acte de croyance ? Certes, la croyance est un acte psychique parmi d'autres, mais qui s'inscrit toujours dans l'horizon d'une historicité. Chacune d'elle est prise dans un système de croyances, un contexte historique, qui détermine son univers de sens, que le sujet en soit conscient ou non. Conscient ou inconscient, c'est là un point clef pour définir le concept de croyance. Sommes-nous toujours conscients de nos croyances, en partie ou en totalité ? Si toute croyance n'est pas consciente, alors que signifie une "croyance tacite", implicite, involontaire ou latente, voire cachée, cryptée ou secrète ? Et si, au contraire, une croyance est toujours et totalement consciente d'elle-même, quel type d'accès le sujet qui la porte entretient-il à cette croyance ?
    Autant de questions qu'il s'agira de poser, de préciser et d'analyser à l'horizon de deux champs distincts qui se croisent. D'un côté, le champ des sciences humaines, comme l'anthropologie, la psychanalyse et la philosophie ; de l'autre, le champ des religions du Livre, le judaïsme, le christianisme et l'islam. Les dossiers sont énormes : chaque discipline avance des hypothèses, fournit des définitions, voire construit de véritables théories ; et chacune des religions prétend savoir ce qu'il en est de la croyance ou de la foi, l'énonçant sous cette forme singulière d'une "profession de foi".

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  • Au coeur des trois monothéismes, le discours prophétique surgit comme une parole de violence, un hurlement qui annonce le malheur, une lamentation qui fonde et tout à la fois menace l'autorité des Ecritures. La figure du prophète joue un rôle central dans l'établissement des religions du
    Livre. Il est un messager, un médiateur, un interprète : un envoyé de Dieu, qui représente à lui seul la possibilité d'une révélation divine. Le prophète est donc à la source ou au fondement de toute religion révélée, mais, en même temps, il accuse tout représentant du pouvoir de n'avoir pas écouté la vraie parole de Dieu, donc d'abuser du pouvoir, et, en ce sens, il menace l'autorité des religions instituées. D'où la nécessité de le mettre au silence, de l'exiler, voire de le tuer. En lui-même, le prophète révèle la crise des fondements de toute institution sociale et dévoile cet état de ruines sur lesquelles vont s'élaborer une nouvelle définition du religieux et de nouveaux rapports entre religion et société. Le " rationalisme des grandes prophéties ", comme l'écrit Max Weber, est le lieu critique du
    discours, où le christianisme naissant fonde sa théologie de l'incarnation, d'un Verbe ou d'une Parole révélée sans intermédiaire ni médiation. Mais il est aussi le lieu d'émergence d'un certain criticisme, qui ouvre l'horizon d'une histoire de la
    modernité. Il s'agira ici non seulement de reconstituer la formation du discours prophétique, parmi les trois monothéismes, mais encore de soumettre ce discours aux enjeux critiques de la modernité, portés par Spinoza et Freud lorsqu'ils avancent l'un et l'autre l'idée d'une falsification des Ecritures. Le premier, en instaurant une méthode d'interprétation pour renverser l'idéologie religieuse d'une tradition des Ecritures, et le second, en développant une réflexion sur le meurtre de Moïse, son refoulement par la tradition et l'annonce de son retour par la rébellion des prophètes. Mais là où Spinoza élabore une " déconstruction du Pentateuque ", Freud y inscrit les " conditions d'un retour du refoulé ". Deux discours critiques de la modernité qui permettront d'en situer le destin au sein des religions du Livre.

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  • De l'imposture

    Serge Margel

    • Galilee
    • 4 Octobre 2007

    L'imposture est un abus de pouvoir.
    C'est mentir pour son propre avantage, dissimuler la vérité dans le but de tromper. Certes, mais pour Rousseau, l'imposture, c'est surtout le pouvoir lui-même. Pour lui, prendre le pouvoir, en user ou en abuser, finalement cela revient au même. Dès lors qu'il y a du pouvoir, dès lors donc que quelqu'un se donne les moyens, le droit et l'autorité, de forcer un autre, de l'obliger, de le contraindre, ou simplement de lui faire croire quelque chose, il y a de l'imposture.
    Autant dire qu'en ce sens, tout est imposture dans le monde des hommes, dans l'histoire, la société, ou la culture. C'est la thèse bien connue de Rousseau: une thèse tragique, qui distingue la nature de la culture par l'événement d'une imposture. Ce n'est ni la science ni la sagesse qui sortirent l'humanité d'un premier état de nature, mais un complot d'imposteurs, de menteurs et de voleurs, qui prétendirent fonder la société civile sur un droit légitime de propriété.
    Ce rassemblement ou cette meute organise un complot magistral, qui met en scène la parodie de l'histoire en s'appuyant, pour assurer ce maintien frauduleux du pouvoir, sur le double champ du politique et du littéraire: alors que le politique agit au travers du législateur, qui justifie l'autorité et rend légitime un droit de l'inégalité parmi les hommes, le littéraire opère par le lecteur, qui impose les normes du sens, les critères d'interprétation et les conditions générales de lisibilité, pour la compréhension du texte, des lois et des devoirs, dans la Cité.
    Et s'il n'y a jamais eu de politique sans littérature, ni de littérature sans politique, cela dépend seulement, et justement, de cette économie qui partage, entre nature et culture, une commune et première imposture, par ailleurs immortelle. Mais comment peut-on s'avancer vers un tel horizon d'imposture? Peut-on y résister, y lutter, y engager une écriture, un regard critique, polémique, ou stratégique? C'est toute la question d'une résistance possible qui se pose ici, ou qui s'impose, qui ouvre un nouvel espace de pensée, de responsabilité aussi, devant le destin d'une culture désormais confrontée aux limites de sa propre existence.

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  • La mémoire du présent, concept qui résonne comme un oxymore, est une invention d'Augustin. Cette mémoire ne passe plus par la médiation des images pour opérer son acte de remémoration, mais produit elle-même un nouveau type d'image, purement intelligible. En ce sens, elle ne porte plus sur le passé, mais sur le présent lui-même. Autant dire que ce concept invite à relire de façon critique l'histoire de la philosophie, de Platon et Aristote à Husserl ou Heidegger. Selon l'hypothèse ici développée, cette mémoire ne doit pas se comprendre en fonction d'une théorie de la subjectivité, mais à partir d'une économie temporelle du salut, qui noue l'image et le temps, qui lie l'intériorité de l'âme au déploiement de l'histoire, et articule le miroir de l'esprit à la question des Écritures, speculum et Scriptura. C'est ce que l'auteur appelle l'économie temporelle de l'image une mémoire qui assume et dispense le salut par l'image.

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  • Histoire et théorie de la notion de surface au sein des avant-gardes occidentales du XXe siècle.

    Cet ouvrage porte sur la notion de surface, ses plans, ses dimensions et ses propriétés, mais surtout sur ses fonctions dans l'univers artistique. Dès les premiers collages cubistes, ce sont les avant-gardes du début du XXe siècle qui ont fait de cette entité l'élément principal de l'art, de ses opérations et de ses visions. Avec l'invention du cinématographe, du phonographe, et la nouvelle typographie, elle a été repensée en profondeur, vouée à une existence renouvelée au travers de procédés artistiques comme le collage et le montage. C'est dire qu'elle n'a rien d'une catégorie figée et qu'il s'agit d'en faire l'histoire en même temps que la théorie. C'est ce à quoi s'attache cette étude, véritable traversée des avant-gardes occidentales (arts plastiques, cinéma, théâtre, poésie) élaborée au filtre d'une logique des surfaces généralisée. De Picasso à Abel Gance, de Braque à Fernand Léger, d'Apollinaire à Eisenstein, c'est tout un pan de la pensée et de la création qui est ici mis puissamment en perspective au moyen d'analyses aussi précises dans la saisie de leurs objets que dans la traversée de la littérature qu'ils ont suscitée. On y découvrira non seulement une nouvelle histoire des avant-gardes, largement critique par rapport à l'approche formaliste des surfaces (celle de Clement Greenberg notamment), mais aussi une nouvelle histoire de la quatrième dimension, enjeu majeur d'un grand nombre de travaux modernistes. Des surfaces donc ou d'une vision profondément renouvelée du sens et des effets de la création.

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  • Reportage photographique au coeur d'une Genève barricadée et déserte en prévision du contre-sommet du G8 en 2003. L'ouvrage déploie une mise en scène sur l'abandon de l'espace urbain, d'où fleurissent d'étonnantes constructions de défense.
    Bien avant le virus Covid-19, le photographe genevois Jaques Berthet a capturé une Genève déserte, voir assiégée. Aucun piéton, des rues vidées de toute circulation et des rez-de-chaussée barricadés avec des palissades jaunes. A se demander qui en voulait autant à une des villes les plus riches du monde ? Rumeur sur la ville est le titre du nouveau livre de Jacques Berthet qui dresse un inventaire des mesures de protection des commerçants et autres banquiers genevois avant la manifestation altermondialiste du printemps 2003.

    « Lors du sommet du G8 à Evian en juin 2003 les altermondialistes ont organisés à Genève une grande manifestation de protestation. En prévision d'éventuels débordements les commerçants du centre ville ont pris quelques précautions... Le résultat est surprenant, il ma permis de réaliser ce reportage photographique sur ces étonnantes constructions qui mettent en valeur l'espace architectural urbain. Ce travail photographique associe l'instant du vide au cadrage arrêté d'une image architecturale. Il s'agit d'une fiction sur l'abandon, la fuite. ».
    Jacques Berthet.
    Publié suite à l'exposition « Un art de la disparition - Rumeurs sur la ville » au Centre de la photographie Genève, du 4 mars au 8 mai 2016.

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