• Secrets

    Marcel Beyer

    Dans cette famille « silencieuse et dispersée » il manque pas mal de pièces. Carl, Nora, Paulina et leur cousin, le narrateur, n'ont jamais connu leurs grands-parents. Tandis que d'autres découvrent le passé dans les albums de famille, les quatre ado- lescents ne tombent que sur des photos découpées, des non-dits, des mensonges.
    Ce qui est soigneusement tenu secret dans la famille, et que les parents ne veulent surtout pas connaître, c'est l'histoire du grand-père pendant le Troisième Reich, qui abandonne sa fiancée pour s'engager dans la légion Condor et bombarder Guernica. Qui est cette « vieille », avec qui il s'est remarié et qui fait tout pour effacer son passé ? Et qu'est donc devenue cette grand-mère soprano aux beaux yeux italiens ?
    Sur les collines de la ville, où flottent de mystérieuses spores, le jeu innocent tourne à l'obsession et finit par éloigner le narrateur de ses cousins. Fiction et réalité se mélangent, peut-être qu'il vaudrait mieux tout oublier. Mais comment oublier ce qu'on ne connaît pas ?

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  • Un vieil ornithologue - le narrateur - rencontre une jeune interprète qui lui rend visite pour apprendre les termes techniques de cette discipline, car elle doit interpréter dans un congrès international d'ornithologie. Leur conversation est prétexte à des retours en arrière du narrateur qui, au fur et à mesure qu'il transmet à la jeune femme les différents aspects de son savoir scientifique et leur langage, jette un regard rétrospectif sur sa vie : il se souvient de son enfance, de ses études et de son travail auprès du célèbre professeur Ludwig Kaltenburg, avant que ce dernier quitte la rda pour l'Autriche. Ludwig Kaltenburg né en 1903 à Vienne, biologiste de réputation internationale que le narrateur avait connu dans son enfance. Il était même un familier de la maison paternelle avant de se brouiller avec le père du narrateur. Celui-ci, un gamin d'une dizaine d'années à l'époque, avait épié la conversation véhémente entre les deux hommes et compris que le sujet de la discorde était politique. Il suppose, plus tard, que ce sont les implications de Kaltenburg avec les nazis qui ont provoqué la rupture entre son père et l'ornithologue. Devant l'imminence de l'effondrement de l'Allemagne nazie et l'avancée de l'Armée rouge, la famille du narrateur quitte précipitamment Posen pour s'installer à Dresde quelques jours avant le sinistre bombardement au phosphore de la ville en février 1945. Lorsque le narrateur revient à lui, il ne voit autour de lui que des silhouettes recouvertes de cendres, figées dans la rigidité de la mort. Parmi elles, ses parents. Quelques années plus tard, le narrateur entreprend à Dresde des études d'ornithologie et devient l'assistant de Kaltenburg, de retour de captivité en urss, "rééduqué" et accueilli comme un héros en rda. Il devient une autorité scientifique, s'arrange, voire se compromet avec le régime qui le traite avec la bienveillance réservée aux élites politiques, sans toutefois lui épargner mesquineries et bassesses.
    Fatigué du climat de suspicion et de répression de la rda, Kaltenburg, invité à faire une conférence à Vienne, reste dans sa ville natale. Marcel Beyer s'est largement inspiré de la biographie de Konrad Lorenz pour donner chair et vie au personnage de Kaltenburg. Lorenz, né lui aussi en 1903 à Vienne où il meurt en 1989, a enseigné à l'université de Königsberg .Très impliqué dans le régime nazi, il a été prisonnier en Union soviétique après la fin de la guerre. Mais les ressemblances s'arrêtent là. Le personnage de Kaltenburg est un vrai personnage de fiction. Les oiseaux, leurs comportements, leur sociabilité ou leur insociabilité jouent un rôle important dans le roman. Leur vie dans l'institut d'ornithologie rappelle, suggère les événements qui servent de cadre au roman.

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  • Voix de la nuit

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    • Ca et la
    • 19 Septembre 2014

    Hermann Karnau est acousticien, une sorte d'archéologue des sons. La voix humaine est son obsession. En 1940, il décide d'explorer systématiquement ce phénomène et, repéré par les nazis, met son savoir-faire au service du IIIe Reich. Dans sa frénésie de prouver que la langue allemande est « quelque chose que l'on a dans le sang depuis la naissance », Karnau enregistre des centaines de voix, passant du râle des mourants sur le front russe au gargouillis de gorges ouvertes au bistouri, et procède à des expérimentations scienti-fiques afin d'obtenir la voix aryenne la plus pure.
    Sa position l'amène à fréquenter Goebbels, le ministre de la propagande nazie et plus particulièrement l'aînée de ses six enfants, Helga. En avril 1945, l'Armée Rouge est dans Berlin. Un dernier carré de notables s'enferme dans le bunker d'Hitler avec Karnau et la famille d'Helga. Les voix de l'acousticien et de l'adolescente se font écho jusqu'à la fin, quand Karnau enregistre les derniers instants des enfants assassinés.

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