• Les soulèvements qui se sont succédé dans le monde arabe en 2010 et 2011 n'ont pas épuisé leurs potentialités. Occupation des places, slogans dégagistes et anti-système, nouvelles mobilisations de la fin 2019 : l'expérience révolutionnaire arabe s'est étendue et déborde les limites qui étaient les siennes il y a dix ans. Elle a ébranlé les sociétés au point que, malgré les contre-révolutions, rien ne sera plus comme avant.

    L'Esprit de la révolte propose de lire la puissance politique des printemps arabes, leurs répertoires d'actions, les circulations de formes protestataires depuis leurs archives. Traces du temps révolutionnaire, ces documents sont autant de balises pour le futur si l'on prend le temps de les regarder, de les lire, de les écouter. Et nous espérons que nos lectrices et lecteurs pourront voir ce qui se raconte ici en creux des places européennes, des rues sud-américaines et d'une aspiration globale à « changer de système ».

    Sous la direction de Leyla Dakhli, dix chercheuses et chercheurs ont engagé une grande collecte : photos, tracts, vidéos, fresques murales, banderoles, chansons, affiches, etc. Chacun de ces objets, témoin d'un moment, d'une figure, d'un type d'action politique, constitue l'ancrage d'une réflexion et d'un récit. Ce cheminement par l'archive permet aussi de relier les expériences et d'en comprendre la persistance ou la disparition.

    Avec Amin Allal, Kmar Bendana, Mohamed Slim Ben Youssef, Youssef El Chazli, Elena Chiti, Simon Dubois, Giulia Fabbiano, Samer Frangieh, Mélanie Henry, Loulouwa Al-Rachid.

  • L'histoire contemporaine du Moyen-Orient, loin de se résumer à des affrontements géopolitiques et des découpages territoriaux, s'écrit à partir du dernier tiers du xixe siècle au fil des réformes, des inventions et des révolutions.

    À travers les contributions de douze auteurs proposant, à partir de leurs spécialités, des forages à l'intérieur des sociétés du Moyen-Orient entre la fin du xixe siècle et les années 1980, nous faisons le pari d'écrire une synthèse qui ne soit pas une somme. Les femmes, les migrations, les minorités, les citadinités, la modernisation ou encore l'âge des révolutions : autant d'objets d'histoire sociale dans leur forme la plus ouverte, d'emblée politique, en ce qu'ils interrogent ce qui est affecté par le politique et ce qui, dans le monde social, affecte le politique. Autant de questions pour aujourd'hui.

    Espérons que ces voix multiples fassent apparaître un Moyen-Orient à la fois plus complexe et plus normal qu'il n'y paraît, où ni la guerre ni la dictature ne sont une fatalité.

  • Retraçant l'histoire du Proche-Orient au XXe siècle en portant le regard sur les sociétés, cette synthèse entend situer les révolutions de 2011-2012 dans une généalogie des luttes dans la région. Contre la vision d'un monde arabe secoué de guerres et de soubresauts plus ou moins irrationnels, l'auteure écrit ici l'histoire des sociétés et des changements qui les affectent de la fin de l'Empire ottoman aux États modernes, en passant par la période de domination coloniale de l'entre-deux-guerres.
    Cette histoire commence par une révolution, celle menée au sein de l'Empire par les Jeunes-Turcs, et s'achève dans le cycle révolutionnaire actuel, marqué par l'expression de volontés fortes d'émancipation, mais aussi par des résistances et des violences immenses. Elle propose une chronologie de la région qui s'articule autour des moments de contestation et d'élaboration de voies nouvelles pour les sociétés et pour les États : luttes féministes, idéologies nationales ou transnationales, parcours de migrations, luttes ouvrières, mouvements de jeunesse, mouvements culturels...

  • En 1908, sur le territoire de l'Empire ottoman, une révolution est en cours. Sous la pression d'officiers des fronts balkaniques, ceux que l'on appelle les "Jeunes-Turcs", le sultan Adbulhamid II rétablit la Constitution suspendue quelques années auparavant et met fin à une période de censure et d'autoritarisme. Cette révolution tranquille et légaliste libère la parole publique et donne naissance à une nouvelle figure sociale : les intellectuels.
    Les principes de liberté, d'égalité, de justice sont proclamés et brandis par de jeunes hommes et femmes qui attendaient avec impatience de pouvoir endosser ce rôle. La mission qu'ils cherchaient à accomplir s'articulait à une croyance absolue dans les vertus émancipatrices du savoir. Ils constituèrent peu à peu une sphère publique autour de professions et d'activités nouvelles : journalistes, académiciens, avocats, professeurs et parlementaires, mais aussi militants, critiques et caricaturistes. Une histoire qui reste tout à fait d'actualité dans un monde arabe en quête de modernité.

  • de toutes parts montent les discours de la peur, des peurs.
    peur de l'insécurité, de la précarité, du chômage. de la violence, de la marginalisation, d'être délocalisé. peur de l'ouvrier chinois, du plombier polonais, de son collègue de travail, du terroriste. peur aussi de ce que l'on mange, de ce que l'on boit, de son corps. peur du changement climatique. peur intime et peur publique. peur de tout. cette montée de la parole collective sur l'angoisse pourrait être positive : connaître et énoncer ses peurs, c'est déjà les combattre.
    il suffirait de changer de regard, de déchausser les lunettes de la morosité ambiante pour prendre une mesure apaisée des évolutions positives comme des risques encourus par nos sociétés contemporaines. or c'est tout le contraire qui se passe : loin de se réduire, nos peurs grandissent chaque jour un peu plus. pourquoi a-t-on tant de mal à les affronter, dans un contexte qui est loin de s'être autant détérioré qu'on voudrait nous le faire croire oe
    l'exploitation de l'angoisse rapporte, et parfois beaucoup, au sens propre.
    mais qui a intérêt à gouverner par la peur ? quelles formes de résistance et quelles alternatives peut-on y opposer oe

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