• Alors que Lacan a constamment martelé que « l'inconscient est structuré comme un langage », la question se pose de savoir s'il faut entendre « langage » dans le sens large d'une entité linguistique ou s'il s'agit du langage concret, comme le français ou l'anglais. À supposer que le langage doive être pris dans le sens de langue, plus encore que de parole, cela signifie-t-il que la psychanalyse change selon qu'elle est pratiquée en une langue ou en une autre ?

    Le projet du présent livre est d'avancer dans quelques directions sur ce terrain. Comment peut-on prouver que la psychologie doit à la langue plus que la langue à la psychologie ? Qu'est-ce qui a pu pousser Lacan à dire que l'anglais ne prêtait pas ses locuteurs à l'analyse : ni à l'acte même de l'analysant - quoique, paradoxalement, le mot, si l'on en croit Lacan, doit quelque chose à l'anglais -, ni à celui du théoricien ?

    Jean-Pierre Cléro examine l'usage que Lacan fait de la langue anglaise dans son travail : son utilisation des philosophes et savants anglais, de la littérature, des psychologues et des psychiatres anglophones, mais aussi des termes anglais (acting out, fading, splitting...) ou franglais (oddité, poignance...) qu'il importe ou crée dans le vocabulaire analytique. Cet ouvrage met ainsi à l'honneur une pensée lacanienne en construction, au-delà des frontières françaises dans un souci de bilinguisme et de transdisciplinarité.

  • Dans ce livre de philosophie de l'éthique, essentiellement appliquée à deux domaines, la médecine et les professions juridiques, l'auteur montre comment et pourquoi la carte utilitariste doit toujours être essayée dans l'argumentation pratique, de concours avec une conception ordinairement plus personnaliste. 
    Le cheminement est celui d'une philosophie critique : une théorie de l'espace et du temps, une théorie des principes et une théorie des concepts en éthique sont censées répondre aux contradictions qui apparaissent dans des situations où l'éthique est en jeu.
    Bien au-delà du kantisme, cette philosophie se mue en théorie des fictions, dans le prolongement et en complément de ce qui avait été commencé sur le terrain privilégié des mathématiques dans Les raisons de la fiction (Paris, 2004). 
    /> Toutefois, si nécessaire que soit la philosophie sur le terrain de l'éthique, elle doit apprendre à se défier d'elle-même et corriger une ambition professorale qu'elle est tentée d'exercer à l'égard de quiconque prétend se passer d'elle. Il s'agit, en effet, bel et bien de clarifier la place de l'argumentation, du raisonnement et du calcul dans les affaires éthiques, et de mettre en scène le recours nécessaire à des fictions. 

  • This book questions the notions of person, personality, dignity, and other connected notions such as (informed) consent, and discusses new perspectives on categories that allow ethical debates in medicine to overcome morals and ordinary religious schemes. The book states that one has to be careful when thinking about situations in terms of notions and principles that have been obtained in similar situations. Though this book is mostly philosophical, it is also of great practical interest to healthcare givers. It warns caregivers not to rely too much on notions such as person, autonomy, and consent, which are supposedly firm but can be proven to be unreliable in spite of appearances. Furthermore, this work warns against a narrow anthropologisation of ethics which would make technophobian positions unavoidable. On the contrary, this book is open to robotics and offers - among other things - a sustained exploration of the notion of intimacy.

  • Les Principes de la philosophie de Descartes constituent le seul exposé publié de son vivant non seulement de sa physique, mais aussi de son astronomie. Le philosophe entreprend en effet de déduire l'explication de tous les phénomènes célestes des seuls principes des choses matérielles. Conscient de l'étendue indéfinie des cieux, l'homme ne se considère plus ni comme le centre, ni comme la fin de l'univers. Il se recentre ainsi sur ce qui lui appartient véritablement : la liberté et la pensée entendue comme conscience. 
    C'est avec les Principes que Descartes a su contourner la censure de la cosmologie de Galilée par le Saint-Office et proposer une prudente défense du système de Copernic présenté comme une hypothèse. Et c'est par cet ouvrage que sa philosophie sera reçue par les grands post-cartésiens, de Spinoza à Leibniz. 
    Ce recueil d'études propose une lecture plurielle des Principes, qui met en valeur plusieurs apports novateurs de sa philosophie et de son astronomie, et interroge son usage de l'hypothèse, voire de la fiction, dans la recherche de la vérité. 
    Avec les contributions de : Olivia Chevalier-Chandeigne, docteur en philosophie (université de Paris Ouest), Jean-Pierre Cléro, professeur de philosophie à l'université de Rouen, il dirige le Centre Bentham posté à l'École des sciences politiques, Philippe Drieux, chargé de cours à l'université de Rouen, Emmanuel Faye, professeur de philosophie moderne et contemporaine à l'université de Rouen et membre de l'ERIAC, Chantal Jaquet, professeur d'histoire de la philosophie moderne à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, Kim Sang Ong-Van-Cung, professeur à l'université de Bordeaux-III, Jean Seidengart, professeur de philosophie à l'Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Anne Staquet, professeur de philosophie à l'université de Mons.

  • Le livre se veut une synthèse philosophique sur la perception. Il critique les grandes thèses sur la perception en les organisant en une antithétique ; il les dénonce comme des masques idéologiques ; il s'efforce enfin de montrer comment on peut sortir des contradictions qui paraissent inévitables. Le thème de la perception ne saurait être isolé des questions liées à l'imagination et aux passions ; ses difficultés ne pourraient être résolues indépendamment des problèmes soulevés par les divers modes de la sensibilité. L'horizon de cette antithétique et de son effort de résolution, est celui des fondements des sciences de l'homme telles qu'elles orientent leurs travaux au cours des dernières décennies. Ces fondements relèvent de l'examen de plusieurs catégories, mais aussi d'un effort pour repenser, par exemple, l'espace et le temps. Il est clair que le présent ouvrage est l'esquisse d'une tâche qui devra en passer par l'ensemble des aspects de la sensibilité. L'enjeu de cette enquête est de savoir si une telle théorie réussira, dans une tâche où de grandes philosophies du XIXe et du XXe siècles paraissent avoir échoué.

  • Ce livre marque le bilan de plus de deux décennies de recherches effectuées au croisement de divers secteurs des mathématiques, des philosophies anglo-saxonnes mo-dernes et contemporaines, et de la psychanalyse ; il est sous-tendu par une enquête plus générale sur la possibilité de construire aujourd'hui une théorie des fictions en accordant à cette dernière la valeur fondatrice qu'un grand nombre de philosophies paraissent avoir perdue (à commencer par le kantisme et la phénoménologie).
    Plusieurs fils sont entrelacés. Le premier consiste en une approche résolument « empiriste » des mathématiques ; cette conception, qui vise à secouer le joug d'une attitude a prioriste, pour ne pas dire innéiste, très généralement et spontanément adoptée en la matière, aboutit à accorder un rôle essentiel à la notion de fiction. Cette carte « fictionaliste », avancée par Aristote et rénovée plus récemment par l'utilitarisme, semble ne jamais avoir été jouée comme il convenait ; en raison des échecs relatifs des diverses philosophies des mathématiques qui se sont disputé le terrain jusqu'à ce jour, il est tenté ici de relever cet héritage, fascinant mais délaissé.
    Le deuxième fil conducteur de l'ouvrage est celui d'un « psychologisme » délibéré et avoué : il s'agit d'ouvrir sur les aspects affectifs, dynamiques et économiques qui sous-tendent les efforts logiques et démonstratifs des mathématiciens. Ces recherches, quand elles sont esquissées, paraissent encore « échapper » au philosophe, au penseur, au psychologue même, quand ils ne les dénoncent pas par principe. Il est temps d'attirer l'attention sur le travail particulier des schèmes à l'oeuvre en toute démonstration.
    Le troisième fil met l'accent sur un certain type de pensée technique, qui mène son chemin aveuglément et symboliquement ; mais non pas sans pensée. Valéry disait : « Il n'y a de science que des actes. Tout le reste est littérature ». Le présent livre, variation sur la pensée active des mathématiques, n'en néglige pas pour autant « le reste », puisque la théorie des fictions proposée ne sépare les concepts ni de ce qu'il est convenu d'appeler, fallacieusement d'ailleurs, le « contexte », ni des schèmes dont l'auteur a cherché à établir qu'ils sont communs aux mathématiques et à la littérature.Jean-Pierre CLÉRO est professeur à l'université de Rouen. Agrégé et docteur de philosophie, il a pratiqué les mathématiques, leur histoire et leurs philosophies, avec les enseignants de mathématiques des IREM.

empty