Littérature générale

  • Au-dessus de Mazel-de-Mort, lorsqu'on atteint le hameau de Maheux, « commencent les hautes solitudes » du haut pays des Cévennes, une nature tellurique où « les vieux meurent, les enfants s'en vont, les maisons de ferment » et où partout règne le silence. Son jeune frère Joseph est parti, le père est mort, Abel Reilhan vit dans une rage muette, bravant la rudesse de sa terre et l'enfermement de sa quasi solitude... Jusqu'à ce qu'il apprenne, un jour, l'existence d'une source...

  • Au-dessus de mazel-de-mort, lorsqu'on atteint le hameau de maheux, commencent les hautes solitudes: les torrents disparaissent, les sources tarissent, les étendues tristes et sans arbres moutonnent à l'infini.
    Brûlant ou glacial, le climat confère à toutes les saisons quelque chose de sinistre et de menaçant: voilà le haut-pays des cévennes, terre huguenote. les vieux meurent, les fermes sont abandonnées les unes après les autres, les enfants quittent le pays : voilà son histoire. le père mort, samuel, son frère, descendu à la ville, abel reilhan reste seul, dernier parmi les derniers habitants de ces landes inanimées ; seul à piéger les grives ou à tirer le lièvre, seul à glaner les châtaignes ou à couper le bois mort, seul enfin à défier l'ingratitude du ciel et de la terre, du fond du puits qu'il creuse pour faire jaillir une eau qui n'existe pas.
    Provocation singulière irrémédiablement vouée à l'échec, combat à l'image de celui qu'il mène contre cet épervier dont le tournoiement incessant l'ensorcelle. pari perdu d'avance : abel mourra fou.

  • " Je me suis allongé sur le lit et j'ai observé le plafond, où des taches formaient des continents et des mers, pour (je veux dire : sans le vouloir) me retrouver une fois de plus au nord du Québec, au bord du même lac entouré d'épinettes.
    J'ai pris un sentier que je connaissais bien et qui conduisait jusqu'à un pont en bois sous lequel coulait un petit torrent. Je me suis assis sur les planches (il n'y avait pas de parapets et je pouvais toucher l'eau avec mes pieds), et, sur ma droite, j'ai aperçu la feuille d'or d'un bouleau. Un grand frisson d'allégresse m'a parcouru le corps. " Lui, c'est Benjy, le frère " différent ", que ses parents, riches propriétaires viticoles, ont fait enfermer dans une camisole chimique.
    Elle, c'est Laetitia, sa soeur. Complice de ses rêves, elle l'a toujours protégé d'un univers hostile. Quand leurs parents s'apprêtent à les spolier, ils fuient la médiocrité de leur existence, afin de retrouver la liberté. De la Camargue jusqu'au somptueux Labrador, ce Grand Nord où tout s'anéantit, Benjy et Lætitia vont parcourir un chemin semé de dangers et de rencontres.

  • Mais d'où provient ce sentiment magique qu'on éprouve à lire Gracq ? Marqué par le sceau insolite de la rencontre du surréalisme et de la géographie, Julien Gracq reste sans doute l'un des écrivains contemporains les plus secrets.
    Quel est celui qui se cache derrière ce pseudonyme, lui qui refusa le prix Goncourt pour un chef d'oeuvre Le Rivage des Syrtes et publia un pamphlet retentissant La littérature à l'estomac ? Cette rencontre avec Jean Carrière, l'auteur de L'épervier de Maheux, est un document littéraire précieux pour découvrir l'oeuvre et l'itinéraire de l'un des grands écrivains français du XXe siècle.

  • Le journal de Ziragobora

    Jean Carrière

    • Amalthee
    • 15 Novembre 2012

    Ziragobora, dix ans environ, est arrivé au Canada en 1999, recueilli par la famille Carrière qui l'attendait suite au génocide du Rwanda. Ils ne se connaissaient pas, mais l'amour de cette famille pour le jeune Rwandais était immense. Au Canada, l'enfant a pu faire soigner ses mains gravement déformées, il a pu aller à l'école et apprendre la langue pour communiquer avec sa famille d'accueil pour qui l'arrivée de l'enfant fut un défi dès 1994. Le journal de Ziragobora retrace les années de 1994 à 1999, alors qu'il fut livré à lui-même, ballotté d'orphelinat en orphelinat. La naïveté de ce jeune garçon qui ne comprenait pas bien son sort n'a d'égal que la violence des relations, des décisions, des soins et des conditions de vie qu'il a subie entre 5 et 9 ans. Heureusement, il y avait toujours, non loin de lui, des femmes et des hommes dévoués, concernés, aimants, et surtout, en ligne de mire, l'espoir d'une vie meilleure : le départ vers le Canada.

  • Les annees sauvages

    Jean Carrière

    • Omnibus
    • 17 Février 2011

    Le succès stupéfiant de L'Epervier de Maheux (prix Goncourt 1972, près de deux millions d'exemplaires vendus) plongea Jean Carrière dans une dépression qu'il mit quinze ans à surmonter.
    Les Années sauvages, récit d'un homme de cinquante ans qui redémarre sa vie après l'avoir gâchée, inaugure le deuxième volet de l'oeuvre d'un écrivain désormais apaisé. Les cinq romans qui composent ce recueil témoignent de cette liberté retrouvée. Enfin débarrassé des oripeaux de l'auteur à succès que l'on attend, il revient aux sources de son inspiration : la nostalgie du bonheur de l'enfance, la quête quasi mystique, par la littérature, la musique ou la communion avec la nature, d'un absolu ici-bas.
    Voici la vérité d'un artiste qui s'affranchit de son époque pour bâtir une oeuvre éminemment personnelle, puissante et cohérente.

  • Achigano

    Jean Carrière

  • Tout a commencé en Champagne lors de l'offensive menée par Joffre.
    Durant l'attaque, Pierre-Ezéchiel Séguier eut la moitié de sa jambe fracassée. Il fallut l'amputer à l'intérieur d'une tente pleine de boue, de sang, de membres déchiquetés. " Si l'on attend l'ambulance, vous risquez d'y laisser votre peau ", conclut le chirurgien après un bref examen. " Je suis fait au fer et au sang ", rétorqua le blessé avec la raideur de ceux qui méprisent les faiblesses du corps et de l'âme.
    L'opération fut expédiée, après qu'on l'eut forcé à avaler un verre d'eau-de-vie. Lorsque le membre fut sectionné d'un coup de scie sec et précis, la moitié du cigarillo qu'il tenait entre ses dents tomba : il n'avait pas concédé à la douleur le moindre gémissement.
    Echappant à la boucherie de la guerre de 14-18, hanté par les charniers qu'il garde en son coeur, Pierre-Ezéchiel Séguier devient un fou de Dieu.
    Le fier Cévenol, de retour chez lui, s'en remet à l'Eternel. D'une combe, où mourut sacrifiée une centaine de camisards, le fermier tente, dans une folie digne de celle qu'il a vue sur les champs de bataille, de bâtir un jardin d'Eden. Et dans ce temple naturel, il faudra bien qu'il dresse une croix... qui ne le conduira pas où il le croyait.

  • Depuis toujours Jean Carrière, dont le père était chef d'orchestre et la mère pianiste, rêvait de donner à son amour de la musique la liberté de s'épanouir dans un livre...
    " La fosse d'orchestre commençait à se remplir de musiciens.
    Quand ils accordèrent leurs instruments, je me sentis emporté par toutes ces sonorités qui me soulevèrent le coeur de tendresse. Enfin le chef d'orchestre apparut sur l'estrade de son pupitre et, se courbant pour saluer les auditeurs, il souleva une tempête d'applaudissements et de cris : il devait avoir un public qui se serait fait tuer pour lui. Quelques minutes plus tard, il leva sa baguette dans un silence religieux : on eût dit que nous allions assister à la messe.
    Quelle messe ! Ce ne fut pas une musique ordinaire qui emplit l'opéra, mais une rumeur à la fois légère et profonde, une rumeur qui m'empoigna le coeur, et que je reconnus tout de suite : Pelléas et Mélisande, le chef-d'oeuvre de Debussy. " Une oeuvre peut-elle ensorceler des êtres et les pousser à vivre les passions qu'elle exprime... ?

  • En 1550, une question agite la chrétienté : qui sont les Indiens ? Des êtres inférieurs qu'il faut soumettre et convertir ? Ou des hommes, libres et égaux ?

    Un légat envoyé par le pape doit en décider. Pour l'aider, deux religieux espagnols. Ginès de Sépulvéda, fin lettré, rompu à l'art de la polémique, et Bartholomé de Las Casas, prêtre ayant vécu de nombreuses années dans le Nouveau Monde. Le premier défend la guerre au nom de Dieu. Le second lutte contre l'esclavage des Indiens. Un face-à-face dramatique dont l'écho retentit encore.

  • Dictionnaire intime ; désordre Nouv.

    L'autobiographie consiste-t-elle à mettre de l'ordre dans sa vie, ou au contraire d'y entretenir un savant désordre ? Réponse de Jean-Claude Carrière :
    « Ce livre est un jeu : il s'agit de choisir sa vie, exercice difficile au début d'un parcours, mais qui devient plus facile, et plus ludique, quand on approche de la fin. Il est possible de mettre ceci en lumière et de laisser cela dans l'ombre. Et puis, ai-je pensé, cela m'évitera d'écrire mes mémoires, ce qui est toujours la barbe.
    J'aime mieux vivre ma vie que la raconter. Le mot «désordre», qui pour certains évoque un cauchemar domestique, me convient. Je dirais même qu'il me rassure car tout ordre m'effraie. Certains disent que ce mot me va bien, que j'ai sautillé, toute ma vie, d'une chose à l'autre. Surtout, c'est l'idée d'une vie classée «par ordre alphabétique» qui m'a séduit. Passer ainsi d'un pays à un personnage, d'une activité à une anecdote, sans savoir à l'avance quelle «entrée» va suivre celle que je suis en train de rédiger : un vrai jeu de pistes. Il me semblait que je cherchais ma vie, que je passais d'un âge à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'un ami, d'une amie à l'autre, et que ma vie désordonnée surgissait de nouveau devant moi, fraîche et belle. »

  • La Conférence des oiseaux est un des plus célèbres contes soufis, et l'un des chefs-d'oeuvre de la poésie persane. Mis par écrit par Farid al-Din Attar (1142-1220), influence majeure pour Rûmî, il raconte comment les oiseaux se mirent en quête d'un oiseau mythique, le Simorgh, afin de le prendre comme roi. Au terme d'une épopée mystique et existentielle, ils découvrent que le Simorgh n'est autre qu'eux-mêmes : " Le soleil de ma majesté est un miroir. Celui qui se voit dans ce miroir, y voit son âme et son corps ".
    De cette allégorie de la rencontre entre l'âme et Dieu, Jean-Claude Carrière a tiré une oeuvre théâtrale, mise en scène par Peter Brook à Avignon en 1979. Longtemps épuisé, ce classique contemporain est enfin rendu à son public.
    Reprise d'un grand format publié par le Centre international de créations théâtrales en 1979.

  • Ateliers

    Jean-Claude Carrière

    « Toute vie est un atelier, la mienne entre autres.

    Depuis plus de soixante ans, j'écris pour le cinéma et le théâtre.

    À chaque pas, j'ai rencontré des difficultés, de toute nature, et même des obstacles qui paraissaient parfois insurmontables.

    J'essaie de raconter ici, sous une forme simple, comment je les ai, ou ne les ai pas, résolus.

    J'y parle de mes problèmes personnels d'écriture - qui furent nombreux - et aussi des ateliers que j'ai dirigés - une centaine - un peu partout dans le monde, de Los Angeles à Pékin, de Téhéran à Jérusalem.

    Il ne s'agit pas de théorie, mais de pratique.

    Les échecs y côtoient les succès.

    Luis Buñuel, Peter Brook, Pierre Étaix, Louis Malle, Milos Forman, Jean-Luc Godard, Nagisa Oshima, Jacques Deray, Volker Schlöndorff, Jean-Paul Rappeneau, et jusqu'au jeune Louis Garrel, y sont, parmi d'autres, mes compagnons d'aventure.

    Et j'espère qu'on peut y sentir combien il est difficile, mais passionnant, pour un auteur d'aujourd'hui, de faire jouer ensemble non seulement le réel et l'imaginaire, le lointain et le proche, mais aussi l'historique et l'invraisemblable, surtout quand celui-ci est vrai. » J.-C.?C.

  • Dans leur commune dévotion, guides spirituels ou simples idiots nous racontent les fruits savoureux de leur méditation.
    Histoire après histoire, aiguisée par l'infinie sagesse d'une pensée vagabonde, l'imagination s'aventure et se laisse prendre au jeu subtil et entraînant d'une sublime vérité. Ces contes se rapportent à toutes les questions qu'un jour ou l'autre nous nous sommes posées. Ils disent des vérités que seuls les menteurs connaissent.

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  • Nous en venons et nous y retournons. Pourtant, nous ne pouvons rien en dire. Le néant - qui n'est ni le rien, ni le vide - reste l'inconnu fondamental, le non-être, sans sensation, sans conscience et sans mémoire.

    Pour m'en approcher, prudemment, je me suis lancé dans une promenade, un peu au hasard des chemins, en reprenant un vieux thème persan. J'ai voulu voir comment d'autres ont réagi, ici ou là, dans l'histoire du monde, au plus secret, au plus insistant des mystères. J'ai découvert, au passage, plusieurs attitudes, qui peuvent paraître contradictoires. Chacun peut choisir.

    C'est banal à dire, nous sommes tous emportés par un mouvement irrésistible. Il est notre maître, et nous savons où il nous conduit. Rien ne reste, rien ne revient. Pour peupler ce passage où il n'y a « rien » (« N'y a-t-il rien dans ce rien ? » se demandait Chateaubriand), nous avons, au long des siècles, imaginé toute une farandole de monstres, de vapeurs, de fantômes, des hurlements, dont un grand nombre sont évoqués ici.

    Avec quelques questions inévitables : comment nous protéger du désespoir et de la vanité de toutes nos vies, si nous n'en devons rien garder ?

    Comment, peut-être, en tirer une force, et même une joie ?
    Pourquoi rire ? Pourquoi pleurer ?
    Et pourquoi rêver d'immortalité ?

  • Dans un couvent de Valladolid, quelque soixante ans après la découverte du Nouveau Monde, deux hommes s'affrontent: les Indiens sont-ils des hommes comme les autresoe Pour le dominicain Las Casas, ardent défenseur de la cause indienne, cela ne fait aucun doute: les Espagnols, avides de conquête, ont nié l'évidence, assujettissant et massacrant les indigènes par millions. Face à lui, le philosophe Sépulvéda affirme que certains peuples sont nés pour être dominés. Tous deux s'entendent sur un point: le nécessaire salut des âmes. L'issue de ce débat passionné, déterminante pour des millions d'hommes, pourrait bien être surprenante...

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  • Audition

    Jean-Claude Carrière

    Trois acteurs sont convoqués pour une audition. Ils ne connaissent ni la pièce, ni leurs rôles, ce qui est source de déstabilisation pour tous et crée de nombreux quiproquos : quel texte, quel style, dans combien de temps ?

    DANS LA SALLE D'ATTENTE, LES TROIS ACTEURS PARLENT DES DIFFÉRENTS RÔLES QU'ILS DOIVENT OU AIMERAIENT JOUER :

    HOMME 1. Et c'est quoi, comme rôles ?
    HOMME 2. Oh, la plupart du temps, des situations très ordinaires. Je t'aime, tu ne m'aimes pas, le quotidien. Des textes tellement simples que si vous les changiez, même l'auteur ne s'en rendrait pas compte. Et ça se joue à la banale. Vous souriez quand vous êtes content, vous baissez la tête en cas de tristesse. [.] HOMME 1. Et les autres rôles ?
    HOMME 2. De temps en temps, avec un peu de chance, vous montez d'un étage. Ou même plus haut. Si vous avez donné satisfaction, on vous confie parfois de grandes choses. Du très élevé, du sublime. Ah, le chef-d'oeuvre, quand vous le tenez sous les yeux, vous le sentez en deux secondes. C'est. (à la femme) N'est-ce pas ?
    FEMME. Oui.
    HOMME 2. Je ne sais pas comment vous dire. C'est chaud, ça étonne.
    FEMME. Ça bouge.
    HOMME 2. C'est comme un énorme animal qui respire à côté de vous.
    HOMME 1. Je vous envie d'avoir connu ça.
    HOMME 2. Mais la plupart du temps, quand vous commencez, ce qu'on vous propose, c'est du passe-partout, du sirop. Ou alors de la bassesse. Du porno, même.

    Mais ces trois-là sont-ils vraiment acteurs ? Et sinon qui sont-ils ? Ils vont ainsi vivre une suite d'aventures étranges et comiques, où même le diable les visitera. Mais estce vraiment le diable ? Cette comédie épicée est la septième pièce de Jean-Claude Carrière publiée chez Actes Sud-Papiers. Il publie en 1957 son premier roman Lézard. De nombreuses et riches rencontres rythment son parcours : il rencontre Pierre Étaix chez Jacques Tati, avec qui il cosigne des courts et des longs métrages. Sa collaboration avec Buñuel durera dix-neuf ans jusqu'à la mort du grand réalisateur. Parallèlement, il poursuit sa carrière de dramaturge et adaptateur en particulier avec André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Peter Brook. Il travaille régulièrement avec Milos Forman, Louis Malle, Patrice Chéreau, Jean-Luc Godard, Volker Schlöndorff, etc.

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