Plon

  • 1550.
    Dans un couvent de Valladolid, en présence d'un légat du pape et d'un représentant de Charles Quint, on va débattre d'une question fondamentale : les Indiens du Nouveau Monde sont-ils des hommes comme les autres ? Descendent-ils d'Adam et Eve. Ont-ils été rachetés par le sang du Christ et peuvent-ils prétendre à la vie éternelle ? La question s'est déjà posée. Il faut y répondre une fois pour toute, car la légende noire des conquistadores commence à se répandre dans toute l'Europe, bien alimentée par les ennemis de l'Espagne.
    Dans cette controverse, deux hommes s'affrontent. L'un est un philosophe, traducteur d'Aristote, nommé Sépulvéda. L'autre est le fameux dominicain Las casas, ardent protecteur des Indiens. Les arguments sont multiples et articulés. Le légat du pape a fait venir d'Amérique plusieurs indigènes. On va pouvoir expérimenter sur ces spécimens s'ils sont ou non capables de sentiments humains. Tout se passe en quatre jours.
    Débat enflammé, baoque, profond, prémonitoire. De la décision prise va dépendre, pour des siècles et des siècles, le sort de dizaines de millions d'hommes. Mais pas forcément ceux qu'on croit.

  • L'Inde lance un défi au regard comme à la raison : tant de peuples, tant de langues, de coutumes, de croyances, d'activités. Tant de passé dans tant de présent. On pourrait croire qu'un tel pays n'existe pas. Et pourtant la démocratie indienne fonctionne, et tous ces peuples n'en font qu'un.
    Par quel prodige ? Ce dictionnaire - où l'amour voudrait ne pas être aveugle - tente de répondre à cette question, par un zigzag constant, et très indien, entre les lieux, les dieux, les hommes et le hasard. Nous changeons sans arrêt de sujet, nous passons du concept à l'anecdote, guidés par un ciment invisible, mais tout-puissant, qui est le grand récit épique appelé le Mahâbharata. L'Inde, une illusion qui ne trouve sa réalité que dans un poème.
    Le défi suprême, ici accompli.

  • Certains pays se sont trouvés. D'autres se cherchent encore. C'est le cas, semble-t-il, du Mexique.
    Car il y a trois Mexique. Celui d'avant la conquête, magnifique et violent, qui a pour image une chimère, Quetzacoatl, le serpent à plumes. Il est le grand civilisateur, mais de ses dents tombent des gouttes de sang.
    Il y a le Mexique espagnol et catholique, qui dura trois siècles. Celui-ci s'est donné pour image la Vierge de Guadalupe, compatissante, patronne officielle du pays, présente partout.
    Et il y a le Mexique moderne, qui s'est établi à partir des guerres d'indépendance et, plus tard, de la fameuse révolution. L'image est ici Zapata, le héros paysan, le juste mitraillé.
    Trois raisons d'aimer. Né d'une rencontre entre deux continents unique dans l'histoire, le Mexique est doux et violent, souriant et masqué, antique et d'avant-garde. Il est une terre de contradictions, un monde confus, broyé, d'où sortira peut-être un nouveau siècle.

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  • Les meilleures histoires du monde sont anonymes.
    Elles sont nées un peu partout, elles sont indiennes ou chinoises, ou africaines, ou juives. elles sont zen aussi bien que soufi. elles sont drôles, elles sont graves, elles sont parfois mystérieuses : tout comme nous. histoires d'hier, histoires d'aujourd'hui : voici la seconde cueillette.

  • Le vin bourru

    Jean-Claude Carrière

    • Plon
    • 6 Avril 2000

    Il y a quelques années, en province, des amis m'amenèrent dans un éco-musée, un de ces villages reconstitués qui se voient un peu partout en Europe.
    Dans ce faux village, à ma surprise, je retrouvais tous les éléments qui avaient composé mon enfance. J'avais à peine cinquante-cinq ans, mon enfance était au musée et des touristes venaient la visiter.
    A cette occasion, tout en constatant l'incroyable bouleversement que nous devons à la Deuxième Guerre mondiale, je mesurais pour la première fois la quantité étonnante de choses que l'on m'avait apprises et qui plus tard ne m'ont servi à rien.
    Car, né dans une culture, j'ai vécu dans une autre. De là mille questions, sur les ruptures, les accélérations, les oublis, les regrets parfois, les passages, les inquiétudes. Sur ce qui nous fait et ce qui nous défait. Sur ce que nous avons perdu, gagné, sur ce qui nous reste.
    Le Vin bourru était le premier vin que l'on goûtait, au début du mois de novembre. Il était différent d'une cave à l'autre. Il conservait un duvet, une bourre, quelque chose d'inachevé, de provisoire, comme si le vin nouveau-né se protégeait encore contre les agressions du monde.

    C'est en souvenir de ce vin bourru, et du petit garçon qui ne goûtait du bout des lèvres, que ce livre est écrit.

  • Simon le mage

    Jean-Claude Carrière

    • Plon
    • 20 Août 1993
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  • Mon chèque

    Jean-Claude Carrière

    • Plon
    • 14 Janvier 2010

    On me doit un chèque. Un producteur de cinéma me doit un chèque. Comment va-t-il s'y prendre pour ne pas me le donner ?

    Comme de nombreux confrères, j'ai connu les diverses péripéties de cette histoire. Et les choses n'ayant guère changé, je la raconte aujourd'hui, comme si j'étais un jeune scénariste qui s'aventure en terre inconnue. Dans le pays des cent mille embûches, où les ruses de l'argent sont imprévisibles (et quelquefois très profondément mystérieuses), il court après un chèque papillon, un chèque sauterelle. Il s'énerve, il s'épuise, il s'exaspère, mais sans jamais perdre toute espérance.

    J'ai choisi le parti d'en rire. Même si ce rire est forcément amer et désabusé. Mais au moins il est une ligne de défense, une bouée dans la détresse. Personne ne m'en privera.

    Et puis, au détour d'une feinte, d'une colère, d'un égarement ou d'une vraie crise, il m'arrive, à cette occasion, de parler un peu de cinéma.

    J-C. C.

  • Jean-Claude Carrière a écrit et ordonné ces histoires comme s'il s'agissait d'un nouveau manuel de philosophie. C'est la philosophie par les contes, un manuel où le chemin vers la sagesse serait hasardeux et plaisant, uniquement constitué des meilleures histoires du monde. Au début, les hommes se racontaient les mythes, qui étaient vrais, car ils avaient pour auteur le cosmos. Puis les conteurs sont arrivés et ont inventé les histoires. Ils furent les premiers menteurs, suivis de beaucoup d'autres. Ces contes se rapportent à toutes les questions qui, un jour ou l'autre, nous ont agités. Et ils disent des vérités que seuls les menteurs connaissent.

  • " A l'entendre, il fut un loup-garou, un énergumène, un vagabond errant dans l' «immense plaine des idées », et pourchassé de-ci, de-là, toute sa vie. Jeté comme par hasard dans le siècle dit des Lumières, prolétaire, autodidacte, râleur, maladif, marcheur infatigable, vivant avec une femme qui ne savait pas lire, il va pourtant bouleverser l'histoire de la pensée. Même la vie politique, même l'idée de révolution ne resteront plus en place après lui.
    Il m'irritait et me fascinait depuis longtemps, car nous n'étions d'accord sur rien, ni sur le théâtre bien sûr, ni sur les femmes, ni sur l'éducation, la culture, le pouvoir. Sur rien. J'avais donc envie de lui parler un peu de tout ça, et de l'écouter. Je ne me trompais pas. L'homme est étonnant, riche de surprises, d'obsessions, de drôleries, de délires. Comme prévu, nous nous sommes opposés, durement parfois. Il n'a pas changé d'avis, moi non plus. Mais quelque chose nous a réconciliés dans une paix, dans une beauté que rien ne dérange : assis au bord d'un lac, un soir, nous avons lu ensemble quelques pages qu'il a écrites, et sur lesquelles glisse le temps, sans les effacer." J.-C.C

  • Contes philosophiques du monde entier Nouv.

  • « Je suis parti du cliché, comme tout le monde, du fandango, des mantilles et des castagnettes. Après quoi, peu à peu, en travaillant là-bas (avec Buñuel, avec Bergamín), j'ai trouvé une Espagne plus profonde, plus étrange à nos yeux, plus lointaine aussi que celle que j'imaginais. Une Espagne où la « raison » n'a pas le même sens que chez nous, où les révolutions sont plus radicales, les rêves plus larges. Une Espagne d'où la pensée a été officiellement bannie comme une « manie funeste », où la folie parade encore, où les démons viennent s'asseoir au coin du feu.
    Voici cette Espagne peu souvent décrite, parfois mal aimée. Les Pyrénées, bien visibles, nous en séparent. Mille liens, invisibles, nous en rapprochent. » J.-C. C.

  • " Des fleurs, des pavés et des tanks.
    " Par les hasards de mon activité de scénariste j'ai connu de près, dans les années 1968-1969, trois villes chaudes : New York, Paris, Prague - et de nouveau New York. Des fleurs dans les cheveux, des pavés dans la nuit, des tanks pour écraser l'espoir. Un vent d'utopie a vraiment soufflé sur ces années-là, que j'ai passées aux côtés de Luis Buñuel, de Louis Malle et surtout de Milos Forman, errant de pays en pays.
    Nous qui voulions écrire une petite histoire, nous étions chassés par la grande. De ces deux années extraordinaires, aujourd'hui détestées ou idolâtrées, j'ai tenté de tisser mes souvenirs. Je me suis rappelé, à travers les pièges de la mémoire, les cris, les refus, les fuites, les drogues, les rêves et le sexe qui se disait libre, et le monde nouveau qui s'annonçait tout proche. J'ai même essayé de dire où tout cela nous a menés, avec le sentiment, de plus en plus vif, que cette utopie a été la dernière qui se soit levée en Occident.
    En connaîtrons-nous, quelque jour, une autre ?

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