• Cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l'enfant dans le chemin du narcissisme, c'est quelqu'un de réel, elle est là, et comme tous les êtres inassouvis, elle cherche ce qu'elle va dévorer, quaerens quem devoret. Ce que l'enfant lui-même a trouvé autrefois pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve possiblement devant lui comme une gueule ouverte. [...] Voilà le grand danger que nous révèlent ses fantasmes, être dévoré. [...] il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. Nous rencontrons cela dans les craintes du petit Hans. [Ici], vous verrez mieux les relations de la phobie et de la perversion. [...] J'irai jusqu'à dire que le cas du petit Hans, vous l'interpréterez mieux que Freud n'' pu le faire. (chapitre XI) La castration, ce n'est pas pour rien qu'on s'est aperçu, de façon ténébreuse, qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu'avec le père. [...] Il y a antériorité de la castration maternelle, et la castration paternelle en est un substitut. (chapitre XXI)

  • L'hospitalité reçue de l'École normale supérieure, un auditoire très accru indiquaient un changement de front de notre discours.
    Pendant 10 ans, il avait été dosé aux capacités des spécialistes ; sans doute seuls témoins recevables de l'action par excellence que leur propose la psychanalyse, mais, aussi, bien, que les conditions de leur recrutement laissent très fermés à l'ordre dialectique qui gouverne notre action.
    Nous avons mis au point un organon à leur usage, en l'émettant selon une propédeutique qui n'en avançait aucun étage avant qu'ils aient pu mesurer le bien-fondé du précédent.
    C'est la présentation que nous devons renverser, nous parut-il, trouvant dans la crise moins l'occasion d'une synthèse que le devoir d'éclairer l'abrupt du réel que nous restaurions dans le champ légué par Freud à nos soins.

  • « Il convient que nous nous arrêtions à ce défilé, à ce passage étroit où Freud lui-même s'arrête, et recule avec une horreur motivée. Tu aimeras ton prochain comme toi-même - ce commandement lui paraît inhumain.

    Ne peut-on dire que Sade nous enseigne une tentative de découvrir les lois de l'espace du prochain comme tel ? - ce prochain en tant que le plus proche, que nous avons quelquefois, et ne serait-ce que pour l'acte de l'amour, à prendre dans nos bras. Je ne parle pas ici d'un amour idéal, mais de l'acte de faire l'amour.

    Nous savons très bien combien les images du moi peuvent contrarier notre propulsion dans cet espace.

    De celui qui s'y avance dans un discours plus qu'atroce, n'avons-nous pas quelque chose à apprendre sur les lois de cet espace en tant que nous y leurre la captivation imaginaire par l'image du semblable ? »

  • Que peut vouloir dire être père ? Vous connaissez les discussions savantes dans lesquelles on entre aussitôt, ethnologiques ou autres, pour savoir si les sauvages qui disent que les femmes conçoivent quand elles sont placées à tel endroit ont bien la notion scientifique que les femmes deviennent fécondes quand elles ont dûment copulé. Ces interrogations sont tout de même apparues à plusieurs comme participant d'une niaiserie parfaite, car il est difficile de concevoir des animaux humains assez abrutis pour ne pas s'apercevoir que, quand on veut avoir des gosses, il faut copuler. La question n'est pas là. La question est que la sommation de ces faits ? copuler avec une femme, qu'elle porte ensuite quelque chose pendant un certain temps dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté ? n'aboutira jamais à constituer la notion de ce que c'est qu'être père, je parle simplement de ce que c'est qu'être père au sens de procréer.

    J. L.

  • Il faut avoir lu ce recueil, et dans son long, pour y sentir que s'y poursuit un seul débat, toujours le même, et qui, dût-il paraître dater, se reconnaît pour être le débat des lumières.
    C'est qu'il est un domaine où l'aurore même tarde : celui qui va d'un préjugé dont ne se débarrasse pas la psychopathologie, à la fausse évidence dont le moi se fait titre à parader de l'existence.
    L'obscur y passe pour objet et fleurit de l'obscurantisme qui y retrouve ses valeurs.
    Nulle surprise donc qu'on résiste là même à la découverte de Freud, terme qui se rallonge ici d'une amphibologie : la découverte de Freud par Jacques Lacan.
    J.L.
    ( Début du prière d'insérer, 1966 ) Pour la première fois en édition de poche, le texte intégral des Écrits.

  • Le lecteur apprendra ce qui s'y démontre : l'inconscient relève du logique pur, autrement dit du signifiant.
    L'épistémologie ici fera toujours défaut, si elle ne part d'une réforme, qui est subversion du sujet.
    L'avènement ne peut s'en produire que réellement et à une place que tiennent présentement les psychanalystes.
    C'est à transcrire cette subversion, du plus quotidien de leur expérience, que Jacques Lacan s'emploie pour eux depuis quinze ans.
    La chose a trop d'intérêt pour tous, pour qu'elle ne fasse pas rumeur.
    C'est pour qu'elle ne vienne pas à être détournée par le commerce culturel que Jacques Lacan de ces écrits fait appel à l'attention.
    J.L.
    ( Fin de la prière d'insérer, 1966 ) Pour la première fois en édition de poche, le texte intégral des Écrits.

  • Aux confins du séminaire

    Jacques Lacan

    • Navarin
    • 7 Septembre 2021

    « « J'ai réuni dans ce volume des textes qui porteront le lecteur aux confins du Séminaire de Jacques Lacan : avant le Séminaire i et après le Séminaire xxv. » - J.-A. Miller. Aux confins du Séminaire de Jacques Lacan commence par « Sur l'Homme aux loups », enseignement à quelques-uns en 1952-1953 sur le cas princeps de Freud. Ce sont ensuite les dernières prises de parole de Lacan à son Séminaire avant son décès, survenu le 9 septembre 1981, « Dissolution » (suite à sa lettre de janvier 1980 parue dans Le Monde) et son ultime intervention théorique, « La conférence de Caracas », prononcée en ouverture de la Rencontre internationale organisée en 1980 par la Fondation du Champ freudien. »

  • Encore

    Jacques Lacan

    Vous n'avez qu'à aller regarder à Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu'elle jouit, sainte Thérèse, ça ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle ? Il est clair que le témoignage essentiel des mystiques, c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien.

    Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut lire de mieux. Ce qui se tentait à la fin du siècle dernier, au temps de Freud, ce qu'ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l'entourage de Charcot et des autres, c'était de ramener la mystique à des affaires de foutre. Si vous y regardez de près, ce n'est pas ça du tout. Cette jouissance qu'on éprouve et dont on ne sait rien, n'est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l'ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpréter une face de l'Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ?

  • Thèse publiée non sans réticence.
    À prétexter que l'enseignement passe par le détour de midire la vérité.
    Y ajoutant : à condition que l'erreur rectifiée, ceci démontre le nécessaire de son détour.
    Que ce texte ne l'impose pas, justifierait la réticence.
    J. L.

    De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité constituait la thèse de doctorat en médecine de Jacques Lacan, éditée une première fois en octobre 1932.

    Jacques Lacan (1901-1981) :
    Figure incontournable de la psychanalyse, il a marqué le paysage intellectuel français et international. Son oeuvre, en grande partie constituée par son enseignement - le Séminaire -, est publiée aux Éditions du Seuil.

    Indisponible
  • J'ai trouvé à votre usage une très curieuse ordonnance de 1277. À ces époques de ténèbres et de foi, on était forcé de réprimer les gens qui, sur les bancs de l'école, en Sorbonne et ailleurs, blasphémaient ouvertement pendant la messe le nom de Jésus et de Marie. [.] Les punitions les plus sévères étaient édictées contre ceux qui jouaient aux dés pendant le saint sacrifice. Ces choses me semblent suggérer l'existence d'une dimension d'efficace qui manque singulièrement à notre époque. Et ce n'est pas pour rien que je vous fais jouer au jeu de pair ou impair. [...] C'est avec le symbolisme, c'est de ce dé qui roule que surgit le désir. Je ne dis pas désir humain car, en fin de compte, l'homme qui joue avec le dé est captif du désir ainsi mis en jeu. Il ne sait pas l'origine de son désir, roulant avec le symbole écrit sur les six faces.
    (Chapitres 17 et 18).

    Jacques Lacan (1901-1981) :
    Figure incontournable de la psychanalyse, il a marqué le paysage intellectuel français et international. Son oeuvre, en grande partie constituée par son enseignement - le Séminaire -, est publiée aux Éditions du Seuil.

  • Le maître interrompt le silence par n'importe quoi, un sarcasme, un coup de pied.
    C'est ainsi que procède dans la recherche du sens un maître bouddhiste, selon la technique zen, car il appartient aux élèves eux-mêmes de chercher la réponse à leurs propres questions. Le maître n'enseigne pas ex cathedra une science toute faite, il apporte la réponse quand les élèves sont sur le point de la trouver.
    Cet enseignement est un refus de tout système. Il découvre une pensée en mouvement - prête néanmoins au système, car elle présente nécessairement une face dogmatique. La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C'est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre. C'est ce qu'on appelle précisément la dialectique.

  • L'enseignement de Jacques Lacan a eu lieu en Séminaires de 1951 à 1980. " Je n'aurais manqué un Séminaire pour rien au monde " a déclaré Philippe Sollers. Pour que tous, ceux qui y étaient eux aussi comme ceux qui n'y étaient pas, nous puissions profiter de la parole du grand psychanalyste, Jacques-Alain Miller s'emploie à faire revivre cette voix en détordant et éclairant la phrase de Lacan. Cela devra donner existence à 25 livres dont 15 ont jusqu'ici été publiés aux Éditions du Seuil. Voilà le seizième, le Séminaire 6 qui correspond à l'année 1958-1959 ; " Nous allons parler cette année du désir et de son interprétation " ainsi débute ce livre. Le Séminaire, livre VI est composé de vingt-sept chapitres, eux-mêmes répartis en quatre parties que sont : " Du désir dans le rêve ", " Sur un rêve analysé par Ella Sharpe ", " Sept leçons sur Hamlet " et " La dialectique du désir ".

  • « L'angoisse ne semble pas être ce qui vous étouffe, j'entends comme psychanalystes. Et pourtant, ce n'est pas trop dire que ça devrait. » Le Séminaire, livre X, est consacré à l'angoisse et s'est tenu en 1962-1963. C'est, parmi les Séminaires de Lacan, l'un des plus importants (Lacan lui-même y voyait le « point de rendez-vous » de sa réflexion), l'un des plus attendus donc, et pas simplement chez les psychanalystes.
    L'édition en a été assurée par Jacques-Alain Miller avec un souci appuyé de lisibilité.
    Comment s'arrange-t-on avec l'angoisse ? L'un des Séminaires les plus fondamentaux de Lacan.
    Comme pour les précédents volumes, l'édition est assurée par Jacques-Alain Miller, très médiatisé depuis quelques mois, et qui devrait lui-même accompagner cette parution par un livre (Bonheur à vendre) qui prolonge les analyses de Lacan sur l'angoisse.

  • Cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l'enfant dans le chemin du narcissisme, c'est quelqu'un de réel, elle est là, et comme tous les êtres inassouvis, elle cherche ce qu'elle va dévorer, quaerens quem devoret. Ce que l'enfant lui-même a trouvé autrefois pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve possiblement devant lui comme une gueule ouverte. [...] Voilà le grand danger que nous révèlent ses fantasmes, être dévoré. [...] il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. Nous rencontrons cela dans les craintes du petit Hans. [...] Avec le support de ce que je viens de vous apporter aujourd'hui, vous verrez mieux les relations de la phobie et de la perversion. [...] J'irai jusqu'à dire que le cas du petit Hans, vous l'interpréterez mieux que Freud n'a pu le faire. (Extrait du chapitre XI) La castration, ce n'est pas pour rien qu'on s'est aperçu, de façon ténébreuse, qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu'avec le père. La castration maternelle - nous le voyons dans la description de la situation primitive - implique pour l'enfant la possibilité de la dévoration et de la morsure. Il y a antériorité de la castration maternelle, et la castration paternelle en est un substitut. (Extrait du chapitre XXI) [Dans le cas du petit Hans,] la transformation qui s'avérera décisive [est] celle de la morsure en dévissage de la baignoire. D'ici à là, le rapport des personnages change du tout au tout. Ce n'est pas pareil, que de mordre goulûment la mère, appréhension de sa signification naturelle, voire de craindre en retour cette fameuse morsure qu'incarne le cheval - ou de dévisser la mère, de la déboulonner, de la mobiliser dans cette affaire, de faire qu'elle entre elle aussi dans l'ensemble du système, et, pour la première fois, comme un élément mobile et, du même coup, équivalent aux autres.

    (Extrait du chapitre XXIII)

  • Quand j'ai résolu d'aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j'ai commencé un petite enquête. Il n'y a rien d'étonnant à ce que je l'aie commencée en interrogeant un poète. C'est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d'un esprit spécialement danseur qui habite son oeuvre, et qu'il fait jouer même quand il parle à l'occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J'ai nommé ici Raymond Quencau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m'a raconté une histoire. C'est une histoire d'examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l'examinateur.

    - Parlez-moi, dit l'examinateur, de la bataille de Marengo.

    Le candidat s'arrête un instant, l'air rêveur - La bataille de Marengo...?

    Des morts ! C'est affreux... Des blessés ! C'est épouvantable...

    - Mais, dit l'examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier ?

    Le candidat réfléchit un instant, puis répond - Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

    L'examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin et lui dit - Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy ?

    - La bataille de Fontenoy ?... Des morts ! Partout... Des blessés ! Tant et plus, une horreur...

    L'examinateur intéressé, dit - Mais monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy ?

    - Ouh ! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

    L'examinateur, pour manoeuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond - Des morts ! Un charnier... Des blessés ! Par centaines...

    - Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille ?

    - Un cheval...

    - Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.

    - Ouh ! Ouh ! dit le candidat, arrière cocotte !

    La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s'agit dans le trait d'esprit.

    (Extraits du chapitre VI)

  • Des noms-du-pere

    Jacques Lacan

    • Seuil
    • 21 Janvier 2005

    Texte établi par Jacques-Alain Miller.
    Ce volume réunit deux conférences fameuses de Lacan qui encadrent les deux parties de son enseignement. Dans la première, prononcée en juin 1953 (peu avant son Rapport de Rome et le début de son Séminaire publié), il présente sa trinité « symbolique-réel-imaginaire » qui restera le fil directeur de sa réflexion jusqu'à sa mort. La seconde est la première et unique leçon du Séminaire Les-Noms-du-Père que Lacan renonça à donner en raison de son conflit avec l'association internationale de psychanalyse (IPA) en novembre 1963. Il commencera, à la place, en janvier 1964, le Séminaire sur Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

  • Ceci est un livre sur l'écriture. Mais d'écrit, il y en a plus d'un.
    Ce que l'on remarque d'abord, ce sont les caractères chinois qui parsèment plusieurs chapitres. Lacan préparait ainsi un voyage en Chine avec Barthes et Sollers. Il y renonça, pour une virée au Japon, dont on a ici le journal, conceptuel plutôt qu'anecdotique. Un autre mode d'écriture est encore sollicité : les formules logiques de la quantification, traduisant « tous », « aucun », « quelques-uns qui... », quelques-uns qui... ne ...pas ». Il en ressort que le « rapport sexuel », lui, n'est pas susceptible d'être écrit. Et il y a enfin les cris. « Un homme et une femme peuvent s'entendre. Ils peuvent s'entendre crier ». Un pessimisme joyeux imprègne cette sagesse, qui arrive toute fraîche de l'année 1970-1971. Elle pousse à conclure qu'il n'y a aucun discours qui ne prenne son départ d'un semblant porté à la fonction de maître-mot (« le signifiant-maître »).

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  • [on peut] trouver à justifier avec mes petits schémas, que l'étudiant n'est pas déplacé à se sentir frère, comme on dit, non pas avec le prolétariat, mais avec le sous-prolétariat.

    Le prolétariat, il est comme la plèbe romaine - c'étaient des gens très distingués. la lutte de classe contient peut-être cette petite source d'erreur au départ, que ça ne se passe absolument pas sur le plan de la vraie dialectique du discours du maître - ça se place sur le plan de l'identification. senitius populusque romanus. ils sont du même côté. et tout l' empire, c'est les autres en plus.
    Il s'agit de savoir pourquoi les étudiants se sentent avec les autres en plus.
    /> Ils ne semblent pas du tout voir clairement comment en sortir.
    Je voudrais leur faire remarquer qu'un point essentiel du système est la production - la production de la honte. cela se traduit - c'est l'impudence.
    C'est pour cette raison que ce ne serait peut-être pas un très mauvais moyen que de ne pas aller dans ce sens-là.

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  • Il convient que nous nous arrêtions à ce défilé, à ce passage étroit oú freud lui-même s'arrête, et recule avec une horreur motivée.
    Tu aimeras ton prochain comme toi-même, ce commandement lui paraît inhumain.
    Ne peut-on dire que sade nous enseigne une tentative de découvrir les lois de l'espace du prochain comme tel ? - ce prochain en tant que le plus proche, que nous avons quelquefois, et ne serait-ce que pour l'acte de l'amour, à prendre dans nos bras. je ne parle pas ici d'un amour idéal, mais de l'acte de faire l'amour.
    Nous savons très bien combien les images du moi peuvent contrarier notre propulsion dans cet espace.

    De celui qui s'y avance dans un discours plus qu'atroce, n'avons-nous pas quelque chose à apprendre sur les lois de cet espace en tant que nous y leurre la captivation imaginaire par l'image du semblable ?.

  • dix fois, un vieillard aux cheveux blancs paraît sur la scène.
    dix fois souffle et soupire. dix fois dessine lentement d'étranges arabesques multicolores qui se nouent entre elles et aux méandres et volutes de sa parole tour à tour embarrassée et déliée. ils sont une foule à contempler médusés l'homme-énigme, et à recevoir l'ipse dixit en espérant une illumination
    qui se fait attendre. non lucet, il ne fait pas clair là-dedans, et les théodore cherchent des allumettes.
    pourtant, se disent-ils, cuicumque in sua arteperito credendum est, qui a prouvé être habile en son art mérite créance. a partir de quand quelqu'un est-il fou ? le maître lui-même pose la question. c'était jadis. c'étaient les mystères de paris il y a trente ans.
    tel dante prenant la main de virgile pour s'avancer dans les cercles de l'enfer, lacan prenait celle de james joyce, l'illisible irlandais, et, à la suite de ce fluet commandeur des incroyants, entrait d'un pas lourd et trébuchant dans la zone incandescente où brûlent et se tordent femmes-symptômes et hommes-ravages.
    une troupe équivoque l'assistait cahin-caha : son gendre ; un écrivain ébouriffé, alors jeune et tout aussi illisible ; deux mathématiciens dialoguant ; et un professeur lyonnais attestant le sérieux de toute l'affaire. quelque pasiphaé discrète s'employait derrière le rideau. riez, braves gens ! je vous en prie. moquez-vous ! notre illusion comique est là pour ça. ainsi ne saurez-vous rien de ce qui se déroule sous vos yeux écarquillés : la mise en question la plus méditée, la plus lucide, la plus intrépide, de l'art sans pareil que freud inventa, et que l'on connaît sous le pseudonyme de psychanalyse.
    (jacques-alain miller)

  • - Le Séminaire XIX fait couple avec le précédent, le Séminaire XVIII ( D'un discours qui ne serait pas du semblant, 2007) : même formalisation pour structurer le même rapport sexuel, qui n'existe pas dans l'espèce humaine. En fait, les hommes et les femmes sont comme deux races distinctes, ayant chacune son mode de jouir et sa façon d'aimer. Du côté femme, pas de limite : l'infini est là. Du côté homme, il y en a toujours au moins un qui dit non : une exception fonctionne, moyennant quoi il y a, corrélativement, un tout : il y a le " tous les hommes ", le règne de l'universel, l'univers de la règle, le respect de la loi, la solidarité des tous pareils, la révérence pour le chef (lui non châtré), la mise en ordre, en rangs, l'armée, " je ne veux voir qu'une seule tête ", l'uniforme et l'uniformité, la bureaucratie, ennui, obsession, " je suis maître de moi comme de l'univers ", dépression... Côté femme, le divin " pas-tout " : il n'y a pas " toutes les femmes ", elles se prennent une par une, elles s'énumèrent, " mille e tré ", chacune est Autre, aucune n'est toute, toutes sont folles (ne respectent rien), pas folles du tout (pas obnubilées par les semblants), l'Éternel Féminin n'attire nullement vers en-haut, mais vous plaque ici-bas, au service de sa jouissance, insituable, insatiable...Texte établi par Jacques-Alain Miller - Jacques Lacan (1901-1981) est une figure incontournable de la psychanalyse, qui a marqué le paysage intellectuel français et international. Son oeuvre, en grande partie constituée par son enseignement - le Séminaire -, est publiée aux Editions du Seuil.

  • Alcibiade a voulu subordonner socrate à l'objet de son désir à lui, alcibiade, qui est agalma, le bon objet.
    Comment ne pas reconnaître, nous analystes, ce dont il s'agit ? c'est dit en clair - c'est le bon objet que socrate a dans le ventre. socrate n'est plus là que l'enveloppe de ce qui est l'objet du désir. c'est pour bien marquer qu'il n'est que cette enveloppe, qu'alcibiade a voulu manifester que socrate est, par rapport à lui, le serf du désir, que socrate lui est asservi par le désir. le désir de socrate, encore qu'il le connût, il a voulu le voir se manifester dans son signe, pour savoir que l'autre, objet, agalma, était à sa merci.
    Or, c'est justement d'avoir échoué dans cette entreprise qui pour alcibiade le couvre de honte (...) c'est que devant tous est dévoilé dans son trait le secret le plus choquant, le dernier ressort du désir, qui oblige toujours dans l'amour à le dissimuler plus ou moins - sa visée est la chute de l'autre, a, en autre, a. (extrait du chapitre xii)

  • je lis sous la plume de sollers que claudel est d'abord pour lui celui qui a écrit : " le paradis est autour de nous à cette heure même avec toutes ses forêts attentives comme un grand orchestre invisiblement qui adore et qui supplie.
    toute cette invention de l'univers avec ses notes vertigineusement dans l'abîme une par une où le prodige de nos dimensions est écrit. " eh bien, lacan est pour moi celui qui dit dans ce séminaire " l'enfer, ça nous connaît, c'est la vie de tous les jours. " c'est la même chose ? ah, je ne crois pas. ici, pas d'adoration, pas d'orchestre invisible, ni vertiges ni prodiges. commençons par la fin : lacan " évacué " de la rue d'ulm avec ses auditeurs, non sans résistance et tapage.
    l'épisode défraya la chronique. qu'avait-il donc fait pour mériter ce sort ? s'adresser, non pas seulement aux psychanalystes, mais à une jeunesse encore grisée par les événements de mai, qui l'accepte pourtant comme un maître du discours dans le même temps où elle rêve de subvertir l'université. que leur avait-il dit ? que " révolution " veut dire revenir à la même place. que le savoir impose désormais sa loi au pouvoir, et qu'il est devenu immaîtrisable.
    que la pensée est comme telle une censure. il leur parle de marx, mais aussi du pari de pascal, qui devient entre ses mains une nouvelle version de la dialectique du maître et de l'esclave, et aussi des fondements de la théorie des ensembles. on passe à une clinique de la perversion, aux modèles de l'hystérique et de l'obsessionnel. tout cela communique, scintille, captive. entre les lignes, se poursuit le dialogue de lacan avec lui-même sur le sujet de la jouissance, et le rapport de celle-ci avec la parole et le langage.

  • L'hospitalité reçue de l'ecole normale supérieure, un auditoire très accru indiquaient un changement de front de notre discours.

    Pendant dix ans, il avait été dosé aux capacités de spécialistes; sans doute seuls témoins recevables de l'action par excellence que leur propose la psychanalyse, mais, aussi bien, que les conditions de leur recrutement laissent très fermés à l'ordre dialectique qui gouverne cette action.
    Nous avons mis au point un organon à leur usage, en l'émettant selon une propédeutique qui n'en avançait aucun étage avant qu'ils aient pu mesurer le bien-fondé du précédent.

    C'est la présentation que nous devions renverser, nous parut-il, trouvant dans la crise moins l'occasion d'une synthèse que le devoir d'éclairer l'abrupt du réel que nous restaurions dans le champ légué par freud à nos soins.

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