• Le 22 mai 2020, deux statues martiniquaises de Victor Schoelcher furent brisées. Mais le bruit provoqué par ces destructions fut vite couvert par le fracas médiatique suscité par la mort de l'Afro-Américain George Floyd tué à Minneapolis, par la police, le 25 mai. Les images de son agonie agirent comme un catalyseur et déchaînèrent dans le monde des actes iconoclastes contre les statues glorifiant de « grands hommes » blancs, dont l'action est condamnée à divers titres (esclavagisme, colonialisme, racisme). Comme d'autres pays, la France, où tout avait donc commencé un peu plus tôt, fut touchée. Pour mieux comprendre la réalité et les enjeux du débat, et après avoir rendu compte de la situation sur plusieurs continents, Jacqueline Lalouette étudie le cas de la France ultramarine et continentale, où diverses statues liées à l'histoire de l'esclavage et de la colonisation furent contestées, vandalisées et, pour certaines, détruites. L'auteur s'interroge ensuite sur les solutions préconisées, de leur retrait à la réalisation de statues de nouveaux héros. Elle donne au final les clés de compréhension de ce débat passionné, en lui-même révélateur des oppositions mé-morielles, parfois violentes, qui traversent la France.  

  • L'anticléricalisme désigne l'ensemble des manifestations, actes ou discours, qui s'opposent à l'ingérence du clergé dans les affaires publiques, à l'immixtion du spirituel dans le temporel. Comme tous les mots en « -isme », il semble désigner un projet politique cohérent, une attitude idéologique, un système de pensée homogène. Au cours de l'histoire pourtant, il a revêtu des formes multiples et variées, le plus connu étant l'anticléricalisme laïque qui a battu son plein sous la IIIe République et qui donnera naissance à la loi de séparation des Églises et de l'État (1905). Caricatures médiévales, critiques protestantes, antijésuitisme, bouffeurs de curés... Il y a bien des manières d'être anticlérical. Mais s'opposer aux clercs, est-ce s'opposer à la religion ? L'anticléricalisme est-il consubstantiel aux sociétés catholiques ? En existe-t-il un pour chaque religion ? Jacqueline Lalouette revient sur un phénomène universel, aux accents souvent bien français, qui en dit long sur la sécularisation des sociétés modernes. Mais jusqu'à quand ?

  • Si, dans notre esprit, 14 Juillet rime avec défilé militaire et bals des pompiers, et 1er Mai avec manifestations et brin de muguet, que savons-nous véritablement des onze jours fériés qui rythment l'année ? Plus précisément, dans quel but ont-ils été institués et de quel sens sont-ils porteurs, y compris de nos jours ?

    Loin d'être anodine, la question des jours fériés a toujours fait naître de nombreux débats, en témoigne la récente polémique sur le lundi de Pentecôte, de même que les vives réactions que suscite régulièrement toute remise en question d'une de ces fêtes. Alors que certains s'interrogent sur la légitimité de maintenir ces journées chômées en temps de crise, d'autres sont favorables à la suppression des fêtes religieuses dans une société largement laïcisée. Et tandis que le nombre des anciens combattants des deux guerres mondiales ne cesse de diminuer, nous sommes invités à repenser notre rapport à la mémoire et à l'histoire, notamment à propos des commémorations du 8 Mai et du 11 Novembre.

    Jours fériés, mais fêtes également, ils ont été conçus pour ménager un temps de répit dans la vie quotidienne et sont souvent l'occasion de jeux et de divertissements. Plus encore, c'est la notion de vivre ensemble et d'adhésion à la République qui est chaque fois mobilisée.

    De leur lente élaboration aux pratiques festives actuelles, en passant par des fêtes aujourd'hui révolues, telle la Saint- Napoléon, Jacqueline Lalouette relate deux siècles d'histoire de jours de fêtes, nous donnant à voir la société française sous un autre jour.

  • Caricaturée, la libre pensée pouvait-elle devenir un objet historique ? Était-il possible de dégager les réels enjeux politiques de son histoire, longue d'un siècle ?
    Jacqueline Lalouette, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XIII, a comblé un vide historiographique en étudiant l'une des composantes, et non la moins active, de cet esprit républicain qui est aujourd'hui un objet d'histoire reconnu. Apparues en 1848, les sociétés de libre pensée trouveront leur âge d'or sous la IIIe République et exerceront une grande influence politique. Les libres penseurs, liés à la franc-maçonnerie et aux courants de gauche et d'extrême gauche, partisans du progrès, ont combattu les religions révélées, milité pour la laïcisation de (espace public, de la conscience et de la vie privée de leurs concitoyens, au point d'inventer de nouveaux rituels et une nouvelle sacralité.
    Les libres penseurs n'ont pas été ces "bouffeurs de curé" souvent stigmatisés. La laïcité fut pour eux la condition requise pour une véritable "révolution culturelle", voire sociale. Leur désir utopique de bâtir une nouvelle "cité terrestre" mérite d'être examiné au-delà des outrances et des écarts de langage qui ont parfois accompagné leur discours.

  • Gambetta ayant lancé sa célèbre formule - "Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi !" -, la Troisième République prend un ensemble de mesures législatives et réglementaires qui touchent de nombreux domaines de la vie publique et confèrent à l'Etat, à ses administrations et à ses services une orientation durable. A cet anticléricalisme institutionnel s'ajoutent deux autres formes d'anticléricalisme, dont des journaux comme L'Anti-Clérical, La République anti-cléricale, Les Corbeaux ou La Calotte se font une spécialité ; l'une est dirigée contre les membres du clergé, l'autre - qui confine parfois à l'irréligion - contre la Bible, les dogmes, les croyances et les pratiques de piété.
    Cet ouvrage aborde ces différents points. On y trouvera successivement des études consacrées à des parcours individuels, à divers thèmes de prédilection de l'anticléricalisme, à la science et à quelques "sciences de combat", qui apparaissent ou se développent durant le XIXe siècle. Une dernière partie propose un lexique anticlérical et libre penseur, jusque-là inédit, et deux études consacrées à des armes particulièrement efficaces, la chanson et la caricature.

  • Dans un style très vif, le récit le plus précis jamais reconstitué d'un événement qui accéléra prodigieusement le cours de l'histoire et plaça sa victime au Panthéon des grands hommes, où il se trouve toujours. A l'appui d'un centenaire qui sera copieusement commémoré. Le 31 juillet 1914, le député socialiste du Tarn Jean Jaurès, 55 ans, directeur de l'Humanité, tombait sous les balles de Raoul Villain, 29 ans, au Café du Croissant. Trois jours plus tard, commençait la Grande guerre. Le 29 mars 1919, après presque cinq ans d'incarcération, le meurtrier était acquitté comme ayant agi en état de démence. L'émotion fut presque aussi énorme qu'au moment de l'assassinat. Qui était au juste Villain, lui-même mort de coups de fusil à Ibiza en 1936 ? Et comment la légende jaurésienne se construisit-elle, dès avant le transfert au Panthéon en 1924 ? Sur la mort, le procès, l'apothéose d'un des plus illustres de nos grands hommes, dont la mémoire est glorifiée par l'ensemble de la nation, et aussi à l'étranger, J. Lalouette, au prix d'immenses lectures et suivant des pistes parfois inattendues, apporte des informations et des éclairages décisifs et surprenants.

  • Au XIXe siècle, l'État est lié officiellement aux cultes catholique, luthérien, réformé et israélite. Ce système coexiste avec un régime de libertés publiques restrictif, entravant la liberté des cultes non reconnus, et même des cultes reconnus, mais minoritaires, et porte atteinte à la liberté religieuse proclamée par les textes constitutionnels. Le système concordataire est considéré comme responsable de cette situation, ce qui contribue à engendrer le désir de séparation des Églises et de l'État. La réflexion sur les fonctions de l'État et des considérations relatives aux États pontificaux ou aux positions doctrinales de l'Église renforcent le camp séparatiste. Pendant la Troisième République, les opportunistes refusent la séparation pour mieux contrôler l'Église catholique, mais évincent celle-ci des services de l'État. En 1903-1904, divers événements rendent inéluctable la marche à la séparation. Promulguée le 9 décembre 1905, la loi de séparation présente un caractère libéral, qui ne doit masquer ni le contexte politique dans lequel elle est votée ni le projet idéologique sur lequel elle est fondée.

  • Professeur d'histoire contemporaine à Aix-en-Provence puis à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et au Collège de France, Maurice Agulhon (1926-2014) est l'un des historiens majeurs du second xxe siècle. Il a non seulement renouvelé l'histoire de la France contemporaine dans une triple dimension politique, sociale et symbolique et a ouvert de nouvelles pistes aux historiographies d'autres pays, mais il a aussi établi des liens fructueux avec les études littéraires, la science politique et l'ethnologie. Un an après son décès, une journée d'étude, dont ce volume rassemble les contributions, a éclairé la multiplicité de ses apports à l'histoire comme discipline, à la fonction d'historien comme maître, à la vie intellectuelle française comme citoyen engagé dans son époque. Ce portrait intellectuel, humain et politique n'entend pas se tourner seulement vers le passé. À l'heure où les grands combats que Maurice Agulhon a menés, pour la liberté et l'inventivité intellectuelles, la République et l'émancipation humaine, sont plus que jamais d'actualité, les contributions montrent comment il a su être un guide et un exemple pour l'avenir de l'histoire, de l'université et de la République, trois engagements indissociables dans sa vie et dans son oeuvre

  • Les années 1904-1905 représentent un tournant dans la pensée et l'action de Jean Jaurès. Cet ensemble de textes - encore célèbres ou tombés dans l'oubli - permet d'en éclairer et d'en restituer les enjeux, autour de trois thématiques principales : la laïcité, l'unité socialiste, la politique internationale. La première se rapporte aux questions de laïcité, à la loi de séparation des Églises et de l'État, de mars 1904 à décembre 1905. La deuxième, l'unité socialiste, porte sur la formation du parti socialiste, unifié après le congrès des 23-25 avril 1905, et ses relations avec les autres forces politiques. Enfin, la guerre russojaponaise, la révolution russe de 1905 et la première crise marocaine, mettent en évidence l'articulation entre internationalisme et patriotisme chez Jaurès. Plus que les autres tomes, celui-ci incite à s'interroger sur l'oeuvre politique de Jaurès, ses priorités et ses évolutions.
    L'édition, la présentation et l'annotation de ce volume sont dues à Jacqueline Lalouette, professeure émérite des universités à Lille-III, membre du comité d'honneur de la Société d'études jaurésiennes et membre de l'Institut Universitaire de France, et à Gilles Candar, professeur d'histoire en classes préparatoires au lycée Montesquieu (Le Mans), président de la Société d'études jaurésiennes.

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