• Le Front National/Rassemblement National dirige depuis mars 2014 onze villes françaises. Contrairement à la première expérience frontiste de gestion municipale (1995-2001 à Toulon, Marignane, Orange et Vitrolles) où son action était, tant localement que nationalement, observée par de nombreux acteurs sociaux (médias, associations et partis de gauche), on constate qu'il agit aujourd'hui sans contrôle. Or qu'observe-t-on dans les deux villes de notre enquête sociale (Beaucaire dans le Gard et Mantes-la-Ville dans les Yvelines) ? L'emprise de l'idéologie différentialiste avec en arrière-plan une stratégie de gestion de l'espace public nourrie à la préférence nationale, rappelons que la loi interdit cette pratique, a fait de ces deux communes des laboratoires de la haine. Car le frontisme municipal y agit méthodique- ment, sûr de sa force politique - ses opposants sont inaudibles - et de sa pleine capacité à maltraiter impunément tous ceux qu'il cible, de fait, comme indésirables : les arabes, les musulmans, les partisans de la politique de la ville, les militants du social, les journalistes scrupuleux, les défenseurs du vivre-ensemble, etc. À l'échelle locale, le leadership frontiste remet en cause le fonctionnement de la démocratie. Pendant ce temps, l'État, comme sa représentation locale, ferme les yeux, considérant que cette expérience désastreuse qui a pourtant cassé par son fonctionnement toute vitalité dé- mocratique dans ces deux communes, ne serait qu'un mauvais moment à passer.

  • Recit de sciences sociales sur la condition des sans-papiers clandestins aujourdhui en France a travers lhistoire dune Azerie, originaire dArmenie, en France depuis 2006, apres une premiere tentative dinstallation en Allemagne de 2002 a 2005. Ce livre est le fruit de longs mois de reflexion avec Svetlana Grigorian sur les modalites de cette publication et de sept entretiens echelonnes sur six mois de lautomne 2010 et du printemps 2011.

    Hacene Belmessous intervient comme narrateur, a la premiere personne, il commente la scene en cours et parfois lactualite en cours. Mais le dialogue ne reprend que la parole de Svetlana Grigorian, a de rares occasions celle de ses enfants et de quelques amis. Nous la rencontrons dans sept lieux choisis dun commun accord, trois fois chez elle, dans lespace public, au cafe a deux reprises, au restaurant, la ou elle fait le menage, chez une amie dont elle adore la maison. Autant dendroits qui fonctionnent comme declencheurs didees et de paroles specifiques : ils creent une intimite du discours, pas de la vie quotidienne. Et le tableau se forme de la vie dune femme clandestine en France et de la France face a elle. Cest dune femme instruite, entouree, mediatisee et accueillie dans un milieu social favorise dont nous ecoutons lhistoire. Tous les immigres clandestins nont pas cela. Elle semble vivre normalement puisquelle a des amis, travaille, part en vacances, a des enfants qui travaillent bien a lecole. Mais que choisit-elle ? Rien. Elle fait juste partie dun décor. Sa condition de sans-papiers la minorise au point detre dans une impasse : elle nous montre quelle est en train de mourir. LEtat français est remis en question dans ce livre a contrario de lidee generale de « la France terre daccueil », mais cela nous montre aussi la limite de lengagement dit citoyen, qui nait dune mobilisation du c½ur et ne sattaque pas aux pratiques redoutables du pouvoir sarkozyste à légard des sans-papiers.

  • L'aménagement du territoire concentre de très vives tensions politiques, alors que la concurrence internationale fait rage entre les grandes métropoles et entre les régions (y compris au sein de l'Europe). Les représentants politiques élus, ayant pris acte de leur impuissance face à cette évolution (ou conscient de l'intérêt qu'ils y trouvent), soutiennent et encouragent des projets d'aménagement qui ne font l'objet d'aucune concertation publique véritable. Cette tendance, dont l'origine se trouve selon Hacène Belmessous dans la construction du quartier de la Défense (EPAD, 1958), prés carré gaullien n'ayant à l'époque toutefois fait l'objet que d'une faible contestation, est symptomatique de la séparation toujours plus grande entre les habitants et leurs représentants élus, sur fond de retrait de l'État, et d'une défiance toujours plus grande des citoyens vis-à-vis de ces processus, qu'Hacène Belmessous qualifie de « dé-démocratiques ». Grand Paris, Notre-Dame-des-Landes, barrage de Sivens sont aujourd'hui le terrain de véritables batailles, qui voient s'affronter, parfois brutalement, la force publique et des individus « hyperréalistes » fermement décidés à entraver la marche du « lobby spéculo-marchand ».
    Si c'est bien d'un processus de « dé-démocratisation » auquel nous avons affaire, c'est notamment en raison de la mise en place de partenariats « publicprivé » (dont l'invention remonte seulement au début des années 1990, au Royaume-uni). À présent généralisée sans avoir fait l'objet d'une quelconque concertation éléctorale, ces partenariats consistent à confier la construction et la gestion d'équipements et d'aménagements publics à de grandes entreprises du BTP. Hacène Belmessous décrit ainsi de façon très instructive les cellules de communication spécialisées mises en place par ces « bétonneurs » à l'attention des politiques ainsi qu'à celle des usagers (thinktank, ou fondations). Lorsqu'on connaît la puissance financière de groupes d'envergure mondiale comme Vinci, Eiffage ou d'autres, leur proximité historique et « organique » avec les représentants élus au plus haut niveau, ainsi que leur présence au sein des principaux groupes de médias, on comprend que la consultation citoyenne ne constitue pas leur priorité (ils n'y sont d'ailleurs pas formellement soumis). Cette confusion des genres est devenue exemplaire de la désorganisation du fonctionnement républicain.
    Qu'en est-il alors des leviers d'action dont disposent encore les habitants-citoyens ? Depuis la lutte du Larzac (1971-1981), soldée victorieusement par le renoncement de Mitterand à l'extension de l'emprise militaire sur le plateau, il semble acquis que seule une mobilisation locale vigoureuse est susceptible d'infléchir un projet d'aménagement particulier. Autrement dit, en l'absence prolongée d'alternative politique, toute victoire lors d'une lutte locale ne constituerait que l'exception à la règle du renoncement institutionnel généralisé. C'est cette orientation pessimiste qui caractérise le présent essai : quand, peut-être, le barrage de Sivens ne verrait « reporté sine die », le dernier mouvement social enregistré en France, celui des émeutes de 2005 dans les périphéries des grandes villes françaises, aura simplement été réprimé, et leurs habitants, rayés de la carte citoyenne, victimes d'un « séparatisme social » plus que jamais à l'oeuvre.

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  • Chaque jour, l'actualité témoigne d'un territoire aux abois, miné
    par des clivages et des oppositions préjudiciables à la cohésion sociale.
    Les communautarismes religieux, les séparatismes sociaux, la banalisation
    des ghettos ethniques dans les banlieues populaires et la multiplication des
    "villes privées" ont fini par remettre en question la notion même de société.
    En faisant référence au "passé mythique" des grands ensembles la notion
    de "mixité sociale" aborde le réel en additionnant des termes souvent
    contradictoires : cohabitation, coexistence, brassage, diversité sociale,
    mosaïque, melting-pot, équilibre sociologique, etc. Tout cela témoigne en
    réalité d'une gêne, d'un souci de rendre invisible le fondement du débat sur
    la mixité : le référent racial. Dans cet ouvrage d'analyse politique
    anatomique et virulent, Hacène Belmessous déconstruit ce mythe à travers
    deux champs majeurs : l'habitat et l'école.

  • Si peu de gens connaissent le Val d'Europe, tous ont entendu parler d'Eurodisney. Le Val d'Europe est unique en son genre car il est né de la rencontre de deux projets imaginés au départ de façon indépendante : la réalisation de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée et le projet de la Walt Disney Company d'implanter en Europe un grand parc à thème identique à ceux des États-Unis, mais conçu comme pôle d'attraction d'un vaste programme immobilier.
    Le Val d'Europe, une terre de Disney en France, fruit d'une recherche effectuée entre 2006 et 2007, raconte le type de société fabriquée par un tel urbanisme. La ville « privatisée » échappe à la règle du droit commun en se plaçant en dehors de la sphère publique et en regroupant une population sociologiquement « typée » : les classes moyennes. Ses habitants ont préféré la loi de fer de l'urbanisme libéral à celle de l'urbanisme public. Seul avec soi et libre de tout. Le Val d'Europe leur raconte une histoire, celle d'un monde où les doutes sont chassés.
    Au Val d'Europe, la ville publique n'est pas cassée, elle est morte. Le moralisme et la planification abusive de Disney ont réussi à tracer un modèle de ville (de vie ?) qui marque la fin de l'histoire républicaine française et le début des hystéries communautaires.
    En un mot, la dictature d'une vision des hommes dépolitisés, isolés et serviles. Le plus étrange est que cette perspective ne hante personne en France. Ni le monde politique, ni la société civile. Mais il y a encore plus inquiétant : le Val d'Europe est en train de devenir la référence en matière de productions urbaines et de pactes sociaux : des centaines d'individus en redemandent chaque année.

  • Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à ' réinjecter du droit commun ' dans les quartiers d'habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d'une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le ' traitement ' ne relèverait plus que de la force armée. Voilà ce que démontre cette enquête implacable d'Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels et de témoignages d'acteurs de la ' sécurité urbaine ' - politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires. Il explique ainsi qu'un objectif caché des opérations de rénovation (démolition de ' barres ' d'immeubles, ' réhabilitation ' des cités) est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : les gendarmes mobiles et les militaires de l'armée de terre. Car avec l'adoption, en 2008, du Livre blanc sur la défense et la sécurité intérieure, l'idée d'un engagement des forces terrestres en banlieue n'est plus un tabou. A Saint-Astier, en Dordogne, les escadrons de gendarmerie pratiquent des exercices de simulation à la guérilla urbaine dans un décor réaliste. Et au camp de Sissonne, dans l'Aisne, des militaires manoeuvrent eux aussi sur des scénarios de combats urbains. Mais, s'ils se disent loyaux envers le chef de l'Etat, nombre d'officiers interrogés récusent ce scénario de l'inacceptable : une probable intervention des armées dans les banlieues françaises. Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd'hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action. Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d'une politique d'Etat ayant fait sienne

  • " je n'étais pas préparé à fuir mon pays.
    Des tonnes d'images me revenaient. les images des voisins, des amis, de ma maison, de mes biens, de mes cuites avec les copains, de mes bars fétiches, de ma jeunesse, de mon enfance, tout cela repassait dans ma tête. le voyage en bateau a duré huit heures et je peux t'assurer que huit heures, c'est long. j'ai pleuré l'algérie tout le long. mon algérie. " ainsi s'exprime l'un des trois algériens réfugiés en france qui ont accepté de s'entretenir avec hacène belmessous.
    Agés de 8 à 10 ans au moment de l'indépendance de leur pays, tous les trois ont exercé des métiers publics, ce qui fait d'eux des témoins privilégiés de l'ascension puis de la chute de l'algérie. mieux que les récits de l'élite intellectuelle ou l'analyse du phénomène islamique, l'histoire de ces exilés peut s'apprécier comme un miroir du drame algérien. a l'heure où tout débat sur l'algérie s'avère impossible - comme le montre la polémique sur le " qui tue ? " -, ils nous parlent à haute et intelligible voix d'un pays qui a toujours été entre l'ombre et la lumière.

  • Un an après les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues populaires, Hacène Belmessous a suivi trois maires au quotidien, pendant plusieurs semaines, de septembre 2006 à janvier 2007 : Maurice Charrier à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, Gilles Poux à La Courneuve et Xavier Lemoine à Montfermeil, près de Paris, en Seine-Saint-Denis.
    Dans un monde politique éloigné des préoccupations " banlieusardes " - les débats des campagnes présidentielles et législatives l'ont une nouvelle fois démontré -, ces élus sont isolés. S'ils aiment passionnément leur ville et y développent des projets d'avenir, ils sont souvent impuissants. L'analyse proposée en dernier chapitre des choses vues et entendues ne manquera d'ailleurs pas de poser des questions fondamentales pour notre République : la vision culturaliste qui est train de gagner notre société, avec ses bons et ses mauvais citoyens français, ne va-t-elle pas aggraver les lignes de fracture entre les quartiers d'habitat social et le reste du pays ?

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  • Depuis l'été chaud des Minguettes (1981), les banlieues populaires se sont maintes fois révoltées contre un pouvoir politique qui n'a cessé de traiter socialement un problème politique. Ces " insupportables " quartiers sont le miroir grossissant des imperfections de notre société. Soit la France continue de mépriser la réalité et prolonge l'ordonnance de ses hypnotiseurs (maintien des exclus sous perfusion sociale et achat de tranquilité publique), soit elle consent enfin à regarder ces communes dans le blanc des yeux. Car l'avenir du pays passe par le rétablissement de ses banlieues populaires.

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  • Derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d'une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le « traitement » ne relèverait plus que de la force armée. Une enquête explosive au sein des nouveau dispositifs policiers et militaires.0500 Il explique ainsi qu´un objectif caché des opérations de rénovation urbaine est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : la gendarmerie mobile et l´armée de terre. Car avec l´adoption en 2008 duLivre blanc sur la défense et la sécurité nationale, l´idée d´un engagement des forces terrestres en banlieue n´est plus un tabou. Mais s´ils se disent loyaux envers le chef de l´État, nombre d´officiers interrogés récusent ce « scénario de l´inacceptable ». Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd´hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action.
    Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d´une politique d´État ayant fait sienne un nouvel adage : « Si tu veux la guerre, prépare la guerre ! »0300Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à « réinjecter du droit commun » dans les quartiers d'habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d'une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le « traitement » ne relèverait plus que de la force armée.Voilà ce que démontre cette enquête implacable d'Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels et de témoignages d'acteurs de la « sécurité urbaine » - politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires. Il explique ainsi qu'un objectif caché des opérations de rénovation (démolition de « barres » d'immeubles, « réhabilitation » des cités) est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : les gendarmes mobiles et les militaires de l'armée de terre. Car avec l'adoption, en 2008, duLivre blanc sur la défense et la sécurité intérieure, l'idée d'un engagement des forces terrestres en banlieue n'est plus un tabou. À Saint-Astier, en Dordogne, les escadrons de gendarmerie pratiquent des exercices de simulation à la guérilla urbaine dans un décor réaliste. Et au camp de Sissonne, dans l'Aisne, des militaires manoeuvrent eux aussi sur des scénarios de combats urbains.Mais, s'ils se disent loyaux envers le chef de l'État, nombre d'officiers interrogés récusent ce scénario de l'inacceptable : une probable intervention des armées dans les banlieues françaises. Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd'hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action.Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d'une politique d'État ayant fait sienne un nouvel adage : « Si tu veux la guerre, prépare la guerre ! » 0300Derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d'une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le « traitement » ne relèverait plus que de la force armée. Une enquête explosive au sein des nouveau dispositifs policiers et militaires.0400Introduction. Vers la guerre dans les banlieues françaises ?  La lutte contre les banlieues, un « combat pour l´identité nationale » Les politiques de la ville : du « vivre ensemble » à la mise aux normes policières Le « contrat 10 000 hommes », ou l´hypothèse du pire du nouveauLivre blanc sur la Défense 1. Le scénario de l´inacceptable L´armée dans les banlieues  Se serrer les coudes Bush, Poutine, Sharon et... Sarko

  • Depuis les « émeutes urbaines » de l'automne 2005, l'esprit égalitaire qui découlait d'une conception ouverte de la France, dicté par le souci d'une société « juste », a cédé devant ce que les artificiers du « démon des origines » appellent « l'épreuve des faits ». L'argumentaire le plus typique de cette histoire qui serait en train de se jouer : c'est la culture primitive des individus et notre incapacité à « ouvrir grand les yeux » sur ce qui se passent réellement dans ces « cités » qui expliqueraient le « problème des banlieues ». Ainsi donc, ces jeunes sont les responsables de leur sous-condition.
    Cette convergence entre « le problème des banlieues » et les pratiques culturelles de ces habitants d'origine extra européenne, longtemps développée par le Front National, a atomisé les clivages politiques, s'incarnant même dans le discours scientifique.
    Évidemment partiale, cette explication des événements confond sciemment ghettos de pauvres et ghettos immigrés. Que l'État soit le grand responsable de la mise en abîme de ces lieux en instrumentalisant leur ségrégation pour mieux contrôler l'organisation de notre société - les barbares dans leur cité et les modernes dans la Cité - ne fait plus question.
    Dans cet ouvrage, nous livrons au lecteur les résultats d'une recherche menée dans deux quartiers de l'agglomération parisienne :
    La cité Balzac à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et la Grande Borne à Grigny (Essonne). Étalée sur deux ans (2010 et 2011), cette étude questionnait le sens des révoltes de 2005 et les effets des politiques publiques qui y ont été conduites depuis. Ce qu'on y constate tient en une phrase : ces lieux sont plus que jamais sur la corde raide.
    Pourtant, ces révoltes étaient porteuses d'espoir. Elles voulaient ébranler le processus dé-démocratique qui rongent ces quartiers mais elles ont échoué. De sorte qu'on n'y observe aujourd'hui toujours plus de rancoeur, toujours plus de désillusion. Une expression nous revient à l'esprit, entendue chez nombre de nos interlocuteurs : « On n'a rien à perdre. » Ce que cela signifie ? Croire que ces personnes accepteront longtemps de vivre en marge de la vie démocratique, réduits à n'être que des individus de second zone sans destin si ce n'est celui de leur finitude dans ces ghettos de pauvres, c'est se leurrer. Beaucoup nous ont déclaré assumer tous les risques, celui de la radicalité inclus.

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