• Se mettre sur les traces de Jean-Paul Sartre avec Arlette Elkaïm, sa fille adoptive, à partir de documents inédits, permet d'aller bien au-delà d'un reportage biographique sur sa vie privée. Cette enquête éclaire des aspects méconnus de l'écrivain, son romantisme refoulé, son goût du tourisme, ses penchants pour la rêverie, ses moments dépressifs aussi bien que sa gaieté et ses pitreries. Plus encore, cette relation révèle une autre politique de l'existence, différente de la grande politique avec ses déclarations, ses professions de foi et ses principes universels, qui furent les marqueurs de l'engagement sartrien. Elle fait entendre une tension entre l'engagé et le désengagé, entre d'un côté les devoirs et de l'autre les désirs, les fantasmes, les peurs.
    Sartre se réservait des pas de côté, des échappées vis-à-vis de ses engagements et prises de position les plus célèbres. François Noudelmann propose le portrait inattendu d'un être complexe et multiple.

  • On connaît l'engagement politique de Sartre, ses déclarations contre la colonisation, ses harangues sur un tonneau de Billancourt... Mais sait-on qu'en pleine euphorie militante il réservait chaque jour du temps pour le piano, déchiffrant des partitions de Chopin ou Debussy? L'homme qui incarnait son siècle vivait des intensités et des rythmes secrets. Comment la philosophie s'accorde-t-elle à cette pratique en contrebande?
    Nietzsche, qui se rêvait compositeur plus que philosophe, adopta le piano comme son diapason, la table d'évaluation de ses idées, l'instrument de ses transfigurations intimes. Il joua sa vie sur le clavier, même pendant sa folie.
    Décider de vivre en musique engage le corps amoureux. Barthes le comprit : le piano lui offrit une échappée hors des discours savants. Musicien, il découvrit une autre érotique, tantôt berceuse enfantine, tantôt pourvoyeuse de pulsions.
    La pratique du piano ne laisse pas intact le reste des jours : doigtés, allures, sensualités, tout se livre sur la touche.

  • Né en 1928, Édouard Glissant est l'un des écrivains et penseurs les plus importants du XXe siècle. Auteur d'une quarantaine d'essais, de romans, de recueils poétiques et de pièces théâtrales, il a donné une mémoire aux peuples issus de l'esclavage et de la Traite. La créolisation du monde lui a inspiré une philosophie de la Relation qui s'adresse à tous. Partant de la transformation de soi, dans la rencontre des autres, il a pensé une nouvelle identité, non plus fondée sur les racines, mais nomade et généreuse.
    François Noudelmann, qui l'accompagna pendant les douze dernières années de sa vie, a mené l'enquête sur les traces du poète-philosophe en Martinique, en Louisiane, à Cuba, Paris, Tokyo et New York. Dans ce portrait sensible, il suit l'enfance tourmentée de « ti-Édouard », ses relations admiratives et critiques avec Aimé Césaire, son arrivée à Paris dans le renouveau artistique de l'après-guerre, ses succès littéraires, ses amours et ses amitiés. Il analyse ses engagements politiques pour la décolonisation et les indépendances, sa lutte inlassable contre les enfermements identitaires, son activisme culturel à l'Unesco. Il découvre aussi les visages intimes d'Édouard Glissant : les gouffres et les désirs, les nourritures et les vertiges qui ont inspiré ses utopies pour le XXIe siècle.

  • Les ressemblances de famille s'attachent à des motifs saugrenus : la forme d'un nez, un grain de beauté, une allure décidée, mais aussi un tempérament sexuel ou une maladie héréditaire. Relier des êtres qui se ressemblent - l'enfant à ses parents, l'animal à sa race - confirme l'ordre du monde. Chacun trouve sa place dans le déroulé des filiations.
    Mais parfois des formes louches dérogent aux apparentements naturels. L'imagination des femmes enceintes fut souvent alléguée pour expliquer ces bizarreries. Plus rigoureuses, les sciences du vivant s'employèrent à trouver la raison généalogique permettant de distinguer entre les semblables. Le siècle de Darwin, féru de typologies, inventa des familles d'oreilles et de crânes pour décrypter les physionomies saines ou criminelles.
    /> La codification des types est cependant menacée par l'extension infinie des airs de famille qui suggèrent un vertige : n'importe qui peut ressembler à n'importe quoi! Aux portraits-robots ils opposent le flou photographique des visages. Wittgenstein s'en inspira pour modifier toute la grammaire des parentés.
    Lorsque ces airs sont aussi entêtants que des musiques, ils deviennent des affinités. Ce mot ancien désigne des échanges subtils entre des sujets, selon le milieu et l'occasion. Réactualisé par les sites de rencontres, il se réduit aujourd'hui à l'assortiment des mêmes goûts. Mais les affinités, au contraire, composent avec le dissemblable. Leurs voisinages magnétiques effrayèrent Kant et Goethe. Insidieuses ou fulgurantes, les affinités transportent une puissance de désaffinité.

  • L'origine et la filiation ne concernent plus seulement la parent mais ont envahi la pense politique, l'histoire, la culture. Comment la gnalogie a-t-elle colonis nos imaginaires, pourquoi est-elle devenue un instrument normatif des savoirs et des comportements ? Elle assigne des places, elle lgitime des hirarchies et des valeurs, et sert aujourd'hui dramatiser une crise de la transmission. La critique propose ici s'inspire des thories et des fictions qui ont cherch briser cet ordre gnalogique. Des utopies sur la communaut sexuelle aux drglements de la mondialit, en passant par les espoirs pervertis d'une fraternit rvolutionnaire, cet ouvrage rvle un paradigme gnalogique au coeur de nos reprsentations, et pose des questions la fois inactuelles et urgentes : qu'est-ce qu'une ressemblance de famille ? Comment reconnatre nos semblables ? Sur quelles scnes, intimes et collectives, djouer les assignations identitaires ? Professeur l'universit de Paris VIII, Franois Noudelmann a prsid le Collge international de philosophie de 2001 2004. Il a crit des livres sur Sartre, Beckett, la thorie de l'image et les avant-gardes.

  • Les images nous hantent, nous agressent, nous fascinent. Elles encombrent notre corps, nos rêves et nos pensées car elles mettent notre regard à l'épreuve d'une absence : explosantes ou évanescentes, elles meurent aussi sous forme de clichés. Cet essai étudie l'ambivalence de l'image selon son défaut où son excès à travers la philosophie, la peinture ou la littérature.

  • L'étude des mouvements avant-gardistes et des ambiguïtés liées à une telle appellation offre un angle précieux pour comprendre les principales mutations qui ont traversé les arts, et en particulier la littérature, au XXe siècle. Les avant-gardes ont en effet bouleversé les rapports de la fiction et de la théorie, de la matière et du langage et induit un nouveau regard sur les choses en interrogeant à l'extrême le pouvoir des images.

  • La rumeur du temps nous invite retrouver nos origines familiales, ethniques, rgionales afin de reprendre pied sur le sol des anctres. Il est aujourd'hui impossible d'chapper la traque identitaire : le nom du pre, le ventre de la mre, la terre des aeux. On sacralise les patrimoines dans un climat de restauration idologique : les rpublicains hurlent au dclin de la transmission, les psychognalogistes veulent nous gurir par le dfil des spectres et les philosophes ont plong dans la mlancolie des parents perdues. Comment rsister cette passion gnalogique ? Le monde des identits ne cesse pourtant de se recomposer selon des relations autrement inventives. Hors du moi que les arbres de lgitimit nous imposent d'tre, il existe d'autres voix, d'autres rythmes, intimes et sociaux, qui impulsent de la libert au lieu des nouages. Franois Noudelmann exerce une critique sans concession des discours gnalogiques contemporains et propose un autre rapport aux mmoires et aux filiations. Professeur l'universit de Paris 8 et producteur France Culture, Franois Noudelmann tudie depuis plusieurs annes les reprsentations gnalogiques au travers d'essais philosophiques et littraires. Il a rcemment publi aux ditions Lo Scheer Pour en finir avec la gnalogie.

  • Penser l'avenir se constitue d'une série d'entretiens menés par François Noudelmann auprès d'André Gorz quelques années avant sa disparition. Á la faveur de ces échanges, l'auteur du Traître nous offre un regard original sur l'ensemble de son parcours intellectuel.
    Penseur singulier, inspiré notamment par Jean-Paul Sartre, André Gorz (1923-2007) pose sans relâche la question fondamentale du sens de la vie et du travail, maintenant le cap sur la liberté et l'émancipation du sujet. Existentialiste, marxiste atypique, anticapitaliste, il est aussi l'un des premiers artisans de l'écologie politique.
    Au fil du temps, ses réflexions ont porté sur l'aliénation de l'homme contemporain, la question du travail à l'époque de l'automatisation, la libération de la vie tandis que s'imposaient l'urgence écologique et la nécessaire décroissance, la précarité et le dépassement du salariat. Une pensée audacieuse qui refuse le conformisme et le confort de positions établies pour explorer de nouveaux champs et rendre à l'humain toute sa place.
    En 2005, François Noudelmann a mené un long entretien avec le philosophe, pour partie diffusé sur France Culture.
    Penser l'avenir restitue la totalité de ces échanges qui revisitent le parcours de Gorz, et offrent une introduction accessible à son oeuvre.

  • Homme des archipels, Édouard Glissant a révolutionné la pensée de l'identité, qu'il s'agisse du moi, de la nation ou de la culture. Dépassant l'opposition entre l'universel et le particulier, il a ouvert les esprits à l'expérience de la relation : celle qui transforme, démultiplie, créolise. Son oeuvre s'attache à la mémoire de l'esclavage, condamne la colonisation, tout en contestant les communautarismes, pariant généreusement sur les rencontres imprévisibles et fécondes.

  • Édouard Glissant (1928-2011), poète et philosophe né en Martinique, est une référence majeure pour penser la mondialité aujourd'hui. Ses idées de créolisation et de Relation, commentées sur tous les continents et les archipels, ont bouleversé l'approche des identités et des cultures. Pendant les dix dernières années de sa vie, il s'est entretenu régulièrement avec François Noudelmann qui publie leurs discussions publiques et privées. Son inspiration philosophique, sa définition de la beauté, ses conceptions politiques sont au coeur de leurs débats. Ces entretiens offrent un apport essentiel à la compréhension de Glissant. Ils sont suivis par des articles sur des problèmes théoriques fondamentaux et sur des questions d'actualité, tels que la transmission sans universel ou les concurrences mémorielles.

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