• Le retour

    Eustachy Rylski

    Il y a la main tendue d'un père à son fils et, quelques années plus tôt, celle d'un autre père à un autre fils.
    Dans les deux cas, un mur d'incommunication, un gouffre d'indifférence ou d'incompréhension. Il y a aussi, d'un côté, cinq années de violence en Russie, de 1915 à 1920, avec leurs atrocités infligées, subies ou observées, et, de l'autre, une simple journée, celle du difficile retour au pays et à la vie civile. Entre ces deux plateaux d'une balance déséquilibrée, il y a l'évocation des quatre générations de Rogoyski, qui, partis de rien, avec une insolente bonne santé, ont acquis un immense domaine terrien au grand dam de la noblesse polonaise locale.
    Pour relier le tout, il y a la futilité de la guerre et de la mort, le dérisoire de la vie et de la paix, l'inanité de toute entreprise, l'atavisme d'une schizophrénie rampante. Avec, pourtant, la volonté explosive de chaque Rogoyski de se réaliser pleinement. Les retours ne sont pas seulement géographiques ou spatiaux : ils finissent toujours par déboucher sur l'intemporalité du retour à soi-même. " D'une manière ou d'une autre, nous revenons tous ", dit un personnage.
    Ce à quoi répond un autre, comme en contrepoint : " il n'y a pas de retour si on ne vient de nulle part ". C'est bien entre ces deux constats apparemment inconciliables qu'oscille le mystère du présent ouvrage, tour à tour cruel, feutré, serein, impitoyable comme une démonstration mais émouvant comme une saga.

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  • Aleksander Ranski confie à sa mère : « Je me sens un peu maladroit dans la vie. Cela ne date pas d'hier. » Il est notaire à Varsovie. Nous sommes au début des années 1990 et le capitalisme déferle sur le pays avec la violence d'une rupture de digue.
    Polonais par son père, Ranski est également russe par sa mère, laquelle était la fille d'un général de l'Armée blanche. C'est cette part de lui-même - qu'il ne cesse d'interroger - qui provoquera le déraillement de son existence. Ranski s'ennuie et, surtout, il souffre d'une écrasante mélancolie, persuadé « qu'il est déjà trop tard pour tout ». Un beau jour, un businessman russe se présente à sa porte : il a besoin d'un notaire connaissant sa langue et son pays. Sebek est un homme violent, séduisant ; ses affaires sont on ne peut plus louches. Le mafieux russe, car c'en est un, entraîne Ranski dans les premiers cercles de son enfer : ceux des paillettes, de l'argent facile, des filles de nuit. Tout ce bazar de mauvais polar écoeure et fascine le petit notaire, « comme une romance russe : malgré le faux, le toc, la viscosité de la matière, on a du mal à résister à sa force attractive ». S'il se compromet, s'il se rue dans les plaisirs avec les prostituées que lui fournit son mentor, il parvient à rester comme en surplomb.
    Insidieusement, Ranski alimente la peur de son client mafieux, avant de l'abandonner « dans le tunnel de la paranoïa ». Il s'ensuivra un meurtre et une condamnation, mais Ranski ne pourra se croire libéré qu'un instant : on ne quitte pas la table d'un tel jeu.

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  • La condition

    Eustachy Rylski

    L'affrontement mortel de deux hommes qui s'opposent en tous points, non comme le noir au blanc, mais à la façon de deux pays voisins qui arment leur frontière, une frontière sinueuse, sujet de maintes contestations et concessions. Andrzej Rangult, membre de la noblesse polonaise, est déjà un héros, une figure de la légende napoléonienne. Sans culture et sans idéal, il est une tête brûlée que ses hommes suivent dans le feu. Semen Hoszowski, son adversaire, est un officier de liaison. Obscur fils de pope, il est tourmenté par un complexe d'infériorité et de vagues aspirations à une vie bourgeoise.
    Leur histoire commune, une relation de haine amoureuse, débute durant le siège de Moscou, en 1812, par un duel dénué de sens, un duel raté, recommencé, empêché, au pistolet aussi bien qu'aux cartes. Forcés de déserter sur un malentendu, au moment même de la retraite de Russie, ils sont jetés ensemble dans une abominable errance à travers les enfers de glace. Parvenus à moitiés morts sur le domaine de Rangult, en Lituanie polonaise, ils y attendront le retour de l'histoire. L'ancienne escorte de Rangult surgit pour le tuer : plutôt la mort de leur héros que son déshonneur. Quoique malade, Rangult parvient à les abattre, avant de mourir d'épuisement. Hoszowski, lui, n'aurait qu'à dire un mot pour prendre sa place à la tête du domaine, mais le confort bourgeois dont il avait rêvé lui semble à présent une petite mort. Celui qui ne croyait en rien veut à présent devenir le « gardien de la légende ». Il se met en route pour laver l'honneur de Rangult et se faire le propagateur de son épopée.
    Loin du roman historique, La Condition étudie l'effet que produit dans le coeur des hommes l'effondrement des valeurs collectives. Rylski nous montre que l'héroïsme n'est parfois que l'expression d'une pauvreté spirituelle, d'un vide, un équivalent brutal de l'idiotie. De même, son personnage d'arriviste est dépeint avec humanité : après tout, il est un peu l'homme d'aujourd'hui. Ayant atteint son pauvre rêve (le confort et le fait de ne pas avoir de chef), il finit par choisir la légende contre la vérité, parce qu'elle offre au moins une raison de vivre.

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  • Fils d'un rebelle polonais, mort de façon atroce et fortuite pour sa participation à l'insurrection de 1863 contre l'occupant russe, élevé en Russie, le colonel Stankiewicz combat dans l'armée blanche de Kornilov au moment où la Révolution de 1917 est près de triompher.
    Le présent récit n'est pas un roman historique à dominante militaire. Il décrit, sur un ton qui se veut factuel, avec un parfum de dérisoire cruauté, les pérégrinations d'un officier antihéros aux prises avec le degré zéro de la guerre : froide indifférence à tout et à tous, descente dans les abîmes de la psychologie, nausée existentielle et nihiliste d'un individu marginal qui refuse la quête possible de son identité, face à l'implosion avortée de ses sources personnelles et historiques.
    Un camouflet infligé aux mythes éternels de la polonité.

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