• Le mythe de l´Antichrist n´a rien perdu de la fascination qu´il exerce avec l´écoulement du temps. Les mentalités ont certainement beaucoup changé. Très peu de gens, y compris parmi les chrétiens dits « pratiquants », croient encore vraiment à l´apparition, vers la fin de l´histoire, d´un personnage mi-réel, mi-fabuleux, tel qu´il est décrit par la plupart des Pères de l´Église. Mais son image, retravaillée, revalorisée, mise à jour, continue de hanter les esprits, surtout dans les périodes troubles, dont l´histoire moderne n´a pas été épargnée . Au sein de la chrétienté, c´est l´interprétation « collective » et « spiritualiste » qui a finalement eu gain de cause.
    L´Antichrist n´est plus guère imaginé comme un personnage individuel qui, à un moment précis de la fin des temps, entrera sur la scène de l´histoire (pareille croyance resurgit cependant à chaque moment de crise ). On l´imagine plutôt sous la forme d´une énergie diffuse et insidieuse qui imprègne peu à peu, dès le présent, le tissu de notre existence. Certains l´identifient au progrès technologique et à l´avancée « irraisonnable » de la science ; d´autres à l´individualisme et au pragmatisme du mode de vie contemporain ; d´autres, enfin, au sécularisme généralisé de notre époque. Ainsi, à peu près toutes les facettes de la modernité deviennent l´expression d´une antichristologie up to date.
    Avant de commencer notre enquête dans l´Antiquité chrétienne, il convient peut-être de s´interroger sur la signification « ultime », selon l´expression de Paul Tillich, dont ce mythe est porteur depuis déjà presque deux mille ans. Que représente-t-il du point de vue philosophique ?

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