• L'oeuvre d'une artiste comme Berlinde De Bruyckere peut produire un malaise dont il faut souligner à quel point il nous concerne intimement. Étonnant miroir que celui où nous nous reconnaissons, malgré l'altération, sinon une quasi-disparition de la forme humaine. Si l'empathie constitue la remarquable condition de possibilité d'une telle expérience, il convient ici de l'envisager d'un point de vue phénoménologique, car l'oeuvre de Berlinde De Bruyckere confirme, d'une manière éminente, la « proche parenté », soulignée par Husserl, de l'art et de la phénoménologie.

    Si l'on reproche parfois à l'art contemporain de se complaire dans une certaine gratuité, l'oeuvre de Berlinde De Bruyckere peut apparaître comme un exemple de probité. Ses sculptures notamment, malgré leur violence, s'imposent avec une évidence qui repousse toute superficialité. Ces chevaux éventrés ou décharnés, ces figures humaines violentées, ces bois de broussailles ou troncs d'arbres ensanglantés ne constituent pas un travail « formel » qui ne viserait qu'à « en mettre plein la vue ».

    Car si cette oeuvre peut heurter, elle ne nous fait pas pour autant simplement « buter » contre des objets à l'extériorité repoussante?: aussi effrayantes soient-elles, les sculptures de Berlinde De Bruyckere sont des figures, qui, comme telles, invitent à une reconnaissance intérieure. Le spectacle évite alors l'effet spectaculaire, tant il se fait image spéculaire?: sa pertinence est profondément intime.

    Comment donc expliquer que nous soyons à ce point concernés par une oeuvre si dérangeante??

    L'essai entend répondre à cette question en fondant l'authenticité de la démarche dans une certaine compréhension de la chair et de l'empathie. Les sculptures de cire de Berlinde De Bruyckere ne sont jamais des cires « anatomiques », des observations du corps tel qu'on pourrait le voir de l'extérieur (quand bien même on l'ouvrirait), mais des intériorités « sentantes ». Pour comprendre ces sculptures, il faut donc décrire, à travers l'impact émotionnel de leur contemplation, le vécu intérieur et charnel qu'elles occasionnent.

    C'est pourquoi l'analyse philosophique se fait ici phénoménologique?: elle emprunte à la phénoménologie sa méthode descriptive et utilise - en les discutant - certains de ses outils, notamment le concept d'empathie, tel qu'il apparaît dans les Méditations cartésiennes de Husserl.

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  • « Memento mori » (« souviens-toi que tu vas mourir) : cette célèbre maxime
    latine, qu'un esclave était censé murmurer à l'oreille du général romain durant
    son triomphe, a trouvé sa postérité dans l'histoire de l'art. Ainsi, de
    nombreux tableaux, souvent assimilés à des "vanités", s'intitulent ou
    constituent des memento mori. Mais qu'est-ce qu'un memento mori en peinture ?
    Quel rapport établir entre l'audition de la maxime latine et la vision d'un
    tableau ? À partir du concept d'angoisse et de son analyse phénoménologique, il
    convient de définir l'esthétique propre au memento mori et de la caractériser
    par rapport à des genres picturaux voisins, comme celui de la vanité. Avec le
    memento mori se constitue une esthétique, non de la mort, mais de l'angoisse de
    mort, qui traverse l'histoire de l'art et témoigne du rapport ambigu que
    l'homme entretient avec la certitude de sa mort. Né en 1974, Benjamin Delmotte
    est normalien, enseignant en philosophie à l'École Nationale Supérieure des
    Arts Décoratifs.

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