• « Le fait d'épuiser ma marche, et de demeurer pourtant au coeur du mouvement, me transforme en profondeur. Mes pensées se perdent moins, je surplombe moins les choses. Je me focalise sur le troupeau qui avance devant moi. Je suis porté par sa puissance. »

    De juin à octobre, randonner dans les Alpes du Sud signifie marcher en compagnie des moutons : aujourd'hui encore plus de trois cent mille bêtes se retrouvent chaque année dans les alpages d'estive.
    Antoine de Baecque est parti sur les traces du parcours millénaire des bêtes et des hommes, cette transhumance traditionnelle disparue dans les années 1950. Il a cheminé sur les anciens sentiers de la transhumance par des voies oubliées, serpentant au milieu d'un paysage que le passage des moutons a façonné. Il a inauguré la Routo, cet itinéraire de randonnée bientôt homologué GR qui chemine sur plusieurs centaines de kilomètres à travers les Alpes, de la plaine de Crau en Provence jusqu'au Piémont italien.
    Ce récit voyageur d'un parcours montagnard, où la quête de la mémoire d'une transhumance millénaire accompagne la mémoire intime du marcheur, résonne comme un hommage au lien entre hommes et bêtes.

  • Le 6 septembre 2009, Antoine de Baecque se lance sur le GR5, pour une 'Grande Traversée' solitaire des Alpes, depuis le lac Léman
    jusqu'à la Méditerranée. De cette aventure, il a tiré un essai d'histoire marchée, mêlant des études savantes sur les Alpes et l'aménagement de la montagne, et une recherche personnelle, 'par les pieds', attentive au corps. Cet exercice d'histoire expérimentale
    plonge dans l'histoire même de ce sentier, dans les strates séculaires laissées par les circulations alpines passées, tantôt chemin de pèlerinage, tantôt sentier commercial ou de contrebande, draille de la transhumance ou voie militaire.
    Il montre comment ce sentier s'est constitué en emblème, remontant à ses pionniers randonneurs, suivant ses 'aménageurs', proposant une typologie de ses usages et une sociologie de ses usagers. Ainsi permet-il au lecteur lui-même de suivre, au rythme de la marche, le chemin qui va dans la montagne.

  • Antoine de Baecque raconte ici un moment historique de notre culture, celui où bien manger est devenu un trait spécifique de l'identité des Français. La gastronomie française est née à Paris à la fin du XVIIIe siècle. En quelques décennies, elle a conquis le monde. Avec l'invention du restaurant en 1765, puis son essor au XIXe siècle, une partie de l'identité française tient désormais à la nourriture. Chacun sait, sur la planète, que le Français aime manger, qu'il mange bien et qu'il adore en parler. Et chacun sait que c'est à Paris que cela se passe. En 9 chapitres fluides et vivants, Antoine de Baecque nous fait rencontrer Mathurin Roze de Chantoiseau, le premier restaurateur ; La Reynière, le premier grand critique gastronomique ; Antoine Carême, le premier cuisinier vedette ; Brillat-Savarin, le premier grand intellectuel de la table ; ou encore Escoffier, le premier chef moderne de la cuisine française ; et nos apprend une foule de choses, par exemple sur la première bière pression (vendue chez Bofinger en 1870), sur l'association d'Escoffier et de César Ritz qui va révolutionner la cuisine et l'hôtellerie, sur les premiers "gourmets", ou encore sur le "procès de la sauce poulette", qui permit aux restaurateurs de gagner contre les traiteurs et les aubergistes la bataille de Paris.

  • En partenariat avec France Culture, la première histoire de la marche, par un auteur -historien et journaliste- dont la surface médiatique n'est plus à prouver. Des pèlerinages aux randonnées, des drailles transhumantes aux manifestations politiques, il n'y aura guère eu d'interruption dans la pratique de la marche. La circulation pédestre fait l'homme. Elle est une activité constitutive de l'être humain. Pour en faire l'histoire, Antoine de Baecque part à la rencontre de toutes les formes de marches, et des hommes qui les pratiquent : les peuples et les métiers dont l'identité même semble nomade et pédestre, des Lapons aux Sioux, des colporteurs aux bergers ; les pèlerins, selon toutes les traditions, ceux qui remontent aux sources du Gange ou empruntent le Tôkaidô, comme les marcheurs de Compostelle et de La Mecque. Et si la marche a quasiment perdu ses professionnels, elle a inventé ses praticiens du week-end, ses usagers du temps libre, les randonneurs. Mais l'on chemine aussi en ville, depuis l'apparition des promenades urbaines du XVIIe jusqu'aux " manifs " les plus récentes. Qu'elle permette de mieux vivre, de survivre ou qu'elle soit le support incarné de revendications, la marche a une histoire. Antoine de Baecque, nourri aux sources les plus diverses, déploie ses talents d'historien et de conteur pour offrir un livre profondément original et vivant.

  • Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo déambulant sur les Champs-Élysées dans À bout de souffle, Jean-Pierre Léaud fuyant son enfance délinquante sur une plage de Normandie dans Les Quatre Cents Coups : autant d'images qui incarnent la mythologie de la Nouvelle Vague.
    La liberté scandaleuse de Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme avait ouvert la voie en 1956. Entre 1959 et 1962, de jeunes cinéastes - François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer... - changent le visage du cinéma français. Ils imposent à l'écran, stylisés, des gestes, des attitudes, des apparences, des manières d'être, d'aimer, dans lesquels se reconnaissent d'emblée les spectateurs de leur génération.
    Mouvement de cinéma, mouvement de jeunesse : c'est ce moment unique de l'histoire culturelle française que retrace et analyse Antoine de Baecque.

  • Eugénie

    Antoine de Baecque

    • Stock
    • 8 Janvier 2020

    « Eugénie a seize ans ; elle pourrait en avoir plus, en avoir moins, elle est restée la même depuis ses six ans, même taille, mêmes traits, même corps. Elle a juste forci. Ses jambes sont courtes et larges, ses mains nouées, son ventre proéminent, son crâne volumineux, sa peau rugueuse, épaisse et plissée, ses pommettes saillantes, ses yeux petits, enfoncés dans les orbites, ses narines échancrées, ses lèvres épaisses et pendantes, son cou doublé d'un goitre imposant. La crétine, dans son silence étouffé, git aux confins de la nature humaine. »
    Au matin du 22 juin 1835, une expédition part pour les Alpes du sud. Elle est financée par l'asile de la Salpêtrière dans le but de récupérer quelques crétines. Jean-Pierre Falret, l'aliéniste qui dirige le service des idiotes du grand hôpital parisien, tient à interner ces jeunes femmes arriérées physiquement et mentalement, typiques des massifs montagneux, dont la médecine et la presse de l'époque font grand cas. Peut-on guérir le crétinisme alpin ? Doit-on éduquer ces êtres difformes et limités ? Falret veut jauger ses méthodes révolutionnaires à l'aune de cette énigme.
    Le récit composé par Antoine de Baecque à partir de documents vrais, fiction dans l'histoire, s'attache à Eugénie, l'une des quatre crétines ramenées des Alpes pour vivre en cobayes au service des Petites Loges. À travers les regards portés sur elle, se révèle une personnalité rare, entre innocence et sauvagerie.

  • « Une métamorphose de mon être, soit la vraie expérience de la transhumance. Le fait d'épuiser ma marche, et de demeurer pourtant au coeur du mouvement, me transforme en profondeur. Mes pensées se perdent moins, je surplombe moins les choses. Je me focalise sur le troupeau qui avance devant moi. Je suis porté par sa puissance.»
    De juin à octobre, randonner dans les Alpes du Sud signifie marcher en altitude en compagnie des moutons, aujourd'hui encore plus de trois cent mille bêtes se retrouvent chaque année dans les alpages d'estive. Ce moutonnement des troupeaux accompagne le marcheur comme une respiration vivante de la montagne.
    Antoine de Baecque est parti sur les traces du parcours millénaire des bêtes et des hommes, cette transhumance traditionnelle disparue dans les années 1950. Il a cheminé sur les anciens sentiers de la transhumance par des voies oubliées serpentant au milieu d'un paysage que le passage des moutons a façonné. Il a inauguré la Routo, cet itinéraire de randonnée bientôt homologué GR qui chemine sur plusieurs centaines de kilomètres à travers les Alpes, entre la plaine de la Crau en Provence jusqu'au Piémont italien.
    Ce récit voyageur d'un parcours montagnard, d'une quête de la mémoire millénaire d'une transhumance accompagnant la mémoire intime du marcheur, raisonne comme un hommage au lien entre hommes et bêtes, au bonheur de reprendre le cours d'une vie vécue dans et par la nature.

  • Les talons rouges

    Antoine de Baecque

    • Stock
    • 23 Août 2017

    Juin 1789, l'Ancien Monde bascule. Les Villemort forment une longue lignée d'aristocrates, un clan soudé par l'idée ancestrale de leur sang pur, un sang dont précisément cette famille se délecte. Les Villemort, ces «  talons rouges  », sont aussi des vampires. Deux d'entre eux veulent renoncer au sang de la race pour se fondre dans la communauté des égaux. Ils sont les héros de ce roman oscillant entre le fantastique et le réel des journées révolutionnaires. Voici William, l'oncle revenu d'Amérique, qui a pris là-bas le goût de la liberté et épouse la cause des esclaves affranchis, s'entourant d'une garde couleur ébène. Voici Louis, le neveu exalté, beau, précipité dans l'action révolutionnaire, épris de Marie de Méricourt jusqu'à lui donner la vie éternelle. Comment échapper à la malédiction venue du fond des âges  ? 

  • « Crétin des Alpes ! » Avant d'être l'une des insultes préférées du capitaine Haddock, l'expression désigne un état prononcé de dégénérescence physique et mentale, éradiqué depuis les années 1920.
    Le crétinisme est l'objet d'un débat de santé publique essentiel au XIXe siècle, suscitant une « science de l'Alpe » qui pose exemplairement la question du « grand renfermement des corps » hantant le travail de Michel Foucault. Le crétin est aussi une victime, dont le sacrifice est un scandale silencieux. Il devient le cobaye de toute sorte d'expériences, pédagogiques et chirurgicales, généralement inutiles, et a été longtemps laissé dans un état débile et difforme.
    Sa revanche - une forme étonnante de fierté crétine - advient peu à peu par le travail de l'imaginaire collectif, qui en fait désormais l'un des emblèmes paradoxaux de l'identité alpine. C'est ainsi que les crétins ont, de multiples façons, tendu un miroir à la bien-pensance, ce que dévoile ce brillant essai d'histoire sur le pathétique ordinaire des « anormaux ».
     
    Antoine de Baecque, professeur à l'Ecole normale supérieure, a publié récemment La Traversée des Alpes (Gallimard), Les Godillots (Anamosa, Prix Lucien Febvre 2017) ou En d'atroces souffrances. Pour une histoire de la douleur (Alma).

  • Une caricature paraît en 1794 : Robespierre ne serait qu'un tyran obsédé par la mort jusqu'à vouloir " se décapiter lui-même après avoir guillotiné le dernier des Français ". La France selon Robespierre, République de la Terreur, ressemble dans ces images traumatisantes

    Une caricature paraît en 1794 : Robespierre ne serait qu'un tyran obsédé par la mort jusqu'à vouloir " se décapiter lui-même après avoir guillotiné le dernier des Français ". La France selon Robespierre, République de la Terreur, ressemble dans ces images traumatisantes à un immense cimetière où se déversent des fleuves de sang. Le cadavre envahit les représentations.

    Étudier ce moment politique saisi par la terreur, voici le sens de cet ouvrage, qui réunit une dizaine d'études d'Antoine de Baecque. En observant les diverses formes de violence symbolique, physique ou mise en scène qui envahissent alors l'espace politique, l'historien fait une place à l'Hercule, cette Force armée de sa massue qui s'impose comme nouvelle allégorie de la France, prenant une place aux côtés de la déesse Liberté. Car il s'agit de donner corps à la République et d'impressionner ceux qui l'attaquent, tout en créant un corps colossal qui puisse légitimement combattre le géant monarchique en terrorisant les ennemis du peuple.

    Ce livre propose de relire et de repenser la Terreur, en montrant que la présence concrète des cadavres et la puissance de l'imaginaire morbide permettent aux révolutionnaires de prendre la (dé)mesure de la violence des bouleversements qu'ils engendrent, et justifier ainsi leur politique d'effroi.

  • Ils ont été des milliers, chaque année depuis le Moyen Age, à répondre à la voix de Compostelle. Et chaque année depuis le Moyen Age, il s'en trouve un ou deux pour raconter, étonnés d'avoir eu le courage d'aller jusqu'au bout, anxieux de transmettre les petits secrets du chemin et leur découverte du grand mystère. Leur voix est pleine de poésie, ou bien d'humour, d'autodérision ou de sagesse. Antoine de Baecque, à la fois historien et randonneur,a réunies ces voix avec art et passion pour qu'elles composent, toutes ensemble, un guide pratique et spirituel destiné à tous les amateurs de randonnée, pèlerins d'un jour ou d'un mois.
    Au sommaire, 65 textes réunis, présentés par Antoine de Baecque.

    Guides des chemins de Compostelle Récits et témoignages des pèlerins Variations sur un triomphe pédestre: chants, fictions, poèmes...

  • La cinéphilie fut une passion française, dévorante et exigeante. Voir des films par centaines, seul ou en bande, mais aussi en discuter, écrire, rencontrer les réalisateurs, fonder des revues, animer des ciné-clubs, se réunir, se combattre : c'est ainsi qu'à Paris, entre la Libération et 1968, les grands cinéastes du XXe siècle connurent la gloire. La cinéphilie a en effet, pour une bonne part, " fabriqué " Alfred Hitchcock, Howard Hawks, Roberto Rossellini, Jean Renoir et autres cinéastes, les plaçant au rang d'auteurs et d'intellectuels qui, à l'instar d'Aragon, de Picasso ou de John Cage, ont fait la culture du XXe siècle.

    Mais qui étaient ces cinéphiles ? Antoine de Baecque trace ici les portraits de ces jeunes " mordus du cinéma " devenus critiques, cinéastes eux-mêmes, écrivains et journalistes : André Bazin, Eric Rohmer, Henri Langlois, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Serge Daney, notamment. Il saisit ces grandes figures dans leur vie, leurs passions et leurs combats, au-delà même du cinéma et de son histoire : ces cinéphiles, influencés par le surréalisme, l'existentialisme, la littérature, le structuralisme, posent en effet un regard différent sur les idées, les arts et les grands débats des années cinquante et soixante.

    Fondé sur le dépouillement d'archives privées, de trésors cinématographiques (les fonds Truffaut, Bazin, Sadoul, Langlois), et de revues fondatrices (L'Ecran français, les Cahiers du cinéma, Positif, Les Lettres françaises), cet essai reconstitue l'épaisseur des contextes intellectuels et politiques, et propose, à travers une douzaine de portraits de cinéphiles, de groupes, de revues et d'auteurs, la première synthèse sur la cinéphilie française en son âge d'or. Une manière d'ouvrir et d'illustrer, et avec quel brio, une autre histoire culturelle de notre temps.

    Antoine de Baecque est historien et critique de cinéma. Il a été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, a conçu un musée du Cinéma pour la Cinémathèque française, et dirige actuellement les pages Culture de Libération. Il a publié une histoire des Cahiers du cinéma (1991), des essais sur Andréi Tarkovski (1989), Manoel de Oliveira (1996), La Nouvelle Vague (1998), ainsi qu'une biographie de François Truffaut (1996, avec Serge Toubiana). Il est également historien de la culture des Lumières et de la Révolution française.

  • On ne peut plus parler ni du cinéma, ni du spectateur comme on le faisait il y a 10 ou 20 ans. L'évolution des technologies, en affectant ceux qui les utilisent, reconfigure sans cesse notre rapport au monde. Comment cette mutation du regard du spectateur s'opère aujourd'hui et quel avenir nous permet-elle d'entrevoir? Cette édition de 24 Images est presque entièrement consacrée à cette question, réunissant des textes qui explorent une grande diversité de voies. Une entrevue avec la philosophe française Marie-Josée Mondzain, spécialiste de l'art et des images, nourrit ces réflexions. Hors dossier, le Dictionnaire des films québécois de Marcel Jean, un essai sur Timbuktu d'Abderrahmane Sissako et un DVD compilation de sept courts métrages québécois de La distributrice de films.

  • Les Godillots

    Antoine de Baecque

    • Anamosa
    • 30 Mars 2017

    Par un grand conteur, historien et marcheur, la micro-histoire d'un objet, prise comme un révélateur d'époques, de destins et de cultures, mêlant histoire des techniques, histoire politique et histoire culturelle. On y croisera des soldats et des paysans, des randonneurs, des artistes, des comiques troupiers, des hommes politiques et... des chaussures ! Marcheur au long cours, Antoine de Baecque propose, avec le talent de narrateur et le sens de l'enquête historique qu'on lui connaît, de se pencher sur un objet a priori dérisoire : les godillots, ces chaussures solides initialement conçues pour l'armée. Ce mot que tout le monde croit connaître, au point que, comme la " poubelle ", il ait largement échappé à son concepteur du milieu du XIXe siècle, l'entrepreneur Alexis Godillot, est devenu un mot commun. Il reste pourtant singulièrement polysémique. Ses circulations et ses acceptions multiples ouvrent, sur un siècle et demi, à l'étude de milieux, de contextes, d'usages, de discours, extrêmement divers et révélateurs. Plusieurs traditions techniques, esthétiques, politiques, culturelles, s'y croisent et s'y combattent. Le godillot cristallise ainsi des représentations aussi diverses que polémiques et stimulantes. Cette micro-histoire d'un objet est un révélateur d'époques, de destins, de cultures, et permet de mettre à nu une forme de politisation qui fait du godillot un symbole méconnu de la sensibilité politique française. On y croisera des soldats et des paysans, des randonneurs, des artistes, des comiques troupiers, des hommes politiques et... des chaussures !

  • La prise de la Bastille, la tentative de fuite de Louis XVI, sa déchéance, l'avènement de la République, la Terreur... Tout cela est bien su. Pourtant, que connaissons-nous de l'histoire du roi cochon et de celle du géant Iscariotte ? Des culottes de peaux humaines qu'aurait portées Robespierre et du sort réservé aux vainqueurs de la Bastille ? Du rire des députés à l'Assemblée et de l'histoire du tutoiement ? Du langage du père Duchesne et du célèbre « Ça ira ! » ? Enfin des mots inventés par ces hommes qui ne rêvèrent que de régénération et de renouveau ?
    Joyeux, moqueur parfois, mais toujours rigoureux dans ses propos, Antoine de Baecque nous offre, comme sur une scène de théâtre, une farandole de mots et d'expressions, de représentations de l'événement, regard neuf et souvent bien éloigné des poncifs.

  • Ce livre s'efforce de poser la question de la métaphore en histoire : comment une société choisit-elle de se représenter, comment choisit-elle de se représenter, comment trouve-t-elle des formes devant lesquelles elle se dit : je suis cela ?A la fin du XVIIIe siècle, face au gouffre creusé dans la chronique traditionnelle de la monarchie par la rupture révolutionnaire, le discours sur la politique s'appuie ainsi sur les métaphores pour proposer un récit de la fracture historique susceptible d'ordonner le cours débridé de l'histoire. Parmi ces images, celle du corps s'impose rapidement : les hommes de la Révolution se représentent la société qu'ils veulent fonder comme un corps humain, un corps humain, un corps régénéré, raisonné, colossal, plus libre de ses mouvements et mieux proportionné. L'ancienne représentation monarchique, fondée sur la métaphore traditionnelle du corps du roi, s'écroule alors pour faire place à une autre forme politique : celle du grand corps citoyen, garant d'une nouvelle souveraineté.Choisissant des objets originaux (l'impuissance du roi, les plaies des martyrs républicains, la fabrication de monstres en politique), Antoine de Baecque suit cette autoreprésentation politique dans des images et dans des textes peu exploités jusqu'alors, comme les milliers de brochures et de gravures que l'actualité politique jette sur le marché dès le milieu des années 70. Là repose le corps de l'histoire : ces métaphores anatomiques qui portent une nouvelle organisation de l'Etat et de la société, incarnent le récit des événements et offrent aux écrivains politiques le pouvoir de redécrire le monde.Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé et docteur en histoire, ANTOINE DE BAECQUE est né en 1962. Ses travaux sur la Révolution (on rappellera son livre sur La Caricature révolutionnaire ) l'ont déjà imposé comme un spécialiste incontesté de l'histoire des représentations politiques. Il est également membre du comité de rédaction des Cahiers du cinéma.

  • Quel symbole plus clair du gouvernement de la Terreur que la « sainte guillotine » ? Entre l'été 1791 et celui de Thermidor an II, la mort est omniprésente dans un pays qui se voit comme assiégé. Le cadavre de l'ennemi ou du républicain est au coeur des pensées de la Révolution française. Cet essai dessine, avec la couleur de l'époque et le recul de l'histoire, sept portraits de cadavres célèbres : Mirabeau (le premier grand homme de la Révolution), Voltaire (promené nu vers le Panthéon, étendu sur un char de triomphe), Louis XVI (dont les restes sont dispersés dans une fosse commune), la Princesse de Lamballe (courtisane démembrée), le républicain Geffroy, Robespierre, et Madame Necker. Sept morts infamantes ou glorieuses, à l'époque de la nuit et des tombeaux, des mélodrames gothiques et du goût du morbide. Mais aussi la description détaillée et vivace d'un cérémonial funèbre qui est l'épreuve de vérité de tout un système politique.

  • Antoine de Baecque est historien de la Révolution française, critique de cinéma, actuellement rédacteur en chef adjoint de Libération, responsable des pages Culture. Il a publié, chez Grasset : La Gloire et l'effroi (1997), Sept morts sous la Terreur (1997) ; chez Calmann-Lévy : Le Corps de l'histoire (1993) et Les éclats du rire (2000) ; et chez Gallimard une biographie de François Truffaut (Prix des Lectrices de Elle, 1996) qui fut un succès de librairie, vendue partout à l'étranger.
    En cinq ans, les deux responsables du pouvoir exécutif, Jacques Chirac et Lionel Jospin, n'ont cessé de s'opposer. Désormais les enjeux électoraux de la « présidentielle » conduisent à ce duel irréfutable. Chirac contre Jospin n'a d'autre destin que d'être un « match », de se transformer en un « duel », ce que résume, au pays des Gaulles volontiers batailleur, l'expression « combat des chefs ». Ce combat, avec ses péripéties et ses échanges musclés, ne s'arrête pas à sa seule chronique, réjouie ou désolée. Car il propose un schéma d'opposition, une représentation de la politique, qui, en France, pays où l'incarnation sensible des valeurs a toujours été très présente, est aussi une plongée dans l'histoire. Le duel se déploie comme un récit possible, une « fiction maîtresse » aisément reconnaissable. Pour tout dire : il est la cérémonie politique par excellence. Depuis deux siècles, et la naissance de la politique moderne, l'opposition au sommet est un cas de figure devenu un cas d'école des stratégies de conquête du pouvoir. Antoine de Baecque montre ici, à travers une série de portraits bifrons (c'est-à-dire : Georges Danton contre Maximilien Robespierre, Victor Hugo contre Napoléon III, Léon Gambetta contre Jules Ferry, Jean Jaurès contre Maurice Barrès, Léon Blum contre Maurice Thorez, Philippe Pétain contre Charles de Gaulle, Charles de Gaulle contre François Mitterrand, François Mitterand contre Valéry Giscard d'Estaing), combien le dernier duel en date, opposant Jacques Chirac et Lionel Jospin, est d'abord une représentation inscrite dans une histoire de la politique française. Le petit face au gros, l'homme d'action face à celui de la réflexion, l'austère face au viveur, l'homme du peuple face à celui des élites, le tenant face à l'outsider, sont autant de possibles du combat des chefs. Mais c'est précisément parce que les cartes sont brouillées (qui, de Chirac ou de Jospin, est le légitime, le sage, le petit, le riche, le bon vivant ?) que cette plongée dans l'histoire si particulière d'une cérémonie du pouvoir, peut être si éclairante.

  • Maurice Pialat, mort en janvier 2003, demeure comme le plus grand cinéaste français de la fin du XXe siècle. Nous en sommes sûrs désormais. Ses dix films n'ont d'ailleurs jamais autant été vus, de L'Enfance nue à Van Gogh, de La Maison des bois à Loulou ou À nos amours.
    Le Dictionnaire Pialat propose, en deux cents entrées qui tentent de dire au plus près qui il était et ce qu'est son oeuvre, une manière originale, ludique et fétichiste d'explorer l'univers du cinéaste. Un monde parcouru de figures familières, de rencontres, d'acteurs et de personnages, de répliques, de récompenses ou de projets non tournés, d'obsessions, d'intérêts et de goûts, d'amitiés, de rivalités et de collaborations orageuses, de coups de gueule revenant de film en film ou passant de la vie dans le cinéma, et du cinéma dans la vie.
    Cet outil offre d'indispensables repères pour voir et revoir ses films. Mais c'est également une ouverture vers l'imaginaire et la rêverie qui rend justice au talent singulier de Pialat, à son art unique d'imposer avec des vies ordinaires le roman vrai, foisonnant et vital, de notre temps, sa comédie humaine.

  • La douleur individuelle se formule mal comme en témoigne Alphonse Daudet dans La Doulou ou Joë Bousquet dans Le Bréviaire bleu. A l'inverse, lorsqu'elle devient un phénomène collectif, les écrits fleurissent. Des dizaines de traités ont été consacrés à la souffrance depuis l'antiquité par Epicure ou Cicéron, Rilke, Eluard, Pavese, Duras, Bourdieu ou Pontalis.
    Comment une époque appréhende, comprend et respecte la douleur ? C'est à cette question que l'historien répond dans cet essai écrit d'une plume alerte et très sérieusement documenté.
    Passant en revue les différents " usages " de la douleur (mystique, judicaire, pénitentiel, médical, sentimental, sexuel et créateur) Antoine de Baecque nous propose une dizaine d'études historiques précises portant sur la sanctification de Catherine de Sienne, le supplice du régicide Robert-François Damien, l'extase selon Leopold von Sader Masoch, ou l'invention de l'anesthésie.
    Passionnant, sourcé, ce livre est d'autant plus utile que la révision de la loi Léonetti relance la question de la gestion de la douleur.

  • En 1868, Michelet publie La Montagne, dont l'écriture est influencée par son épouse, Athénaïs, femme sensible aux beautés de la nature et amie des animaux. À la faveur d'un séjour alpestre, le grand historien romantique se livre à la contemplation d'un milieu a priori hostile, mais qui lui permet de penser la réconciliation entre l'homme et la création. Superbes descriptions du Mont-Blanc - « cet illustre solitaire » -, randonnées en Suisse et autour de ses lacs, détours par les Pyrénées et escapades jusqu'aux pôles ou encore à Java... Dans ces pages, les montagnes de glace des icebergs croisent les volcans. Empruntant à l'essai scientifique, lorsqu'il s'intéresse aux périodes glaciaires, à l'effet de foehn ou encore à la botanique, ce livre est surtout un hymne à la grandeur de la nature, où la montagne, géante apparemment immuable, apparaît sous les traits d'un être vivant, traversé par mille et un bouleversements - nuages restant accrochés aux crêtes, fonte des neiges, torrents. Avec Michelet, « la montagne est une initiation ».

  • Sur invitation du romancier Patrick Deville et emmenés par l'historien Antoine de Baecque, des historiens, des chercheurs et des auteurs de tous horizons - Michelle Perrot, Nicole Le Douarin, Pierre Nora, Michel Winock, Jacques Revel, Pierre Birnbaum, Chantal Thomas... - conversent. Ils se sont réunis pour échanger autour - et en présence - de l'historienne Mona Ozouf.
    Avec complicité, les historiens dialoguent, abordant avec Mona Ozouf son ancrage breton, ses années étudiantes et ses amitiés («la bande à Furet», «les dames du Femina»...). Ils retracent aussi son parcours intellectuel : la Révolution française et sa descendance politique, le féminin et le littéraire, la nation et l'école de Jules Ferry... Autour de ces thèmes majeurs de la vie et de l'oeuvre de Mona Ozouf se tressent débats, échanges scientifiques et souvenirs émaillés d'anecdotes.
    De ces rencontres est né ce livre en forme de conversation - à moins que ce ne soit l'inverse. Plus encore que la richesse et la fécondité d'une oeuvre, et la place profondément originale qu'elle occupe au carrefour de l'histoire, de la littérature et des idées en France, c'est en effet l'amitié qui cimente ce portrait d'une historienne emblématique de la vie intellectuelle française.

  • Que sait-on d´Éric Rohmer, sinon qu´il incarne une manière très française et très raffi née de faire du cinéma ? De lui, on connaît quelques titres : Ma nuit chez Maud, L´Amour, l´après midi, Les Nuits de la pleine lune... On sait aussi combien le cinéaste aimait fi lmer de jeunes et jolies femmes, les « rohmériennes », d´Arielle Dombasle à Rosette, de Pascale Ogier à Marie Rivière... On se souvient encore qu´il lança plusieurs acteurs, qui devaient faire leur chemin sans lui : Jean-Claude Brialy, Fabrice Luchini ou Pascal Greggory.Mais sait-on par exemple que l´ensemble de ses vingt-cinq longs métrages ont attiré en France plus de huit millions de spectateurs, et quelques millions d´autres autour du monde ? Sait-on qu´un autre homme, Maurice Schérer, se cachait derrière le pseudonyme d´Éric Rohmer, tant il aimait s´inventer des doubles et masquer son visage derrière ses films ?Voici la première biographie d´Éric Rohmer : puritain et esthète, catholique pratiquant et amoureux de la beauté sous toutes ses formes, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma et homme de télévision, citoyen désengagé, nostalgique de l´Ancien Régime - qui aura fi ni par voter écologiste. Un homme riche de ses contradictions, et de l´extraordinaire diversité de ses curiosités artistiques.Nourri d´archives inédites, ce livre dessine le portrait d´un grand metteur en scène qui fut également écrivain, dessinateur, compositeur, producteur et parfois même acteur ! Un véritable homme-orchestre, pour qui le cinéma fut la somme de tous les arts.

  • Dans la presse, en octobre 1789, on peut lire : « Jean Jacob, le bon vieillard, s'est présenté ; les membres de l'Assemblée nationale se sont levés et cet homme extraordinaire (proche de 120 ans), qu'on peut appeler le doyen des hommes, qui a vu trois règnes si différents - ceux de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI -, est venu s'asseoir au milieu des législateurs. »

    Cet étonnant destin exigeait une enquête historique. Retrouver les empreintes laissées par l'existence de Jean Jacob. Retracer sa vie d'infortune et de providence par les monts et les vallées du Jura. Comprendre comment s'est fabriquée sa célébrité et pourquoi il s'est soudain trouvé à Paris. Éclairer la portée symbolique d'une telle cérémonie du grand âge en politique.

    Mais ce « supercentenaire » n'échappe pas à ces interrogations : Jean Jacob a-t-il vraiment vécu 120 ans ? Est-il un vénérable phénomène ou un imposteur ? L'enquête ici déployée au plus près des archives y répond. Car si l'on connaît l'usage politique que fit la Révolution de Jean Jacob, « doyen du genre humain », les faits n'en possèdent pas moins une implacable vérité.

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