Des Femmes

  • Cécile, adolescente, met en oeuvre un drame qui coûtera la vie à Anne, maîtresse de son père.

    « Elle pleurait. Alors je compris brusquement que je m'étais attaquée à un être vivant et sensible, et non pas à une entité. Elle avait dû être une petite fille, un peu secrète, puis une adolescente, puis une femme. Elle avait quarante ans, elle était seule, elle aimait un homme et elle avait espéré être heureuse avec lui dix ans, vingt ans peut-être. Et moi... le visage, ce visage, c'était mon oeuvre. J'étais pétrifiée, je tremblais de tout mon corps contre la portière. » F.S.

  • Comme dans une conversation familière et intime, Françoise Sagan nous dresse en mosaïque les portraits des grand·e·s de son époque qu'elle a eu la chance de côtoyer : Billie Holiday, Orson Welles, Rudolf Noureev, Jean-Paul Sartre... Pulsions, émotions, passions, admirations composent la musique pudique et singulière de ses souvenirs. Dix ans après avoir enregistré « Avec mon meilleur souvenir », le plus personnel et le plus accompli de ses livres, Françoise Sagan raconte dans « Derrière l'épaule » (Plon, 1998) cette expérience inédite : « Le studio donnait sur une cour, style Utrillo, où un enfant et un chat se succédaient. Contrairement aux prédictions pessimistes de l'ingénieur du son, je me débrouillai fort bien, ne bégayai pas et inscrivis ma voix sur un disque, comme une professionnelle, pendant trois jours... C'était l'été, je crois, et j'ai gardé un souvenir paresseux et réussi de ces trois jours. »

  • Les personnages de ces courtes nouvelles, publiées en 1976, ont en commun l'apparence du bonheur. Mais derrière les masques se trouvent des hommes et des femmes seuls, inquiets, fragiles et sans défense. C'est tout l'art de Françoise Sagan, fait de légèreté et d'humour, de mettre à nu en chacun d'eux, la fêlure. Une conclusion inattendue, une fin abrupte révèlent fugitivement une vérité cachée. « C'était une heure triste, dans un mois triste, dans un paysage triste, mais elle sifflotait quand même et de temps en temps se baissait pour ramasser un marron, ou une feuille rousse, dont la couleur lui plaisait ; et elle se demandait avec une sorte d'ironie ce qu'elle faisait là. [...] Un corbeau traversa le ciel dans un cri rauque et, aussitôt, une bande d'amis le rejoignit et sembla déborder l'horizon. Et bizarrement, ce cri, pourtant bien connu, et ce vol lui firent battre le coeur comme sous l'impulsion d'une terreur injustifiée. » F.S.

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