Viviane Hamy

  • "Qu'est-ce qui vaut le plus cher ? Une oeuvre de jv ou le risque de devenir la sixième victime connue d'une entreprise qui nous dépasse ? Comportement suicidaire ou génie des affaires ? La distinction entre les deux se révèle de plus en plus mince. Risquer sa vie, c'est aussi excitant que risquer sa mise, pour des individus riches et peut-être blasés". Le narrateur, un expert en art contemporain, est chargé par un groupe de collectionneurs surnommé "le consortium de l'angoisse" , d'enquêter sur des incidents étranges ayant entraîné la mort de certains d'entre eux.
    Il constate que le seul point commun entre les victimes serait leur passion pour les créations d'un certain "jv" ... Provocation ? Bluff ? Manigance d'une organisation criminelle d'ampleur mondiale ou d'un serial artiste doublé d'un serial killer ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au coeur d'une enquête palpitante où les apparences sont autant de trompe l'oeil s'éclairant les uns les autres.
    A la question de ce qu'est une oeuvre d'art, se révèle la contemporanéité d'un monde avec ses fantasmes et ses réalités dans toute leur cruauté et leur vanité. Talentueux et féroce.

  • À l'entendre, j'étais très fort, à seize ans, pour tout effacer, et ça continue. Pourtant, à force de déblatérer sans réfléchir, j'ai commencé à lui prouver et à me prouver que je me suis fourré dans de drôles de situations. Si quelqu'un m'avait dit hier : tu t'es comporté comme le pire voyeur, pour surprendre un couple dans son lit, je ne l'aurais pas cru. C'est revenu tout seul, devant cette fille dans son fauteuil. Je sentais son souffle sur ma peau, incroyable ce qu'elle m'insuffle. Presque malgré moi, j'ai reconstitué la scène oubliée. Et d'autres. Elle va finir par me convaincre que je lui cache quelque chose. Que je me cache quelque chose ? Comme l'impression de rencontrer un inconnu qui s'appellerait Jeff Valdera. Et dans le genre inconnu, elle se pose là aussi, avec ses questions insistantes...

    Lors de ses séjours avec sa tante à Davos, à l'hôtel Waldheim, l'adolescent Jeff Valdera n'aurait-il été qu'un pion sur un échiquier où s'affrontaient l'Est et l'Ouest au temps de la guerre froide ?
    Inventer sa mémoire ou inventer sa vie ? C'est la question à laquelle tente de répondre François Vallejo avec Hôtel Waldheim, son roman le plus intime. Mais n'est-ce pas cette même quête qui traverse son oeuvre depuis vingt ans, que ce soit dans Madame Angeloso (prix France Télévisions), Ouest (prix du Livre Inter) ou encore Un dangereux plaisir ?

  • À l'origine d'un roman, il y a toujours pour moi un croisement secret entre quelques détails de ma vie la plus intime, le goût du mythe le plus universel et la traversée du temps historique. Pour Un dangereux plaisir, où l'on mange et cuisine à tout va, l'affaire personnelle touche à l'enfance : j'ai été un de ces enfants pour qui la nourriture a longtemps été problématique ; une tarte aux fraises surgie dans la main d'une inconnue me révèle le plaisir de dévorer : la scène fondatrice se retrouve dans le livre, elle est vraie. Plus tard, une tante m'initie à l'art du fumet de poisson et fait de moi un amateur de préparations culinaires à la fois ordonnées et fantaisistes. François Vallejo En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu'il rejette avec constance, Élie Élian s'attarde à l'arrière du restaurant qui s'est ouvert dans son quartier. Les gestes qu'il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l'établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l'initie à l'amour fou et lui offre d'exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu'au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s'accomplira.

    Après Ouest - finaliste du Goncourt 2006, et lauréat du prix du Livre Inter 2007 -, Métamorphoses et Fleur et Sang, l'écrivain continue, comme son personnage, à attraper la vie qui passe, « mais avec délicatesse », et à se réinventer en toute originalité.

  • Ouest

    François Vallejo

    Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort, un fils le remplace. Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec ce l'Aubépine le Jeune pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant... Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage. La terre détrempée s'englue sur les chaussures, la pluie colle aux yeux, les odeurs de gibier flottent sans fin et les mâtins sont seigneurs des forêts. Ouest, c'est l'histoire d'une jeune fille à la peau de dentelle, d'ingénues fines et de demi-mondaines égarées. Dans le château des Perrières, le calvados sert l'oubli, et l'inquiétude, insidieuse, enténèbre les chairs.

  • L'Histoire se répète éternellement et nos histoires sont celles des autres, déjà vécues ou à venir.

    Fleur et Sang construit un pont entre deux destins d'hommes de médecine : Urbain Delatour le jeune, né sous Louis XIV, est le fils et l'apprenti de son maître chirurgien-apothicaire de père. Étienne Delatour, lui, est un jeune interne passionné d'archéologie devenu un cardiologue réputé du XXIe siècle. Urbain Delatour tombe amoureux d'Isabelle, la fille du seigneur de Montchevreüil qui exige d'être soigné uniquement par Delatour l'Aîné ; Étienne Delatour découvre la dimension absolue de sa relation avec Irène, la fille déconcertante de M. Saint-Aubin, directeur de l'hôpital parisien où il travaille...

    Les deux histoires se confrontent et s'unissent ; le drame est imminent. Quels liens, inaliénables et inexorables, existent entre les deux personnages, et les deux époques ?

    Fleur et Sang est le roman de l'amour qui domine la folie des hommes, leurs douleurs et leurs faiblesses, celui qui réconcilie la durée et la vitesse, la technique froide et sans âme avec les mains fortes de l'humain vivant. On retrouve avec plaisir l'énergie, la sensualité de l'écriture de Ouest, prix du Livre Inter 2007. Sous le charme ambigu des personnages, le lecteur ne sortira pas indemne de la lecture de Fleur et Sang.

  • Métamorphoses

    François Vallejo

    Le roman s'ouvre sur l'uppercut qu'encaisse Alix Thézé lorsqu'elle apprend que son demi-frère, Alban Joseph, s'est converti à l'islam. Dans la même seconde, une image brutale submerge sa mémoire : celle d'Alban, encore adolescent, à l'Europa-Park, devenu soudainement un autre sous ses yeux.

    Lorsqu'Alix apprend qu'Alban s'est converti sans lui en parler, à elle, dont il était si proche, elle va tout tenter pour faire revenir son frère sur une décision qui lui paraît être une nouvelle étape dans cette recherche exacerbée de la sensation.

    L'après-conversion est une apocalypse : son demi-frère a changé d'identité. Alban Joseph est devenu Abdelkrim Youssef. Sous l'influence redoutable du Dr Ahmad Savant, il est devenu le pilier d'un groupe extrémiste. La machine s'emballe...

    Métamorphoses coupe le souffle par sa description et son analyse féroce, menées à un rythme infernal, des méfaits que peuvent provoquer sur des individus en quête d'un destin les dérives de notre époque : la consommation à outrance de l'information qui mène à l'action sans réflexion, l'obligation de la vitesse dans tous les domaines, la montée en puissance du communautaire au détriment du collectif.

  • « Mais que pouvait-il bien faire au musée national d'Art moderne, aux heures de bureau ? se répétait-elle, tout au long de sa marche aveugle. Un homme assidu des expositions, Antoine ? Première nouvelle. » Chez eux, Antoine Carmi est déjà là.
    « - Tu rentres seulement ?
    C'est lui qui a parlé le premier, de dos toujours, sa voix semblait lointaine. Elle a hésité avant de mettre tout un poids d'interrogations dans la plus banale des questions :
    - Ça va bien ?
    - Pourquoi ça n'irait pas ?
    - Tu pourrais avoir besoin de te remettre.
    - Me remettre de quoi ? ».

    La bonne question, la plus simple des questions, Véra Carmi ne parvient pas à l'énoncer. Et cette incapacité emporte la spirale dans laquelle elle tombe, celle de l'histoire d'Antoine, de Mlle Rotheim et d'une série de tableaux de Soutine, où explose la tache rouge lumineuse des Groom.

  • « Les trois filles s'étaient regardées en entrant, les mêmes yeux gris, et tues une demi-heure. Des têtes butées : on voulait bien comprendre, quelques mois après le décès accidentel de leur dernier parent. Après tout, qu'elles se butent, si elles se soumettent à la décision du juge et du Conseil de famille.

    Elles ont échangé un nouveau regard triangulaire ... ça part de Sabine, elle attrape l'oeil de Marthe sur sa droite ... Judith, à sa gauche, le devine, tourne la tête et capte le mouvement de paupières ... les aînées attendent le renfort de la dernière, c'est fait, elles se lancent, alors qu'on ne leur demandait rien. La triple voix monte, couvre les autres : Disons-leur, Judith, Marthe, oui, Sabine, puisque personne n'en parle ... l'anniversaire, ils n'ont pas dû faire attention à la date ... je croyais qu'ils le savaient, c'est aujourd'hui, la date, dis-le, Marthe, ça change tout.

    Monsieur le Juge, qu'attendez-vous pour les faire taire ? »

  • Le 25 août 1988, s'embrase le plus vieux quartier de lisbonne.
    Quatre inconnus refusent d'évacuer les lieux et se fondent dans les décombres et les cendres. jusqu'à ce que surgisse un cinquième personnage. " vous agissez tous par amour. c'est drôle. j'ai du mal à vous croire. je veux bien qu'on entre dans un quartier en feu pour réussir des photos, par amour du métier. mais qu'on n'en sorte pas ? tu peux m'expliquer ? eduardo baisse la tête et, même dans le noir, on s'en aperçoit.
    Agustina dit qu'on voit bien qu'il n'aime pas l'amour, puisqu'il s'étonne de le trouver chez les autres. même toi, froncés ? tu ne dis plus rien ? tu n'es donc pas là par amour, comme eux ? tu es là par haine, alors ? le français ne veut pas se laisser dominer. il préfère l'embrouiller : oui, oui, tu as raison. la haine, c'est exactement ça. c'est la haine qui m'a fait venir à lisbonne. aucun touriste ne visite un pays qu'il déteste d'avance.
    Je ne fais pas du tourisme. je devais rencontrer quelqu'un. ".

  • Rousseau, Diderot et Grimm ont-ils fait ensemble le Voyage d'Italie ?
    Seul Lambert, valet d'exception, pourra vous en convaincre :
    « Ma mère m'a donné la vie sans prévenir sur une grande table d'office, à l'heure du souper, entre potage à l'oseille et entremets, la cuisinière, à ce qu'on m'a dit, coupant ce qui me rattachait à ma mère de son couteau le mieux affilé, comme de la panse de mouton. J'ai manqué être bouilli par une servante habituée à plumer la volaille, n'ayant pas trouvé de meilleure idée que de me tremper dans une eau tout juste sortie du feu pour m'ôter la saloperie visqueuse dont elle me voyait enduit. Lavé d'un jaune d'oeuf fraîchement pondu, gratté comme une jeune carotte, rincé, séché, serré dans des langes et couché sur un lit de poireaux, j'ai attendu sans pleurer, à ce qu'on m'a dit longtemps après, dans un panier, la fin d'un grand souper, au milieu des allées et des venues de tous les gens de cuisine, tandis que ma mère recouverte d'un grand drap se désespérait de manquer à son service ».

  • « Des questions comme ça, j'en ai plein les poches ; et jamais de réponse... J'en lève les bras au ciel : ils figurent, au-dessus de ma tête, deux gigantesques points d'interrogation ».

    « Gibbon » : c'est l'identité qu'a choisie le narrateur après que son père est mort en hurlant son nom. La mère l'a vite rejoint. Demeure le Dr Delafosse, l'ami, au passé ténébreux, inconcevable, d'ex-maoïste.

    Las ! l'ami meurt lui aussi, ne laissant à l'orphelin qu'une enveloppe cachetée destinée à un camarade de jeunesse qui dirige un asile psychiatrique à Plaisir :
    « Quand tu auras besoin d'aide, utilise cette lettre, va voir Victor, compte sur lui comme sur moi ».
    Devant le phénomène, l'aliéniste renâcle... mais il y a la missive, longue, qui semble ressusciter des secrets obscurs...

    Le jour où Gibbon - devenu le livreur de Victor - percute Tatiana avec une antique coiffeuse qu'il porte à bout de bras, le destin s'emballe.

    Gibbon, Victor, Tatiana... L'inquiet, la fantasque, le séducteur, Tatiana la si légère, Gibbon et ses bras, Victor et ses fous...

  • La voiture de Mme Angeloso a percuté le train qui transportait le dalaï-lama à travers l'Europe. La seule victime la passagère de la voiture. On apprend la nouvelle en même temps qu'Angelino, le fils de Madame, M. Coquemar, un client de l'hôtel que Madame tenait à Dunkerque des années auparavant, et Danuta, une cousine polonaise de Madame. Et d'évoquer la figure épique et grandiose de cette femme qu'ils ont eie côtoyée, aimée, détestée... Élucideront-ils le mystère " Angelosien " ?

  • Dérive

    François Vallejo


    « C'est bien ce qui embarrasse Lambert, que son maître soit mis en doute et que lui, le simple employé, soit comme pris en amitié. Il faut dire, ils se sont trouvé un même goût, Lambert et Victor Hugo. Tous les deux, c'est les chiens, ils les aiment. [ ... ]
    Guernesey sort tout juste de la pénombre, les hommes de peine quittent leurs maisons, les pêcheurs. Victor Hugo interroge Lambert sur ses chiens, et leur race et leur taille et leur nom ; s'ils ne vont pas perdre leur conduite, si longtemps loin de leur maître. Il s'y entend, Victor Hugo, un fameux homme, pense Lambert, vraiment un homme de valeur, un connaisseur des chiens. Lux saute autour d'eux. Victor Hugo prend un air grave : Et vos chiens à vous oe Que font vos chiens, en cet instant oe Que font, loin de nous, ceux que nous aimons oe Ils se penchent tous les deux, Hugo, Lambert, vers la mer, comme si les chiens des Perrières allaient surgir de la mer, en meute, par l'est. »
    Dérive faisait partie d'une version intermédiaire du roman Ouest, paru en 2006 aux éd. Viviane Hamy. Dans l'économie du récit lui-même, il est apparu à François Vallejo que ces pages ne devaient pas figurer dans la version définitive.
    Pour l'éditeur, cependant, cet épisode possédait une existence autonome forte. Et il aurait été bien fou de se priver sans retour de la rencontre entre la figure de Victor Hugo et les personnages de Ouest...


  • « Nous pourrions nous ignorer, comme bien des voisins au monde, mais un petit rien établit un lien entre nous, un lien ténu et flou, intermittent, mais déjà plus lourd et plus douloureux à l'épiderme que des chaînes : dès que nous nous enfermons, lui dans sa taupinière, moi dans mon entresol, et que nous séparent seulement lui son plafond, moi mon parquet, ce petit rien entre nous, c'est son grand boucan. Ça barde tout de suite. Voici que du fond de la crypte sur laquelle je m'apprêtais à bâtir avec Célestine une cathédrale de paix vouée au recueillement voluptueux et à la musique de chambre, s'élève un sabbat de bal musette ».

    Pour éviter de s'en faire un ennemi, le narrateur - médecin désabusé responsable de la santé de tous les marins du globe transitant par le port du Havre - a l'idée saugrenue de « quémander » le silence auprès de M. Émile afin d'écrire sa pseudo-thèse qui traite... du bal à travers les âges ! Mal lui en prend !

    Anodin et loufoque, truffé de quiproquos, le récit aborde très subtilement les rives du « conflit » entre corps et esprit, entre l'un qui danse et l'autre qui ne fait que « penser » la danse, celles de la difficile communication entre les humains.

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