Graduate Institute Publications

  • Le discours sur le sous-développement s'est transformé en discours sur la pauvreté dans les agences de développement. On avance l'estimation que 70 % des pauvres dans le monde sont des femmes... Cet ouvrage, qui constitue un ensemble avec celui qui le précède, interroge le pouvoir structurant de l'économie selon une perspective de genre pour comprendre la nature et les transformations des rapports entre hommes te femmes. Il se penche particulièrement sur l'accélération du mouvement de mondialisation qui va de pair avec l'accroissement de la pauvreté/prospérité et qui accentue l'inégalité des relations de genre et la subordination des femmes. Ce que nous essayons de montrer, à travers les divers textes ici présentés, est combien la notion de genre est indispensable pour comprendre comment est structurée cette réalité. Car le rôle des femmes dans l'économie, que nous avons mis en lumière dans le numéro 2 de notre collection, prend une place croissante avec la libéralisation économique. Et le travail de reproduction s'appuie de manière plus lourde sur les femmes car le néolibéralisme tend à retirer toute intervention publique dans ces secteurs et la division sexuelle du travail dans les ménages est rarement remise en question. La mondialisation est un processus chargé de contradictions, qui peut aussi ouvrir des opportunités. L'accès accru aux revenus, même faibles, a parfois une influence sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes au sein des ménages. Les ouvertures à l'extérieur sont une voie d'accès au pouvoir (empowerment), elles permettent aux femmes de s'organiser, de comprendre, de remettre en question. Imperceptiblement parfois, de manière plus manifeste ailleurs, des transformations des identités de genre sont induites par la mondialisation. Des organisations plus larges se mettent en place, des recherches d'alternatives immédiates se conjuguent avec l'internationalisation des mouvements de femmes. Des transformations des rapports de genre impliquent de profonds changements. Cependant, il ne d'agit pas seulement de chercher à promouvoir un développement aux rapports de genre plus équitables, mais de promouvoir des identités de genre, des rapports sociaux entre hommes et femmes plus justes, qui favoriseraient un développement économique, social, politique et culturel différent.

  • Le nouvel ordre économique néolibéral modifie la division internationale du travail, ce qui entraîne un accroissement des populations migrantes de travailleurs et de travailleuses. Actuellement, une personne sur dix dans les régions développées est migrante, et les femmes représentent la moitié de ce nombre. Longtemps, pourtant, la figure du migrant a été représentée comme masculine, en raison des représentations stéréotypées ou erronées du rôle et de la place des femmes et des hommes dans les sociétés, et les recherches ou programmes relatifs aux migrants ont ignoré la composante féminine des migrations. Or, les femmes migrent bien, elles aussi. Une grande partie des femmes migrantes - même qualifiées - travaillent dans le secteur des soins ou des emplois domestiques. Le transfert international des soins et de l'attention aux autres (care) - sorte de nouvelle matière première extraite des pays du Sud pour être consommée dans les pays riches - est un nouvel échange inégal. Les espaces où se réalise le travail des migrantes restent souvent invisibles, lieus de peu de droits. Si les discriminations et les abus sont à dénoncer, l'image de victime accolée aux migrantes et cependant loin de convenir. La trajectoire migratoire demande pugnacité et courage. Et nous pouvons nous demander s'il ne s'agit pas du départ des personnes les plus combatives de la société... Les identités se transforment dans l'expérience de la migration : comme le dit l'une d'elles, « je ne suis plus celle que j'ai laissée derrière moi ». Des réseaux transnationaux se construisent, accompagnés d'une circulation d'idées, de nouvelles représentations, de projets, de flux financiers. En 2002, les revenus du travail des migrants atteignaient 73 milliards de dollars, un montant plus élevé que celui de l'aide internationale au développement. Un nouvel ordre colonial s'instaure avec la nouvelle division internationale du travail. Mais les migrations des femmes et des hommes à travers les pratiques sociales nouvelles, les transformations des identités, les renégociations des rapports de genre et la constitution de réseaux transnationaux, contribuent peut-être aussi à la recherche d'alternatives pour toutes et pour tous.

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