Seuil

  • Sous le titre Les Pouvoirs de la parole, c'est autant à leur mise en cause à travers l'interprétation qu'à la mise en cause de l'interprétation elle-même que procèdent ici des analystes appartenant aux cinq écoles du Champ freudien, réunies dans l'Association mondiale de psychanalyse.
    Double mouvement, incontournable, après Freud et avec Jacques Lacan.
    Après Freud : celui qui découvrit les pouvoirs de la parole sans s'en effarer, et inventa décidément la 'talking cure', fut le premier à se confronter aux limites de l'interprétation dès les années 1920.
    Avec Jacques Lacan : il rappelle, trente ans plus tard, aux psychanalystes que la rationalité de la psychanalyse ne consiste pas à rationaliser les idéaux de la maîtrise, et que leur discipline se voit dévoyée par leur démission devant un réel dont elle a à traiter.
    La critique de Lacan est rude, et l'avenir de la psychanalyse passait par la restitution de la fonction de la parole dans l'expérience analytique.
    Elle remet l'analyste à sa place, qui s'inscrit dans un temps logique propre à faire advenir une vérité. L'interprétation est d'abord un acte.
    Une fois rétabli l'exercice libérateur de la parole, Lacan interroge ce qui y reste en reste. L'irréductibilité de la pulsion au signifiant, loin de l'invalider, assigne à l'interprétation sa visée : mi-dire, l'interprétation n'est pas toute, et " porte sur la cause du désir ".
    Si l'interprétation révèle le non sens, sur lequel butent les pouvoirs de la parole, l'heure de son déclin n'est-elle pas celle de son heurt même ?

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  • Quand j'ai résolu d'aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j'ai commencé un petite enquête. Il n'y a rien d'étonnant à ce que je l'aie commencée en interrogeant un poète. C'est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d'un esprit spécialement danseur qui habite son oeuvre, et qu'il fait jouer même quand il parle à l'occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J'ai nommé ici Raymond Quencau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m'a raconté une histoire. C'est une histoire d'examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l'examinateur.

    - Parlez-moi, dit l'examinateur, de la bataille de Marengo.

    Le candidat s'arrête un instant, l'air rêveur - La bataille de Marengo...?

    Des morts ! C'est affreux... Des blessés ! C'est épouvantable...

    - Mais, dit l'examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier ?

    Le candidat réfléchit un instant, puis répond - Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

    L'examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin et lui dit - Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy ?

    - La bataille de Fontenoy ?... Des morts ! Partout... Des blessés ! Tant et plus, une horreur...

    L'examinateur intéressé, dit - Mais monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy ?

    - Ouh ! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

    L'examinateur, pour manoeuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond - Des morts ! Un charnier... Des blessés ! Par centaines...

    - Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille ?

    - Un cheval...

    - Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.

    - Ouh ! Ouh ! dit le candidat, arrière cocotte !

    La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s'agit dans le trait d'esprit.

    (Extraits du chapitre VI)

  • Cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l'enfant dans le chemin du narcissisme, c'est quelqu'un de réel, elle est là, et comme tous les êtres inassouvis, elle cherche ce qu'elle va dévorer, quaerens quem devoret. Ce que l'enfant lui-même a trouvé autrefois pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve possiblement devant lui comme une gueule ouverte. [...] Voilà le grand danger que nous révèlent ses fantasmes, être dévoré. [...] il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. Nous rencontrons cela dans les craintes du petit Hans. [...] Avec le support de ce que je viens de vous apporter aujourd'hui, vous verrez mieux les relations de la phobie et de la perversion. [...] J'irai jusqu'à dire que le cas du petit Hans, vous l'interpréterez mieux que Freud n'a pu le faire. (Extrait du chapitre XI) La castration, ce n'est pas pour rien qu'on s'est aperçu, de façon ténébreuse, qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu'avec le père. La castration maternelle - nous le voyons dans la description de la situation primitive - implique pour l'enfant la possibilité de la dévoration et de la morsure. Il y a antériorité de la castration maternelle, et la castration paternelle en est un substitut. (Extrait du chapitre XXI) [Dans le cas du petit Hans,] la transformation qui s'avérera décisive [est] celle de la morsure en dévissage de la baignoire. D'ici à là, le rapport des personnages change du tout au tout. Ce n'est pas pareil, que de mordre goulûment la mère, appréhension de sa signification naturelle, voire de craindre en retour cette fameuse morsure qu'incarne le cheval - ou de dévisser la mère, de la déboulonner, de la mobiliser dans cette affaire, de faire qu'elle entre elle aussi dans l'ensemble du système, et, pour la première fois, comme un élément mobile et, du même coup, équivalent aux autres.

    (Extrait du chapitre XXIII)

  • - Le Séminaire XIX fait couple avec le précédent, le Séminaire XVIII ( D'un discours qui ne serait pas du semblant, 2007) : même formalisation pour structurer le même rapport sexuel, qui n'existe pas dans l'espèce humaine. En fait, les hommes et les femmes sont comme deux races distinctes, ayant chacune son mode de jouir et sa façon d'aimer. Du côté femme, pas de limite : l'infini est là. Du côté homme, il y en a toujours au moins un qui dit non : une exception fonctionne, moyennant quoi il y a, corrélativement, un tout : il y a le " tous les hommes ", le règne de l'universel, l'univers de la règle, le respect de la loi, la solidarité des tous pareils, la révérence pour le chef (lui non châtré), la mise en ordre, en rangs, l'armée, " je ne veux voir qu'une seule tête ", l'uniforme et l'uniformité, la bureaucratie, ennui, obsession, " je suis maître de moi comme de l'univers ", dépression... Côté femme, le divin " pas-tout " : il n'y a pas " toutes les femmes ", elles se prennent une par une, elles s'énumèrent, " mille e tré ", chacune est Autre, aucune n'est toute, toutes sont folles (ne respectent rien), pas folles du tout (pas obnubilées par les semblants), l'Éternel Féminin n'attire nullement vers en-haut, mais vous plaque ici-bas, au service de sa jouissance, insituable, insatiable...Texte établi par Jacques-Alain Miller - Jacques Lacan (1901-1981) est une figure incontournable de la psychanalyse, qui a marqué le paysage intellectuel français et international. Son oeuvre, en grande partie constituée par son enseignement - le Séminaire -, est publiée aux Editions du Seuil.

  • Ceci est un livre sur l'écriture. Mais d'écrit, il y en a plus d'un.
    Ce que l'on remarque d'abord, ce sont les caractères chinois qui parsèment plusieurs chapitres. Lacan préparait ainsi un voyage en Chine avec Barthes et Sollers. Il y renonça, pour une virée au Japon, dont on a ici le journal, conceptuel plutôt qu'anecdotique. Un autre mode d'écriture est encore sollicité : les formules logiques de la quantification, traduisant « tous », « aucun », « quelques-uns qui... », quelques-uns qui... ne ...pas ». Il en ressort que le « rapport sexuel », lui, n'est pas susceptible d'être écrit. Et il y a enfin les cris. « Un homme et une femme peuvent s'entendre. Ils peuvent s'entendre crier ». Un pessimisme joyeux imprègne cette sagesse, qui arrive toute fraîche de l'année 1970-1971. Elle pousse à conclure qu'il n'y a aucun discours qui ne prenne son départ d'un semblant porté à la fonction de maître-mot (« le signifiant-maître »).

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  • écrits

    Jacques Lacan

    Il faut avoir lu ce recueil, et dans son long, pour y sentir que s'y poursuit un seul débat, toujours le même, et qui, dût-il paraître dater, se reconnaît pour être le débat des lumières.

    C'est qu'il est un domaine oú l'aurore même tarde : celui qui va d'un préjugé dont ne se débarrasse pas la psychopathologie, à la fausse évidence dont le moi se fait titre à parader de l'existence.
    L'obscur y passe pour objet et fleurit de l'obscurantisme qui y retrouve ses valeurs.
    Nulle surprise donc qu'on résiste là même à la découverte de freud, terme qui se rallonge ici d'une amphibologie : la découverte de freud par jacques lacan.

    Le lecteur apprendra ce qui s'y démontre l'inconscient relève du logique pur, autrement dit du signifiant.
    L'épistémologie ici fera toujours défaut, si elle ne part d'une réforme, qui est subversion du sujet.
    L'avènement ne peut s'en produire que réellement, et à une place que tiennent présentement les psychanalystes, c'est à transcrire cette subversion, du plus quotidien de leur expérience, que jacques lacan s'emploie pour eux depuis quinze ans.

    La chose a trop d'intérêt pour tous, pour qu'elle ne fasse pas rumeur.
    C'est pour qu'elle ne vienne pas à être détournée par le commerce culturel que jacques lacan de ces écrits fait appel à l'attention.

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  • Pourquoi un livre sur la forclusion du Nom-du-Père, par laquelle Jacques Lacan introduit la psychose dans le discours analytique ?

    La question peut être posée, quand l'ensemble de l'Orientation lacanienne a entrepris une approche «non ségrégative» de la psychose, selon l'expression de Jacques-Alain Miller. Les travaux cliniques récemment publiés, notamment La Psychose ordinaire, témoignent en effet du renouvellement par la clinique borroméenne qu'a opéré Jacques Lacan sur celle qu'il a ouverte dans la «Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose».

    Cette dernière est-elle pour autant frappée de caducité ? Le soutenir serait aussi injustifiable que de dire que la seconde topique freudienne invalide la première : c'est ce qui conduit certains, prétendus orthodoxes freudiens à ne plus parler d'inconscient !

    Les lecteurs ne pourront que se féliciter de trouver dans cet ouvrage précis, explicite, vivant et rigoureux une véritable transmission du premier enseignement de Lacan sur les psychoses, et de certaines de ses conséquences sur la conduite des cures. Véritable transmission, parce que, comme l'attendait Lacan de ses lecteurs et élèves, Jean-Claude Maleval y a assurément «mis du sien».

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  • Prenant appui sur sa double expérience du droit médiéval et de la psychanalyse, Pierre Legendre entend démontrer que toute la conception du droit qu'a l'Occident européen est fondée sur la fonction double qui fut celle de l'Église et mieux, celle du Pontife au Moyen-Age : d'un côté être celui qui dit la faute jusqu'à avoir le pouvoir d'excommunier, de l'autre réclamer l'amour en tant que substitut du père. En d'autres termes, notre droit, puis notre administration, puis notre publicité s'articulent à cette figure maléfique bien connue de l'analyste : il faut aimer qui te châtie.
    C'est finalement une structure analytique de nos institutions qui se trouve ainsi dévoilée.
    En se référant à Freud, l'auteur considère que la névrose montre le fonctionnement d'un ordre dogmatique, le débat d'un sujet avec l'autorité. De là, l'intérêt de Freud pour l'Église et l'armée dans leur système double d'autorité et d'identification du sujet avec celui qui lui commande.
    Les sujets s'identifient à la loi au point de se juger "du dedans" et d'intérioriser ce qui leur fait peur. De cette persécution, l'image la plus forte concerne le refoulement de la sexualité. Tout ceci s'illustre ensuite par une analyse des mécanismes de la confession et de l'excommunication, avec la logique classification qui y préside.

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  • La réédition de ce travail de pionniers, paru en 1980, est d'une actualité brûlante : il inscrit les enfants, y compris les plus rejetés, comme sujets à part entière. Rien de commun avec les classifications fourre-tout du "handicap" ou des "troubles envahissants du développement", encore moins avec les pratiques du conditionnement brutal. Une attention à la particularité de chaque enfant est la seule à permettre que chacun et chacune trouve sa place dans le lien social. Rosine et Robert Lefort ne cèdent pas sur la découverte freudienne; avec Jacques Lacan, ils en maintiennent le tranchant. Foin de l'orthopédie et des normes! La causalité psychique est irréductible à toute autre, qu'elle soit génétique ou environnementale. De chaque séance, un compte rendu élucide le pas accompli par Nadia. Ils sont différents de ceux de Marie-Françoise. Si elles sont dans la même institution, ces petites filles ne relèvent pas de la même structure psychique. Avec tact et pudeur, Rosine et Robert Lefort introduisent le lecteur au coeur d'un travail analytique dont les effets thérapeutiques restent inoubliables. Aucun miracle. Une formation personnelle assure une écoute à laquelle tout être parlant en difficulté peut recourir, à la mesure du réel qui est le sien: "Là où c'était, Je dois advenir." Dans un saisissant effet de transmission, Marie-Françoise apprend aux auteurs et à leurs lecteurs ce qui se produit "lorsqu'il n'y a pas d'Autre ", et quelles sont nos assises d'êtres en proie au langage.

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  • Le symptôme freudien est un savoir, et qui pourrait parler.
    Mais il y faut la croyance, dit Lacan. Sur quoi porte-t-elle ? Sur le sens qu'il recèlerait, et qui serait à déchiffrer. Pourtant, le symptôme est aussi ce qu'il y a de plus réel dans la cure analytique : il résiste, on s'y cogne, on n'en peut mais, une répétition inexorable le soutient, le sujet sans cesse en souffre et en jouit. D'où la question récurrente dans le dernier enseignement de Lacan : puisqu'il y a du sens dans la jouissance, se pourrait-il qu'il y ait du sens dans le réel ? - alors que la " notion " même du réel exclut le sens.
    C'est une mise en question des fondements mêmes de la psychanalyse - bien plus radicale, bien plus méchante et pertinente, que les critiques éventées, édentées, qui ne lui ont jamais manqué. Que Freud ait été un charlatan, il n'y a que des imbéciles pour le croire, que des négationnistes pour le dire. La vraie question n'est pas celle-là, mais bien que le symptôme lui-même est charlatan. Un réel qui parle et qui ment, voilà à quoi nous avons à faire dans l'analyse.
    Comment le penser ? Comment s'en débrouiller ? Les post-modernes avaient cru se débarrasser du réel dans le même temps qu'ils dépréciaient la vérité (" il n'y a que des interprétations "). Ils ont en définitive nourri le nouveau bon sens, sceptique et technicien. L'heure est aux sagesses orientales, libérales, et aux Lifestyle Drugs-Prozac, Viagra. La voie lacanienne n'a rien à voir avec des idéaux d'anesthésie.
    Elle discrimine entre le semblant et le réel. Elle élabore le réel spécial qui est celui de la clinique : " l'impossible à supporter ".

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  • Avril 1884 est un mois crucial dans la vie de Freud ; c'est le mois de son " infatuation pour la cocaïne ", comme le dira E.
    Jones ; c'est aussi celui pendant lequel le père de la psychanalyse semble répondre à l'appel de la littérature pour mieux tendre le fil de sa clinique.
    A partir de cette contiguïté, Lavagetto entreprend une enquête souple et opiniâtre à travers l'oeuvre de Freud. La littérature y apparaît comme une divinité énigmatique: tour à tour piège à éviter, risque à courir, merveilleuse devancière.
    Cette archéologie systématique de l'articulation de l'oeuvre de Freud et de la littérature conduit l'auteur à discuter le statut " scientifique " de la psychanalyse.
    Il souligne l'indissociabilité de la thérapie et de la " mise en récit " pour déboucher sur une " théorie de la censure ", issue de l'élaboration freudienne du rêve.

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  • C'est un livre d'interventions polémiques que celui-ci.
    Mise en garde contre tout ce qui pourrait constituer, qui déjà souvent a constitué, une remise au pas de la psychanalyse par l'institution, par la psychiatrie ou par un système de savoir figé. la théorie peut jouer chez l'analyste comme une défense contre l'écoute de ce que dit l'analyste, de ce qu'il apporte d'imprévisible et contre l'aventure que l'analyste doit traverser avec lui. il y a chez freud (parfois), une autre conception de la théorie : entendue comme libre essai, comme fiction.
    Dans une partie de l'enseignement de lacan, mais aussi chez winnicott, maud mannoni trouve appui pour refuser de fonder le diagnostic sur des critères de style psychiatrique, rejeter la confusion entre psychanalyse d'enfants et prophylaxie, et rechercher une pratique qui laisse large place à l'imaginaire grâce à un "espace de jeu".

  • Psychanalyser serait facile autant que dérisoire si l'on enseignait seulement au patient l'existence des complexes d'OEdipe et de castration, en feignant de découvrir avec lui qu'il a, enfant, désiré son père ou sa mère, et craint d'en être châtié. La singularité du désir s'inscrit dans l'universalité de ces structures ; mais elle reste à découvrir pour chacun. Ce n'est pas seulement dans l'anecdote du souvenir oublié ou les particularités du roman familial que se repère la constellation originale, mais plutôt dans un chiffre, une formule, une lettre, modèles de l'organisation fantasmatique.Serge Leclaire (1924-1994)Médecin-psychiatre, psychanalyste. Elève et compagnon de Jacques Lacan. Président de la Société française de psychanalyse (1963). En 1968, il participe à l'introduction de la psychanalyse à l'université. En 1989, il est l'initiateur de la "Proposition pour une instance ordinale des psychanalyses".

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