Littérature traduite

  • Saint Philippe Néri

    John Henry Newman

    • Ad solem
    • 9 Septembre 2010

    Après son entrée dans l'Eglise catholique, en octobre 1845, à l'âge de 45 ans, la question s'est rapidement posée pour Newman de la forme de vie qu'il devait choisir dans le catholicisme. La culture qu'il avait reçu dans l'Anglicanisme le poussait à chercher un cadre où la liberté personnelle pourrait s'épanouir dans un cadre à la fois religieux et humaniste, comme celui qui était auparavant le sien à Oxford. Où retrouver un tel cadre dans le catholicisme? La découverte de saint Philippe Néri, à Rome, lors de son année de préparation à la prêtrise, et de la communauté de l'Oratoire lui sembla être la forme la plus proche de ce qu'il avait connu dans l'Anglicanisme. Par son humanisme et son enracinement dans la culture des villes libres de l'Italie de la Renaissance, puis par l'usage qu'il avait fait de la culture pour réévangéliser Rome, saint Philippe Néri offrait comme dans un miroir le visage catholique de l'idéal que Newman avait défendu à Oxford. Dans la personnalité de saint Philippe, Newman voyait de manière vivante, incarnée - «réelle», pour reprendre une expression qu'il chérissait - la culture transfigurée par l'amour de charité infusé par l'Esprit du Christ en nous. En 1848, après avoir été réordonné prêtre, Newman rentra en Angleterre pour fonder l'Oratoire de Londres et de Birmingham.
    Ce livre réunit tous ses essais, articles et prières ayant pour thème saint Philippe Néri, et forment une clé de lecture indispensable pour comprendre l'itinéraire de sainteté de Newman dans l'Eglise catholique.

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  • L'homme est-il menacé d'abolition? Quel est au juste ce danger d'«abolition» ? Qu'il y en ait un, nous en sommes obscurément conscients, sans bien savoir de quoi nous avons peur, et plus encore aujourd'hui peut-être qu'à l'époque où Lewis écrivait. Le progrès constant des sciences, l'explosion des technologies informatiques et biologiques donnent bien à l'homme des pouvoirs grandissants sur lui-même, mais nous ne sommes pas sûrs qu'il fera bon usage de ces pouvoirs. On dit parfois que l'homme est aujourd'hui maître de son destin. Soit ;
    Mais qui nous dit qu'il saura maîtriser cette maîtrise, pour le bien de l'humanité ? « Nous n'avons pas encore vu ce que l'homme peut faire de l'homme »: derrière cet impensé de la culture ambiante, on trouve la conviction que le progrès serait toujours automatiquement bénéfique. De sorte que cela semble être aujourd'hui un devoir de l'humanité de « s'améliorer » elle-même grâce à l'ingénierie génétique, conditionnement plus total encore que les techniques comportementales, ou même de se dépasser dans une «transhumanité » radicale, dont les produits seraient si parfaits qu'ils n'auraient plus rien d'humain. On ne se demande pas quel rapport auront ces hommes techniquement améliorés avec ceux d'entre nous qui n'auront pas été perfectionnés, puisqu'il est clair que l'homme ne sera amélioré ou dépassé que dans certains hommes. Qu'en serait-il du reste de ce qui deviendrait fatalement une sous-humanité ? Telles sont les questions que pose cet essai lucide. Le xxe siècle fut celui de la «mort de Dieu»; le xxie siècle serat- il celui de la «mort de l'homme»?

  • Le songe de Gérontius

    John Henry Newman

    • Ad solem
    • 25 Février 2016

    En 1865, quelques mois après la parution de l'Apologia pro vita sua, qui retourna en sa fa veur l'opinion religieuse de l'Angleterre, Newman eut soudain le sentiment de la proximité de la mort. L'épuisement ressenti à la suite de l 'effort que lui avait demandé sa réponse aux attaques répétées contre lui le plongea dans une tristesse profonde, qu'il maîtrisa et utilisa pour écrire un long poème méditatif sur la mort, et le face à Face qui la suit avec le Christ: Le songe de Gérontius . Newman décrit l'agonie d'un prêtre, sa mort dans la prière, puis l'itinéraire de son âme jusqu'au moment de sa rencontre avec son Créateur. Tout au long de ce chemin, l'âme est soutenue par la prière de l'Eglise de la terre, et accompagnée d'une présence angélique. La beauté du poème conduisit le compositeur Elgar à en 1908 .
    Le Songe de Gérontius tranpose sous forme poétique l'essentiel de la pensée et de la spiritualité de Newman, en particulier le face à Face final de l 'âme avec son Créateur, qui renvoie à sa conversion de 1816, durant laquelle il prit conscience qu'il n'y a que «deux êtres absolument, lumineusement réels: l'âme et son Créateur». Mais pourquoi le «songe» de Gérontius?
    L'au delà de la vie est-il un songe? Pour Newman, c'est au contraire notre existence ici bas qui manque de réalité par rapport à la densité de vie qui nous attend près de Dieu. La mort est le moment de la sortie «hors des ombres et des images, dans la vérité», préparé par un dépouillement progressif du «vieil homme», répété tout au long de notre vie. P our Newman, l'existence nous est donnée pour nous préparer au face à F ace ultime, qui sera aussi une mort à ce qui reste de vanité et de manque d'amour en nous.

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  • Entre 1839 et 1843, Newman prononça une série de sermons thématiques sur les grandes questions «d'actualité» qui étaient au coeur du Mouvement d'Oxford et de sa volonté de vivifier les éléments catholiques de l'Anglicanisme. Répartis tout au long de l'année liturgique, ces prédications sont d'ordre spirituelle, mais concernent aussi la nature de l'Eglise, celle du christianisme par rapport au judaïsme et à son attente eschatologique, ou encore le caractère propre du chrétien, que le baptême conforme au Christ en tant que Prophète, Prêtre et Roi. Ils présentent aussi le très grand intérêt de montrer année après année l'évolution de Newman, à un moment où sa confiance dans l'enracinement apostolique de l'Eglise d'Angleterre est entamée par les réactions toujours plus hostiles de la Hiérarchie anglicane face aux idées du Mouvement d'Oxford. Ils donnent aussi la figure achevée de sa pensée théologique sur l'Eglise en tant que présence mystérieuse du Royaume dans le temps - une conception qui ne variera pas lorsqu'il deviendra catholique. En ce sens, les sermons réunis dans ce livre ont une dimension oecuménique qui dépasse leur cadre d'origine.
    Ils plongent à la racine de ce qui constitue l'Eglise du Christ dans sa plénitude, mais que l'Eglise anglicane ne conservait que de manière fragmentaire et équivoque. Le cycle de ces sermons s'achève sur l'un des plus émouvants sermons de Newman, «L'adieu aux amis», le dernier qu'il prononça dans son Eglise d'origine, en juillet 1843.
    L'ensemble est présenté par Pierre Gauthier, qui a été le maître d'oeuvre de l'édition française des Sermons paroissiaux.

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  • Mahomet

    Vladimir Soloviev

    A l'heure du dialogue inter-religieux, au moment oú l'islam n'est plus une religion "exotique" mais une réalité présente, parfois même inquiétante, en occident, le livre de vladimir soloviev apporte un regard à la fois historique et théologique sur le fondateur de la religion musulmane.
    Pour vladimir soloviev, comme pour les pères de l'eglise qui furent contemporains de l'apparition de l'islam au viie siècle, la religion de mahomet est marquée par un refus des deux enseignements fondamentaux de la religion chrétienne : la trinité et l'incarnation, qui place l'islam en dehors du déploiement homogène de la révélation, mais sans porter préjudice à la grandeur spirituelle de son fondateur, mahomet.
    C'est en cela que le livre de vladimir soloviev se démarque de toutes les approches de l'islam, souvent tentées soit de dénigrer soit d'aduler son fondateur. pour soloviev, mahomet était un homme brûlé par la recherche de dieu, une authentique figure spirituelle, dont il suit l'évolution pas à pas, à travers une lecture méditée du coran et des grands textes de la tradition musulmane. mahomet prophète ? peut-être, mais comme en contrepoint, pour dénoncer l'apostasie des terres chrétiennes rongées par l'hérésie, que l'islam contraint soit à renier leur foi, soit à la réaffirmer.

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  • Le primat de l'ontologie a été contesté de nos jours au nom d'une philosophie première fondamentalement éthique. Klaus Hemmerle retrouve l'intuition déterminante de la critique philosophique, d'inspiration phénoménologique, qui va au-delà des évidences et des prestiges disciplinaires et qui entretient la quête d'un fondement ontologique, d'un niveau ou d'une source qui qualifient et justifient toute connaissance commune ou scientifique. Hemmerle développe nouvelle manière de faire de la théologie à partir d'une nouvelle ontologie. C'est pour lui l'être-dans-le-Christ qui garantit le travail de la pensée au moment même où il « ouvre aussi entre nous, dans l'ordre du mondain, la relation trinitaire ». Le contenu de l'ontologie trinitaire, tout en mouvements d'amour, interdit le repos substantiel, la certitude des solides et la fragilité des accidents. L'être n'est plus la permanence frileuse mais assurée, la neutralisation de l'altérité, l'objet à nommer et à posséder. C'est une économie nouvelle qui s'instaure. Don-de-soi, appropriation à l'autre et par l'autre, reconnaissance, etc., voilà les nouvelles « propriétés » - paradoxales encore à notre oreille - de l'étant qui subsiste. Klaus Hemmerle partage avec Emmanuel Levinas le même sentiment critique de l'urgence à penser de cette façon radicalement nouvelle, d'autant que nos cultures disposent des outils conceptuels et des dépôts culturels, spirituels et religieux, nécessaires à cette tâche. Une question est même de comprendre pourquoi la chose n'est pas faite depuis longtemps.

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  • C'est à Yalta en 1922 que Serge Boulgakov composa Sous les remparts de Chersonèse, dialogue qu'il choisit de ne pas publier et qui restera dans les archives de l'Institut Saint Serge, à Paris jusqu'en 1991.
    La thèse principale de l'auteur est que l'écroulement de la Russie et de l'Eglise russe qui a suivi la Révolution est la conséquence lointaine du baptême que la Russie, en la personne du prince Vladimir, reçut à Chersonèse de la main des Byzantins en 988, alors que Rome et Constantinople s'acheminaient déjà vers la séparation. Devant cette situation Serge Boulgakov ne voit pas d'autre issue pour la Russie que de reconnaître la validité des décisions du concile de Florence (1439), où les Eglises d'Orient et d'Occident, légitimement représentées, proclamèrent solennellement leur réunion.
    Arrivé en Occident, Boulgakov, qui, pendant deux ans, mentionnera secrètement le pape en célébrant la liturgie, se rendra compte des difficultés de la tâche de rapprochement des deux Eglises et finira par rejeter la thèse des Remparts de Chersonèse. Par sa puissance et son recul, la réflexion historique et ecclésiologique de Boulgakov permet de comprendre en profondeur des aspects importants d'événements qui touchent actuellement la Russie et son Eglise.

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  • Entre 1833 et 1845, l'Angleterre connut un extraordinaire renouveau religieux. Né de l'amitié entre trois hommes, John Henry Newman, Richard Hurrel Froude et John Keble, le « Mouvement d'Oxford » secoua le joug sous lequel l'État tenait l'anglicanisme et permit à l'Église d'Angleterre de défendre les réalités surnaturelles de la foi dans une société qui commençait à s'en détacher.

    Plus d'un siècle nous sépare de cette épopée religieuse. Mais pour Christopher Dawson, c'est aujourd'hui que l'exemple du Mouvement d'Oxford révèle sa véritable actualité.

  • Myself and my Creator, " moi et mon Créateur ".
    Par cette phrase lapidaire, Newman a exprimé ce qui était pour lui la raison d'être de la doctrine et des sacrements de l'Eglise : préparer le chrétien à ce face à face où l'âme se retrouvera seule devant le Dieu qui l'a créée. Dans cette anthologie, qui présente des textes de Newman jamais encore traduits en français, Charles Stephen Dessain décrit sous la forme d'un catéchisme spirituel les étapes de cet itinéraire de l'âme vers Dieu.
    Chemin faisant, c'est Newman que l'on apprend à connaître, sa spiritualité, sa conviction que chaque chrétien est appelé à la sainteté. Une sainteté qui engage à la fois le coeur et l'intelligence, le corps et l'âme, la foi et la raison. Car le Dieu de Newman n'est pas une vague déité, un néant teinté d'être. C'est le Dieu de la Révélation, Créateur et Sauveur, qui, en s'incarnant, a restauré dans sa dignité la condition humaine blessée par le péché.

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  • Odes et lamentations

    Grégoire De Narek

    • Ad solem
    • 22 Juillet 2003

    Grégoire de Narek (Xe siècle) est issu d'une famille de haute culture, tout entière au service de l'Eglise arménienne.
    Son père, l'évêque Khosrow, produisit d'importants ouvrages théologiques. Théologien lui aussi, son oncle maternel dirigea le couvent de Narek, situé au sud du lac de Van. Grégoire y vécut dès son enfance et y demeura cloîtré jusqu'à sa mort. Il devint célèbre dans toute l'Arménie comme auteur d'exégèses, de sermons, d'hymnes, et, plus particulièrement, du Livre des Prières (ou des Lamentations). A cette confession déchirante, vertigineuse, qu'il acheva il y a tout juste 1000 ans, peu avant de mourir, font pendant les Odes, qu'il avait composées dans sa jeunesse et qu'on ne commença d'exhumer que vers la fin du XIXe siècle : une vingtaine de poèmes, d'un lyrisme brûlant, subtil et lumineux.
    Odes et Lamentations se complètent, se répondent, s'éclairent les unes les autres, faisant du reclus de Narek la figure la plus prestigieuse de l'ancienne poésie arménienne et l'un des plus grands poètes mystiques de tous les temps. Le choix, la traduction et la présentation des textes réunis dans ce volume sont dus à Vahé Godel.

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  • Remarquable peintre et graveur anglais, dont l'oeuvre fit par deux fois l'objet d'expositions à la Tate Gallery (1954, 1981), poète salué comme l'un des plus grands de son temps par des écrivains de la stature de T. S. Eliot et W. H. Auden, David Jones (1895-1974) s'est interrogé, en praticien lui-même marqué par le modernisme, sur la crise des arts qui s'est manifestée à la fin du XIXe siècle, sur la « rupture » avec les dépôts qui ont constitué la culture de l'Occident.Dans « la société technologique», constate David Jones, les conditions de l'activité « poétique », c'est-à-dire créatrice de signes valables, ne sont plus réunies. Sous le règne de la technique et de l'« utile », l'homme contemporain peine à maintenir ouverte la porte sur la transcendance et à offrir à Dieu le fruit de la nature et de son travail. En ce sens, la crise de l'art et la crise du sacerdoce sont des manifestations d'une même crise de culture, excluant de la société ces « deux étranges compagnons de chambrée » que sont le poète et le prêtre, excluant aussi celui qui, en chacun d'entre nous, est artiste et « pontifex ».Recouvrer ce sens de la gratuité signifiante, redécouvrir notre véritable nature d'artisan de signes à travers les oeuvres qui nous la révèlent, tel est l'objet de ce livre majeur qui, à travers huit essais, représente l'aboutissement de la pensée de toute une vie.

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  • Le sort de la Divine Comédie dans les pays de langue française est marqué par un étrange paradoxe : alors que le monde intellectuel français affiche son indifférence pour la littérature chrétienne, l'édition francophone ne cesse de publier et de rééditer une oeuvre difficile pour le lectorat français, tant par l'éloignement culturel que par une méconnaissance assez générale de la littérature italienne.
    Quant au monde catholique francophone, il ne porte pas plus d'attention à celui que le pape Paul VI, appelait : " notre Dante " et couronnait solennellement du laurier des poètes au moment du concile Vatican II.
    En offrant un commentaire des chants les plus significatifs de la Divine Comédie, cette " entrée en lecture " permet aux lecteurs d'entrer plus aisément clans le monde foisonnant du poète.
    Sur les traces des plus grands lecteurs de Dante au XXe siècle - Auerbach, Singleton, Gilson, Balthasar, Guardini - Valeria Capelli s'attache à mettre en valeur non pas seulement Dante le " poète du monde infernal ", mais l'écrivain total, l'humaniste, lecteur de la tradition gréco-latine, témoin de la tradition biblique et chrétienne et, plus encore, l'explorateur engagé de l'âme humaine dans sa quête de Dieu et du sens de la vie.
    L'ouvrage de Valeria Capelli, fruit d'une longue expérience d'enseignement, n'a pas d'équivalent à l'heure actuelle dans l'édition française.
    Qui n'a rêvé, comme Dante, d'être conduit pas à pas par un guide sûr, au long des sentiers de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis ?

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  • «Lettres mortes» fait allusion au cimetière des paroles écrites dans le Phèdre de Platon (référence) et renvoie à la critique platonicienne de l'écrit, qui constitue la toile de fond philosophique de ce livre. Comment remonter à la source de l'être, à ce Principe dans lequel les philosophes grecs, puis les théologiens chrétiens, ont vu toute réalité suspendue, y compris la parole humaine? L'exercice de la philosophie, au sens de la dialectique platonicienne, a été une réponse, sans doute indépassable, à cette question qui hante encore les esprits postmodernes.
    Mais cet exercice, montre Catherine Pickstock, n'est pas seulement philosophique; ou plus exactement, il commence en philosophie et il s'épanouit en liturgie. Car dans son mouvement ascendant, l'esprit ne finit pas de voir s'échapper l'objet qu'il recherche, qui se retire devant lui et l'attire tout à la fois. Comment le saisir, lui qui échappe à toute parole, à toute nomination et dénomination? En le louant répond Catherine Pickstock - c'est-à-dire en prenant conscience qu'on ne le saisit jamais autant que dans la confession de son excès. Mais parce que la liturgie est l'assomption de la philosophie, son langage a une syntaxe: sa marque n'est pas le mutisme devant le mystère, mais la répétition;
    Pour le montrer, ce livre prend pour exemple le rituel de la forme extraordinaire du rite romain. Non par nostalgie - l'auteur est Anglicane -, mais parce que celui-ci fut pendant près de mille ans commun aux chrétiens d'Occident.
    Lettres mortes ne veut donc pas cultiver le passé, mais donner au contraire les jalons d'une nouvelle intelligence de la liturgie à la lumière des meilleures réflexions de la philosophie contemporaine.

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  • Une contradiction semble au coeur de la pensée thomiste : Thomas d'Aquin soutient que l'essence des choses n'est pas compréhensible mais en même temps il défend un réalisme de la connaissance assurant à cette dernière l'accès jusqu'à l'essence.
    Comment concilier les éléments de ce paradoxe ? Josef Pieper maintient simultanément ces deux affirmations en montrant qu'elles s'appellent mutuellement et s'éclairent l'une l'autre. C'est parce que l'intelligence humaine pénètre jusqu'à l'essence qu'elle ne peut la comprendre. Pour Josef Pieper, cet " apophatisme " philosophique trouve son origine dans le concept de création. " Il est une idée fondamentale et implicite qui détermine presque tous les concepts-clefs de la vision du monde de Thomas d'Aquin : l'idée de création, et aussi l'idée que le fait d'être créée détermine entièrement la structure interne de la créature ".
    Telle est la texture intime du mystère des choses dans leur rapport à notre connaissance. L'intelligence humaine s'en nourrit, y pénètre, et plus elle y pénètre, plus elle se découvre enveloppée de mystère. Plus l'ordinaire apparaît extraordinaire. Mais pour le voir, nous rappelle Josef Pieper, anticipant ici l'enseignement de Benoît XVI, il faut la lumière de la foi, qui seule ouvre la raison à sa pleine capacité de connaissance.

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  • En 1865, Edward Pusey, chanoine anglican de Christ Church et ancien acteur du Mouvement d'Oxford au côté de Newman, publie une lettre sous la forme d'un essai à l'adresse des catholiques anglais, appelant à la réunion des deux Eglises.
    Comme condition préalable, Pusey demande aux catholiques de reconsidérer la place que Marie occupe dans leur culte et formule les linéaments d'une " mariologie oecuménique " qui soit acceptable pour les anglicans comme pour les catholiques. Cette adresse aux catholiques, en apparence pacifique et bienveillante dans ses intentions, d'où le nom d'Eirenicon que lui donna son auteur, revenait en fait à une remise en cause radicale de la théologie mariale de l'Eglise, ainsi que de la dévotion qui l'accompagne.
    Face à ce défi, Newman prit la plume, comme il l'avait fait dans l'Apologia, et produisit en quelques semaines un chef d'oeuvre d'intelligence et de finesse théologiques : la Lettre à Pusey. Défait et confus, Pusey se retira de la lice. La cause de l'" Union des Eglises " fit cependant son chemin, au point de devenir, un siècle plus tard, la préoccupation première du concile Vatican II. Pusey prit-il alors sa revanche ? Tout au contraire, car l'on découvrira dans ce livre que Newman, par son recours aux Pères de l'Eglise, anticipait d'un siècle la théologie mariale élaborée par la constitution Lumen Gentium.

  • L'espérance s'accomode mal de l'histoire chez les croyants. Et l'histoire de l'espérance chez les non croyants. L'objet de ce qui est attendu est souvent situé au delà du temps et de sa durée, ou au moment «omega», où l'histoire cessera; c'est la vision que l'on se fait habituellement de l'espérance religieuse, et c'est sur elle, ou ses formes caricaturales, que le marxisme a pu dénoncer la religion comme l'opium du peuple, une consolation illusoire qui distrait l'homme de changer le monde, dans un processus qui transforme l'histoire en espérance. Après avoir corrigé les visions caricaturales de l'espérance et de l'histoire, Josef Pieper montre que les eschatologies politiques ne sont pas dénuées d'une espérance religieuse implicite. Derrière l'idéal d'une société humaine sans classe, de la démocratie, ou du règne de la liberté, se tient l'aspiration à une communion universelle des hommes entre eux, dont la formulation la plus haute a été donnée par Platon dans le Banquet, où les hommes sont les commensaux des dieux. Cet idéal est réalisé dans le temps, mais en espérance: dans la synaxe du culte chrétien, où l'assemblée ne se limite pas à un regroupement mais manifeste la communion universelle en cours de réalisation. C'est pourquoi, écrit Josef Pieper, «on devrait aussi parler, me semble-t-il, d'une spes implicita pour quiconque met la force de son espérance dans la vision future d'une communauté humaine parfaite, à l'intérieur de laquelle l'homme n'est plus un loup pour l'homme et répartit les biens terrestres équitablement - celui-là a part, précisément en cela, à l'espérance des chrétiens.»

    À paraître
  • Le pontificat de Benoît XVI est souvent perçu comme un retour à l'identité catholique. Les démarches en direction du monde traditionnaliste apparaissent en particulier comme le signe d'un recul par rapport à Vatican II et à son ouverture à l'oecuménisme. Pour corriger cette vision, il faut replacer ce qui apparaît ici et là comme une «réaffirmation identitaire» dans le cadre général des relations de Rome avec l'Anglicanisme et l'Orthodoxie. C'est ce que fait Aidan Nichols dans ce livre. Spécialiste de la pensée de Benoît XVI et du christianisme anglosaxon, il montre que la création des Ordinariats anglicans est un bon exemple de l'oecuménisme selon Benoît XVI: il s'agit de réintégrer dans celle-ci des communautés dissidentes en conservant leur patrimoine spirituel. Le but est l'unité dans la pluralité, mais l'uniformité. Il en va de même pour les communautés luthériennes qui souhaite se rapprocher de l'Eglise, et bien sûr aussi, éminemment, pour les Eglises orthodoxes. En ce sens, le chantier oecuménique du pontificat actuel est pleinement fidèle au concile Vatican II. Ce livre sort précisément l'année du 50e anniversaire de l'ouverture du concile, et veut contribuer à une meilleure intelligence de ses textes en les éclairant par la pensée de Benoît XVI.

  • Ce premier volume d'anthropologie comprend les cours qu'Edith Stein dispensa pendant le semestre d'hiver 1932-1933 à l'université de Münster, dans le cadre de l'Institut allemand de pédagogie scientifique (Deutschen Institut für wissenschaftliche Pädagogik). Devant un auditoire composé de futurs professeurs de l'enseignement catholique, Edith Stein procède à une réduction phénoménologique afin de déterminer ce qui constitue le noyau intime de la personne humaine. L'homme est examiné d'abord en tant que corps matériel, c'est-à-dire à partir de son mode premier d'apparaître dans le monde, puis comme organisme, être animé et enfin être spirituel. Edith Stein intègre l'anthropologie aristotélicienne adoptée par saint Thomas d'Aquin à l'intérieur d'une perspective phénoménologique qui conçoit la personne comme un être intentionnel, ouvert aussi bien vers l'intérieur que vers l'extérieur, et dont la personnalité se constitue à partir d'un centre - le noyau de l'âme - et à travers une triple appartenance: à une communauté humaine, à une culture et à une religion. Comme l'écrit Edith Stein en conclusion, dans des lignes qui forment la transition entre la dimension philosophique et la dimension théologique de son anthropologie, «intériorisée, comme il convient à son sens véritable, la vérité dogmatique possède la plus grande vertu pédagogique. L'homme en a besoin pour devenir ce qu'il doit être. Aucune science de l'éducation ne pourra donc parvenir à atteindre ses objectifs, si elle ne s'efforce pas de savoir ce que veut dire vivre de la foi?; et si elle n'enseigne pas à atteindre ce qui est le but de l'existence en apprenant à vivre en s'appuyant sur la foi.»

  • «De l'homme» réunit en deux volumes le résultat des études menées par Edith Stein à l'institut d'anthropologie de Münster, avant son entrée au Carmel de Cologne en automne 1933.
    Le premier volume comprend les essais philosophiques, et aborde la question de la nature de l'homme, de la pédagogie appropriée au désir de transcendance qui l'habite, auquel vient répondre la révélation chrétienne. On peut y voir une véritable «Paideia», qui intègre à l'intérieur d'une vision chrétienne de l'homme la démarche phénoménologique découverte par Husserl et mise en oeuvre par Edith Stein.
    Le second volume est un regard théologique sur l'homme. En prenant appui sur les déclarations de l'Église sur l'homme, sa nature, sa relation avec Dieu, qu'elle cite et commente tout au long de son livre, Edith Stein propose ce que l'on pourrait appeler une «anthropologie dogmatique». Dans son introduction, Flurin Spescha s'attache à décrire le contexte qui a vu l'élaboration de ces deux essais, et à les situer dans l'ensemble de la pensée anthropologique d'Edith Stein.

  • Serge Averintsev (1937 Moscou - 2003 Rome) était européen par essence (comme tout Russe cultivé), chrétien orthodoxe convaincu, mais trop imbibé des valeurs antiques et ayant trop le sens des continuités historiques pour négliger la Rome des papes. Il sera, à partir de 1994, membre de l'Académie pontificale des sciences sociales et rencontrera à de nombreuses reprises le pape Jean Paul II. Son sens aigu du caractère stratifié des dépôts qui constituent la culture était une des raisons de son amour pour Rome, où cette vérité est si tangible.
    Pour Averintsev la culture était comprise comme une dialogue d'amitié, avec les vivants comme avec les grands esprits du passé. C'est pourquoi son oeuvre, abondante et variée, est une mosaïque constituée de centaines d'articles, de conférences, d'émissions de radio et d'interviews. C'est pourquoi aussi, plutôt que de se spécialiser dans un domaine particulier, il choisit la philologie - la science, ou l'amour du Logos - comme moyen pour dialoguer de l'intérieur avec les cultures et les oeuvres, qu'il faisait fructifier en les commentant, les expliquant et les développant. « Le Logos, écrivait-il, est à la fois, et objectivement, un contenu donné, où l'intelligence doit 'rendre compte', et cette activité 'redditionnelle' même de l'intelligence ; c'est enfin l'être et la conscience de part en part mis en ordre dans la signification. C'est le contraire de tout ce qui, en l'homme et dans le monde, est vague, non dit, sans réponse, irresponsable, absurde et informe. » Logos et Sophia, Sens et Sagesse: à ces deux termes, et à leur déclinaison possible, dans le christianisme et dans la culture, peuvent être ramenés tous les essais de Serge Averintsev, et leur intention profonde : faire ouvrir les yeux sur la beauté du réel.

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  • Nous parlons, nous écrivons. Nous utilisons le langage pour désigner les réalités qui nous entourent, mais sans toujours avoir conscience de ce que la réalité désignée contient tout un univers, auquel le mot nous renvoie sans jamais l'épuiser.

    C'est le cas, éminemment, des paroles de l'institution de l'Eucharistie, que cet essai étudie d'un triple point de vue : linguistique, avec Pascal et les Grammairiens de Port- Royal, métaphysique, en s'appuyant sur les Questions 75 à 83 de la Somme de théologie, où saint Thomas d'Aquin traite du sacrement et du rite de l'Eucharistie, enfin littéraire, à travers la lecture d'un épisode de la Quête du Graal.

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  • Max Picard

    John M. Oesterreicher

    • Ad solem
    • 20 Janvier 2005

    " Lui qui savait que tout visage humain ne devient visage qu'en ayant rencontré le Visage du Christ inclina sa tête devant moi pour que je puisse dessiner sur son front le signe de la croix.
    " Ainsi se termine le livre de John oesterreicher sur Max Picard. Evocation d'une vie, d'un homme et d'une oeuvre, Max Picard est surtout l'occasion de découvrir la figure d'un penseur élevé dans la tradition du judaïsme, d'un prophète dont toute l'oeuvre et la vie s'acheminent, presque naturellement, vers la rencontre de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, Homme avec les hommes. Naturellement, car les oeuvres de Max Picard sont comme " déjà chrétiennes " alors qu'il est encore un fidèle du judaïsme, et " intégralement chrétienne " - intégrant totalement l'héritage culturel et religieux du judaïsme - lorsqu'il devient catholique.
    En ce sens, l'oeuvre et la vie de Max Picard sont comme une aurore, où les fils d'Abraham se retrouvent unis autour de valeurs essentielles : la dignité de l'homme, image de Dieu, et de la culture qu'il doit engendrer. Une culture en rupture avec une modernité artificielle, fille du néant, qui ne donne accès qu'à une humanité étiolée.

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  • La philosophie antique voyait dans la recherche du Bien la finalité de l'homme, et la cause de son bonheur ultime. Dans cette perspective, la philosophie n'était pas seulement «théorique», mais aussi «pratique». Pour pouvoir connaître le Bien, il fallait bien vivre, bien agir. Cette rectitude de la conduite était à son tour la condition pour bien penser, et ainsi, graduellement, monter vers la contemplation de l'Un platonicien ou de l'Être aristotélicien.
    Le christianisme n'a pas modifié cette vision du bonheur, recherché par tout homme, même s'il en ignore la véritable nature et peut se tromper de bien. «Tu nous as fait pour toi» écrit saint Augustin, et l'homme est sans repos tant qu'il ne repose pas en Dieu - le Bien et l'Être. L'ordre a changé cependant: la contemplation ne vient pas après la quête philosophique ou naturelle; elle est le commencement de la quête. Car Dieu s'est révélé, et désormais, c'est par la foi que l'on va à la compréhension: il faut croire pour comprendre - il faut que l'homme adore, contemple, pour arriver au bonheur qu'il recherche. En ce sens, la vie contemplative est le creuset de tout agir véritable. C'est d'elle que renaîtra la vie en Dieu en Occident.
    C'est l'histoire de ce renversement de perspective que résume cet essai, avec la simplicité et la clarté qui caractérise la pensée de Josef Pieper.

  • En 1870, le concile Vatican I définissait le dogme de l'infaillibilité pontificale. Cette définition prit place après plusieurs années de luttes et de débats théologiques dans l'Eglise. Pour les adversaires de cette définition, c'était l'Eglise qui était infaillible; pour les partisans, c'était le Pape; le concile arriva à une formule équilibrée, mais qui, à l'intérieur de l'Eglise, fût interprétée diversement - tantôt d'une manière maximaliste:
    Tout ce que dit le Pape est infaillible, tantôt de manière réductrice. Hors de l'Eglise, l'infaillibilité fût perçue par les pays de confession protestante comme une agression politique pure et simple. Gladstone, le Premier ministre britannique, publia plusieurs pamphlets contre le nouveau dogme: d'un point de vue politique, les catholiques étaient selon lui tenus en conscience d'obéir au Pape avant d'obéir à la Couronne (protestante) d'Angleterre. Ils étaient désormais des traîtres potentiels à la nation. On fit appel à Newman pour lui répondre aux noms des catholiques anglais.
    Avant le concile, Newman avait estimé que la définition de l'infaillibilité était inopportune. Quand celle-ci fut proclamée, et qu'il constata que ses termes étaient mesurés, il s'employa à la défendre loyalement. La lettre au Duc de Norfolk est un chef d'oeuvre de finesse humaine et de rigueur théologique. Elle nous montre aujourd'hui, après Vatican II, quelle attitude doit-elle celle d'un catholique après un concile. Entre les deux tendances qui divisent toujours l'Eglise aujourd'hui: ultra doctrinaires d'un côté et catholiques libéraux de l'autre, elle dessine la voie d'une foi raisonnée et d'une fidélité au magistère éprouvée.

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