Vie pratique & Loisirs

  • Depuis une dizaine d'années, que ce soit dans les bois de Sivens, à Notre-Dame-des-Landes, à Bure ou dans les Cévennes, il est évident qu'il se passe quelque chose du côté de la forêt. Certains ont commencé à habiter ces espaces, avec la détermination de sortir du monde mortifère de l'économie. Un tout autre rapport au monde s'y bâtit, à l'opposé de cette science militaire qu'est l'aménagement du territoire - ici contre un barrage, là contre un aéroport, ou une extraction de biomasse.
    Ce n'est pas qu'une affaire locale : les paysans du Guerrero au Mexique se battent depuis plus de dix ans pour libérer leurs forêts des exploitants, les trappeurs du peuple cri du Canada défendent la forêt boréale de Broadback contre la déforestation, les Penan de Bornéo s'arment de sarbacanes contre les compagnies de plantation de palmiers à huile... Partout des luttes résonnent de cette même idée : la forêt n'est pas une réserve de biosphère ou un puits de carbone.
    La forêt, c'est un peuple qui s'insurge. Nous sommes allés à la rencontre de ces forêts et de celles et ceux qui les défendent. Nous y avons découvert des continents innombrables, des sentiers inédits, des êtres ingouvernables. Toute une géographie depuis laquelle il était possible, enfin, de respirer.

  • Chicago, métropole de la nature Nouv.

    « Le paysage américain a connu des transformations qui annonçaient à bien des égards les problèmes environnementaux auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui » écrit William Cronon dans le prologue La métropole de la nature, ouvrage de référence dans les pays anglophones mais qui, faute de traduction, demeure trop peu connu en France. Présenter cet ouvrage de 660 pages en quelques lignes n'est pas chose aisée, tant l'auteur mêle avec brio l'histoire, l'anthropologie, l'économie, l'écologie, l'industrie, etc., pour nous conter l'histoire fulgurante de Chicago et de ses alentours, de sa naissance dans un marécage de boue jusqu'à la « métropole » capitale du Grand Ouest américain. Il s'agit donc ici tout d'abord de l'histoire d'une ville, mais aussi de celle de la « nature » qu'elle a du dominer pour exister, cette « nature » ayant été (et étant toujours) à l'origine de sa richesse (les marchés de matières premières par exemple).
    Ville et campagne sont intrinsèquement liés, nous dit Cronon à juste titre ; il est impossible de penser l'une sans penser l'autre. Livre dense mais extrêmement lisible, merveilleusement écrit, d'une intelligence rare, La métropole de la nature aura demandé presque 15 ans de travail de recherche et d'écriture (l'ouvrage fut initialement une thèse de doctorat). Salué internationnalement comme étant probablement le meilleur livre d'histoire écologique jamais écrit, cet ouvrage montre en quoi, audelà de l'histoire singulière d'une ville, les fondements de l'exploitation économique de la nature ont modelé cette dernière au point d'en faire une « seconde nature ».

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