Verticales

  • 'Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d´une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu´ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.' Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d´un bout à l´autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l´est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.

  • Dans Que font les rennes après Noël ?, on découvrait combien certains films avaient eu d'importance pour l'héroïne du livre. Partant de ce même rapport émotionnel et non savant au cinéma, Olivia Rosenthal a restitué dans Ils ne sont pour rien dans mes larmes des portraits d'hommes et de femmes à travers l'impact déterminant de quatorze films. Elle leur a posé cette question simple et vertigineuse : « Quel film a changé votre vie ? », en se soumettant par deux fois au même exercice d'introspection.
    Ainsi, dans un monologue inaugural saisissant, « Le Vertige », l'auteur relate un événement biographique douloureux dans un récit diffracté qui prend sa source dans Vertigo d'Alfred Hitchcock. Croisant la fable du film relaté essentiellement sous l'angle de la peur du vide et du suicide de sa soeur, Olivia Rosenthal remonte à la source d'une terreur adolescente. Dans « Les larmes », qui clôt ce livre, elle se demande ce qui la fait pleurer systématiquement devant Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Pourquoi la scène finale la remet-elle toujours dans le même état ? Qu'est-ce qui la touche de si près dans ce scénario d'amour raté ? Le texte engage avec humour d'autres pistes de réflexion qui, comme toujours chez Olivia Rosenthal, se prête à un jeu d'interlocution ne laissant jamais de côté le lecteur.
    Ces prologue et épilogue viennent embrasser d'autres expériences de spectateurs. En effet, enquêtant sur les « films de votre vie », Olivia Rosenthal a demandé à huit femmes et quatre hommes d'évoquer leur film fétiche. Elle s'est ensuite librement réapproprié leurs réponses. Pour chacun de ces douze personnages (Sophie, Jean, Angélique, Béatrice, Denis.), un film a agi comme une rencontre décisive : Douze hommes en colère de Sydney Lumet, Le retour d'Andreï Zviaguintsev, Rouge de Kieslowski, L'arrangement d'Elia Kazan, Nuit et brouillard d'Alain Resnais. Qu'il soit léger ou grave, connu ou inconnu, important ou mineur, ce n'est pas le jugement esthétique qui préside à ce choc cinématographique. Vivre des histoires d'amour catastrophiques dans la lignée du Dernier Tango à Paris, rêver de devenir script pour faire comme Nathalie Baye dans La nuit américaine, ou se passionner d'anglais et de pop music grâce au déclic d'une séance en VO, voilà quelques témoignages d'adolescents devenus adultes. Ils pensent ce choc comme une éducation sentimentale, un éveil politique, un modèle existentiel même où le film a servi de déclic, apportant un réconfort ou un trouble durable, au-delà du grand écran. Revu quelques années plus tard parfois, le film culte s'avère très différent du souvenir, voire décevant. Mais la pellicule a définitivement irradié la réalité de leur destin.

    Sur commande
  • Paroles de l'ombre

    Street Voice

    Au début des années 1990, des sans-logis de la ville de Baltimore (États-Unis) ont fondé un journal de rue, Street Voice, périodique gratuit qui compte aujourd'hui 80 numéros.
    Phénomène rare, ce journal sans visée caritative ni commerciale est entièrement écrit par ceux qui vivent en marge de l'American dream : chômeurs, homeless, junkies, etc. Il constitue une somme de témoignages sous-tendus par une critique sociale radicale, d'une authenticité exceptionnelle. Paroles de l'ombre est constitué d'un choix d'une cinquantaine de textes et d'une quinzaine d'illustrations en noir et blanc mettant en relief toutes les facettes de cette riche expérience de presse alternative.
    Paroles de l'ombre est précédé d'une préface de Curtis Price, principal initiateur de Street Voice.
    L'ensemble de ces textes ont été choisis et traduits de l'américain par Gaëlle Erkens.

    Sur commande
  • Noémi Lefebvre réarticule ici des questions qui hantaient déjà ses trois précédents ouvrages : celle des pratiques artistiques sous un régime totalitaire, celle de la culpabilisation laborieuse qui « travaille » de l'intérieur tout chômeur, et celle du réexamen du schéma oedipien à partir de la mémoire post-traumatique des guerres au XXe siècle. Pour rouvrir ces trois pistes à l'unisson, Poétique de l'emploi part d'une situation on ne peut plus concrète : entre novembre 2016 et avril 2017 - autrement dit, de la promulgation de l'état d'urgence aux manifestation contre la Loi travail -, le personnage principal (au sexe non identifié et au prénom inconnu) profite de son statut social de « sans emploi » pour flâner dans divers quartiers de la « bonne ville de Lyon » tout en cherchant, fort de son expérience d'auteur d'un médiocre roman à succès, s'il y a encore une place dans la société ici présente pour « la poésie » et « les petits oiseaux » (sic). En chemin, elle (ou il) va croiser à maintes reprises son père, un homme d'affaires cultivé qui ne sait visiblement plus quoi dire ou faire pour exercer sa bienveillante autorité sur sa progéniture.Ce dialogue de sourds intergénérationnel sur fond de chômage de masse et d'omniprésence policière n'est qu'un prétexte pour passer de la fausse naïveté d'une vocation de poète à des interrogations abyssales : peut-on faire de la poésie sous état d'urgence ? Peut-on flâner quand on n'a pas de statut social ? Peut-on travailler sans avoir un emploi ? La poésie peut-elle échapper au langage préfabriqué de la doxa culturelle ? Peut-on échapper dans sa tête aux nasses policières ? Cette dérive psycho-géographique, conjuguée aux joutes verbales désopilantes avec un fantomatique surmoi paternel, engage en profondeur un autre débat à mots couverts. D'où les conseils poétiques en dix « leçons » qui scandent l'ensemble du livre, lui donnant la dimension fulgurante d'un « Traité de savoir-survivre à l'usage des désoeuvrés volontaires ».

  • Deux villes hantées, deux récits siamois.
    D'abord Berlin, et puis Philadelphie. Que faire quand on n'est plus que colère, cette arme blanche et impuissante. Deux jeunes hommes : Kaspar et Andrew. Deux silhouettes en miroir, un miroir déformant où se mirent l'étrangeté à soi-même, la solitude urbaine, les refuges que l'on perd, ceux que l'on réinvente en attendant de savoir quoi faire de ses racines, de son corps, du lendemain. Deux récits qui s'exercent à l'idée du deuil, du départ, de la fuite, de l'abandon.

    Sur commande
  • Bagdad, avril 2003. La capitale irakienne s'apprête à une guerre imminente. Posée tel un échelon entre ciel et terre, une terrasse dans la ville sert de point de rencontre à deux amants. " Lui " est palestinien, voyageur, un poète déclamant des vers d'Abû Nuwâs, d'al-Maari, de Samih al-Qassim... "Elle" est étudiante en lettres classiques et fougueuse lectrice de poésie. Comme l'orage de feu qui menace, tous deux semblent en suspension dans l'air du temps, entre un ancestral conte des Mile et Une Nuits et une guerre technologique dernier cri.

    Sur commande
  • Tunnel of Mondialisation c'est d'abord un livre comprenant le texte intégral des cinq morceaux figurant sur le CD : « Promets-moi d'rester d'droite », « Je ne veux pas mourir avant », « Respect pour tes résultats », « Tu sais j'crois que j'vais pas pouvoir » et « Tunnel of Mondialisation ». On y reconnaît les thématiques politico-existentielles chères à l'auteur : le désenchantement sincère et l'ironie critique. A la suite, on trouvera un faux entretien de l'auteur en chanteur de variétés (« J'ai grandi à côté de la vie »), illustré de photographies originales en noir et blanc prises lors de l'enregistrement en studio, à la manière d'un making of. Dans cette interview fleuve, Jean-Charles Massera s'est largement inspiré des entretiens exclusifs qui font l'événement dans les magazines spécialisés. On y retrouve le ton faussement cool qui lie jusqu'à la caricature le journaliste fan et l'artiste en veine de reconnaissance. Mais au-delà de la satire désopilante, l'auteur prend le risque d'un autoportrait sensible. D'où le trouble qui s'installe à la lecture de cette interview truquée, quand le pastiche fait naître une confession aussi désarmante que dérangeante de vérité. Tunnel of mondialisation c'est aussi cinq morceaux composés et mis en musique par Pascal Sangla dans une atmosphère pop minimaliste très tendance dans la chanson française actuelle. Là encore, cette drôle d'aventure musicale accouche d'un disque qui sans se prendre au sérieux sonne résolument professionnel. Pour conclure en beauté, on pourra savourer la vraie-fausse émission « La Nouvelle Subjectivité » (56 mn), imaginée et écrite par Jean-Charles Massera, animée en direct par son comparse Benoît Lambert. Cette heure de discussion croisée culmine dans l'art du détournement, en mettant en abyme la promotion du CD lui-même selon les codes des shows radio-télévisuels.
    Façon de boucler la boucle avec un humour distancié.Ultime cerise sur le gâteau, ce livre-disque s'accompagne d'un dvd de quatre vidéo-clips conçus et réalisés par Massera comme de très courts-métrages en extérieur, installant des scènes de la vie quotidienne dans des décors d'une rare incongruité. 1 livre + 1 CD +1DVD

    Sur commande
  • Dis pas ca

    Lydie Salvayre

    Après Contre, aventure littéraire et musicale qui les avait réunis en 2002 dans cette même collection, Lydie Salvayre et les guitaristes Serge Teyssot-Gay et Marc Sens, rejoints par Jean-Paul Roy, ont souhaité « poursuivre l'histoire autrement, la pousser plus loin » avec Dis pas ça.
    Dis pas ça. Dix chapitres courts, dix poèmes. Un texte. Dix morceaux, dix paysages sonores. Un disque. Cette expérience où l'écrit dialogue avec la musique, et vice versa, ce travail de création collective, conçu au départ pour la scène, retrouve toute sa force polémique dans le silence de la lecture.

    Sur commande
  • Pourquoi je suis fier de publier ce texte de Bertrand Cantat.
    J'ai eu le privilège de lire Nous n'avons fait que fuir une heure avant le concert organisé en juillet 2002 à l'initiative de Bernard Comment et de France Culture, un concert unique et exceptionnel pour le groupe Noir Désir : un seul morceau de 55 minutes, dont la partie chantée était un long poème de Bertrand Cantat d'une vingtaine de feuillets serrés.
    L'immense succès de leur disque sorti en septembre 2002 - bien qu'annoncé comme un album risqué - les conforta dans l'idée de prendre plus de risques artistiques encore. Laboratoire permanent, le groupe trouvait dans la proposition de France Culture l'opportunité d'innover, d'explorer d'autres voies musicales tout en y gagnant une plus grande liberté de création. Ce qu'ils firent.
    L'écriture avança dans le même temps que les thèmes musicaux s'élaboraient, Bertrand acceptant ou rejetant certaines ambiances musicales, proposant, selon les moments de son poème, un climat ou une ligne mélodique tout en mettant à profit la moindre pause pour travailler son texte, le rythmer, le ponctuer.
    Sur scène, le soir du concert, chacun des musiciens du groupe, imprégné des mots de leur chanteur, joua pour la première fois sans filage, à l'instinct, en mêlant leurs improvisations à un savoir musical acquis ensemble depuis des années, et ce fut un moment magnifique dans le cloître du couvent des Ursulines à Montpellier.
    Dès ma première lecture de Nous n'avons fait que fuir, je retrouve le rythme, les fulgurances et la force des images poétiques qui sont la marque de l'auteur des chansons de Noir Désir : « des tissus élastiques, de la chair de printemps, un carrousel vibrant sur un axe impétueux » « en bas, le sol crevé offre sa panse intime à la morsure du ciel. » « ils marchent ils avancent ils signent du bout des lèvres leur projet pour le siècle qu'on lit les yeux crevés » ; des images belles comme la rencontre fortuite sur une table à dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie.
    Car Bertrand Cantat est un poète, un lecteur attentif à la poésie vivante comme à toutes formes d'écritures nouvelles. Je garde en mémoire une longue conversation que nous eûmes à propos de Lautréamont auquel nous vouons, lui et moi, la même admiration et aussi des grands classiques de la poésie arabo-persane, tels que Al Maari, Omar Khayyam ou d'Abû Nûwas dont la liberté d'expression et l'audace des thèmes nous semblaient désormais impossibles.
    Dans Nous n'avons fait que fuir, parce que la poétique implique une politique et réciproquement, Bertrand Cantat nous parle de nous, nous qui avons perdu notre langue, nous qui ployons devant nos « empereurs communicants (de charmants chimpanzés aux mimiques de bronze et aux sourires d'ivoire) », nous les « intoxiqués volontaires » qui nous soumettons au conditionnement esthétique ; Mais Bertrand Cantat parle de nous aussi qui planifions, démantelons, délocalisons, nous les « apôtres de la modernité » nous, les «suradaptés chroniques» qui assujetisssons les autres à notre pouvoir. Bertrand Cantat parle de nous encore, nous qui ne cédons pas à ce formatage généralisé, nous qui ne capitulons pas, nous qui résistons en rêvant à d'autres mondes possibles tandis que « sur la longue route des chiens resplendissants deviennent nos alliés. » Toute la part de nos fragiles utopies est là, exprimée dans les mots de Bertrand Cantat : « Nous, on aurait voulu qu'on nous parle gentiment, pas qu'on nous mente (...) pour changer des marteaux, pour changer des enclumes ».
    Ultime hommage, enfin, à Léo Ferré, l'un des ses maîtres :
    « Et la ville endormie rêve de barricades.Allez on n'oublie rien ! »

    Sur commande
  • Quatre-vingts personnages au moment où leur vie bascule.
    Quatre-vingts spécimens de notre condition humaine (à l'exception d'un bovidé) esquissés en quelques lignes à partir d'un simple prénom, d'une circonstance accidentelle ou d'un geste déplacé. S'insinuant entre fêlures intimes et identités sociales en crise, Yves Pagès poursuit, avec une langue plus resserrée encore, un projet d'écriture fragmentaire entamé avec Petites Natures mortes au travail. Charlotte, la suicidaire intermittente, André, l'émeutier à lui tout seul, Sophie, la mère pour de faux, Mauricio, l'embaumé public, Pascaline, la fugueuse avant terme, Jean-Paul, le vétéran hyperréaliste, Phil, l'accidenté d'avant le travail, autant de coeurs sans cible qui finissent, au fil des pages, par former une multitude à notre image : la première personne du pluriel.
    />

empty