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  • En marge des dramaturgies contemporaines, sont nées des écritures dramatiques dont les auteurs afro-descendants, sans territorialité d'appartenance reconnue par la Nation, autre que la francophonie, l'Afrique, les Outre-mer ou leur couleur de peau, ont entrepris de faire du corps le théâtre du drame et de déconstruire cette territorialité fantasmée et ses frontières en produisant un «?autre?» théâtre.

    Le corps où se joue le drame est un corps sorti de l'enfermement de la cale des idées reçues et des couleurs plaquées au front, un corps qui entreprend sa mue dans le regard de l'autre, un corps qui est sorti de l'enclos des prêts-à-porter identitaires. Le corps-champ-de-bataille de ces dramaturgies inédites est un corps marron, celui qui n'appartient pas au maître, le corps du rêve, corps sacrificiel et eucharistique, celui qui nous ramène à l'essence même de la cérémonie théâtrale.

    Ce livre propose de découvrir cet «?autre?» théâtre et ouvre quelques entrées théoriques pour en appréhender les enjeux esthétiques, politiques et philosophiques.

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  • Que reste-t-il d'À La Recherche du Temps Perdu un siècle après sa parution ? Un siècle après l'érosion des pluies acides de la critique ? Un précipité noir. Noir comme un roman noir. Dans La Recherche, le crime est symbolique. Les meurtres se font en série. Chronique de la mort annoncée d'un auteur, de la noblesse, d'une France féodale, monarchique, catholique et rurale, le roman de Proust propose une enquête et Marcel est son détective. Cet essai interroge La Recherche à travers une couleur : le noir. Une couleur élémentaire et complémentaire, qualité commune à deux éléments hétérogènes : la littérature et le cinéma. Un essai à double équation où le cinéma se voit au grand jour et la littérature se lit dans le noir. Un essai à la recherche d'une inconnue à variables multiples qui se dévoile presque nue, ici sur la faille, au bord du Pacifique, à Los Angeles.

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  • Évoquer le parcours personnel, politique et littéraire de Conrad Detrez revient à exhumer des pans entiers de passions collectives et de débats de société qui ont marqué le XXe siècle, et dans lesquels plusieurs générations se sont, au sens très précis du terme, «?engagées?». En effet, la vie de l'éternel jeune Belge, bien que fugace et prématurément interrompue, donne à voir le foisonnement des convictions, des certitudes et des engagements, souvent contradictoires, qui ont nourri toutes formes de militance, voire de martyre. Mais, par ailleurs, et un peu à son insu, comme Detrez devait l'avouer dans Les Noms de la tribu, face à un monde en mutation, son écriture et sa pensée pointent déjà les soucis nouveaux et les lignes de force majeures de l'interprétation du fait littéraire tels qu'ils ont fini par s'imposer à la critique aujourd'hui, et qui ont pour noms études postcoloniales, ethnicité, sexualité?/?genre, études culturelles et études régionales (Area Studies). En effet, la poétique detrézienne prend assez tôt acte du tournant du discours (idée) vers la culture (réel), raison pour laquelle elle s'avère toujours si stimulante et captivante, et continue d'interpeller la recherche en littérature dans ses différentes tendances, perspectives et thématiques.

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  • La fiction caribéenne d'aujourd'hui entend prendre forme dans l'univers composite qui est le sien, issu des brisures de l'histoire autant que d'une rencontre des continents dont serait née l'infinie diversité qui tisse l'humain et le vivant tels que le caribéen les examine?; ce qui le conduit à remettre en question l'Universel pour ces néologismes forgés par lui : le Tout-Monde d'Édouard Glissant puis le Diversel et le Multivers revendiqués par Patrick Chamoiseau dans Les neuf consciences du Malfini. Cela induit une profonde mutation de la forme romanesque à laquelle le romancier, devenu « marqueur de paroles » ou «?raconteur?», semble désormais, dans le sillage de Chamoiseau, préférer les «?organismes narratifs?» écrits à la croisée de toutes les langues. Nous proposons une analyse de cette problématique suivie d'une «?mise en jeu?» des concepts qu'elle trace dans les contributions de Nicolas Pien, Joséphine Marie, Odile Gannier, Renée-Clémentine Lucien, Dominique Deblaine et Dominique Diard suivies d'un texte inédit de Dominique Deblaine, écrivaine de Guadeloupe.

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  • Que peuvent, après Chamoiseau et Confiant, nous donner encore les Antilles ? Les relèves sont diverses, nous rappellent ces auteurs, qui n'ont eux-mêmes cessé d'appeler d'autres travailleurs à venir de nouveaux horizons : ne les voit-on pas dans L'Éloge de la créolité tendre la main aux insulaires de l'Est ? L'île Maurice et Madagascar ont répondu présent. De nouvelles têtes chercheuses allongent le cou d'un peu partout : ce sont, parmi d'autres, Ananda Devi, Nathacha Appanah, Amal Sewtohul, Jean-Luc Raharimanana, Michèle Rakotoson, Johary Ravaloson. Avec eux, un déplacement d'aire littéraire est peut-être, discrètement, en train de s'accomplir. Souvenons-nous qu'on appelait autrefois l'Océan indien «?la mer des récits?» : celle-ci s'apprêterait-elle donc à prendre le relais de « Black Atlantic » ? En matière océane, il n'est pas d'influence qui tienne ; seule y règne en maîtresse l'origine incertaine des récits, et leur trouble confluence jusqu'à nous - pour peu que nous nous ouvrions aux murmures de ces îles indociles.

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  • 1998. Quatre ans après le génocide rwandais, dix artistes africains, les écrivains Véronique Tadjo, Koulsy Lamko, Nocky Djedanoum, Boubacar Boris Diop, Monique Ilboudo, Vénuste Kayimahé, Jean-Marie Vianney Rurangwa, Tierno Monénembo, Meja Mwangi, Abdourahman A. Waberi, le sculpteur Bruce Clark et le cinéaste Samba Félix N'Diaye, formant le collectif «Écrire par devoir de mémoire», se rendent sur les lieux de la tragédie. Deux mois durant, ils visitent les sites du crime, dialoguent avec les survivants, questionnent les bourreaux. Leur but : transformer les souvenirs fragmentés du génocide en une mémoire collective, mettre en mots l'innommable, trouver une forme dépassant les limites entre l'écriture factuelle et l'écriture fictionnelle afin de saisir le génocide dans toute son horreur et sa dimension humaine. Comment dire l'indicible ? C'est à cette question que s'applique à répondre cet essai.

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  • L'oeuvre de Victor Bérard (1864-1931), helléniste et politique, se singularise des travaux de ses contemporains par la place accordée au paysage dans sa réflexion historique et sa pratique archéologique. La présente enquête vise à en montrer l'importance.

    Après une enquête textuelle montrant comment se met en place une véritable «?poétique philologique?» qui place le paysage au coeur de la méthode de traduction et de commentaire du texte homérique de l'Odyssée, l'auteure se penche sur les pérégrinations du savant accompagné de son ami, le génial photographe Frédéric Boissonnas, dans les pas d'Ulysse.

    On voit alors émerger un subtil et complexe dispositif texte-image autour de la ruine qui façonne l'image d'une Grèce métamorphosée en Méditerranée, affranchie du temps et de l'espace, rendue disponible à tous.

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  • «?La Littérature est la Parole d'un Temps?», écrivait Hélène Bessette. Mettre en regard son roman, La Tour, l'un des premiers à prendre pour décor et pour sujet la société de consommation, avec Les Choses de Perec et La Guerre de Le Clézio permet de vérifier cette assertion. Chaque livre s'enrichit de la confrontation avec les deux autres et ces regards croisés font revivre la dernière décennie des Trente Glorieuses : la poétique de la ville, la représentation du monde des choses, les variations d'une oeuvre à l'autre sur la question du bonheur consumériste présentent ainsi la pièce des Golden Sixties en trois actes.

    Les trois romanciers saisissent la réalité de l'époque dans une langue et une forme romanesque originales qui repensent et les conventions du réalisme et les apports du «?Nouveau Roman?». Souligner le caractère pionnier de ces «?fictions singulières?», associer Hélène Bessette à ses illustres successeurs, c'est «?rendre justice?» à cette auteure injustement oubliée, et donner forme à son espoir d'être «?reconnue trente ou cinquante ans après sa mort?».

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  • Aujourd'hui, comment le récit de soi devient-il guide de vie ? Voilà l'une des principales interrogations qui traversent ce volume, qui privilégie la littérature contemporaine (Forest, Thúy, Taïa, Djian...) sans oublier les grands «?passeurs du soi?» du XXe siècle (Cendrars, Beckett, Cioran, Semprún...). Il en est d'autres : qu'est-ce qui dans le life writing (ou écriture de vie) transcende et dépasse la littérature, jusqu'à devenir signe constitutif d'un imaginaire collectif pour notre époque ? Comment écrire sur le trauma, point névralgique pour la genèse et l'élaboration des récits de soi, et faut-il traiter les récits sur la Shoah en modèles ? Comment le second Barthes redéfinit-il le récit de soi comme genre, et que faire des biographèmes chez Houellebecq ? Si l'on peut parler de dominante autobiographique ou autofictionnelle selon les récits, comment distinguer les stratégies d'écriture et de lecture correspondantes ? Comment le corps se dit-il, chez Alix Cléo Roubaud, Ernaux, Millet ou Rachid O. ? Quels sont les rapports du souci de soi et du récit de soi ? Et tout simplement, pourquoi et comment raconter sa vie ?

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  • Les textes qui composent ce volume sont issus des communications qui se tinrent lors du colloque «?L'oeuvre de Joseph Zobel : portées, héritages et modernité?» à l'Université des Antilles, les 13, 14 et 15 octobre 2015, à l'occasion de la commémoration du centième anniversaire de la naissance de l'écrivain, le 26 avril 1915. Ces contributions apportent un éclairage sur l'ensemble littéraire et artistique de cet «?auteur-carrefour?» du XXème siècle afin d'aider à comprendre comment cette oeuvre polymorphe parvient à faire trace dans le temps. Romancier, poète, nouvelliste, sculpteur, Joseph Zobel a construit une oeuvre représentative des enjeux linguistiques, anthropologiques, ethnoculturels et littéraires qui s'imposèrent à l'homme de culture noire et aux intellectuels des Amériques après la Seconde guerre mondiale. Écriture populaire, esthétique enracinée au coeur des traditions populaires, le texte «?zobellien?» révèle les mutations sociales antillaises qui émergèrent au lendemain de la période esclavagiste.

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  • Loin de figer Thucydide dans le rôle du parfait historien, L'Histoire labyrinthe jette un nouveau regard sur un épisode phare de son oeuvre, l'Expédition de Sicile. Plutôt que de considérer La Guerre du Péloponnèse comme un fidèle miroir du passé, l'essai suit le fil des contradictions du récit pour pénétrer dans le labyrinthe d'une oeuvre qui s'offre à une étonnante pluralité d'interprétations. C'est en parcourant, à travers les siècles, l'espace littéraire de l'Expédition de Sicile que l'on comprend le projet de Thucydide. oeuvre ouverte et aporétique, comme les dialogues socratiques de Platon, La Guerre du Péloponnèse défie, par ses énigmes, l'esprit critique des lecteurs et les entraîne ainsi aux controverses intellectuelles de l'Athènes classique. Pénétrer dans le labyrinthe de Thucydide, ce n'est pas seulement frémir devant les malheurs de l'armada athénienne, c'est aussi se frotter aux délicates questions du devenir historique, de l'éthique politique ou de la faute humaine.

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  • Face à l'oeuvre de Raharimanana, devenue incontournable, on propose de remonter le temps afin de mieux comprendre la violence langagière qui s'y exhibe. Ne s'expliquerait-elle pas par la trop longue fascination teintée de respect que témoignèrent à l'égard de la langue française ses prédécesseurs, Rabearivelo et Rabemananjara ? Ce qui leur faisait défaut, c'est bien cette violence symbolique exercée à l'encontre d'une langue venue du dehors. Ce double rendez-vous raté permet de comprendre qu'un Raharimanana se voit dans la nécessité aujourd'hui de ressasser encore et toujours un même devoir de violence. Celui-ci, une fois accompli, permettra à un Johary Ravaloson de s'en «?dégager?», d'évoluer en roue libre. Si le parcours anthologique de l'oeuvre de ces quatre auteurs est aussi une «?hantologie?», c'est que les fantômes de toutes sortes y abondent : ombres dans leurs poèmes, doubles dans leurs récits, spectres et suppôts dans leur correspondance comme dans leurs traductions, larves et lémures dans leurs cahiers. Or paradoxalement ces revenants ne sont pas seulement issus de la terre malgache, de ses contes ou de sa tradition orale : ce sont, de Baudelaire à Segalen, en passant par Rimbaud, ou Leconte de Lisle, traducteur d'Homère, tous des auteurs bien français. Francophones, encore un effort avant d'être révolutionnaires ?

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  • Dans la pénombre d'une salle de cinéma ou d'un salon familial se rejoue l'univers historique, dramatique ou mythologique de l'Antiquité sur toile de fond de notre imaginaire collectif. Que reste-t-il dans notre cinéma actuel des fameuses ruines romantiques et des artefacts brisés et incomplets, des fragments anciens, objets partiels qui ont fait l'identité visuelle de l'Antiquité depuis l'invention de l'archéologie jusqu'à nos jours?? Comment, dans ses mises en image de la culture populaire contemporaine (dessin animé, péplum 3D), l'objet antique en vient-il à être investi d'un pouvoir de métamorphose, dissolvant les frontières des mondes, des temps et des cultures comme par magie ? Au fil des chapitres, chacun constituant un cas d'étude, s'élabore une herméneutique de la réception antique à l'écran aujourd'hui, sous le régime de la métamorphose lumineuse et matériologique. Car tout est affaire d'éclairage, de regard que l'on pose, d'angle mort révélé, de matière qui s'illumine et se transforme.

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  • L'oeuvre de Patrick Modiano est un théâtre d'ombres. Des personnages évanescents surgissent et se dissipent sur la scène du monde, héros éphémères de récits tantôt tracassés, tantôt fracassés par l'Histoire. 1945 année zéro. L'écriture parie sur la puissance suggestive de la langue, ses harmonies et ses non-dits pour faire sens. Cette oeuvre de l'après-coup s'apparente à un nocturne, les romans modulant les multiples nuances d'un principe de mélancolie qui en dicte la partition. C'est qu'il n'est de juste écriture, pour le Prix Nobel de Littérature 2014, que dans l'exploration tourmentée des lendemains d'hier.

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