Littérature traduite

  • "Depuis que le réveil, en guise de tic-tac, dit con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, con-vo-ca-tion, je n 'ai pu m'empêcher de penser au commandant Albu (...). Dès que la fenêtre était devenue grise, j 'avais vu au plafond la bouche d'Albu en très grand, le bout de sa langue rose qui pointait derrière sa denture inférieure, et entendu sa voix narquoise : Pourquoi être à bout de nerfs, nous ne faisons que commencer." Dans le tramway qui la mène au bureau de la Securitate, où elle a de nouveau été convoquée, la narratrice lutte pour ne pas se laisser entraîner par son angoisse et le sentiment d'humiliation que son interrogateur va s'ingénier à provoquer dès son entrée. Elle a, un jour, osé glisser un message dans la poche du pantalon de luxe qu'elle cousait pour une maison italienne, comme une bouteille à la mer, depuis elle est convoquée... Elle voudrait pouvoir résister...

    Herta Müller nous transmet l'expérience de la dictature, de la peur et de l'humiliation à travers un style dont les phrases courtes ont la force et l'intensité d'un poème.

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  • En exergue l'auteur a écrit : «Ce roman rapporte des événements réels. Les personnages ne sont pas inventés.» Konstantin Boggosch n'a jamais connu son père, Gerhard Müller, nazi notoire et criminel de guerre. Toute sa vie, il n'a de cesse de fuir ce lourd héritage : il change de nom, quitte son pays, tente de s'enrôler dans la Légion étrangère à Marseille, devient secrétaire pour un groupe d'ex-résistants cultivés, revient en rda après la construction du mur quand tout le monde veut la quitter, s'inscrit aux cours du soir tout en travaillant chez un libraire et finit directeur de lycée dans une petite ville.

    Son frère Gunthard, lui, fait tout le contraire ; fier de son héritage, il s'estime trahi par son pays et en tire un ressentiment profond ; il essaye de récupérer l'usine de son père et de retrouver son statut - quitte à devenir un beau salaud.

    Malgré leurs efforts, ni l'un ni l'autre ne parviendront à échapper à l'histoire, condamnés qu'ils sont à être à jamais les «fils de» dont le destin est écrit par d'autres avant même leur naissance.

    Le père de Christoph Hein était pasteur, un grave crime idéologique dans la rda des années 50, ce qui l'a empêché de faire des études et l'a obligé à vivre sa propre existence dans les failles du système.

    Sous les apparences d'un formidable roman d'apprentissage et d'aventure, mené par un jeune homme énergique et sympathique, Christoph Hein nous fait traverser comme en passant soixante ans d'histoire allemande et offre une brillante réflexion sur la mémoire historique.

  • À l'ouverture des archives de l'Union soviétique, Natascha Wodin, obsédée par le souvenir de sa mère qui s'est suicidée à 40 ans, entame des recherches pour reconstituer son histoire. Déportée d'Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale, sa mère a été envoyée dans un camp de travail en Allemagne, pays où ses parents ont ensuite été contraints de rester sous peine d'être traités comme des collaborateurs du nazisme s'ils étaient retournés dans leur pays d'origine, sort rencontré par plus de 20 millions de personnes - non juives - exploitées comme esclaves par l'industrie et l'agriculture allemandes.
    Le récit suit le rythme des recherches de l'auteur et leurs difficultés. Il y a les fausses pistes, la lenteur administrative des services concernés en Ukraine et en Russie, les témoins disparus ou survivants, ceux qui ne savent pas mais sont prêts à inventer... L'auteur finit par reconstituer non seulement l'histoire de sa mère, mais aussi celle d'une famille entière sur tout un siècle. Les événements historiques sont présents, mais, dit-elle : « Je ne les raconte que s'ils avaient un rôle dans le destin de ma mère. Pour moi la littérature se trouve surtout dans les béances du destin, ces béances renferment le secret qui est à la fois l'objet de mon écriture et ce qui me fascine en elle. Le secret est la terre nourricière de la littérature. »

  • Autobiographie, fiction, chronique captivante de la bipolarité - un objet d'une force littéraire inouïe. Thomas Melle fait éclater la notion du genre et montre que la maladie peut être aussi une machine à fabriquer des fictions.

    L'auteur raconte trois accès de dépression qui l'ont conduit à chaque fois en hôpital psychiatrique. Le récit n'est pas une chronique de la maladie, mais plutôt le désir de trouver dans l'écriture et la littérature une « poétique de l'authentique », c'est-à-dire une perception de la double identité du sujet bipolaire vécue chacune comme la seule identité réelle.

    Le livre est bouleversant, Thomas Melle ne s'épargne pas. Son récit - espèce d'anti-roman d'apprentissage - alterne entre la poésie, les délires rocambolesques (une coucherie avec Madonna, un passage au McDo avec Thomas Bernhard...) et les situations les plus éprouvantes afin de raconter avec la plus grande sincérité ce qu'il lui est donné de vivre.

    Dans ce livre unique, l'auteur mélange avec maîtrise l'autobiographie, la fiction et la chronique et fait éclater la notion du genre en écrivant sur la bipolarité - ou plus précisément la phase maniaque -, qui peut être aussi une grande machine à fabriquer de la littérature.

  • Paula veut être peintre, elle ne veut que cela. La petite fille terrorisée par son père va trouver la force de s'opposer à lui d'abord, puis à son mari. Elle luttera pour exister, pour disposer de son corps, puis pour faire des études aux Beaux-Arts. Elle en paiera le prix: elle renoncera à son premier enfant. Paula se cuirasse contre ses sentiments, elle se construit contre les hommes, qu'elle n'hésitera pas à utiliser pour réaliser son rêve : peindre comme elle le veut, dans une Allemagne de l'Est où il est dangereux de s'éloigner des canons du réalisme socialiste. Christoph Hein crée un personnage magnifique de femme forte et pourtant si faible, qui est aussi une métaphore de la difficulté à être un créateur à certaines époques et une illustration du degré de contrôle et d'égoïsme nécessaire à qui sent et sait qu'il doit construire une oeuvre, qu'il y arrive ou pas. Un grand roman aussi émouvant que dérangeant.

  • Secrets

    Marcel Beyer

    Dans cette famille « silencieuse et dispersée » il manque pas mal de pièces. Carl, Nora, Paulina et leur cousin, le narrateur, n'ont jamais connu leurs grands-parents. Tandis que d'autres découvrent le passé dans les albums de famille, les quatre ado- lescents ne tombent que sur des photos découpées, des non-dits, des mensonges.
    Ce qui est soigneusement tenu secret dans la famille, et que les parents ne veulent surtout pas connaître, c'est l'histoire du grand-père pendant le Troisième Reich, qui abandonne sa fiancée pour s'engager dans la légion Condor et bombarder Guernica. Qui est cette « vieille », avec qui il s'est remarié et qui fait tout pour effacer son passé ? Et qu'est donc devenue cette grand-mère soprano aux beaux yeux italiens ?
    Sur les collines de la ville, où flottent de mystérieuses spores, le jeu innocent tourne à l'obsession et finit par éloigner le narrateur de ses cousins. Fiction et réalité se mélangent, peut-être qu'il vaudrait mieux tout oublier. Mais comment oublier ce qu'on ne connaît pas ?

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  • On ne fera pas croire à Lucia Binar, vieille dame indigne, fan de poésie, que le monde ira mieux quand sa rue des Maures sera rebaptisée rue des Morues. Elle a bien d'autres chats à fouetter, entre sa clavicule cassée, son propriétaire qui - gentrification oblige - veut la forcer à partir de l'appartement où elle est née et son repas chaud qui n'arrive pas. Quand les services sociaux de la ville lui recommandent de manger des biscottes en attendant la semaine suivante, elle sort de ses gonds et décide de retrouver l'employée pour lui dire ses quatre vérités. En attendant, les ascenseurs ont des comportements irrationnels, les hommes (moitié bachkirs, moitié tchouvaches) préfèrent raconter leur histoire plutôt que faire l'amour, les chauffeurs de taxi se répandent en invectives racistes, et Viktor Viktorovitch propose de découvrir les mystères de nos tréfonds et de pénétrer l'Esprit universel - mais dans quel état en sortira-t-on ?
    Tout va de travers chez Vladimir Vertlib, et si la réalité est étrange, les gens semblent encore plus altérés : veules, vulgaires, racistes et haineux, tout le monde en veut à tout le monde et sans la magie russe, on serait dans de beaux draps.
    Avec une incroyable agilité et un sens de l'humour à toute épreuve, Vertlib nous embarque dans une ville au bord de la crise de nerfs, sous le signe de Kafka et Boulgakov. Une critique acerbe et sans concessions du politiquement correct et du mythe de l'identité par un grand maître de la narration.

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  • Après de nombreuses années passées à sillonner le monde, Galsan Tschinag revient vers son peuple, les Touvas, des nomades du Haut-Altaï au nord de la Mongolie, pour y passer le soir de sa vie. Mais la situation est délicate, ses deux disciples chamans, ainsi que son peuple, ne sont pas d'accord sur le chemin à prendre pour affronter l'avenir. La vie nomade traditionnelle et le XXIe siècle se dressent face à face comme deux géants inconciliables.
    Pour apaiser les esprits, une caravane est envoyée au Lac Jaune où une colline sacrée doit être consacrée.
    La narration tisse des rêves et des souvenirs du narrateur qui passe sa vie en revue pour en retenir les moments les plus importants : scolarité pendant les années 50 staliniennes, études supérieures à Leipzig dans les années 60, la première rencontre avec le Dalaï Lama en 1981, et la réalisation de son souhait le plus cher : la grande caravane avec laquelle son peuple retourne en 1985 dans le Haut-Altaï pour reprendre le mode de vie traditionnel nomade.

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  • Bagdad 1930. Le jeune Anouar ne comprend rien aux mouvements politiques de son temps. Il rêve de belles maisons, de voyages et peut-être un peu de la soeur de son ami juif. Il rêve de devenir quelqu'un, mais il n'est qu'un petit voleur dont le talent se résume à la grande habileté à escalader les façades des maisons pour les dévaliser et voir la ville depuis leurs terrasses. Pris dans le tourbillon du déclenchement de la guerre il tombe dans les réseaux de l'organisation fasciste irakienne des Chemises noires. Ce qui lui vaudra de devenir factotum du grand mufti de Jérusalem réfugié à Bagdad et allié aux nazis pour combattre les Anglais en Palestine. Il fait partie de sa suite lorsque le Grand Mufti part pour Berlin en 1941. Là il finit de se perdre, bousculé par des événements qu'il ne comprend pas, et sera enrôlé dans une légion musulmane des Waffen-SS chargée de la répression des résistants de Biélorussie et de l'insurrection de Varsovie.
    Anouar va survivre, il retournera brisé et défiguré à Bagdad, où il reconnaîtra dans l'hôpital où il travaille comme coursier, un médecin SS rencontré sur le front de l'Est et devenu espion au service de la nouvelle République fédérale allemande.
    Avec cet incroyable roman d'aventures à l'écriture prenante, dense, dépouillée, Sherko Fatah nous fait découvrir une histoire dont les répercussions nous ouvrent les yeux sur le présent du Moyen-Orient.

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  • Pour son 750e anniversaire, la petite ville de Gigricht en Allemagne décide de favoriser l'intégration des étrangers : 5000 marks sont offerts à ceux qui auraient quelque chose d'intéressant à raconter. Rosa Masur, vieille Juive russe à qui on ne la fait pas et dotée d'un sens de l'humour à toute épreuve, se porte candidate. Elle a l'anecdote du siècle.
    Un siècle qu'elle a vécu de bout en bout, avec ses révolutions, ses guerres mondiales, ses soubresauts. Petite Juive dans un village biélorusse où les pogroms ne sont jamais loin, jeune fille émancipée dans la Leningrad des années 20, ouvrière dans une usine textile, puis traductrice de l'allemand. Pendant l'interminable siège de la ville, mère de deux enfants, elle fait du bouillon avec la colle du papier peint, alors que ses voisins dévorent leur canari, ou pire ; après la guerre elle doit batailler pour que son fils puisse étudier, l'antisémitisme étant entretemps revenu à la mode.
    Sorcières, apparatchiks, soldats, cannibales, passeurs, commères défilent dans une épopée menée tambour battant par une femme extraordinaire, drôle, intelligente, et qui n'a pas froid aux yeux. Même face à Staline.

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  • Ancien ingénieur, Willenbrock s'est retrouvé au chômage après la réunification.
    Il a rapidement pris les mesures de la nouvelle société et s'est lancé dans un négoce florissant : l'achat et la vente de voitures d'occasion. Ses clients viennent de l'Est, paient cash et sont pressés. Certains emportent la marchandise en Russie, notamment un certain Krylow, qui a travaillé en Allemagne pour le compte du gouvernement soviétique et s'est maintenant reconverti dans les "affaires", celles qui nécessitent des gardes du corps.
    Les temps ont changé : la nouvelle société voit désormais la violence et la corruption régler les rapports sociaux dans un monde sans espoir qui n'offre d'autre issue que le repli sur soi. Victime de cambriolages et d'agressions à répétition, Willenbrock résiste puis sombre peu à peu dans une paranoïa qui ne lui laisse aucune échappatoire : à la violence, il répondra lui aussi par la violence. Chroniqueur de notre époque incertaine, Christoph Hein raconte la transformation des rapports sociaux et humains dans les sociétés Occidentales, avec pour toile de fond la renaissance du capitalisme sauvage comme corrélat du postcommunisme.

  • Maja Haderlap raconte l'histoire d'une fillette et de sa famille, mais aussi l'histoire d'un peuple, la minorité slovène en Autriche. Elle raconte une enfance dans les montagnes de Carinthie, et son écriture sensible fait entendre les bruits de la maison et du village, les disputes des parents, elle fait sentir les senteurs de l'été, le parfum de la cuisine de sa grand-mère. Son héroïne est aussi une adolescente qui essaie de trouver sa voie dans un univers extrêmement étouffant, englué dans les réminiscences du passé familial et du passé slovène. La Seconde Guerre mondiale est certes terminée depuis longtemps, mais pour la minorité slovène elle est encore omniprésente, marquée par les règlements de comptes, les rapports difficiles avec l'Autriche et la présence d'une frontière quasiment infranchissable avec la Slovénie pour cause de guerre froide. En grandissant la jeune protagoniste lutte pour rassembler les fragments épars de l'histoire familiale et finit par trouver son propre chemin - et son salut - dans l'écriture.

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  • Deux otages dans le désert irakien.

    Ballottés d'un lieu à un autre, d'un groupe crapuleux à une bande de fanatiques, transportés dans des camionnettes brûlantes, le visage couvert d'une cagoule, jetés dans des réduits, des caves, cachés ou exhibés, menacés, molestés, ils ne savent pas où ils sont ni avec qui. La poussière est asphyxiante, la peur aussi, l'attente les consume lentement.

    Dans ce huis clos étouffant, deux hommes se jaugent, s'affrontent : Osama, l'interprète, ex-pilleur de tombes, aux prises avec un épisode peu glorieux de son passé, et Albert, l'archéologue allemand venu «faire le bien» mais incapable d'échapper à ce qu'il est.

    Sherko Fatah explore avec son talent d'écrivain confirmé ces déserts troubles, si lointains qu'ils nous semblent irréels, où l'enlèvement est un marché florissant. Il s'interroge sur la possibilité d'un dialogue entre deux hommes qui partagent le même destin, mais n'ont pas le même monde, et sonde les gouffres qui, malgré tout, subsistent entre eux.

    Un thriller littéraire au plus brûlant de l'actualité.

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  • Toutes les nuits, Anita, médecin urgentiste, parcourt Berlin dans une ambulance de premiers secours. Elle aime son métier et le fait bien, sauve des vies à un rythme digne des meilleures séries télé au cours d'opérations méticuleuses qu'on suit avec passion, dans une ville tentaculaire qui ne fonctionne pas si bien que ça.

    Le jour, elle essaie de survivre aux complications de sa vie sentimentale qu'elle mène avec une incroyable maladresse. Son mari, médecin, l'a quittée pour une femme douée pour la décoration intérieure, qui désire une vie parfaite de confort et d'élégance. Son fils adolescent a l'air de préférer ce confort aux capacités d'improvisation de sa mère.

    Un roman au rythme entraînant et au timing totalement maîtrisé.
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  • Merete est venue retrouver Andreas dans un hôtel de luxe à Durban pour lui annoncer la mort de son père. Ils se sont séparés quelque temps auparavant, car Merete aime un autre homme.

    Des années plus tard, Merete écrit leur histoire.

    Le roman se déroule sur ces deux temporalités, deux perspectives se confrontent : celle de l'oralité pendant la nuit à Durban, et celle de l'écriture, de la réflexion, de la mémoire.

    Andreas vient d'une famille aux origines multiples qui s'est fixée en Engadine. Les grands-parents paternels sont des émigrés italiens qui toute leur vie n'ont rêvé que d'une chose : émigrer plus loin encore et aller s'installer dans l'Ohio.

    La famille maternelle, elle, vient d'Allemagne et fait partie de ces réfugiés qui ont dû quitter les territoires donnés à la Pologne. Tous cultivent la mémoire de leurs racines, au point d'étouffer littéralement la troisième génération, celle d'Andreas.

    Merete a découvert le jour où elle a rencontré Andreas qu'elle était une enfant trouvée. Elle n'a pas d'histoire, pas de mémoire, pas de racines.

    Ensemble ils ont découvert que le trop-plein de mémoire tout comme l'absence totale de mémoire étouffent la vie.

    Le récit brillant suit les associations, les évocations, les flash-back, les bégaiements, les hésitations et les fausses pistes d'une mémoire tantôt trop pleine, tantôt désespérément vide.

  • Née en 1968 en Voïvodine (alors yougoslave, aujourd'hui en Serbie), Melinda Nadj Abonji a d'abord été élevée en hongrois par sa grand-mère. Elle a rejoint à six ans ses parents à Küsnacht, en Suisse. Deux patries, deux langues, deux libertés.
    C'est sur cette expérience que repose Pigeon, vole. La narratrice Ildikó Kocsis y raconte alternativement des histoires d'émigration et des anecdotes de Voïvodine. La famille Kocsis a trouvé son bonheur en Suisse. En 1993, elle ouvre son propre restaurant au village. Mais pour en arriver là, il aura fallu aux parents, Rosza et Miklós, de la force, de la patience et de l'humilité. Les deux filles, Nomi et Ildikó, donnent un coup de main mais aspirent à conquérir leur liberté. Elles ne veulent plus se laisser humilier et insulter parce que étrangères. Sur un ton vivace, coloré et plein d'esprit, Melinda Nadj Abonji raconte ces deux aspects d'une émigration et d'une intégration réussies. L'auteur démontre une grande virtuosité stylistique, capable de construire une forme musicale et un style extrêmement souple tout en conservant la limpidité de sa narration. Elle maîtrise ses différentes langues et en utilise musique et images pour élaborer ainsi une structure rythmique subtile, et pourtant facile à lire, elle nous conduit entre humour et tendresse à la fois à la recherche du secret du grand-père et à la poursuite des aspirations des deux soeurs. Le lecteur est aussi fasciné par la vitalité et la modernité de ces jeunes femmes que par le rythme de l'écriture.

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  • Rüdiger Stolzenburg a presque la soixantaine. Chargé de cours à l'université de Leipzig, il n'a aucune chance de voir sa carrière universitaire progresser - son champ de recherches, le librettiste et topographe Weiskern, n'intéresse personne, et de toute façon c'est le département tout entier qui est menacé. Sa vie privée n'est guère plus enthousiasmante, bien qu'il collectionne les femmes, jeunes, voire même très jeunes, et piétine allègrement l'amour de la seule femme qui tienne vraiment à lui. De plus le fisc vient de lui notifier un redressement d'impôts qu'il ne peut absolument pas payer.
    Rüdiger croit voir sa chance tourner quand une proposition lui parvient via Internet : un collectionneur cherche un acquéreur pour des manuscrits inédits et inconnus de Weiskern. Pris d'une passion furieuse pour ces textes, il remue ciel et terre pour trouver l'argent, et envisage même de se laisser acheter en échange d'un diplôme.
    Christoph Hein analyse à sa manière sobre et incisive la façon dont la chute du Mur et la réunification ont profondément modifié le cours de la vie des Allemands de l'Est. Son héros, naïf, mal à l'aise avec les règles d'une société dans laquelle chacun est en concurrence avec tous pour conquérir sa place au soleil, est l'éternel perdant de ce nouvel ordre du monde.

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  • L'itinéraire d'un terroriste islamiste malgré lui Né dans le Kurdistan irakien, Kerim ne connaît que la guerre, le pouvoir répressif des puissants, la violence : son père est tué sous ses yeux. Kerim, encore adolescent, le remplace au sein de la famille et de la petite entreprise familiale, une auberge, il prend sa place aux fourneaux. Jusqu'au jour où, allant rendre visite à ses grands-parents dont la famille est sans nouvelles, il est capturé par ceux qui se nomment " les combattants de Dieu " : enrôlé de force dans leurs rangs, il les suit dans leurs exactions jusqu'à ce qu'il arrive - au prix d'un crime - à se libérer de leur violence et à leur échapper.
    De retour dans sa famille, Kerim n'a qu'une idée : quitter l'Irak le plus vite possible et gagner clandestinement l'Europe, et plus précisément l'Allemagne.
    Kerim survit à une traversée clandestine épouvantable et débarque chez l'un de ses oncles à Berlin où il souhaite commencer une vie nouvelle. Là, ce sont d'autres problèmes qui commencent : son passé le rattrape, il lui colle à la peau, l'intégration dans le quotidien européen ne ressemble pas à ce qu'il avait imaginé, même s'il trouve sur sa route amour et bienveillance. L'échec est programmé.

    Sherko Fatah n'écrit pas un roman sur l'Islam, mais un roman qui révèle les différentes formes des extrémismes, leurs multiples pouvoirs de séduction et leurs conséquences.
    Il révèle ici la puissance de son style dans cette évocation de l'inéluctabilité du destin de ses héros.

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  • Dans une yourte du pays touva, un petit garçon rêve de devenir chaman ; il sait que ce sera difficile, mais il sait aussi que c'est là sa voie.
    Son frère aîné, instituteur et marxiste convaincu, décide de mettre fin à ce rêve en emmenant l'enfant apprendre à lire et à écrire en mongol dans une école loin des siens. c'est le début d'un véritable cauchemar pour l'enfant, qui déclenche catastrophe sur catastrophe dans une société dont il ne comprend ni les règles, ni la langue. plus tard, devenu l'un des meilleurs élèves de l'école, il réussit à imposer ses réels dons de chaman.
    Galsan tschinag retrouve ici son héros et double de ciel bleu. avec une grande maîtrise du rythme de la narration et du suspens, il nous donne à voir les traumatismes culturels et l'imbécillité "civilisatrice" auxquels ont été soumises les tribus du haut altaï. captivé par le style à la fois lyrique et précis de l'auteur, qui s'affirme ici comme un grand romancier, le lecteur est initié au parcours du chaman qu'est devenu galsan tschinag.

  • Voici une enfance lointaine dans un monde disparu.
    Le narrateur, en proie à un grand trouble intérieur, fait de curiosité, d'angoisse, de souffrance et de plaisir, raconte l'année de ses treize ans, année décisive, faite de découverte de la sexualité et de la vie, de séparations et de ruptures, avec la famille, avec sa petite ville, avec la RDA où ses parents se sont fixés. Il montre le paysage sociologique de l'Allemagne de l'Est des années 50, vu par un adolescent, élevé en milieu chrétien farouchement anticommuniste, qui subit les conséquences amères de l'opposition familiale au régime.
    Le refus des autorités politiques de laisser ce fils de pasteur continuer ses études classiques l'obligera, de même que son frère aîné, à partir pour l'Ouest. Le récit s'achève en 1956, lorsqu'en visite à Berlin-Ouest avec ses parents, il apprend en lisant un panneau lumineux l'entrée des chars soviétiques à Budapest. L'écriture sobre, retenue, distanciée, pleine d'humour mais aussi de sensualité atteint une grande puissance émotionnelle.
    C'est ici un écrivain dans la peine possession de ses moyens littéraires qui décrit avec tendresse et ironie l'enfant qu'il a été.

  • Dshrukuwaa fréquente une école très éloignée géographiquement et culturellement de la steppe où vivent les Touvas, sa terre natale, celle de ses ancêtres. Il suit le Chemin du savoir qui le conduit dans les voies de l'éducation moderne, socialiste à la mode soviétique dans les années 60, et prétend détruire les traditions millénaires de son peuple. La foi en le Père -Ciel et en la Mère -Terre est considérée comme arriérée et réactionnaire, les chamans sont poursuivis. Le jeune Dshrukuwaa, qui se sent une vocation de chaman est déchiré entre tradition et modernité, réalisation de la liberté individuelle et responsabilité à l'égard de la famille, du clan, de la tradition.
    C'est dans ce contexte, auquel nous avait introduit Le Monde gris, que le jeune Dshrukuwaa grandit, fait ses premières expériences sexuelles et rencontre le grand amour.
    L'apport de Tschinag est encore plus nettement autobiographique que dans les romans précédents, car le modèle de Dshrukuwaa n'est autre que l'auteur lui-même à la croisée des chemins entre modernité et tradition, sentiment d'appartenance et désir du savoir.

  • Fatah met en scène un trafiquant, le passeur, qui transporte dans un site non désigné (mais il s'agit manifestement du triangle formé par l'Irak, l'Iran et la Turquie) des objets devenus introuvables dans son pays, l'Irak, ravagé par la guerre et la dictature : alcool, cigarettes, ordinateurs, etc. A chaque fois, le passeur doit franchir une zone minée, particulièrement dangereuse, même si les paysans qui y laissent régulièrement leurs jambes ont commencé un
    déminage naturel et si le passeur dispose d'une carte précise où sont indiquées les zones dangereuses.
    Les mines ne sont pas le seul péril que doit affronter le passeur : la Sécurité intérieure l'informe qu'elle surveille son fils de treize ans qui milite au sein de l'opposition islamique. Le passeur entreprend alors un voyage dans la capitale, où il découvre la réalité de son pays.
    Le récit de Sherko Fatah associe la lente progression des contes orientaux à la tradition littéraire germanophone on pense, en lisant son roman, à Kafka ou à Handke, tant la précision du vocabulaire parvient à créer un monde auquel
    l'absence volontaire de repères géographiques confère une dimension universelle.

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  • Bernhard Haber, enfant d'une famille de réfugiés chassée de sa terre natale, ne parvient pas à se sentir chez lui dans la ville où ses parents ont dû se réinstaller : il a dix ans lorsqu'en 1950 sa famille quitte Breslau (Wroclaw) en Silésie pour une petite ville de Saxe dont les habitants voient d'un très mauvais oeil l'afflux de réfugiés et de sinistrés. Certes, on a besoin d'artisans et le père de Bernhard est menuisier, mais les habitants de la ville préfèrent confier leurs commandes à l'un des leurs. Un jour l'atelier du menuisier brûle, il s'agit probablement d'un incendie criminel, bien que la police ne puisse - ou ne veuille - en apporter la preuve. Le fils du menuisier n'a pas non plus la vie facile à l'école, les maîtres veulent le "rééduquer", il est la risée de ses camarades et on abat même son chien. Il jure de se venger.
    Christoph Hein laisse à cinq personnages, à cinq voix, le soin de raconter cinquante années de la vie de Bernhard Haber, des années 50 jusqu'à la fin du XXe siècle. Chacun des narrateurs l'a connu à un moment ou à un autre de sa vie, chacun d'entre eux porte sur lui un regard différent. Le roman se structure dans une sorte de kaléidoscope, les perspectives narratives se croisent et se répondent, le récit de vie sur fond de chronique sociale prend forme. Le lecteur découvre peu à peu l'ascension sociale de cet enfant marginalisé du fait du statut de sa famille.
    C'est dans la même petite ville saxonne, Guldenberg, que Christoph Hein avait déjà situé l'action de l'un de ses précédents romans, La Fin de Horn (1985 en Allemagne, 1987 pour la traduction française), un roman lui aussi polyphonique et faulknérien. Comme La Fin de Horn brisait l'un des mythes fondateurs de la RDA, ce roman met fin à un silence qui aura duré quelque cinquante ans. Il est vrai que les travaux des historiens et les ouvrages de vulgarisation ont ces dernières années raconté l'exode des populations allemandes chassées de Silésie, de Poméranie, des Sudètes et de Prusse orientale, mais ils ont fait peu de cas de l'accueil qui leur avait été réservé dans les deux Allemagnes, le sujet est resté tabou, avec ses corollaires, la xénophobie, la peur de l'étranger, l'hostilité à son égard.

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  • C'est quoi le programme ? demande Flick à tout bout de champ, c'est quoi le prochain boulot ? Flick est un homme à tout faire qui n'a plus rien à faire. Réparateur de choc, ouvrier modèle, il a passé sa vie à écumer les mines de lignite de la Lusace, en RDA : il est là pour que ça turbine. Mais depuis la chute du Mur, les mines de lignite ferment les unes après les autres, les machines sont à l'arrêt, et Flick est viré.
    Déboussolé, mais pas bégueule, Flick le fier ouvrier va pointer à l'Agence pour l'emploi : il veut du travail, on lui donne des jobs, il veut agir, on lui demande de se calmer. C'est un homme d'action, prêt à intervenir, à foncer dans le tas, faire quelque chose.
    Du coup, il enchaîne les missions les plus rocambolesques, au risque de faire du dégât, le boulot n'étant pas toujours livré avec son mode d'emploi.
    Armé de son casque rouge, de ses mousquetons, de sa corne d'appel, flanqué d'un petit-fils à capuche sympathique mais flemmard, il écume les unes après les autres, avec un systématisme acharné, toutes les formes du travail contemporain :
    Cueilleur de fraises, gardien d'oeuvres d'art, tronçonneur municipal... Don Quichotte contemporain, il franchit allègrement les frontières, participe à tout, se fâche avec tout le monde, sans jamais perdre son irrépressible envie de travailler.
    Volker Braun signe ici une fable explosive, où le travail est tout aussi aliénant quand on en a que quand on n'en a pas ; son Flick, vieux de la vieille, fanatique du boulot, est le parfait représentant de ce grand bousillage que nous vivons aujourd'hui.

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