Lettres Vives

  • L'écriture fragmentaire de La muraille de Chine s'inscrit dans la continuité de La Nuit du coeur (Gallimard, 2018), une muraille qui n'est autre que celle du langage que Christian Bobin combat depuis toujours, la fissurant de l'intérieur avec la simplicité du coeur, la sapant avec la violence de la beauté et la fulgurance du silence. « L'amour c'est d'être entendu sans avoir à parler et que la muraille de Chine du langage ne soit plus qu'une ruine fleurie. » Il ne s'agit pas de « détruire » le langage, mais bien au-delà, de lui redonner son berceau aérien de paroles, coupées de lumière et de vent.

  • Avec Le Huitième jour de la semaine, réflexion poétique qui ressemble à un récit initiatique, Christian Bobin nous invite à un voyage intérieur où se confond l'intime et l'universel. André Comte-Sponville dans L'Événement du jeudi en décembre 1991 en avait parlé ainsi : "J'ai découvert Christian Bobin par hasard.
    Une amie libraire m'avait offert un de ses livres, Le Huitième jour de la semaine, il y a une dizaine d'années, quand il était inconnu, et je sus alors ce que c'est qu'un chef d'oeuvre : un livre qui suffit à justifier qu'on ait vécu jusque-là, pour l'attendre, pour le découvrir, et cela valait la peine, oui, ou plutôt cela valait le plaisir, le bouleversant plaisir d'admirer - enfin ! - un contemporain". Il a réitéré ces propos à La grande Librairie du 4 décembre 2019.

  • L'Auteur retourne sur son passé pour y chercher la source même de son écriture. La mort croisée dans l'enfance, celle du père, est demeurée chez l'Auteur plus qu'une lampe, la fondation même de l'aventure des mots, de la vie tout court : "En partant, mon père, sans le savoir, m'a transmis toute sa force, son génie d'homme invisible. J'ai toujours considéré que loin d'être banale, la vie ordinaire était la plus haute vie, que nous n'en aurions pas d'autre.
    Qu'il fallait faire avec, et parfois s'élever contre." Même la nuit la plus sombre ne parviendra pas à éteindre cette lampe que l'Auteur promène depuis ses premiers livres, et qui est la poésie même. Ecrits comme un peintre ferait des petits tableaux, ces fragments surgissent comme des instantanés, donnant toute sa place à l'inattendu.

  • J'avais la cinquantaine passée et les yeux déjà fatigués par tant d'histoires, par tant de tours et de détours de la vie, mais j'avais cependant la certitude - et dieu sait que je n'aime pas le mot certitude - j'avais pourtant la certitude d'avoir franchi pour la première fois une porte, une porte béante...

  • Le Christ aux coquelicots est une lettre d'amour adressée à un Christ d'avant l'Église chrétienne, lavé de tout dogmatisme. Aux antipodes des poncifs religieux sur la puissance de Dieu, il nous fait toucher d'une manière miraculeuse à la fragilité du divin. Par son inspiration, par sa lumière, par l'extrême pureté de sa langue, Le Christ aux coquelicots restera un livre tout à fait unique dans l'oeuvre de Christian Bobin. À qui s'adresse ce livre ? Aux amoureux pour qu'ils ne perdent pas leur amour dans le monde, et à ceux qui ne croient plus en rien parce qu'on leur a dit qu'il n'y avait plus rien ni personne dans cette vie comme dans l'autre.

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  • Carnet du soleil s'inscrit dans la continuité de La plus que vive (Gallimard, 1996) dans la mesure où Christian Bobin reprend aujourd'hui sa plume pour écrire à celle qui bouleversa sa vie en disparaissant prématurément à l'âge de 44 ans : « Mourir ne referme pas le livre à sa dernière page » écrivait-il alors. En effet, il revient aujourd'hui vers elle, il lui parle de tout ce temps qui les sépare et pourtant...

  • Comme pour l'Intouchable, le succès d'estime des Fables fraîches pour lire à jeun ne s'essouffle pas au fil des ans. Il rassemble avec un art du raccourci saisissant le meilleur de l'humour et de la fantaisie de son auteur. Cet ensemble de nouvelles courtes tirées des plus savoureux recueils des années 40 et 50 que Pierre Bettencourt a imprimé lui-même sur sa propre presse, constitue une palette de situations que le caractère farceur, parfois insolent ou provocateur, mais toujours subtil et élégant de son auteur met en scène pour le plus grand bonheur des amoureux de la langue.
    De l'humour, de la distance, de la grâce, un mélange de cruauté et de tendresse qui remet l'Homme à sa juste place dans l'univers qu'il devrait selon lui habiter avec une grande modestie, et comme par effraction.

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  • La vie, malgré. Malgré quoi ? Malgré tout.
    Tout ce qui l'obscurcit, la salit, la détruit. La vie malgré la douleur, la déchéance, la mort. Au jour le jour. « Chronique », donc. Comme cette Chronique d'un égarement de l'auteur (texte publié par Lettres Vives en 2011) dont ce livre est en quelque sorte un prolongement. Ou « journal », si l'on préfère. Journal du temps. Car ces pages relèvent essentiellement du journal, de cette écriture non pas des événements de la vie de l'auteur, de ses sentiments, de ses pensées, mais du jour, de sa lumière, de son perpétuel recommencement - de cette extase ou Amnésie du présent, pour reprendre le titre d'un essai récemment paru. Journal, oui, de l'énigme d'être là, d'être vivant.

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  • «Lire Alexandre Romanès c'est connaître l'épreuve de la plus grande nudité spirituelle» écrit Christian Bobin. Ce nouveau recueil est une mise en abyme incroyablement poétique des deux mondes, celui des Gitans et celui de la société occidentale, dans lesquels vit Alexandre Romanès. Il y déplie leurs confrontations qu'il interroge avec un regard implacable et des gestes d'une sublime douceur, avec une violence vitale et une sensibilité issues d'une mémoire intérieure millénaire. En lisant Le Luth noir, les mots simples semblent retrouver la virginité originelle d'une langue commune, celle du coeur, où l'intuition, la pudeur, la liberté, l'émerveillement perdu mais aussi la mortelle nostalgie trouvent le chemin ascendant d'une pensée pure et délivrée de tout artifice, de toute intention.

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  • Chez nous on cache son visage.
    Le corps, pas d'importance. le corps va nu sous le soleil, le blond soleil qui brûle le jour, qui brûle la nuit.
    Car chez nous il n'y a pas de nuit. ce qu'on appelle la nuit c'est par commodité, quand l'amour vient aux amoureux, quand deux corps se serrent l'un contre l'autre comme deux épis de blé sous le même vent. quand deux amants mélangent leurs jambes, on dit qu'ils font la nuit. une nuit privée, une petite nuit de rien du tout pour deux personnes, deux corps légers sous le soleil.

    Même quand ils font la nuit, les amants ne se montrent pas le visage. interdit. intouchable. impensable.

  • Je ne vois pas la mort comme une montagne de cendres mais comme un fleuve qui sort de la poitrine du mort, une barque chargée à ras bord de fleurs odorantes, une extase dans le noir, la vie à son zénith.

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  • Derrière la façade mystérieuse de ces plantes ou de ces animaux bizarres n'appartenant ni à nos familles, ni à nos catégories, se dissimulait-il quelque part le double de cet étranger dont nous nous sommes crus les seuls détenteurs et qui, déposant parfois son sourire sur un de nos visages, nous a permis d'entrevoir les audaces de l'âme quand elle veut bien devenir l'âme humaine ?

  • Un cratère à cordes est un texte « incandescent, aux intonations visionnaires qui nous plonge dans l'espace orgasmique et organique des sombres ardeurs du corps et de l'écriture ». Dans ce dernier écrit, Marcel Moreau empoigne avec ferveur et renouvellement les thèmes majeurs de son oeuvre : le livre, le corps, la femme, les mots, l'amour, le verbe, la création, l'ivresse, le rythme, les sens, la musique, le langage, avec ce ton jubilatoire, explosif, pulsionnel, abyssal, instinctif, dévergondé, épiphanique, effervescent, intestinal, flexueux, dionysiaque... qui définit son univers si créatif, tempétueux, riche en néologismes géniaux et en cris d'insoumission.

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  • Balestra, recueil de maximes poétiques de Gilles Dattas, est un livre tout à fait original. Croisant son expérience de l'escrime (il a enseigné vingt ans l'art du fleuret), avec celle du dessin (il pratique cet art depuis l'enfance), Gilles Dattas écrit une sorte de manuel qui, comme à la Renaissance, allie tout à la fois l'art de l'escrime, l'art du beau, et l'art de penser. À lire Gilles Dattas, nous prenons conscience que nos conversations ordinaires sont aussi des «joutes». L'art de l'escrime ainsi révélé, l'ex-escrimeur devient sous nos yeux un proche parent des poètes. Les scènes de la vie courante sont capturées comme dans un rapt. La poésie de son regard saisit ce que tout le monde croise sans le voir, attrape le détail minuscule qui transfigure la vie.

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  • Joël Vernet fait dans ces Petites heures le récit de son enfance et de son adolescence dans les années 60, dans la solitude d'une ferme isolée et d'une maison de village, un royaume où la pensée et l'imaginaire de l'auteur se sont élaborés avec ferveur. La mort du père annoncée sur le banc d'école fut une blessure qui l'ouvrira étrangement à la littérature. Cette enfance pauvre au coeur d'une nature initiatique s'est ainsi construite à travers ces petites épopées de la vie ordinaire qui feront plus tard le terreau même de sa sensibilité et de son écriture. Le récit de son enfance nous initie à son tour à la très haute poésie du ciel et de la terre.

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  • Tout au long de ces années, les livres de Joël Vernet se sont écrits au-dehors, non loin de sa maison ou bien, tout au contraire, dans les pays de l'étranger. C'est en franchissant les seuils que les mots ont pu se lever en lui, accomplissant ainsi de lents détours. Une leçon de patience. Toute une vie pour la patience. Pour la traversée et l'échappée. Toute une vie à tenter de vivre au sommet, c'est-à-dire au plus près des choses, des visages et des éclairs de la lumière partout au coeur de l'humain.
    « Je suis allé, le plus souvent seul, à l'écart sur les sentes, les lisières, à la périphérie des villes. J'ai marché vers la steppe, au-delà des frontières, car le silence l'exigeait. Puis j'ai levé les yeux, j'ai contemplé et entendu [...] ».

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  • Parler de dieu, du silence, de la mort, de la lumière, du vide ou de la vie éternelle est un pari impossible. À part dans le doute et le bégaiement. Et pourtant tous les poètes s'affrontent à ces questions. Et nous bégayons les thèmes qui se répètent depuis des siècles. Ce texte est né d'un journal et d'extraits structurés sur trois années d'écriture qui explorent méthodiquement ce bégaiement comme un tournoiement de la pensée pour trouver appui. Il compte parmi les plus intimes et les plus émouvants de Dominique Sampiero. Bégaiement de l'impossible et de l'impensable est le dernier volet d'une trilogie formée avec Carnet d'un buveur de ciel, et Le maître de la poussière sur ma bouche.

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  • Dieu ou quelque chose comme ça  est une interrogation ... cette fois plus directe et plus intérieure que jamais ... sur ce que l'on pourrait nommer la transcendance, cet indicible qui se profile derrière tout être, toute chose, cela même qui nous échappe et qui est pourtant là, qui nous traverse en silence dans le quotidien de nos vies. Le sous-titre du recueil indique les fausses pistes vers lesquelles le mot Dieu pourrait conduire le lecteur : « petit traité d'un agnostique ou à tout le moins de quelqu'un qui se croyait ainsi bâti ». La recherche d'Yves Namur se situe au niveau de cette improbable jointure du corps et de l'esprit, de la lumière et de l'obscurité, de la physique et de la métaphysique. Fidèle à sa démarche, cette voix ne cesse d'interroger le regard du dedans. Une écriture de l'intériorité dont le dépouillement fait la force et la beauté.

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  • « J'écris un petit livre qui n'est qu'une chanson, j'écris pour celle qui n'écrira jamais. Je reprends son enfance par la main et, pour la première fois, nous savons aller ensemble sur les chemins, cheminant côte à côte, devisant sous les nuages passagers. » Celle qui n'a pas les mots est sans doute le récit le plus autobiographique de Joël Vernet qui retourne sur les chemins de son enfance à travers le visage et la vie de sa propre mère, murée dans le silence d'une fin de vie douloureuse. Un parcours qui éclaire la vie et l'écriture de l'Auteur, sa vision du monde et son rapport à l'écriture. Texte poignant et magnifique par la justesse et la grandeur de sa modestie.

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  • Ce texte de Roland Chopard développe à travers « la voix », de manière singulièrement intérieure et distanciée à la fois, une réflexion sur l'expérience de l'écriture, sa finalité, ses moyens, ses limites.
    En 1986 dans les Vosges et en 2007 à Baume-les-Dames deux incendies font disparaître ses manuscrits. La métaphore filée de « la cendre » a permis à Roland Chopard de transgresser ces désastres successifs et de chercher à savoir ce qu'il y avait à déceler « sous la cendre ». C'est ainsi qu'une écriture difficile à classifier s'est peu à peu mise en place : ni récit, ni autobiographie ou autofiction, ni poème, ni essai, mais quelque chose de transversal à tout cela, un ensemble méditatif de 6 suites et variations d'une sensibilité inouïe qui tente de cerner cette voix perdue et retrouvée.

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  • Boire le ciel est une vieille coutume dans le nord.
    Dès les premières tétées, au sein ou au biberon, petite blancheur sous la peau ou le verre, la mère s'assoit, voie lactée docile, près d'une lucarne ou d'une fenêtre, et s'il fait bon, dehors, en plein ciel, sur une chaise de paille ou un seuil de pierre bleue. les yeux de l'enfant s'ouvrent, se ferment, et le lait glisse en lui avec les oiseaux, les nuages, le bleu et le gris du vide. avec les flaques, les chenilles, les araignées et les lombrics, la vie minuscule et volage.
    Le feu et l'air. d. s.

  • Depuis ce temps, tous les lits sont des barques, les draps des linceuls bordés de roseaux, les filles que je mets nues ont de longues écailles, des corps pailletés d'alevins, je bois leur lait à genoux dans la fougère, m'enfonçant dans leur paresse qui pleure, leur souche, la truite de ma langue les fouille dans les creux, mes doigts longent leurs berges, s'arriment à la blessure que je leur fais.
    Je remonte le fleuve jusqu'à essoufflement, j'y épuise toutes mes forces, et je m'échoue sur la vase douce de leur ventre, à attendre les pluies de mon sommeil.

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