Le Realgar

  • « Broussaille de bleus » est un recueil de poèmes de James Sacré illustré par les dessins de Jacquie Barral. L'auteur se remémore sa jeunesse, les amis et paysages d'enfance et les pays visités, (États-Unis, Maroc, etc.) et à partir de ses souvenirs, mène une réflexion sur le paysage, sur la couleur bleue dans le paysage. Puis comparant le peintre et le poète dans leur relation au paysage, étend sa réflexion à l'écriture du poète sur le paysage.

  • « Tu n'es pas un corps » est un recueil de dix longs poèmes de Jean-Claude Leroy illustrés par les encres de Gwenn Audic. Tout au long de ses poèmes, l'auteur dénonce tour à tour et avec virulence mais désenchantement, toutes les dérives de notre société : société du divertissement et du spectacle, matérialisme prédominant, État policier et société de surveillance, élimination des voix discordantes ou contestataires, société nucléarisée, société dominée par une caste politique et économique, politiques hypocrites et affairistes au détriment de l'altruisme et de l'amour.

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  • « C'est bien parce que le poème s'avère seul capable d'intégrer l'expression la plus subjective à l'exigence d'une pensée qui, jamais, ne se contentera « d'interpréter le monde », qu'Emmanuel Ruben n'a pas récusé la voix dont, toujours, essayiste, romancier, il écoute l'accent, disant ainsi très haut l'abjection d'une Europe en proie à des démons surgis des culs-de-basse-fosse de sa longue histoire. Terminus Schengen... Une telle errance, une aussi tragique pérégrination au bout de la honte comme de la détresse ne rend dès lors pas exclusivement compte du destin des « migrants » mais, haletante, escortée de cris, de murmures, contraint quiconque veut en parler à la dignité du chant. Le reste est affaire d'urgence. De crimes et de cynisme. De trains, de camions ou de piétinements. De mains lavées dans un seau où brillent les étranges reflets des étoiles que l'on cousait il n'y a pas si longtemps aux vêtements des voyageurs. » Lionel Bourg

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  • Icecolor

    Emmanuel Ruben

    Cet homme est-il de la confrérie navrante des voyageurs plumitifs ? Cet homme pense-t-il qu'il suffit d'aller s'empoussiérer la semelle pour se ravauder la cervelle ? Non, la poussière est d'or qui le hante encore_; cet homme, que nous voudrions suivre ici, cet homme s'en va chaque année depuis ses vingt ans vers le Nord, carnet de croquis à la main, quêter de sa baguette divinatoire son Graal fantôme ; après quoi il rentre au pays, dessine, grave, sculpte et peint pour de bon ; sur ce, il paraphe en bas à droite PK. Per Kirkeby.

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  • « La tendre indifférence du monde » s´est abattue sur L´étranger d´Albert Camus qui apparaît ici comme témoin ou puissance tutélaire. S´il est vrai que sur ce rivage où les dieux parlent dans le soleil, le cri de ralliement des jeunes pousses étaient « Tant pis si j´en crève ! », il n´en reste pas moins que tous avaient un amour immodéré de la vie des sens et de la jouissance des heures claires. Sous divers masques et sur quelques portraits en pied, le narrateur fait tourner, au cadran de l´Algérie d´avant, l´ardente aiguille qui marque tous les temps de bonheur qui jalonnèrent sa vie.

  • Écrivain de la conscience et du non-dit, Isabelle Flaten met en scène les drames intimes qui secouent les membres d'une même famille dans une petite ville de Norvège. Poursuivant les chemins tracés avec Les Noces Incertaines (2014) et Se Taire ou Pas (2015), elle conjugue les questionnements du couple et des relations humaines avec l'usage de la parole. Quand cette dernière croit délivrer, elle cloître ; et lorsqu'elle semble fermer les portes de l'altérité, elle ouvre en réalité bien des possibilités. La force du langage face à la fragilité de nos consciences, c'est tout le propos de l'auteur dans ce roman ancré dans des territoires enneigés, théâtre des passions bouleversées de personnages semblant sortir tout droit des drames d'Ibsen. Bavards comme un fjord ou l'expression rêvée pour appréhender le mouvement du sentiment vers la parole.

    Un extrait : « Elle aurait dû s'arrêter. Elle ne pouvait pas deviner, ici ce sont toujours des bêtes qu'on retrouve sous les roues. Elle ausculte la voiture, en scrute les quatre ailes, les pare-chocs et le bas de caisse, mais rien, ni plus ni moins abîmée qu'auparavant. Une simple coïncidence. Elle aurait tout de même dû s'arrêter, le bruit ressemblait à celui d'un choc. Cela ne veut rien dire, les gens sont sacrément emmitouflés en cette saison. Il vaudrait mieux en reparler avec Dag. Un frisson la parcourt, elle défait son peignoir, se douche et file au travail. Dehors, tout est noir, le soleil pas encore levé, pas même un croissant de lune, l'air est saisissant. Moins quinze à coup sûr. À la cafétéria, sa collègue établit la liste des achats. Sigrid a à peine suspendu son manteau que le téléphone sonne. »

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  • « Y a-t-il dans l'air, grâce à des fleurs, un narcotique qui se respire, est-ce la quantité des eaux dormantes ou bien la transmission, par la piqûre d'un insecte spécial, d'un virus qui touche au tempérament ? Les riverains, ici, flottent, divaguent. Ils ont dans les yeux du miel rose. Ils parlent très bas dans une langue sans verbes et, selon eux, le fleuve est féminin. Le plus souvent, ils dorment au soleil blanc de janvier, au soleil frais après chaque averse de mars, au soleil dans le fil de soie des brouillards de mai et au simple soleil roux d'octobre ; sur les coteaux ombreux, l'été. »

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  • Avec « Les deux mariages de Lenka », Isabelle Flaten emmène le lecteur à Prague à la rencontre d'une galerie de personnages dont la vie vient d'être bousculée par la révolution de Velours. À l'ombre tutélaire de la capitale tchèque et de ses intellectuels - Milos Forman, Vaclav Havel - Lenka, veuve d'un sympathisant du régime communiste se défait des compromissions du passé et découvre les affres d'un monde nouveau. Dépossédée de ses repères, contrainte à de nouveaux accommodements, Lenka trouve en Paolo un nouvel amour qui, peut-être, la libérera des petits arrangements conclus avec sa conscience et lui fera oublier la cruelle vérité d'une époque que les retournements de l'Histoire ont mise au grand jour.

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  • » Lassée des hommes / la pente a entrepris du raidissement / de partout / à des instants variés / il y a le trait hurlant des chutes / et un matin / comme on passe par-delà la verticale / c'est une page qui se tourne »

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  • « Si je ferme les yeux, je retourne sans effort près de ce fleuve. Voici ses eaux, tranquilles sous la lune. Et parmi les gazelles venues s'abreuver, trois fois plus haut que leurs échines, te voici, Enkidu. Enkidu, je te devine dans la nuit, massif comme un roc, vif pourtant, ramassé dans un geste au milieu des roseaux, la chevelure hirsute tombée sur ton visage, ta bouche qui lampe à grand bruit l'eau du Tigre. Le jour, les bergers effrayés fuient ta silhouette immense, ton regard fauve, tes muscles couverts de pelage. Le soir, ils redoutent tes cris sauvages, ta folie, ton mystère. Tu chasses leur gibier, tu mènes ta harde, impunie, au milieu de leurs champs. Et contre toi, les chiens sont impuissants. »

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  • Lendemain de l'indépendance de l'Algérie. Il faut tout apprendre de la métropole pour les centaines de milliers de familles pied-noir rapatriées aux quatre coins de la France. Dans le travail mémoriel qui est celui de l'auteure, comment accorder ce monde d'hier à un quotidien ancré dans le présent, où la nostalgie n'a plus sa place ? Interrogeant avec obstination la destinée familiale, c'est aussi l'empreinte de l'Histoire, la transmission et la notion même de racines que celle-ci remet en question. « Ce n'est pas un travail scientifique ou historique que j'ai entrepris, mais une opération alchimique sur une matière rétive » écrit Frédérique Germanaud. Dans un récit documenté que balisent les traversées successives de la Méditerranée, ce sont lieux de vie, douleur de l'exil et Algérie d'aujourd'hui qui se mêlent dans la quête d'une vérité émancipatrice du passé.

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  • « Voici, offerte à notre fréquentation contemplative, une oeuvre - une présence, pourrait-on dire - de Pierre Soulages : Peinture, 56 cm x 39 cm, 08/07/2013. Cette petite peinture outrenoire vit, bouge, s'immobilise un instant, souveraine, s'éclaire et s'assombrit, croise en elle, de mille façons au fil du temps, diverses panoplies de l'obscur, du noir, du gris et de la clarté ; elle se fait hypnotique, navette ensorcelante du rien et de la plénitude, de l'intégrale matière et d'une dimension sacrale ; elle est émettrice de déclinaisons rythmiques de maintes variétés de son noir lumière. Présence, présences... qui nous convient à une aventure silencieuse en contrée d'inconnu ».

  • Cristina

    Herminia Caloniz

    « Sainte, enluminée d'un lilas, Maman pique un baiser dans l'échancrure d'une chemise, en fait voler les manches. À nos pieds, les corolles, pressées les unes aux autres, grenues, glacées, font étinceler, autour de pétales en plein ciel, la fraîcheur du couchant. Rives rassérénées d'orage, d'un pourpre achevé. Sur de petits étangs, des champs de nymphéas, lis, nénufars, filent où les prend le courant. Les carillons sonnent l'heure du goûter. Pointes, tiges effrangées du soleil reparu. Maman, criblée de lunes d'eau, en auvent à la pluie, croque un gâteau. Dans ses poches : cigares au miel, à l'amande concassée - éclats d'Orient. Un liseron de lumière court. Les lotus en peau d'ange se creusent. À la dérive, rougis comme des sexes, des nélombos au coeur écrevisse ; plus avant, jaunets en guirlandes dénouées, pâmoison des plantes ».

    On n'explique pas la douleur. Ne raconte ni l'enfance, ni l'adolescence, ni la jeunesse, ni la vie que le sang teinte d'émois parfois tumultueux et que le seringa, le lilas ou les grappes de fruits mûrs parfument comme s'ils s'épanouissaient à l'orée même des songes. C'est là. Cela naît par bouffées, chaque séquence du livre ravivant les souvenirs de l'auteure qui, sachant que l'on ne sépare pas le sentiment de sa gangue charnelle, ressent jusqu'à les désirer plus intensément encore les instants où, dans la langue, au sein des mots et des gestes quotidiens, tout tremble, tout vacille. (Lionel Bourg)

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  • Mon livre

    Patrick Laupin

    « Une phrase, oiseau de fortune, ombre Magellan, de parfaite beauté et mystérieuse harmonie, abrite dans son royaume du silence, rêve, folie, génie, enfance. À toute heure son dur enfantement des syllabes sonne l'heure intacte. Depuis toujours je cherche à lui rendre corps, âme et présence. Je ne cherche pas vraiment à rendre son sensuel et l'envoûtement de son charme, par la seule faculté de l'écriture, ça se passe plutôt en écoutant l'intonation d'une voix, la plus sensible, la plus ancienne, celle de la musique des enfants des ténèbres et de la nuit, que je retranscris lettre à lettre, sous dictée, comme si ces voix, télépathie ou pierre de rêve, de prière tactile, s'inscrivaient à nu sur la paroi de ma poitrine, hiéroglyphe latent de la chair physique de mon verbe, qui tourne et insiste dans l'hélice du souffle et récapitule le sens vécu de ma vie jusqu'à ce qu'il puisse être entendu et même de tous les murs qui voudraient parler. »

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  • « Rongé par le doute, et déterminé comme pas un, Julien Bosc n'a cessé de se vouloir poète. Il a payé le prix fort et il s'est fait poète. Et non pas comme d'innombrables semblants, mais poète très rare. André Bernold avait su déceler à la lecture d'un dialogue écrit sur le fil d'une tragédie sans nom, De la poussière sur vos cils, un texte unique. On peut en dire autant de cette geste murmurée par des gorges inactuelles : Le coucou chante contre mon coeur. Loin des discours engagés, des proclamations stériles, c'est à un exercice d'intériorisation que s'est livré un homme de ce monde, un homme désemparé, savant et sensible. Hanté par une sienne mémoire des vagues d'exil dans une Europe déchirée par la haine, né juif et redevenu juif par obligation morale dans une époque marchandant si volontiers toute dignité, redevenu errant, étranger démuni dans un pays de possédants marqués par le racisme toujours là et instrumentalisé à outrance, Julien Bosc a repris sans plaisir un rôle délaissé, celui du veilleur dans la nuit. Pour que l'humanité ne s'oublie pas tout à fait. »

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  • En route

    Pierre Bergounioux

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  • « Sept. Il existe toute une mystique autour de ce chiffre. Les sept archanges de l'apocalypse, les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept péchés capitaux, les sept merveilles du monde, les sept notes de musique, et bien sûr les sept mercenaires. Pour tout vous avouer, je m'en fous, j'ai jamais cru à ces conneries de chiffres sacrés. Mais c'est vrai que si on cherche on trouve, c'est ça qui est beau dans le grand bordel magique de la vie. Parce qu'en y réfléchissant bien, les sept gaillards à qui je rends hommage dans ce livre, sont un beau mélange de tout ça à la fois : Les sept archanges de l'apocalypse, les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept péchés capitaux, les sept merveilles du monde, les sept notes de musique, et bien sûr les sept mercenaires. Mais ce sont surtout sept chiens magiques, sept étoiles noires et tordues du drapeau américain, sept moudjahidines de la bibine, sept poilus sacrés, sept sauvages du mot de l'art et de l'amour, bref sept grands poètes. Sept bonhommes que j'aime, même s'ils m'ont bercé trop près du mur. Voilà donc sept hommages pour sept artistes. Dans l'ordre d'apparition : J. D. Sallinger, Richard Brautigan, Charles Bukowski, Henri Miller, John Fante, Jim Harrison et Raymond Carver. Comme dit Al Pacino dans Donnie Brasco : « Je te raconte pas ! » En plus on m'informe que Daniel Damart, le joyeux éditeur aurait éternellement sept ans et que Régis Gonzalez le grand qui crayonne avec mes mots aurait sept doigts. Moi-même il me reste sept dents. La vie est dingue. C'est merveilleux non ? »

  • Un homme venu d'ailleurs vit au fond d'un bois reculé. La découverte inopinée d'un étrange animal lui permet de trouver l'amour, de se confronter à la sauvagerie des hommes et de retrouver le rire.

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  • Dans un style plein de pointes et de surprises, les personnages de ce roman prennent leur place au fil des pages comme dans un effet de poupées gigognes. Au centre : ce thème tabou. L'argent ! Source d'empêchements, pas les mêmes pour tous évidemment, traité avec cruauté et amusement mais sans caricature.

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  • « Suivre le chemin universel et sauvage du deuil. Dire la richesse de l'amour de la mère, cet amour qui survit, lui... Amour de l'enfant et amour de la mère devenant les courants d'un seul flot... Les manifester, leur donner mots, images, musicalité par l'entretien du lien qui subsiste... L'élever pour qu'il soit entendu du ciel... Il paraît qu'on veut toujours « crier l'amour » et du plus haut sommet, s'il vous plaît ! En ville, il nous reste les toits. C'est peut-être déjà la poésie. Dire aussi la richesse très mystérieuse de la Grâce qui accompagne quelquefois l'endeuillé, les forces invisibles de la vie qui l'escortent tandis que tour à tour, elles l'exhortent ou qu'il se révolte du plus profond d'une nature humaine bien incapable d'accepter la mort de l'être cher, encore moins sans hommage. Un hommage à l'échelle de sa force ... Donner mots, images, musicalité par l'entretien du lien qui subsiste... Dire la riposte levant de toutes ses forces l'amour plus fort que la mort. Et toc. Une riposte maladroite, magistrale et lucide, à grand renfort tantôt de l'inespérée douceur des mots, tantôt de leur inespérée vision ... Comme si la poésie était l'ancestrale parole magique capable de susciter l'être cher un instant encore et de porter son amour à hauteur de l'ange ... »

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