L'arbre Vengeur

  • Of course

    Franz Bartelt

    Un tueur en série qui massacre les femmes avec un fer à cheval, un commissaire qui roupille tout le temps, un apprenti détective désoeuvré qui résout l'énigme tout en cherchant son père biologique, une petite ville où boire est le seul remède à la mélancolie, tels sont quelques ingrédients de ce faux polar style Série noire, mais vrai numéro de voltige à la Bartelt qui se lance dans un roman comme un jockey dans un tiercé, avec comme cravache des phrases parfaites et absurdes, des aphorismes hilarants et des décors gris comme une orange. C'est irrésistible quand attend d'un auteur qu'il vous emporte où il veut, et si possible loin de vos pompes, of course... Dans ce petit roman, c'est la quintessence d'un auteur au galop unique, au trot entêtant, au pas cadencé. Un bonheur.

  • A Nice, au début des années 30, un retraité aisé et mondain hésite entre plusieurs femmes qu'il manipule cyniquement. Il les courtise mais les méprise bien davantage qu'il ne les aime. Tout ainsi est jeu et dissimulation, les vrais sentiments sont masqués et les créatures du roman évoluent dans cette ambiance de fausseté typiquement bovienne.
    Mais Un célibataire (1932) est l'un des rares romans de Bove dont les personnages ne sont pas complètement assaillis par l'impuissance d'agir et l'angoisse de la survie. Ils s'abandonnent même par moments aux charmes de la séduction. A la fin, le héros célibataire confie à son ultime visiteuse : « Personne n'est fait pour se comprendre. »

  • Quinze rounds

    Henri Decoin

    Un combat de boxe c'est quinze rounds de violence, de calcul, d'espoirs, de renoncements, d'erreurs tactiques, de beaux gestes fulgurants, c'est un jeu de massacre dont il faut sortir à temps, c'est une course contre soi-même et contre l'autre, l'adversaire qu'on croit battre et qui se relève sans fin jusqu'au moment où c'est lui qui vous abat. Quinze rounds c'est le récit halluciné d'un homme devenu fou qui revit sans fin, devant qui veut l'entendre, le calvaire de son dernier combat, celui de trop, celui dont on ne se remet pas.
    Raconté minute par minute, il nous tient entre les quatre cordes de ce récit syncopé, virtuose, frénétique, exténuant, toujours à la lisière de l'épuisement.
    Rarement boxe et littérature auront aussi bien dansé ensemble.

  • Il y a un réel défi à oser aborder la figure du révolutionnaire Saint-Just avec le prisme de la littérature sans renoncer à en éclairer la dimension politique. Arnaud Maïsetti s'est approché de cet astre qui n'en finit pas de brûler pour nous raconter, pas à pas, le parcours d'un jeune homme à la beauté ambiguë qui usa d'une langue emportée pour dénoncer, dénoncer sans fin et jusqu'à la lie l'injustice faite à l'homme. Longeant l'Histoire avec les libertés de l'écrivain, l'auteur nous conte au plus près, au plus fort, les soubresauts de celui qui conquit le pouvoir avec son alter ego Roberspierre pour venger le sort de ceux qui ne l'eurent jamais. Un livre de poussière et de lumière, un livre fort, fait de tremblements et d'exaltation pour nous exposer une figure qui nous hante sans fin.

  • Maîtres du vertige : six récits de l'âge d'or Nouv.

    La SF française, même si le terme n'existe pas encore ici, connaît son premier âge d'or de 1918 à 1935.
    Le genre est identifié dès la fin du XIXe grâce aux succès de Verne et Wells. Les Anglais l'appellent « scientific romance », les Français « roman scientifique » ou « merveilleuxscientifique » selon Maurice Renard. Porté par un élan fondateur jusqu'au déclenchement de la Grande Guerre, le genre se relance après et entre alors dans une période faste où les thèmes classiques sont déployés et raffinés à l'extrême : entités mystérieuses, savants fous, fins du monde, quatrième dimension... 2500 oeuvres négligées pour la plupart Six de ces oeuvres sont rassemblées ici, précédées d'une longue introduction de Serge Lehman qui revient en détail sur la naissance de cette SF française des origines.

  • Cette longue nouvelle écrite en 1926 met en scène un individu à la fois idéaliste et misanthrope qui acquiert à l'âge de 35 ans une île dans l'intention de la transformer et de créer un univers dont il sera le maître.Ses espoirs déçus, il s'installe sur une deuxième île plus petite et sombre peu à peu dans la plus totale indifférence avant de finir hanté par ses obsessions.

  • Victor Bâton vit dans l'obsession de se faire des amis. Trentenaire qui tire le diable par la queue mais se refuse à travailler, il subsiste de sa pension et parcourt la ville dans des vêtements usés qui ne le rendent guère séduisant. Pourtant il s'accroche à chaque rencontre, se fait un espoir de chaque regard et n'en finit pas de s'inventer un avenir qu'une magnifique amitié illuminerait. Dans un Paris sans lumières, il nous raconte sa quête en détail.
    Avec ce premier roman, Emmanuel Bove ébranla la littérature : son écriture, qui allie densité du style et simplicité formelle, ironie mordante et compassion, a traversé le temps.
    Mes amis est un chef-d'oeuvre, de ceux qui touchent chaque lecteur. Une rareté qu'il est indispensable de ne pas manquer. Il a reçu le Prix Initiales 2017

  • Architecte en fuite, le héros de ce premier roman est un bavard qui cause beaucoup de lui-même et de son grand projet : écrire un roman. Et tant pis pour sa femme elle-même auteure un peu en vue. Lui ne sait pas trop comment engager l'affaire mais il a une idée ou plutôt un personnage, plutôt vague : un officier SS pétomane... T ournant, virant, théorisant, il rame sacrément. Jusqu'au jour où, par dépit, il ouvre le journal intime de sa femme et y découvre qu'elle a sans doute un amant, un certain Léon, particulièrement bien monté. Le ton est donné, il ne va avoir de cesse de retrouver l'impétrant pour comprendre l'attrait irrésistible qu'il exerce sur sa compagne.
    Désolant d'incertitude mais plein de théories (pas si fumeuses que ça) sur la littérature, le narrateur cause et nous réjouit.

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  • Les insectes sont plus inventifs que cruels : le sphex paralyse ses proies pour qu'elles servent de nourriture à ses larves. C'est sous le signe de cet insecte sans pitié que Bégout a choisi de placer ses nouvelles cruelles. Reprenant une forme qui fit la gloire de Villiers, Lorrain, Barbey ou Borel mais avec l'éclairage violent de notre modernité, il nous invite à un étrange voyage dans son imaginaire. Au coeur d'un monde devenu précaire, dans ces décors dévastés que nous ne voyons plus, il invente des histoires glaçantes, des situations extrêmes ou des portraits terribles qui vont brouiller le quotidien qui les a faits naître. Moments où tout bascule dans le ridicule, la terreur ou simplement le bizarre, ces trentesept nouvelles vont vous emmener très loin: à côté de chez vous...

  • Raconté par un homme vieillissant que la vérole a défiguré mais qui reste précieux car il sait inséminer les fleurs du vanillier, Les Tortues nous plonge dans un épisode dramatique de la vie de ce survivant :
    Une épidémie qui ravagea l'équipage d'un bateau de trafiquants transportant des tortues géantes. Au son des carapaces s'entrechoquant, dans l'angoisse d'un navire noir qui les poursuit, les hommes ont vécu dans l'espoir d'un trésor sans cesse plus éloigné. Incapables de se libérer de leur prison sur les eaux, ils ont dû affronter leur propre terreur, la variole et enfin la mort tapi dans l'ombre.
    Inspiré par Melville, envahi par les vapeurs alcoolisées qui rappellent Lowry, dans une ambiance à la B.Traven, ce roman symbolique est un des diamants noirs de la littérature du XX° siècle.

  • L'ex-magicien de la taverne du Minho Nouv.

    À travers ces quinze nouvelles, il s'agit de donner à lire le meilleur d'un auteur considéré comme le précurseur et le maître de la littérature fantastique brésilienne, dont aucun livre n'a jamais été publié en langue française. Elles sont souvent brèves et empruntent les chemins du banal avant de les faire basculer dans un à-côté étrange. Oniriques, absurdes, elles n'ont pas de chute, comme s'il s'agissait de suspendre le sens de chacune. Personnages banals, monstres de petits formats, héros inexistants, ils composent une galerie de personnages que l'auteur élève avec minutie en utilisant une écriture au cordeau.

  • Un humoriste, on a du mal à l'imaginer en famille, entouré de ses enfants, de sa femme, de la bonne et du chien... Un humoriste, on le voit plutôt seul, en goguette, décochant à tout venant, à tout moment, traits et saillies pour la plus grande allégresse d'une cour mondaine et bambocharde. Encore une fois, Jerome K. Jerome bouleverse les idées reçues. Le grand humoriste britannique se montre ici englué dans les soucis domestiques du bon père de famille, éperdu d'admiration pour celle-ci, déçu par celui-là, aux prises avec les voisins, les fournisseurs et les animaux d'alentour.

    L'achat d'une nouvelle maison, avec les aménagements qu'à sa guise chacun, dans la famille, souhaite y porter secrètement - ou bruyamment - est un prétexte merveilleux pour aiguiser la verve de l'humoriste, et si rien ne vaut le rire pour corriger les moeurs, elles sont ici, on le verra, suffisamment châtiées pour en sortir régénérées.

  • François Appas a vécu dans sa chair ce qui peut arriver à chacun?: la vision sublime d'un être inconnu. Pour lui ce fut le mouton qui a peu à peu envahi son cerveau. Avec ce livre, il creuse le sujet, en quatorze chapitres laineux et sans haine, sans en faire un méchoui, plutôt une célébration dans laquelle il apparaît clairement que l'auteur doit savoir se détacher du troupeau pour bêler à sa manière les joies ovines. Voici une suite de considérations qui constitue une «?quasi rhapsodie?», une ode à la différence en plein champ, une vengeance aussi face aux tourments endurés devant le loup (il n'y a pas que les chèvres pour lutter), une manière enfin de rendre justice à cet animal qu'on a déjà vu pleurer. Quant à Tarbes, c'est une autre histoire...

  • L'homme qu'on appelait jeudi ; un cauchemar (The Man Who Was Thursday : A Nightmare paru en 1908 est le plus célèbre "thriller métaphysique" de Chesterton. Sa traduction (de 1911...) méritait sérieusement un rajeunissement, d'autant qu'il manquait des passages... Ce roman est considéré comme une oeuvre charnière du XXe siècle, entre Lewis Carroll et Kafka ou Borges qui d'ailleurs le vénérait.
    Plus qu'un roman policier, il s'agit aussi d'un roman d'aventure, d'une sorte de vaudeville, d'apologue, de variation philosophique et humoristique qui en fait un objet littéraire inclassable et qu'on peut lire à plusieurs niveaux. Autour d'un mystérieux complot anarchiste, GKC tresse un entrelacs de rebondissements qui surprennent et ravissent.

  • Anthelme est célèbre?! Le Président de la République en personne vient décorer dans son village l'auguste chercheur qui a consacré sa vie à l'étude des insectes, composant une somme qui constitue un sommet littéraire. Mais Anthelme est un homme, qui vieillit et qui songe encore à l'amour. En s'inspirant des comportements des petites bêtes fascinantes qu'il a observées, il va donc imaginer un «?crime?», dicté par ses sentiments les plus ambigus, qu'il espère parfait et dans la lignée de cette amoralité si caractéristique du monde animal qui n'a de comptes à rendre à personne.

    Sans jamais citer le nom de Jean-Henri Fabre qui lui a servi de modèle, Jean-Louis Bailly a ciselé un petit roman perfide, la vie minuscule d'un grand homme caché derrière sa réputation. Vif et intelligent.

  • Nom de noms

    Gilles Verdet

    Dans chaque récit qui nourrit ce roman choral, s'entrechoquent, avec humour et dérision, des petites destinées et des grandes déconvenues : lignes de vies qui s'entrecroisent d'un chapitre à l'autre, engendrent des rencontres improbables, des occurrences impromptues et des destins incertains, suscitent des envies de sexe et de meurtre. Et attirent des convoitises d'argent rapide.. Des mensonges anodins et des grandioses impostures.
    Des accès de cupidité et des personnalités doubles. Des vies ratées et des espérances déçues. Pendant qu'autour d'eux se vide le canal Saint-Martin pour son nettoyage décennal. Il découvre les débris, les rebuts et les objets obsolètes enfouis dans la fange et la boue. Et met au grand jour tout ce qu'on aurait tant souhaité dissimuler...

  • Mirbeau était un grand romancier mais il mettait de l'énergie à bousculer ce genre bourgeois : il débuta le siècle avec un Décaméron fou et ravageur, placé sous le signe d'une maladie alors en vogue, la neurasthénie. Avec ces contes cruels où défile une humanité inquiétante et odieuse qui provoque ses ricanements inspirés, les scènes de cure pyrénéenne qu'il imagine nous offrent la peinture de fripouilles, crapules, imbéciles et autres sales individus auxquels il règle leur compte d'un trait impitoyable. Livre de l'excès d'un homme blessé qui a choisi le rire pour se venger de la folie de la société, livre du dégoût qu'une vivifiante drôlerie permet de surmonter, ce roman, dans lequel il déploie son humour ravageur, est la plus belle revanche d'un écrivain qui fit de sa colère une gloire.

  • «?Les nouvelles de Reinhard Lettau sont ainsi autant de pièges spirituels et inquiétants dont notre imagination ne se libère que difficilement. Nous avons affaire à coup sûr à un dangereux magicien puisqu'il sait apparemment trouver le défaut de la cuirasse grâce auquel l'imaginaire peut s'introduire dans le réel et le bouleverser.?» Publiées au début des années 60 en Allemagne, elles marquent d'emblée le territoire d'un écrivain doué pour les labyrinthes imaginaires excitants comme nous les aimons.

  • Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l'intérieur ! Ou alors être prêt à l'aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l'ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s'achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

  • Huit nouvelles sur l'imposture qui mettent en scène des New Yorkais pathétiques ou malins. Une manière en huit variations de découvrir l'étonnante palette comique de cet humoriste qui fit la jonction entre Twain et les comiques du New Yorker, doué d'un sens du récit qui en fait un modèle pour une ribambelle d'écrivains américains. Son univers amusant l'a malheureusement coupé d'une partie d'un lectorat, surtout en France, qui n'a vu en lui qu'un humoriste là où il y avait bien du Tchékhov (en moins slave).

  • Que se passe-t-il quand un écrivain, par nature voué au confinement quotidien, se voit rejoint par l'ensemble d'une population qu'on invite à rester cloîtrée ? Au pire il écrit ce qui lui arrive pour constater que ses congénères font comme lui et se racontent à grand renfort d'adjectifs égotistes et d'évidences narcissiques.

  • Avec ce court roman obsédant, Bove rend hommage au roman russe et nous rappelle ses origines slaves en imaginant un coupable obsédé par l'aveu d'un crime que nous ne connaîtrons pas, flanquée d'une Violette dont la plus grande misère est l'incapacité à comprendre les fluctuations de l'homme qu'elle accompagne. Il revient à ces figures qui traversent son oeuvre, désespérés qui veulent payer pour des fautes qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir commises, jugés pour des crimes qu'ils sont prêts à avouer, coupables surtout de supporter leur misère en osant éléver la voix. Personnage fugace, Changarnier est une des plus belles figures de l'univers bovien, un récalcitrant pathétique qui ose crier sa misère en exigeant un respect dérisoire. Un Bove pour le coeur.

  • « Tout, dans ce royaume vert incomparable, appartient au surnaturel : cette prodigieuse beauté d'une nature secrète, cette attraction irrésistible, cet arbre, ne voyez-vous pas ce qu'il a de fantastique et de mystérieux, dans sa volonté de vivre ? » Abattu par la cupidité des hommes venus s'enrichir dans la forêt amazonienne, « L'Arbre-Dieu » git depuis trente ans au milieu d'une clairière que nul n'ose plus approcher. Deux hommes vont néanmoins retourner à son chevet avant de plonger dans la selve profonde et dangereuse. L'un est jeune et ne sait rien de cet univers où l'entraîne son aîné, un chercheur persuadé qu'au plus profond de ce royaume invisible se cache une civilisation oubliée.
    Comme les autres livres de La Montagne morte de la vie, ce cycle fantastique majeur qu'il inaugure, ce roman possède sa part d'étrangeté et de beauté, captivant l'esprit du lecteur par ses descriptions d'un univers originel où l'homme n'est qu'un intrus. Mais c'est aussi un parfait roman d'aventures mettant aux prises deux explorateurs qui ont le don de se tirer des périls pour aller au bout de leur enfer, rêvant d'un paradis qui n'est peut-être que dans leur esprit.

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