Honore Champion

  • En reconnaissant qu'il n'a « fait que de la musique française et n'aime que l'italienne» (Dictionnaire de musique, art. «Copiste »), Rousseau avoue tardivement l'embarras dans lequel l'a mis sa conversion à la musique italienne survenue, selon les Confessions, en 1744 à Venise. La profonde contradiction du musicien et du théoricien de la musique, qui l'empêchera jusqu'à la fin de sa vie d'en finir avec la question musicale, culmine durant la Querelle des Bouffons quand le même Rousseau triomphe sur la scène parisienne avec son Devin du village et rejette radicalement le modèle musical français au profit de l'italien dans sa Lettre sur la musique française. C'est pourtant à partir de cette conversion suspecte à la musique italienne qu'il élabore progressivement une puissante théorie musicale qui, doublée d'une philosophie de l'origine des langues et de la musique, parviendra à ruiner les fondements de l'esthétique classique française.

    En s'appuyant à la fois sur une analyse comparative des écrits de théorie musicale et des compositions et sur une analyse littéraire des différents récits de conversion qui jalonnent l'oeuvre de J.-J. Rousseau - dont la fameuse « Illumination de Vincennes » -, l'ouvrage révèle l'exceptionnelle fécondité théorique de cette conversion musicale problématique sur l'oeuvre philosophique et littéraire. Pensée à la fois comme clef de lecture et comme dispositif d'écriture, la notion de conversion éclaire, renouvelle et enrichit considérablement l'interprétation de l'oeuvre d'un musicien devenu philosophe (presque) malgré lui.

    Martin Stern est né en France en 1965. Il est professeur certifié et docteur en philosophie, spécialiste de l'esthétique baroque. Membre de l'Association Rousseau et régulièrement invité à des colloques internationaux sur le XVIIIe siècle, ses travaux ont déjà donné lieu à plusieurs publications scientifiques, notamment dans les Studies on Voltaire and the Eighteenth Century. Également musicien polyvalent, il a étudié la musique baroque au Conservatoire (C.N.R.) de Lille.

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  • Le problème, central depuis la Renaissance, des bons comportements peut se lire comme un débat entre une civilité au caractère universaliste et une politesse en quête de distinction, débat à l'évidente portée pédagogique et que régulent les questions morales. La civilité, comme la politesse engagent une conception de la société qui évolue singulièrement entre la fin du règne de Lou is XIV et 1789. Cette étude s'efforce de mettre en lumière les argumentations complexes et chatoyantes développées pour légitimer la politesse, ou au contraire, l'affaiblir, à l'horizon d'un christianisme abandonnant peu à peu ses positions traditionnelles pour répondre aux interrogations d'une société en crise.

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  • L'écriture de l'Histoire par un auteur prolifique et protée comme Defoe reflète les mutations épistémologiques et l'instabilité de son époque. Présent sur tous les fronts en étant à la fois espion au service du gouvernement, journaliste et écrivain, Defoe a véritablement pris part à l'histoire de la Grande-Bretagne. Il est indissociablement lié à l'Union anglo-écossaise qu'il étudie minutieusement dans ses textes historiques, ses écrits journalistiques, ses pamphlets, sa correspondance et ses poèmes. Son implication dans les événements qu'il relate lui accorde le statut d'observateur- participant de l'Histoire qu'il écrit. Son historiographie s'étend au-delà de l'Histoire britannique : Defoe s'attache aussi à écrire l'Histoire du monde invisible dans plusieurs traités sur le surnaturel et la démonologie, ainsi que l'Histoire des petites gens, ce qui donne à son historiographie un caractère populaire, permettant d'observer le glissement de l'Histoire au roman (novel), qui naît du caractère évolutif du discours de l'histoire.


    Emmanuelle Peraldo poursuit ses recherches sur la littérature anglaise du dix-huitième siècle et son entrelacement avec l'histoire, portant son attention sur d'autres auteurs d'ouvrages historiques de toutes sortes (histoires politiques, militaires, ecclésiastiques ou populaires). Elle travaille aussi sur le lien entre littérature et géographie dans le cadre des récits de voyages. Emmanuelle Peraldo est Maître de Conférences et agrégée d'anglais à l'Université Jean Monnet, Saint- Etienne, et elle est membre du SEMA-SE (CELEC).

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  • On connaît en général les Mémoires secrets dits (à tort) " de Bachaumont " comme une source d'informations sur la vie culturelle de la seconde moitié du XVIIIe siècle utile aux historiens, aux spécialistes de la littérature, du théâtre, de l'opéra ou de la musique, de l'esthétique. Ces 36 volumes, publiés de 1777 à 1786, ont proposé sous forme de chronique rétrospective un vaste panorama critique de la République des Lettres en France (de 1762 à 1787). Une de leurs particularités, qui les distingue des autres périodiques littéraires, est d'une part de couvrir un champ culturel plus vaste (théâtres de société, pamphlets religieux et manuscrits clandestins, textes matérialistes), et d'autre part de fournir une information événementielle élargie de plus en plus spécifiquement politique. Une équipe internationale de chercheurs réunis autour de l'UMR LIRE (Littérature, Idéologies, Représentations - CNRS N° 5611) à l'Université Stendhal Grenoble 3 a entrepris (sous la direction de Christophe Cave et Suzanne Cornand) l'édition critique de ce texte, qui paraît dans la collection "Les dix-huitièmes siècles " des Éditions Champion.
    Mais les Mémoires secrets sont moins à lire comme un répertoire d'informations que comme un texte qui construit l'information, invitant à s'interroger sur les discours et les logiques événementielles qui y organisent l'espace culturel des Lumières. L'objet du présent volume est de montrer ce par quoi ils se singularisent : leur vis critica est à la fois une force critique qui peut sembler animer les moindres nouvelles, une appartenance manifeste à l' " esprit critique " des Lumières dont les conséquences sont aussi politiques, et un sens du débat qui sans être totalement nouveau est déjà en prise avec la constitution des opinions publiques et de la "médiasphère ". Loin de ne concerner que les spécialistes du discours de presse, ils invitent à une réflexion sur ce qui pouvait intéresser un public de lecteurs durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle et rafraîchit toute l'image qu'on se fait du siècle des Lumières, révélant à la fois des pans cachés de sa futilité, des formes discrètes de son esprit contestataire et des aspects frappants de sa proximité avec notre société de spectacle.
    L'objet du présent volume est d'évaluer la nature et la spécificité de la critique esthétique des Mémoires secrets. Pour ce faire, nous sommes souvent amenés à comparer les informations, le ton, et les paramètres formels et axiologiques de l'évaluation des Mémoires secrets avec celles d'autres périodiques ou d'autres media. L'enquête, menée ici par des spécialistes de ces disciplines, confirme dans une large mesure la spécificité et l'originalité des Mémoires secrets dans le champ journalistique. La première partie entend définir quelques paramètres de la critique sous différents aspects (Temporalités, énonciation politique, imaginaire social), la seconde dessine quelques uns des " champs" culturels où s'exerce la critique (théâtre, opéra, musique, Poésie, Arts plastiques), la troisième partie examine la fabrication des Mémoires secrets, c'est-à-dire les intertextualités qui permettent d'appréhender ses contours.

    Christophe Cave, qui enseigne à l'Université Stendhal-Grenoble3, membre de l'UMR LIRE, principalement spécialiste de la presse et de Voltaire, dirige le présent volume qui réunit les contributions de spécialistes de la presse et des disciplines.

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  • Ce volume est une réunion de textes inédits et d'autres publiés dans une revue « confidentielle ». Son objectif premier consiste en l'étude des oeuvres trop ignorées de Jean-Jacques - ce qu'il est convenu d'appeler les «minora » - afin de montrer combien l'auteur s'y révèle autant que dans ses écrits majeurs, que ce soit sur le plan de la pensée ou sur celui de l'autobiographie. Comme le titre l'indique, il s'agit à la fois d'études sur ces textes et de documents de Rousseau, pour la plupart inédits ou entièrement revus sur les manuscrits. Dans la première partie, l'auteur se penche sur des constantes réflexives comme: « Ils ne me pardonneront jamais le mal qu'ils m'ont fait. » Ou sur la manière dont le premier Livre des Confessions a été réinventé à la lumière d'une pensée fondée sur les deux premiers Discours (ce dont témoigne particulièrement l'introduction du manuscrit de Neuchâtel), les mythes qui perdurent (celui des « Montagnons ») ou la notion de vertu et de nécessité dans les «minora ». La seconde partie propose des textes inédits et commentés sur Plutarque, Tacite, l'Émile, ou des éditions de textes oubliés : les Lettres à Sara et la pseudo-Lettre à l'archevêque d'Auch.

    Ancien professeur à l'Université de Neuchâtel, Frédéric S. Eigeldinger s'est penché durant trente ans sur les manuscrits de la Bibliothèque publique et universitaire de sa ville. Il en a revisité tous les manuscrits littéraires au moment de concevoir la « Salle Rousseau » (1982) et s'est intéressé à les publier soit en fac-similés (Essai sur l'origine des langues, Les Rêveries du promeneur solitaire), soit dans diverses éditions critiques, comme Le Lévite d'Éphraïm, La Vision de Pierre, Émile et Sophie, etc., aux Éditions Honoré Champion.

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  • Des récits aimables mais sans prétention littéraire, tombés d'ailleurs en désuétude ; une succession de bons mots et de plaisanteries égrillardes, plus ou moins raffinées, nées au détour de la conversation; un divertissement oiseux pour aristocrates oisifs. Telles sont les images qui s'imposent communément au lecteur contemporain, grandement dédaigneux des poetae minores et ignorant des conventions du siècle, lorsque sont évoqués les contes en vers au XVIIIe siècle. En plein triomphe des Lumières s'invite effectivement dans le paysage littéraire cette production singulière, foisonnante et féconde, mais qui n'a jamais fait l'objet d'une analyse d'ensemble. Poésie de société, création collective et sérielle, le conte en vers manifeste indéniablement le goût du persiflage et du badinage propre aux mondains et restitue avec vivacité la physionomie d'une époque avide de légèreté et encline à la licence. Sous la plume des admirateurs des Contes de La Fontaine transparaissent toute l'insolence et la sensualité du XVIIIe siècle. Véritable phénomène de mode, comme le conte de fées qui le précède, le conte en vers semblerait presque anecdotique avec son charme suranné, mais ce serait oublier avec quelle justesse il éclaire la part d'ombre d'un siècle qui n'était pas tout entier tourné vers la raison et le combat philosophique, mais savait aussi se divertir de bagatelles. Presque à son insu, il se constitue ainsi en genre littéraire à part entière, marginal certes, non codifié par les théoriciens et décrié par les tenants de l'orthodoxie littéraire, mais pratiqué par les auteurs reconnus, à l'image de Voltaire, comme par les plumes de second ordre, tel Grécourt, l'auteur le plus prolifique du temps. Relevant de la poésie fugitive, le récit versifié se présente comme une émanation directe de l'art de la conversation si prisé à l'époque qu'il impose des thèmes aux écrivains et modèle la poétique des textes. Libertin par sa philosophie, le conte l'est avant tout par son écriture allusive et subversive, facétieuse et malicieuse. Témoignant de la crise de la poésie au siècle des Lumières, il incarne de toute évidence la recherche d'une voie poétique nouvelle, empreinte d'humilité, de légèreté et de simplicité, et qui récuse au plus haut point la gravité et le sublime.

    Stéphanie Bernier-Tomas, agrégée de Lettres modernes, docteur ès Lettres, poursuit des recherches sur la poésie au XVIIIe siècle, sur les genres mineurs et marginaux du siècle ainsi que sur le libertinage.

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