Bord De L'eau

  • David Graeber, anthropologue atypique, à la fois professeur à la London University et l'un des initiateurs d'Occupy Wall Street, a fait une entrée fracassante à la fois sur la scène scientifique et sur la scène politique en montrant comment un des facteurs qui maintiennent les peuples sous le pouvoir des banques est le sentiment moral que toutes les dettes doivent être remboursées. Un sentiment né il y a 5000 ans en même temps que l'État, le marché, les grandes religions... et l'esclavage.
    La thèse fascine et appelle à la discussion. Notamment sur le point de savoir au nom de quelle conception de la démocratie elle peut être tenue. Sur cette question, dans un texte écrit en 2005 pour La Revue du MAUSS semestrielle et repris dans ce livre, l'érudition et le brio de D. Graeber font encore merveille. Non, montre-t-il, l'Occident est loin d'avoir le monopole de la démocratie, et, contrairement à l'opinion omniprésente, ce n'est sûrement pas la "culture occidentale" qui l'a fait apparaître et prospérer.
    Si on entend le mot culture au sens anthropologique, il apparaît en effet que la culture occidentale est introuvable (d'où une réfutation savoureuse et convaincante des thèses de Samuel Huntington). Et si on entend par culture la culture des lettrés, alors il n'est pas difficile de se convaincre que ceux-ci, en Occident comme ailleurs, se sont constamment opposés à la démocratie. Celle-ci, en réalité, ne naît et ne vit que dans les marges des systèmes de pouvoir.
    Où l'on voit toute la force d'une anthropologie anarchiste, revendiquée comme telle, et qui n'avait rien produit d'aussi puissant depuis Pierre Clastres. Reste, cependant, que tout le monde ne peut pas vivre dans les marges et hors pouvoir, et qu'il faut donc se demander ce qu'il peut et doit subsister de l'esprit de la démocratie dans le cadre des sociétés étatiques.

  • Michael Hudson est considéré par certains comme un des meilleurs économistes contemporains. S'il comprend mieux le capitalisme actuel - un capitalisme rentier et spéculatif - que nombre de ses collègues, c'est sans doute parce qu'il a travaillé à Wall Street et dans diverses commissions avant de se plonger dans l'étude à la fois de l'histoire économique et des diverses théories économiques. Il en résulte, pour commencer, un renouvellement complet de l'histoire de la dette et du crédit (qui a fortement inspiré David Graeber dans Dette). Où l'on voit qu'à Babylone et dans le judaïsme antique, on abolissait les dettes tous les 25 ou 50 ans (c'est ce qu'on appelait le jubilé) pour permettre à l'économie et à la société de repartir. « Et pardonnez- nous nos offenses... » voulait dire à l'origine :
    « Remettez-nous nos dettes. » De cette reconstitution historique résulte une critique radicale de l'économie de rente actuelle. L'endettement des États ne sert qu'à transférer la richesse aux prêteurs et aux financiers au détriment de l'économie réelle et des salariés.

  • En deçà de la profusion des religions, des Eglises et des sectes historiques, la religion tient à la nécessité pour les sociétés humaines de se créer des symboles et des interdits pour lier leurs membres et refouler leur violence. On peut donc voir dans cette combinaison de symbolique et de sacré, comme dans les langues d'Esope, la meilleure ou la pire des choses, une exigence anthropologique ou un obstacle à l'historicité. La modernité avait espéré dépasser cette ambiguïté par le progrès de la rationalité ou la réalisation d'utopies politiques qui promettaient un monde de valeurs univoques.
    Leur disqualification permet d'entrevoir les raisons socioanthropologiques des transformations de ce refoulé reliigieux, qui ne nous avait jamais vraiment quitté et avec lequel il faudra réapprendre à vivre.

  • On reconnaît en Castoriadis l'un des principaux penseurs politiques alternatifs contemporains, toujours actuel. Mais on connaît sans doute moins le lien étroit qui existe entre ses analyses politiques et ses prises de position philosophiques. Or, elles s'éclairent réciproquement.
    Le refus de subordonner la raison pratique à la raison théorique permet à Castoriadis de penser l'idée de création. Sa rupture avec Marx, auquel il reproche son ontologie déterministe, l'amène à repenser l'émancipation politique et sociale à partir de la notion d'imaginaire créateur. Pour bien comprendre cette notion, il faut la confronter avec les conceptions de l'imagination défendues notamment par la phénoménologie, particulièrement Sartre et Husserl. Elle débouche sur le concept de chaos, dont il ressort que l'action humaine repose sur un désordre pour une part irréductible, ce qui explique qu'on ne puisse fonder celle-ci, pas plus que la démocratie, en référence à une légitimité indiscutable.
    Toujours actuel. Mais on connaît sans doute moins le lien étroit qui existe entre ses analyses politiques et ses prises de position philosophiques. Or, elles s'éclairent réciproquement.
    Le refus de subordonner la raison pratique à la raison théorique permet à Castoriadis de penser l'idée de création. Sa rupture avec Marx, auquel il reproche son ontologie déterministe, l'amène à repenser l'émancipation politique et sociale à partir de la notion d'imaginaire créateur. Pour bien comprendre cette notion, il faut la confronter avec les conceptions de l'imagination défendues notamment par la phénoménologie, particulièrement Sartre et Husserl. Elle débouche sur le concept de chaos, dont il ressort que l'action humaine repose sur un désordre pour une part irréductible, ce qui explique qu'on ne puisse fonder celle-ci, pas plus que la démocratie, en référence à une légitimité indiscutable.
    Cherchant à tisser un lien entre la pensée, l'oeuvre et la vie d'un homme engagé dans son temps, ce livre trace un parcours à travers les thèmes centraux de la pensée philosophique et politique de Castoriadis, mettant en rapport certains de ses éléments avec d'autres approches contemporaines - Maurice Merleau-Ponty, Claude Lefort, Richard Rorty, Vincent Descombes ou encore Michel Foucault à propos de l'éthique du sujet.
    Une partie est également consacrée à la place de l'exil dans le parcours biographique et intellectuel de Castoriadis.

  • Comment le numérique facilite ou au contraire entrave un projet sociétal convivialiste ? Le convivialisme est défini par Les Convivialistes dans un Manifeste publié 2013 comme étant « la recherche d'un art de vivre ensemble (con-vivere) qui valorise la relation et la coopération, et permet de s'opposer sans se massacrer, en prenant soin des autres et de la nature »

  • Une introduction grand public aux sciences sociales des religions, et un essai critique de les mettre à jour face à l'actualité. En effet, l'actualité de la globalisation impose le spectacle d'un monde des religions pris entre deux feux :
    Celui qui justifie la violence, même terroriste, et une spiritualité apte à dépasser toutes les frontières, même de confession religieuse.
    L'outillage dont disposent nos disciplines pour penser les faits religieux sont-ils à la hauteur de la situation ?
    L'analyse des phénomènes de radicalisation confirme la victoire définitive de la sociologie wébérienne des conflits de valeurs sur leur réduction marxiste au matérialisme économique de l'intérêt. Les valeurs et leurs conflits, en effet, appartiennent à l'infrastructure des sociétés humaines, parce que c'est sur leur base que se construisent les identités et les mémoires collectives. Plus un conflit est religieux, plus il mobilise les valeurs. À l'inverse, plus un conflit met en cause les valeurs, plus il tend à se colorer de religion ou d'appels au sacré, fût-il républicain ou laïque.
    Les sociétés pluralistes reconnaissent la dialectique des valeurs et des contre-valeurs, alors que toutes les sociétés majorent, pour se protéger, celle des valeurs et des antivaleurs.
    Pour tenter d'expliquer la complexité de ces dialectiques et de leur fonctionnement, on avance sous deux néologismes, l'idéal-type de l'« archéoreligion » et la « pharmac/kologie », une notion neuve pour une très vieille chose, qui concerne aussi la physiologie des émotions collectives ».

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  • Unique en son genre, ce manuel est un guide pratique à destination de toutes les personnes impliquées dans la création et la gestion de monnaies complémentaires et citoyennes.
    De tels projets foisonnent depuis quelques années sous des formes diverses, en lien avec l'intérêt grandissant pour les questions liées à la transition écologique et sociale. En France, aujourd'hui, on compte une centaine de monnaies dites « citoyennes », à vocation locale affirmée, dans des villes ou territoires de tailles diverses, et sans doute autant sont en gestation. Par ailleurs, de plus en plus d'acteurs (citoyens, associations, collectivités territoriales, entreprises...) réfléchissent à des monnaies plus spécifiquement orientées vers tel ou tel sujet (la réduction des déchets, la vie de quartier, le développement de la culture...).
    Or, dans ces projets passionnants, beaucoup d'aspects doivent avoir été anticipés et maints écueils doivent être évités.
    Ce manuel cherche à présenter des pistes pour repérer certaines difficultés et pour les contourner, mais aussi des propositions pour renforcer la solidité et la pérennité des projets. Il tente de balayer l'ensemble des questions qui se posent, avec des exemples d'organisation, des propositions de manière de faire, des listes de points à aborder pour chaque aspect du projet. Il ne prétend pas à l'exhaustivité ni à procurer une manière unique de faire mais, en se basant sur de nombreuses expériences, à dessiner des possibles pour que la monnaie prenne corps et atteigne ses objectifs.
    L'auteur principal de ce guide, Bernard Lietaer, est aussi un des principaux défenseurs, et peut être le plus connu, des monnaies locales : économiste renommé, ancien responsable de la Banque centrale de Belgique (où il participa à la création de l'euro), ancien opérateur de marché, il travaille depuis plus de dix ans à comprendre et promouvoir les monnaies locales en tant qu'outil d'action publique, auprès des autorités politiques comme des acteurs citoyens. Le manuel, rédigé à l'origine pour le gouvernement flamand, a été ici réactualisé, et renforcé d'une analyse juridique et fiscale spécifique à la France : il est ainsi aujourd'hui enfin disponible en français.

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  • Afi n d'expliquer la montée des forces populistes - Trump, le Brexit, le Front national, Orban... - les experts invoquent l'avènement de la « post-vérité ». Ce concept connaît une infl ation galopante, couronnée par le titre de « mot de l'année 2016 » décerné par le prestigieux Dictionnaire d'Oxford, lequel défi nit ainsi la post-vérité : « Des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'infl uence pour modeler l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux opinions personnelles ».
    Ceux qui utilisent cette notion considèrent que le monde est entré dans une nouvelle ère au cours des années 2000 :
    L'empire des fake news. Cette ère se caractérise selon eux par la multiplication des contre-vérités outrancières professées par les dirigeants politiques (séquence inaugurée par le fl acon de Colin Powell) et par l'indifférence des peuples à l'égard de la vérité. Extrêmisme, complotisme et populisme seraient les preuves irréfutables que la vérité est en train de s'éroder.
    Faut-il croire cette analyse ? Pas selon Manuel Cervera-Marzal.
    Ce livre retrace la généalogie de cette notion, aujourd'hui très prisée par les élites progressistes, et pourtant forgée par la droite américaine dans les années 1970 afi n de discréditer la nouvelle gauche. Il fournit une analyse des usages politiques, médiatiques et académiques de la « post-vérité », en montant que cette notion nous en apprend davantage sur les préjugés de ceux qui l'utilisent que sur les phénomènes qu'elle est censée décrire. Et il prend à contre-pied le discours dominant, en soutenant une thèse forte : il ne faut pas craindre l'avènement de la post-vérité mais au contraire s'en réjouir. Car la première vertu d'un citoyen est de savoir mentir, de déformer la réalité afi n de la transformer. On comprend ainsi que la post-vérité - et son frère jumeau : le populisme - ne constituent pas une menace pour la démocratie mais la possibilité de sa régénération.

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  • 2017 sera l'année du 10e anniversaire de la mort d'André Gorz. La pensée d'André Gorz est d'abord une pensée vivante. Elle fait l'objet de plus en plus de commentaires, d'analyses et d'interprétations, notamment dans les milieux de l'écologie politique dont il fut un pionnier, et plus largement dans tous les cercles plus ou moins militants qui cherchent les voies d'une alternative à la sociétés actuelle dont les impasses se révèlent jour après jour plus manifestes (Économie sociale et solidaire, économie circulaire, critiques de la financiarisation, Convivialisme, etc...).
    Les deux ouvrages dans le coffret :
    André Gorz en personne avec les contributions de Michel Contat, Hans-Léo Krämer, Patrick Viveret, Françoise Gollain, Frédéric Worms, Willy Gianinazzi, François Bordes et deux textes inédit d'André Gorz sur le journalisme. Ce volume a été préfacé par Alain Touraine.
    Sortir du capitalisme : le scenario Gorz avec les contributions de Geneviève Azam, Alain Caillé, Robert Castel, Jean-Pierre Dupuy, Jean-Marie Harribey, Florence Jany-Catrice, Anselm Jappe, Daniel Le Scornet, Alain Lipietz, Dominique Méda, Bernard Perret, Carlo Vercellone, Philippe Van Parijs. Avec une postface de Dominique Voynet.
    Le Moment André Gorz reprend ces deux volumes augmentés des contributions de Paul Dumouchel, Olivia Gazalé, Serge Lafaurie, Dick Howard, Alexandra Richter, François Flahaut, Antonella Corsani, Aline Barbin, Fabrice Flipo, Aurélien Berlan, etc Avec un DVD reproduisant un entretien entre André Gorz et Jean Baptiste de Foucauld diffusé en 1994 par la chaine ARTE.

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  • Il est grand temps de faire revivre le projet d´une théorie sociale générale... et généreuse. En tant que riposte et alternative à la colonisation des sciences sociales par l´économie néoclassique, nous proposons de reprendre en l'actualisant le projet des grands auteurs classiques, d'Aristote à Marx, de Kant à Habermas, d'Adam Smith à Durkheim et Mauss, de Schumpeter ou Keynes à Polanyi ou Braudel, etc.
    Contre l´orthodoxie néoclassique des économistes et la doxa de la neutralité axiologique des sociologues, nous apellons à une nouvelle synthèse de la sociologie classique, de la philosophie morale et politique et des « Studies ». Si les sciences sociales veulent poursuivre leur travail de refl exivité, il est essentiel qu'elles renouent avec la grande tradition et se conçoivent comme la continuation de la philosophie morale et politique par d'autres moyens.
    Si elles ne réussissent pas à se dégager de l'utilitarisme, elles risquent fort de connaître le même destin que les sociétés et les universités - elles ne seront plus une vocation, mais une profession, et en tant que telles une simple extension du Marché et de l'État.

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  • Depuis plus de trente ans La Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en science sociale) critique la dérive économiciste et utilitariste des sciences sociales. Elle montre comment cette inflexion de la pensée contribue puissamment à la mercantilisation et à la financiarisation spéculative, catastrophique, du monde. Parallèlement, dans le sillage notamment de l'Essai sur le don de Marcel Mauss (1924), elle propose d'observer et de penser le rapport social en chaussant les lunettes du don, étant entendu que pour elle le don est politique (et réciproquement). Ainsi, s'est formée peu à peu, une école de pensée généraliste en science sociale, transversale à la sociologie, l'anthropologie, la science économique et la philosophie morale et politique.
    Ce petit livre, issu d'une conférence donnée sous ce titre à l'université de Nanterre en octobre 2013, donne une vision très synthétique du travail accompli par le MAUSS et montre comment, en science sociale, contrairement aux vulgates en vigueur, il faut être résolument à la fois savant et politique

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  • La « guerre sainte » et sans frontières que mènent les jihadistes contre « le monde des ténèbres » s'entretient selon la logique manichéenne d'une lutte à mort où chaque camp prétend incarner le Bien et voit dans l'autre la fi - gure du Mal. Du premier côté, on ne saurait comprendre l'extrême violence dont les mouvances de l'islamisme radical font preuve sans la rapporter aux doctrines dont elles s'inspirent, ainsi qu'à l'infl uence immense qu'exerce la littérature apocalyptique dans le monde arabo-musulman contemporain.
    Mais, symétriquement, tout se passe comme si les démocraties avaient été prises au piège d'idéologies meurtrières qu'elles ont davantage contribué à nourrir qu'à combattre effi cacement dans le respect de leurs principes. De l'usage de la torture à l'utilisation exponentielle de drones armés, la « guerre contre la terreur » s'est trop souvent faite dans le mépris du droit, alimentant une spirale sans fi n de haine et de ressentiment. Dans cet essai, stimulant et très documenté, Michel Terestchenko nous introduit au coeur de ces dynamiques de violence, qui font advenir l'ère des ténèbres, et nous donne les moyens d'exercer notre responsabilité de citoyen pour sortir de l'impasse.

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  • Publié en 1957, Trade and Market in Early Empires figure l'aboutissement d'un programme de recherches, l'Interdisciplinary Columbia Project dont Polanyi est la figure marquante. Polanyi est en fait l'inspirateur et l'architecte de cet ouvrage. Nombre de textes de ce volume sont des mémoires universitaires qu'il a fortement encadrés. Le titre de cette traduction française de 1975 reflète bien le structuralo-marxisme de cette période. Mais, la primauté accordée au « système » et le déni du marché caractérise un air d'un temps révolu.
    Pour situer l'enjeu de Trade and Market, il faut le relier à la thèse, qui a fait connaître Polanyi, telle qu'elle est développée dans The Great Transformation : la volonté de créer, au XIXe siècle, un « grand marché » autorégulateur exprime une mutation de l'ordre culturel occidental qui, désormais, prétend réduire la terre, le travail et la monnaie à autant de marchandises. Cette idée est largement utopique car, aux premiers mouvements de construction de ces marchés, répondent des « contre-mouvements » de « protection sociale ». Un double mouvement caractérise ainsi la société libérale. Le fascisme ou le New Deal apparaissent comme l'aboutissement catastrophique ou heureux de cette dialectique qui travaille la société de marché. La Grande Transformation et l'essentiel des Essais de Karl Polanyi (Seuil, 2008) mettent donc en exergue le processus de constitution du capitalisme et les différentes réponses historiques apportées à ce bouleversement inédit de la place du marché dans la société.
    L'ambition de Trade et Market est complémentaire : il s'agit de mettre en évidence les structures et le fonctionnement des économies primitives et archaïques. La subsistance de l'homme, récemment traduit par Flammarion, et qui est une recollection de textes écrits entre la fin des années 1940 et 1951, avait esquissé ce projet théorique en prenant comme aire d'application la Grèce classique et hellénistique. Un tel travail ne peut être fait avec autant d'efficacité aujourd'hui par l'économie dominante, même teintée de « coûts de transaction », parce qu'elle est paralysée par le concept normatif de marché auto-régulateur.
    Les travaux empiriques de Trade and Market sont enchâssées dans une vision théorique globale, que développe Polanyi et ses élèves (notamment Pearson) : les mondes non-capitalistes contenaient des marchés clairement subordonnés à d'autres modes sociaux d'intégration de l'économie, ce qui les plaçaient sous l'influence décisive des comportements socioéconomiques de réciprocité ou de redistribution.
    L'intérêt de cette vision prend tout sens au-delà même des sociétés du passé dont l'étude a été le prétexte. Ce n'est pas un hasard si l'économie sociale et solidaire trouve dans le « substantivisme » une référence fondatrice. Quant à une alternative « éco-socialiste » pour le XXIe siècle, elle ne peut que se nourrir d'une théorisation qui implique que les structures économiques ne soient pas, par principe, abandonnées à l'errance de l'auto-régulation marchande de la société. Commentant ce livre, Richard Swedberg, écrit : « Certains travaux récents de sociologie économique ont assez correctement indiqué la pertinence de la pensée de Polanyi dans l'analyse de l'économie actuelle », au-delà même des réflexions d'anthropologie et d'histoire économique. Oui, la sociologie économique, discipline, très vivante aujourd'hui, conteste l'empire de la science économique orthodoxe sur ses propres terres ; ses acquis sont cruciaux pour repenser autrement les rapports entre marché et société que dans les termes d'une domination de celle-ci par celui-là.

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  • Avons-nous (vraiment) bien lu Durkheim et bien saisi toute la radicalité de son geste fondateur de la discipline sociologique ? À lire Anne Rawls, et relire avec elle De la division du travail social, rien n'est moins sûr. Le temps est venu, cent ans après la mort de Durkheim, de faire revivre ce texte inaugural.
    La contribution de la sociologue américaine peut être lue comme une nouvelle préface à l'édition originale de La division du travail social. À ce titre, Durkheim est lui aussi et tout autant l'auteur du présent livre, notamment par la publication de sa longue introduction oubliée de 1893 (il y manque depuis plus d'un siècle, une dizaine de pages, essentielles, que l'on retrouve ici). Plus encore, tel un palimpseste, cet ouvrage convoque tout un ensemble d'auteurs contemporains pour esquisser, à l'ombre de l'histoire officielle, une histoire en quelque sorte parallèle, clandestine de la sociologie.
    Pour autant, cette invitation à découvrir un autre Durkheim, n'intéressera pas seulement les sociologues, mais aussi les philosophes. En effet, un autre texte s'enchâsse dans cette intrigue, la fameuse Théorie de la justice, de John Rawls, le père de l'auteur. Car ce qui est avant tout en jeu dans cette relecture de l'ambition sociologique durkheimienne, c'est aussi et surtout sa dimension politique et toute sa pertinence aujourd'hui, pour penser les formes et les conditions d'une société juste.
    Cette audacieuse lecture de l'oeuvre de Durkheim ne manquera pas de susciter des réactions contrastées tant elle bouscule bien des interprétations convenues de la sociologie durkheimienne. Voire de la sociologie tout court. Elle invitera par ailleurs les philosophes à nouer un dialogue renouvelée entre science sociale et philosophie morale et politique.

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  • Assimilé à la French Th eory, Jean Baudrillard a été aussi célèbre, ou presque, sur les campus américains que Foucault, Derrida, Deleuze, Guattari ou Lacan. Mais il est loin d'avoir aujourd'hui leur diff usion mondiale. Il a même presque totalement disparu des écrans radars. Offi ciellement sociologue, aucun sociologue ne le cite, aucun étudiant de sociologie ne le lit. Il faut dire qu'il a tout fait pour brouiller les pistes, en se refusant à tou t simulacre de réalisme pour mieux tenter de prendre la réalité de vitesse, jusqu'à annoncer son évanescence dans l'hyper-réalité du virtuel.
    Sa pensée, fulgurante, attirait étrangement, mais on pouvait croire que cette séduction fatale tenait à un goût tout pataphysicien des paradoxes.
    Or, force est de se demander s'il n'avait pas au bout du compte vu plus juste et mieux anticipé que tous ses contemporains ce qu'est désormais devenu notre monde. Ce volume, qui réunit sociologues, philosophes, économistes, théoriciens de l'esthétique et des médias, permet de prendre la mesure de son oeuvre.

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  • L'oeoeuvre de G.H. Mead constitue une source majeure de la théorie sociale récente et contemporaine, de la psychologie sociale aux Théories critiques de J. Habermas et A. Honneth, en passant par l'interactionnisme symbolique initié par H. Blumer ou la sociologie pragmatiste héritière de l'école de Chicago. La réédition récente de son ouvrage le plus célèbre, L'esprit, le soi et la société, a permis à un public large de redécouvrir la richesse de ses analyses de l'expérience sociale, de la communication et de la coopération. Son traitement original, dans une perspective pragmatiste, des problèmes méthodologiques, sociologiques et politiques qui orientent l'élaboration de toute théorie sociale, est plus que jamais aujourd'hui au coeoeur de l'enquête des philosophies et des sciences sociales.
    Cet ouvrage collectif, qui réunit des spécialistes et des jeunes chercheurs en philosophie et en sociologie, propose d'examiner les sources de sa théorie, de discuter le sens de certains des concepts qui se trouvent aujourd'hui au coeur du débat interprétatif de son oeoeuvre, et enfin de mettre en lumière le potentiel critique et créateur des perspectives qu'elle ouvre pour la théorie sociale contemporaine.
    Il montre comment les concepts constitutifs de sa pensée - le soi, l'Autrui généralisé, l'interaction, le processus social - et son analyse des problèmes liés à la conscience de soi, à la reconnaissance et au contrôle social, se construisent, se distinguent et dialoguent ou peuvent être mis en dialogue avec les analyses de A. Smith, G. W. Hegel, W. James, J. Dewey, E. Goffman, H. Blumer, A. Schütz, H.
    Garfinkel, J. Habermas ou encore A. Honneth.
    Il offre des traductions inédites de textes de G.H. Mead qui permettent de saisir l'élaboration et la richesse de sa psychologie sociale. Il propose enfin des pistes en vue de réactualisations et de prolongements rigoureux de sa théorie sociale dans la perspective d'une analyse critique des sociétés contemporaines.
    A la fois introduction, mise en perspective et examen critique, ce livre s'adresse aux philosophes, sociologues et psychologues, étudiants ou chercheurs, intéressés par l'auteur et/ou la théorie sociale.
    Comblant une lacune éditoriale importante en langue française, il constituera un ouvrage de référence sur l'oeoeuvre de G.H. Mead.

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  • Avec plus d'une trentaine de monnaies locales complémentaires (MLC) en circulation aujourd'hui sur ses territoires, la France s'inscrit désormais dans l'importante vague d'innovation monétaire qui se développe un peu partout sur la planète. On estime en eff et à près de 5000, le nombre d'initiatives et de dispositifs qui promeuvent dans la quasi-totalité des régions du monde de nouveaux systèmes d'échange construits autour de monnaies diff érentes des seules monnaies nationales. Ainsi, les monnaies complémentaires, mais aussi les systèmes d'échange local et les banques de temps sont entrés à l'agenda politique alors que parallèlement de très nombreuses collectivités territoriales se sont associées à ces initiatives novatrices.
    Cette dynamique ne fait sans doute que commencer. La crise économique et fi nancière de 2008 a conduit en eff et à renforcer beaucoup de citoyens dans la conviction qu'il importe de ne pas laisser aux banques et aux Etats le monopole de l'émission de la monnaie. De même, de nombreuses entreprises portent un intérêt croissant à ces nouveaux systèmes d'échanges qui leur permettent de contrecarrer les eff ets délétères des crises fi nancières à répétition sur l'activité tout en amoindrissant leur dépendance vis-à-vis du crédit bancaire. Voilà donc que la question démocratique et celle de l'ancrage local du développement économique et social convergent une fois de plus aux travers de ces innovations.
    Cet ouvrage est une version remaniée et raccourcie d'un rapport remis au gouvernement en avril 2015. Analysant la situation française replacée dans ce mouvement planétaire, il retrace notamment le cheminement d'une des avancée majeure obtenue par la Mission : la reconnaissance des monnaies complémentaires dans la loi relative à l'Économie Sociale et Solidaire de juillet 2014.
    Il comporte enfi n dans sa deuxième partie, quelques-unes des contributions des meilleurs experts de ces sujets mobilisés tout au long de ce travail. Tous les éléments sont ainsi réunis pour permettre l'ouverture d'un vaste débat public sur ce sujet potentiellement décisif pour notre avenir.

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  • On attend des sciences sociales qu'elles nous aident à comprendre la marche du monde. Or elles en semblent toujours plus incapables. Non seulement elles apparaissent le plus souvent en retard sur l'événement mais, noyées dans l'hyper spécialisation, perdues dans la guerre entre disciplines, elles voient toujours mieux certains détails mais de moins en moins bien l'ensemble. À côté des spécialistes, il est urgent de former des généralistes qui sachent faire dialoguer les différents champs de la science sociale. Parler de la science sociale, évoquer son unité, au moins à titre d'idéal régulateur, peut sembler un combat perdu d'avance, tant elle est fragmentée. Mais il existe déjà une certaine forme de science sociale généraliste, qui n'est autre que la science économique généralisée, inspirée par la théorie des choix rationnels, sous toutes ses formes, et par l'utilitarisme et ses dérivés (cognitivistes, constructivistes, etc. ) C'est cette science sociale générale qui modèle la conception du monde dominante, hégémonique même à l'échelle planétaire, et qui inspire et légitime les politiques menées dans tous les pays. Avec des résultats discutables, tant aux plans théorique, qu'éthique ou politique.
    Il nous faut donc retrouver l'idéal et la réalité d'une science sociale généraliste (qu'a pu en son temps incarner la sociologie classique) mais la faire reposer sur d'autres fondements que l'utilitarisme. Par ailleurs, la globalisation du monde modifie en permanence l'échelle et la définition même des sociétés. Symétriquement, la globalisation des sciences sociales et la contestation de l'hégémonie conceptuelle occidentale imposent elles aussi de repenser le passé de nos disciplines pour les projeter vers l'avenir. C'est dans cette perspective que se sont réunis à Cerisy-la-Salle, en 2015, une quarantaine de chercheurs de renommée internationale, anthropologues, économistes, géographes, historiens, philosophes et sociologues. L'accord qu'ils ont su trouver est prometteur.

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  • À quel modèle de scientificité les sciences humaines et sociales doivent-elles donc se rapporter ? Passées les références enflammées de jadis à Bachelard et à la rupture épistémologique, au positivisme logique ou empirique, à la réfutabilité de Popper, etc., la question semble presque oubliée, au profit de considérations méthodologiques à petite ou moyenne portée. Elle est pourtant toujours bien là, irrésolue.

  • "On connaît la grande prohibition fondatrice du lien social, celle de l'inceste. On connaît moins la seconde prohibition, nécessaire à la vie en société : celle de la pléonexie. Comment limiter le désir de posséder toujours plus ? Dans notre monde, caractérisé par l'hyperconcentration de la richesse, cette question est devenue cruciale. Dany-Robert Dufour, après une présentation de la question, a choisi quatre textes permettant d'y réfléchir à nouveaux frais. Deux textes de Platon (l'un tiré de La République, l'autre du Gorgias) et un texte de Bernard de Mandeville (La fable des Abeilles, 1705), adaptés et réécrits pour les rendre aussi audibles, c'est-à-dire actuels, que possible. Dans le quatrième texte, Socrate et son contradicteur se retrouvent aujourd'hui pour faire le point. Le lecteur trouvera également en annexe un étonnant texte sur la pléonexie, traduit pour la première fois en français, écrit en 1705 par le grand philosophe roumain, Dimitri Cantemir.
    Les quatre premiers textes ont été lus par de grands comédiens dans le cadre de la première édition de « Philosophie à vif » qui s'est tenue en juin 2014 au Théâtre de la Tempête, en présence d'un public nombreux."

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  • ANDRÉ GORZ Né en 1923 à Vienne (Autriche) d'un père juif et d'une mère catholique, naturalisé français en 1954 sous le nom de Gérard Horst, André Gorz fut placé dans une pension en Suisse au moment de l'envahissement de l'Autriche par l'Allemagne nazie. Il rencontra Jean-Paul Sartre en 1946 venu faire une conférence à Genève. Ce fut le début d'une longue proximité au point que Gorz devint l'un des principaux animateurs de la revue Les Temps Modernes au début des années 60. En 1958, il fit paraître Le Traître, autobiographie existentielle préfacée par Sartre.
    André Gorz devint ensuite un intellectuel très écouté dans les milieux syndicaux, parfois davantage en Allemagne et en Scandinavie qu'en France. Journaliste sous le pseudonyme de Michel Bosquet à L'Express, puis au Nouvel Observateur, dont il fut l'un des fondateurs, il développa, sous la double influence d'Ivan Illich, de Herbert Marcuse, et des approches théoriques de l'École de Francfort, les premières bases de l'Écologie Politique. Sa dernière oeuvre publiée de son vivant, Lettre à D., retrace son histoire et dit publiquement tout son amour à sa femme Dorine - avec qui il avait conclu un pacte de fidélité qui les mena jusqu'à leur suicide commun en septembre 2007.
    Avec deux textes de Gorz sur le journalisme et la recension du livre Le Traitre paru en 1958 signée par Maurice Blanchot

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  • Cet ouvrage réunit des philosophes pour penser le travail de réflexion entrepris par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, à la fois en commun dans le cadre de Socialisme ou Barbarie et de manière indépendante par la suite. Il est aujourd'hui nécessaire de revenir sur l'oeuvre et la pensée de ces deux philosophes politiques majeurs des cinquante dernières années, car depuis leur mort, aucun ouvrage ou manifestation d'ordre intellectuel ne leur ont été consacrés.
    Pour l'essentiel, le travail de Castoriadis et de Lefort aura principalement consisté à redonner sens à la notion de démocratie, que l'on ne doit pas entendre uniquement en tant que régime et institution politique, ou même en tant que réalité sociologique, mais bien plutôt en tant qu'expérience par laquelle les hommes s'emploient à transformer les conditions de leur existence commune, ce qui revient à envisager la perspective de l'émancipation à la manière d'un processus conflictuel dont il est impossible de connaître le terme et qui n'a pour autre fondement que le désir de liberté.

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  • Co-signé ou soutenu par une centaine d'intellectuels de renommée internationale, traduit, publié et discuté dans plusieurs pays (Allemagne, Brésil, Inde, Italie, etc.), le Manifeste convivialiste. Déclaration d'interdépendance (Bord de l'eau, 2013) défi nissait les principes d'un « bien vivre » universalisable (« pluriversalisable », plutôt), même sans croissance du PIB, dans lesquels se reconnaissent de plus en plus d'associations ou de réseaux de la société civique. À quelles conditions la partage de ces principes pourrait-il déboucher sur une off re politique susceptible de changer la donne, ici ou ailleurs ? Que faut-il maintenant préciser pour se donner une chance de conjurer les risques de catastrophe -économique, sociale, écologique, morale, etc. - qui se font toujours plus menaçants ?
    C'est en dialoguant avec des propagateurs du convivialisme, en France, au Brésil ou en Italie, Simon Borel, Francesco Fistetti, Frédéric Vandenberghe et Jean-François Vréan, que Alain Caillé, un des initiateurs du convivialisme, esquisse des réponses à ces questions.

  • Chacun connait la thèse classique de Max Weber sur les origines du capitalisme moderne et ses liens avec la Réforme. Mais on ignore qu'il en défendait également une autre, toute aussi audacieuse. Et si la démocratie, elle-aussi, du moins en Amérique, était fille de l'éthique protestante ?
    Cet ouvrage majeur, rédigé par l'un des plus grands spécialistes américains de l'oeuvre du sociologue allemand, est le premier à dévoiler, reconstruire et discuter cette seconde thèse, restée jusqu'ici dans l'ombre. Il montre combien, à l'instar de l'esprit du capitalisme, l'esprit de la démocratie en Amérique s'est nourri des valeurs puritaines et des formes d'organisation des sectes et des églises protestantes ; bref, par une disposition d'esprit particulière, un ethos dont la source est avant tout religieuse. Il permet de rendre compte de l'intensité et l'étendue de la participation civique en Amérique ainsi que de l'attitude des Américains face à l'autorité et à l'Etat. La mise en lumière de cette source religieuse de la démocratie des USA éclaire toute la singularité de la culture politique américaine, sa tension constante entre sa face individualiste et sa dimension communautaire. Dans une perspective distincte de celle d'Alexis de Tocqueville, Weber offre ainsi une généalogie inédite de la sphère civique américaine et une explication originale de la vivacité qu'y connaissent les associations.
    Que reste-t-il aujourd'hui, toutefois, de cet esprit de la démocratie dans des sociétés sécularisées où la bureaucratisation s'étend et où s'accroit le « pouvoir des biens matériels » et de la culture de la consommation ? Aux Etats-Unis, comme dans la « vieille Europe », nombreux sont ceux qui s'inquiètent aujourd'hui d'une « crise de la démocratie ». A la lumière de l'analyse de Max Weber cet ouvrage en propose un diagnostic inédit. Mais aussi quelques bonnes raisons d'espérer.

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