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  • La Dame de pique, nouvelle fantastique d'Alexandre Pouchkine (1799-1837), structurée comme un roman, met en scène des personnages du théâtre populaire. La fin, suggérée par une citation en exergue, met le lecteur sur la voie : « La dame de pique signifie une malveillance cachée. » Écrivant comme on abat l'une après l'autre ses cartes maîtresses, Pouchkine rencontre différentes figures du fantastique (le comte de Saint-Germain, une revenante), mais sans s'y attarder.
    Le dialogue, la satire sociale, quelques remarques mêmes sur la littérature russe arrivent à trouver place dans ce condensé romanesque. Tchaïkovski a adapté cette longue nouvelle en opéra et Prosper Mérimée comme André Gide l'ont traduite en français.

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  • Simone Weil (1909-1943) est engagée dès 1927 dans le syndicalisme révolutionnaire. Elle rejoint le monde ouvrier en 1934-1935 pour vivre sa condition, soutient le Front populaire, participe à la guerre d'Espagne, rallie enfin la Résistance et meurt en Grande-Bretagne en laissant une masse d'écrits inédits dont sa Note sur la suppression générale des partis politiques. Pour que le peuple vive dans la justice et la vérité qui ne peuvent être qu'une, deux grandes conditions sont requises selon elle : l'absence de passion collective et la possibilité d'exprimer une pensée sur les problèmes fondamentaux de la vie publique.
    Or, les partis politiques comme les Églises s'opposent systématiquement à cette double exigence. Ayant un dogme, ils fonctionnent sur la base de la discipline et leur seul mobile réside dans leur propre développement. Autrement dit, ils sont « décerveleurs », d'où l'urgence de supprimer les partis qui enferment le peuple dans le danger manichéen du pour et du contre et qui l'empêchent de penser par lui-même.

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  • Il ne faudrait pas résumer le texte d'Oscar Wilde (1854-1900) à l'idée désormais fameuse selon laquelle ce n'est pas l'Art qui imite la Vie, mais c'est la Vie qui imite l'Art... Dans ce dialogue très platonicien, publié en 1889 dans la Revue du XIXe siècle, Wilde règle leur compte au conformisme, à la platitude, mais aussi à la morale victorienne. Dans une préface écrite il y a trente ans, Dominique Fernandez soulignait "l'actualité stupéfiante" du texte. Confirmation : Le Déclin du mensonge, comme Dorian Gray, n'a toujours pas pris une ride. (Philippe Arnaud)

  • Essai sur le gout

    Montesquieu

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  • Sarrasine

    Honoré de Balzac

    Sarrasine est une des nouvelles les plus séduisantes de Balzac. Baigné dans l'atmosphère voluptueuse de l'Hôtel de Lanty, le narrateur conte à la marquise de Rochefide la mystérieuse histoire du sculpteur Sarrasine, tombé amoureux de la chanteuse d'opéra, La Zambinella. A la croisée des arts - sculpture, musique et littérature - Balzac, revisitant le mythe de Pygmalion, s'interroge sur la quête artistique de la beauté idéale, l'amour et l'érotisme, comme sources d'inspiration, ainsi que sur la souffrance inhérente à la création artistique.

    Publiée pour la première fois dans la Revue de Paris en 1830, cette nouvelle sera ensuite intégrée aux Scènes de la vie parisienne de la Comédie Humaine. Peu connue jusqu'à sa redécouverte par Georges Bataille en 1957, qui la classe parmi les textes les plus importants de la littérature, Sarrasine fera couler beaucoup d'encre chez les philosophes du XXe siècle. Roland Barthes et Michel Serres en particulier y ont consacré des essais remarqués.

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  • * Publiée pour la première fois en 1847, dans le confidentiel Bulletin de la Société des Gens de Lettres cette nouvelle de Charles Baudelaire mêle expériences personnelles et hommages littéraires, notamment à Balzac. Il en ressort un texte empreint d'ironie qui montre qu'à trop singer la passion on est souvent contraint de la vivre. En mettant en scène Samuel Cramer, un dandy, un écrivain raté, au sein d'une intrigue romanesque, Baudelaire lui oppose un narrateur qui serait en même temps son alter ego, son "frère" et ses propres aspects négatifs.
    Le but ultime est de dénoncer et d'exorciser le faux poète. Pour citer Jérôme Thélot, l'un des grands spécialistes de Baudelaire, "L'ironie baudelairienne cherche à faire le départ entre une ambition injustifiable, celle de Cramer, et une légitime ambition, celle de Baudelaire. Telle est sa tentative de sacrifice : évacuer l'illusion romantique pour asseoir l'authenticité du poète, expulser l'autre pour fonder le moi".

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  • Dans Vie de deux chattes (1907), que Pierre Loti (1850-1923), écrivain et grand voyageur, dédie à son fils Samuel "quand il saura lire", nous découvrons l'histoire de Moumoute Blanche et de Moumoute chinoise. Toutes deux vécurent dans la maison familiale, auprès de la mère de l'écrivain et de sa tante Claire. "L'hiver est la saison où les chats deviennent plus particulièrement des hôtes du foyer, des compagnons de tous les instants au coin du feu, partageant avec nous, devant les flammes qui dansent, les vagues mélancolies des crépuscules et les insondables rêves.

    C'est aussi, chacun sait cela, l'époque où ils sont en beauté, en grand luxe de poils, toute fourrure dehors. Moumoutte Chinoise, dès les premiers froids, n'avait déjà plus de trous à sa robe, et Moumoutte Blanche avait arboré une imposante cravate, un boa d'un blanc de neige, qui encadrait son minois comme une fraise à la Médicis. Leur tendresse s'augmentait du plaisir qu'elles éprouvaient à se réchauffer mutuellement ; près des cheminées, sur les coussins, sur les fauteuils, elles dormaient des jours entiers dans les bras l'une de l'autre, roulées en une seule boule où ne se distinguait plus ni tête ni queue." Loti peint ici un tableau attachant du quotidien de ses animaux favoris.

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  • Octave Mirbeau, passionné d'automobiles, avait initialement intégré ces trois chapitres relatant la mort de Balzac dans son roman intitulé La 628-E8 (titre reprenant le numéro de la plaque d'immatriculation de sa voiture). Mais il n'avait pas prévu que la fille de Mme Hanska, le grand amour de Balzac, lui intimerait, au dernier moment, de faire débrocher les volumes déjà imprimés afin, pour respecter la mémoire de sa mère, que ces trois chapitres sulfureux ne soient pas publiés. A partir de là, ces textes furent oubliés.

    La Mort de Balzac ne paraîtra qu'en 1918, sous la forme d'un volume autonome, à très peu d'exemplaires, à l'initiative et "aux dépens d'un amateur" puis ne sera réédité que bien plus tard, en 1989.

    Peu connu aujourd'hui, ce récit fit scandale à sa publication. La plume ironique de Mirbeau sert en effet un tableau désastreux de l'agonie du grand homme, seul dans sa chambre, alors que Mme Hanska, dans la pièce voisine, prend du bon temps avec son nouvel amant, le peintre Jean Gigoux. Vérité ou pure invention ? Pourquoi Mirbeau, malgré son admiration pour le célèbre romancier, décrit-il une scène digne d'une comédie de boulevard pour raconter sa mort ?

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  • En 1882, dans un texte devenu le premier des classiques sur ce sujet, Ernest Renan (1823-1892) oppose une conception politique, civique et historique de la nation et une conception raciale, ethnique et impérialiste. A l'époque cette contradiction sépare la France et l'Allemagne à propos de l'Alsace-Lorraine, mais Renan voit plus loin que cette querelle.

    Il explique l'apparition des nations modernes par l'histoire des régimes et des formes politiques de l'Europe et fait une importante distinction entre nation et empire. Visionnaire, il anticipe les conflits à venir et les solutions démocratiques qui leur sont préférables.

    Les attentats de janvier et novembre 2015 ont cruellement rappelé à la France quelle était une nation, quelle pouvait être aimée et détestée, attaquée et défendue en raison de son histoire, son régime politique, sa culture et son mode de vie.

    Qu'est-ce qu'une nation ? est plus pertinent que jamais dans un monde global, international, impérial, mais très peu post-national.

  • On a beaucoup médit du XIXe siècle, mais le nôtre n'est guère plus fréquentable. La vie humaine n'y vaut pas grand-chose. Et comme notre époque est celle de l'image, on nous aura montré des cortèges interminables de gens offensés, persécutés, avilis... Cela n'émeut plus, ni même n'étonne la majorité de nos contemporains. Ils se sont accoutumés au malheur des autres, avec une singulière facilité.
    Et pourtant, lorsqu'un corps est écrasé, lorsqu'un visage est mutilé, chacun devrait savoir que c'est son propre corps et son propre visage que l'on outrage. Ceux qui réagissent en face de la barbarie ne sont pas gouvernés par quelque altruisme, mais par un profond égotisme. Car ils trouvent un reflet d'eux-mêmes ou de leurs proches dans les figures des victimes, ils s'y reconnaissent comme dans les images d'un mauvais rêve.
    Qu'il le sache ou non, tout homme ressent cela dans son intimité la plus nocturne. La détresse d'un regard humilié désespère ses pensées les plus secrètes. Mais la majorité silencieuse veut ignorer ce désespoir qui atteint sa croyance dans la vie. Il n'empêche que tous les hommes sont de mauvais dormeurs. Ces " rêveurs définitifs ", comme disait André Breton, sont agités, durant leur sommeil, par les remords que nous inflige l'époque.
    Charlotte Delbo tolérait d'autant moins les horreurs de notre siècle qu'elle avait subi l'atrocité d'Auschwitz. Il lui fallait témoigner, laisser la mémoire de la pire détresse, et de toutes celles que d'autres gens connaissaient dans d'autres lieux.

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  • Penseur majeur du XIXe siècle, Ernest Renan affirma : "L'islamisme ne peut exister que comme religion officielle ; quand on le réduira à l'état de religion libre et individuelle, il périra. L'islamisme n'est pas seulement une religion d'Etat, comme l'a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l'est encore en Espagne, c'est la religion excluant l'État [...]. L'islam est le dédain de la science, la suppression de la société civile[...]." Djeman ad Dîn (1838-1897), intellectuel musulman d'origine persane, en voyage à Paris, lui répondit dans Le Journal des Débats : "Les religions, de quelque nom qu'on les désigne, se ressemblent toutes. Aucune entente ni aucune réconciliation ne sont possibles entre les religions et la philosophie. La religion impose à l'homme sa foi et sa croyance, tandis que la philosophie l'en affranchit totalement ou en partie. Comment veut-on dès lors qu'elles s'entendent entre elles ?"

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  • Jonathan Swift (1667-1745) publie en 1737 son Projet de distribution de badges aux mendiants, document sociologique de premier ordre sur l'Angleterre et l'Irlande du XVIIIe siècle. On ne peut plus lire aujourd'hui ce texte, proposant de désigner une catégorie de la population par un insigne distinctif, sans penser à la rouelle du Moyen Âge ou, plus près de nous, à l'étoile jaune. Ce n'est pas la moindre de ses difficultés. En même temps, son caractère ironique est évident. Émile Pons écrivait avec raison : « En soulignant l'impossibilité où l'on était de faire vivre les gens à force d'aumônes, [Swift] cherchait à condamner, non pas les mendiants abusifs, mais ceux dont ils étaient les victimes. » Le ton du Traité sur les bonnes manières et la bonne éducation est évidemment très différent. La rédaction de ce texte se situe vraisemblablement entre 1720 et 1745. Sur un registre faussement pédant et condescendant, le doyen Swift donne des conseils pratiques au lecteur : soyez ponctuel, évitez la flatterie, tenez-vous à l'écart de la cour et des courtisans. Il y défend l'art de la conversation qui suppose, dit-il, de savoir écouter.

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  • Trois courts essais du philosophe Blaise Pascal qui traitent de l'essence du pouvoir politique, de la querelle des anciens et des modernes, de la nécessité de la philosophie pour découvrir les limites de la raison.

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  • En appendice à une nouvelle édition de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin (Paris, Charpentier 1839) figurait le Traité des excitants modernes, essai d'Honoré de Balzac qu'il présentait modestement comme : "une manière de dessert, après un livre aimé, fêté par le public comme un de ces repas dont on dit : il y a noces et festins." Le romancier consacre une étude à cinq substances récentes à son époque : l'eau-de-vie ou alcool, le sucre, le thé, le café et enfin le tabac.
    Il donne parfois des recettes et analyse les effets de ces substances sur l'organisme. Il décrit la situation économique d'un produit, la raison de son essor, et livre sa critique. Cette série d'études rappelle Les Paradis artificiels de Baudelaire, chronique sur les effets du haschich et de l'opium, accompagnée de recettes et d'informations historiques.

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  • Le Coran n'est pas un livre facile d'accès et les études censées favoriser sa compréhension sont généralement insatisfaisantes. Elles s'appuient principalement sur la tradition musulmane qui ignore ou occulte ce qu'elle doit aux deux monothéismes qui l'ont précédée et aux textes juifs en particulier.
    Pour les musulmans, le Coran reprend mot à mot la parole divine transmise au Prophète par l'archange Gabriel à partir de 610-612 jusqu'à sa mort en 632. Il n'aurait pas subi d'altération après sa révélation. Il serait incréé et bien antérieur aux livres saints des autres monothéismes, falsifiés, selon la tradition islamique, en prévision de la prédication de Mahomet. Cela expliquerait des différences notables dans certains récits communs aux trois religions.
    La fixation canonique du texte remonterait au troisième calife, Othmân qui aurait régné entre 644 et 656, et qui ordonna la destruction de toutes les copies précédentes dont celle d'Ali ibn Abi Talib, gendre de Mahomet.
    Cette lecture du Coran à la lumière de la Bible révèle les divergences essentielles entre le judaïsme et l'islam. Elles ne relèvent pas du contexte politique actuel au Moyen Orient, comme on voudrait nous le faire croire, mais d'un contentieux remontant au VIIe siècle.

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  • Le Conte des sept mendiants de Nahman de Bratslav (1775-1810) fut lu et admiré par, entre autres, Franz Kafka, Martin Buber ou Shmuel Yosef Agnon. Comme le veut la tradition des contes populaires juifs d'Europe orientale, il a été, en 1810, dit en yiddish lors d'un repas du Shabbat par son auteur. Il a ensuite été transcrit en hébreu et en yiddish et a abondamment circulé au point de devenir un des textes classiques de la littérature juive.

    L'originalité de cette édition est de présenter une nouvelle traduction du yiddish, à partir d'une des premières versions du Conte. Les peintures et dessins de Sandra Zemor, qui a su remarquablement transcrire l'univers spirituel de Nahman de Bratslav, lui font écho. Les correspondances entre les thèmes fondamentaux de la tradition juive, de la Kabbale lourianique entre autres et de leurs résonances contemporaines dévoilent ici plus que la légende. Loin d'être uniquement une histoire juive des temps anciens, le récit et son accompagnement pictural doivent être abordés comme une méditation pour le peuple juif de notre temps et pour l'humanité.

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